Nouveaux Testaments
276.706 fragments de Livres Saints, soit, au total: 429.235 publications répandues à Madagascar.
Lorsque les premières Bibles, après la persécution, arrivèrent d'Europe, elles /furent\ recues avec un enthousiasme sans pareil. Le magasin de vente fut à tel point envahi qu'il fallut le fermer, mettre des barrières dans la rue et fixer les jours et les heures où telle ou telle Eglise, tel ou tel quartier de Tananarive pourraient être approvisionnés. Les Malgaches firent queue pendant des heures entières. Tous les chrétiens et les néophytes voulaient posséder une Bible.
Parmi les faits touchants qui se passèrent à cette occasion je nen citerai qu'un. Quelques chrétiens apportèrent au dépôt biblique leurs vieilles Bibles déchirées (avec quelle joie les missionnaires les reçurent, elles, ces témoins de la persécution !), pour les échanger contre des neuves. Mais leurs propriétaires ne s’en dessaisirent que lorsqu'ils furent bien convaincus que le contenu des Bibles neuves était identique à celui de leurs vieilles Bibles.
Avant de quitter cette période, je veux mentionner
ANS Vi a
une phrase d'un discours du premier ministre, Rainilaiarivony, à son peuple, pour luiexpliquer commentsa reine Ranavalona II était devenue chrétienne : « Alors que Rasoherina vivait encore, celle qui devint Ranavalona II trouva une Bible sur une table appartenant à
Palais et Eglise de la Reine & Tananarive
cette reine ». Elle la lut, et avec un tel profit, que le premier ministre pouvait ajouter : « Pour moi, c'est de la lecture de cette Bible que Dieu s’est servi pour amener le cœur de la reine à se donner à Lui. » Rien d'étonnant à ce que, le jour du couronnement de Ranavalona IL, la Bible occupât la place d'honneur
à côté d'elle, c’est-à-dire celle qu'occupaient autrefois les idoles.
Les missionnaires anglais conçurent alors, au sujet des Eglises malgaches, des espérances qui, hélas, ne devaient pas se réaliser. Ne pensèrent-ils pas que Madagascar deviendrait un jour, au point de vue protestant, l'Angleterre de l'Afrique ?
Pourquoi n’en fut-il pas ainsi ? Bien des réponses pourraient être faites à cette question. Je n'en mentionnerai qu’une.
Pendant cette période d'extension intensive, les missionnaires furent insuffisants en nombre et, débordés par le travail, ils ne purent pas, ou ne surent pas appliquer à l'Eglise malgache grandissante les principes scripturaires qui avaient inspiré ses fondateurs. Ils ne purent pas, ou ne surent pas appliquer la discipline, comme au début, à la fondation de l'Eglise. Ils ne purent pas, ou ne surent pas empêcher le monde d'entrer en masse dans l’Église pour la conduire, la diriger et nommer, comme conducteurs spirituels, non les plus pieux, maisles plus éloquents ou les plus riches. Ce ne fut plus, en un mot, les enseignements de la Bible qui restèrent, en pratique, les règles suivies par l'Eglise. Celle-ci était en paix, elle s’accrut, se multiplia trop rapidement ; mais ce qu’elle gagna en surface, elle le perdit en profondeur. C'est ce que prouvent, avec brutalité, les faits qui se passèrent au commencement de la quatrième période historique de l'Eglise malgache, dont il nous reste à parler.