‹ La Bible à MadagascarChapitre 4 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rôle de la Bible dans la fondation et les commencements de l'Eglise malgache (18 août 1818-1835) Règne de Radama et commencement de celui de Ranavalona I:

Que j'indique brièvement, pour la lecon que nous pourrons en tirer, la tentative, avortée et depuis longtemps oubliée, entreprise par l'Eglise catholique en 1648 pour évangéliser Madagascar, par les Pères Nacquard et Gondrée, à Fort-Dauphin.

Si vous demandez à nos amis malgaches — terriblement logiques parfois dans leur simplicité — pourquoi cette œuvre a totalement échoué, ils vous répondront sans hésitation : « C'est parce que les Pères catholiques « ne donnèrent pas à leurs disciples la Bible traduite « dans leur langue. »

Ce fait vous montrera, dès le début, le grand cas que font de la Bible les malgaches protestants.

Ce que la Mission catholique ne fit pas, soit par principe, soit pour toute autre raison, les missionnaires

Une femme Betsimisaraka

de la Société de Londres le réalisèrent le plus tôt possible.

Tout le monde connaît aujourd’hui combien furent tragiques les débuts de la Mission à Madagascar.

Partis d'Angleterre le 9 février . 1818, Jones et Bevan restèrent près de cinq mois sur mer avant de parvenir à Maurice. Laissant leurs familles dans cette île, ces deux missionnaires partirent pour Madagascar, en sarrêtant à la Réunion. Le gouverneur français, apprenant le but qu'ils se proposaient ne put s'empêcher de leur dire : « Evangéliser ces nègres, changer leur cœur ? Autant essayer de transformer les habitudes de mon chien par la prédication. » Inutile d’ajouter que ces paroles ne changèrent en rien leurs projets.

Débarqués à Tamatave, le 18 août 1818, Jones et Bevan durent bientôt interrompre leurs premiers travaux et se retirer à Maurice, terrassés par la fièvre.

Ne connaissant pas encore le climat de Madagascar ils reviennent à Tamatave en pleine mauvaise saison. M. et Mine Jones a leur bébé sont vite atteints par la fièvre, et Jones a la douleur de perdre sa femme et son enfant (15 et 26 décembre 1818). Lorsque les Bevan arrivent à leur tour, le 6 janvier 1819, leur tristesse en apprenant ces faits est indicible. Bientôt le bébé des Bevan est repris par Dieu, ainsi que son père et sa mère. Mais Bevan ne mourut pas sans adresser à son collègue ces paroles prophétiques :

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« Nous, nous mourrons, toi, tu survivras et l’œuvre de Dieu progressera. »

Ce n’est que le 3 octobre 1820 que Jones (retourné à Maurice pour raison de santé) put monter à Tananarive et y installer son école, avec trois élèves seulement, le 8 décembre 1820.

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Première maison d'école à Tananarive

C'est pour moi un des plus grands miracles de Dieu (après celui de l'inspiration de nos Saints Livres) que le fait de ces hommes ne connaissant rien des mœurs, des coutumes, de l’histoire et de la religion de ceux qu'ils vont évangéliser et pour lesquels le langage parlé seul est en usage, arrivant si rapidement à

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en écrire les mots, à en saisir l'accent et la prononciation, à en pénétrer le génie, à en découvrir les règles de grammaire et de syntaxe, à le posséder enfin si complètement que rien de la mentalité de ces peuples ne leur échappe et qu'ils peuvent ainsi, en si peu de temps, fixer la langue et traduire les Ecritures en dialecte populaire. Que je vous cite, en passant, l’une des plus grandes difficultés qu'ils rencontrèrent. |

La langue malgache, comme toutes les langues primitives, est d’une très grande pauvreté lorsqu'il s’agit d'exprimer des pensées abstraites ; bien des mots manquent, tel celui de « conscience » ; d’autres termes malgaches, utilisés par les traducteurs, doivent prendre un sens spirituel que les indigènes ne soupconnent pas. Il faut qu'à l'exemple des écrivains sacrés, l’Apôtre Paul en particulier, ils fassent exprimer par une langue païenne « les grandes choses de Dieu. »

C'est ce miracle de la grâce que Dieu a réalisé à Madagascar. Les premiers missionnaires ont pu précher en malgache très peu de temps après leur arrivée, En dix ans, ils ont pu donner à leurs auditeurs une traduction du Nouveau Testament et, cinq ans plus tard, celle de la Bible tout entière.

C'est, en effet, le 1‘ janvier 1827 que les missionnaires protestants purent mettre entre les mains de leurs catéchumènes le premier chapitre de l'Evangile

SPRL

de Luc dans leur langue et voici ce qu'écrivait l'un d'eux à cette occasion :

« Nous avons consacré le 1° janvier 1827 à la révi- « sion finale et à l'impression du 1% chapitre de Luc. « Nous voulions, par ce ministère, — en ouvrant sur « un sol aride et desséché la fontaine des eaux vives, « — sanctifier cette nouvelle année missionnaire. « Puissent les eaux de la guérison couler bientôt en « mille canaux et transformer ce pays en jardin de « l'Eternel! »

Avant la fin de l’année (sept ans après l’arrivée de Jones à Tananarive ), 1.500 exemplaires de l'Evangile de Luc sortaient des presses de la Mission de Londres.

En 1830 (trois ans plus tard, dix ans après l’arrivée du premier missionnaire), c'est le Nouveau Testament tout entier qui est imprimé. Trois mille exemplaires sont mis en vente. Le missionnaire-imprimeur écrivait à cette occasion : « Je ne veux pas prophétiser, mais «Je ne puis croire que la Parole de Dieu soit à «€ Jamais exterminée de ce pays, ni que le nom de Jésus € y soit jamais oublié. »

Sans perdre: de temps, les missionnaires se mettent immédiatement à l'impression de l’Ancien Testament.

C'était le moment, en effet, où la reine Ranavalona l*, pour en arriver à ses fins avec la jeune Eglise,

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