CHAPITRE IV
Rôle de la Bible de la conquête française à aujourd’hui 1895-1922
Vous me permettrez de traiter cette quatrième et dernière période très brièvement :
1° soit parce que la plupart de mes lecteurs se rappellent les faits que je vais signaler,
2° soit surtout, parce qu'il m'est désagréable au suprême degré de parler des années dans lesquelles s’est exercé mon propre ministère.
Vous vous rappelez que c’est à la suite d'un appel de la Société de Londres que notre Société des Missions évangéliques de Paris envoya tout d'abord à Madagascar nos chers et regrettés Lauga et Kruger, ensuite Benjamin Escande, pour faire une enquête sur les menées des Jésuites depuis la conquête française et pour savoir si, contrairement à ses habitudes, elle devait envoyer, dans un champ de travail qui n'était pas le sien, quelques-uns de ses agents.
LS De
Les missionnaires anglais n'avaient pas exagéré les difficultés qu'ils rencontraient, l'épreuve qui fondait
sur l'Eglise malgache, les menées perfides des Jésuites
Femme Belsileo
contre le protestantisme de la grande Île. Ceux-ci, en effet, confondant, à dessein, la religion et la nationalité des premiers missionnaires de Madagascar, allaient
OAI,
répétant partout: « Qui dit protestant, dit Anglais (donc ennemi de la France); mais qui dit catholique, dit Français (donc ami de la France) ». |
Eh bien, pour ne parler que de ce que j'ai vu et entendu, savez-vous le résultat auquel ils arrivèrent dans ce district d'Ambositra (Betsileo) où je fus envoyé ‘en 1897 ?
Sur 62 temples que j'aurais dû trouver à ma disposition, deux seulement étaient ouverts au culte protestant ; celui du chef-lieu et le temple provisoire de l'annexe la plus rapprochée. Qu'étaient devenus les 60 autres ? :
Le voici :
2, commencés par les protestants, avaientétéachevés par ces mêmes protestants devenus catholiques par crainte ;
11 avaient été détruits, soit par les intempéries de la saison, soit par malveillance ; DORE |
3 étaient passés à la Mission norvégienne, espérant ainsi échapper à la persécution des Jésuites ;
4 n'ont pu être repérés ;
40 avaient été pris par les Jésuites et convertis en Eglises catholiques romaines.
Et ce qui fut pire que cela c'est que la population passa, dans sa presque totalité, au catholicisme, avec armes et bagages. |
Comment expliquer cela d'une Eglise qui avait si
Eglise d’Ambositra
admirablement supporté pendant vingt-cinq ans la persécution païenne dont je vous ai parlé ? Valait-il la peine, en ce qui me concerne, de quitter sa femme, ses enfants, ses vieux parents, une belle œuvre d'évangélisation à Paris, pour aller au secours de protestants aussi peureux, aussi lâches ? Combien nous avons été troublé par cette question à notre arrivée sur notre nouveau champ de travail ?
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Parmi les explications que nous pourrions donner pour expliquer un tel état de choses, en voici quelquesunes : la mentalité des Betsileo, l'ignorance des Malgaches, leur peur du Gouvernement, les atteintes portées à la liberté de conscience par un trop grand nombre de fonctionnaires français, donnant ainsi l'impression qu'il y avait quelque chose de fondé dans les impudents mensonges des Jésuites, ensuite, le système ecclésiastique du congrégationalisme appliqué à des Eglises par trop mineures, à tous les points de vue, et sorties depuis peu du paganisme. |
Mais surtout, oui, surtout, il faut bien l’avouer, la première de ces causes venait de ce que l'autorité de la Bible n'avait plus été à l'époque de croissance, d'extension, ce quelle avait été primitivement et pendant la persécution.
Pourtant les Betsileo continuaient à aimer leur Bible, et c'est ce qui empêcha, après la grâce de Dieu, leur missionnaire de se décourager. Pendant les premières semaines de son séjour à Ambositra, chaque matin, il trouvait à la porte de sa maison des Malgaches, venus de tous les points cardinaux de son district, et lui tenant toujours le même discours : « Autrefois nous étions « protestants ; nous sommes devenus catholiques parce « que le Père Jésuite, en nous affirmant qu'il n’y avait « pas de protestants en France, nous certifiait que, si « nous restions « anglais », nous serions traités en « révoltés, en ennemis de la France, tandis que si nous
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devenions « français », nous étions assurés de la protection des représentants de notre nouvelle patrie, Nous avons eu tort, ajoutaient-ils, et nous nous en repentons ; mais maintenant que nous savons qu'on nous a menti, nousredeviendronsprotestants.Le Père
Ecole de garcons d’Ambositra
Jésuite nous a demandé nos Bibles et, quand nous l'avons vu un samedi, jour de marché, brüler sur la place publique les premières qu’onluiavait apportées, nous avons résolu de les garder malgré ses menaces; nous les avons cachées, nous les avons lues en secret et nousles sortirons pour nous en servir en