CHAPITRE If
Rôle de la Bible pendant la persécution (1835-1861) Fin du règne de Ranavalona l'°
C’est en 1828 que, Radama étant mort, Ranavalona I" était montée sur le trône à la suite d’une intrigue de palais. |
La nouvelle reine avait bien commencé par déclarer qu’elle respecterait la liberté de tous ; mais bientôt l'on s’'aperçut qu'elle n'aimait pas les chrétiens et qu'elle allait les traiter en ennemis, et cela comme malgache afin d'assurer l'indépendance de son pays, et comme paienne afin de conserver la religion de ses ancétres.
En 1835 la persécution commence ; en 1836 tous les missionnaires, forcés de quitter Madagascar, se rendent à Maurice.
Que va devenir cette jeune Eglise malgache sans ses « père et mère » ? Qui va soutenir leur foi ? Qui va donner la force et le courage nécessaires aux membres
de cette Eglise persécutée en l’absence de ses conducteurs spirituels ?
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Questions naturelles, mais terriblement angoissantes, pour ceux-ci qui connaissaient mieux que personne le caractère pusillanime des Malgaches desquels on pourrait dire que « la crainte du gouvernement est le commencement de la sagesse ».
Radama I
Qui en un mot soutiendra, instruira, encouragera, fortifiera les membres de cette Eglise sous la Croix ? Qui ? — La Bible.
« La Bible, a-t-on écrit, fut le combustible qui, pen-
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dant plus d'un quart de siècle, alimenta le feu sacré à Madagascar. »
Ces paroles sont-elles justes ? Se sont-elles réalisées ? Vous en jugerez par les faits que je vais vous rappeler. Ce ne sont pas les plus beaux peut-être, car jai dû me limiter strictement à mon sujet, mais ce sont ceux qui vous montreront le plus l’action de la Bible sur ceux qui souffrirent pour leur foi. Et quel beau parallèle nous pourrions tracer entre l'histoire de la persécution de l'Eglise malgache sous Ranavalona I et celle de nos Eglises cévenoles sous Louis XIV !
Je ne relèverai que deux traits :
1. Le soin que prirent les Malgaches de cacher leurs Bibles pour les soustraire à leurs persécuteurs ;
2. Le cas qu'ils faisaient des enseignements de la Bible dans les circonstances difficiles qu’ils traversaient.
Les Livres Saints étaient cachés dans des troncs d’arbres, dans la terre, dans des endroits inaccessibles, dans des grottes qui servaient d'hôpital aux varioleu ï
Et pourtant, savez-vous à quoi s’exposaient ceux qui étaient trouvés propriétaires du volume divin ? — A la confiscation de leurs biens, à la prison, à l'esclavage, à l'exil, où ils étaient conduits enchaînés, à l'épreuve du tanguin et même à la mort. Et quelle mort ! l’'empoisonnement, la lapidation, le feu, tandis que d'autres étaient percés de sagaies et que les derniers étaient précipités du haut des rochers.
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Quant au cas qu'ils faisaient des enseignements de la Bible dans les circonstances tragiques qu’ils traversaient, vous allez en juger par les quelques exemples que je vais faire passer sous vos yeux :
1° Nous voici au Vonizongo (60 kilomètres au nord de Tananarive) ; quelques chrétiens ont appris qu’un chef païen Sakalave est disposé à entendre l'Evangile ; en pleine persécution, ils lui délèguent trois des leurs : Raberahaba, sa femme Rasoanjanahary et Ratsipahina qui part avec son domestique et sa Bible. Sous prétexte d'avoir oublié la sienne, Rasoanjanahary retourne sur ses pas et dénonce son mari et son ami en disant : « Raberahaba et Ratsipahina vont chez les Sakalaves y fomenter et organiser une révolte contre la reine qui persécute les chrétiens... Du reste, ajoute-t-elle comme preuve dernière, ils ont une Bible ». On les poursüit, on les atteint d'autant plus facilement qu'ils ne se doutent de rien, on les fouille et on trouve en effet la Bible de Ratsapahina.
Ramenés à la capitale, ils se défendent avec énergie d'aller fomenter une révolte, déclarant bien haut que leur unique but, en allant chez les Sakalaves, est l’'évangélisation de cette tribu païenne, car, proclament-ils hautement : « Nous sommes chrétiens ». Quelques jours après ils sont condamnés à mort et exécutés. |
2% Voici une véritable « Assemblée du Désert ».
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C'est sur la montagne d’Andingitra que viennent se réunir les Malgaches persécutés, privés de leurs lieux de culte, accourant de toutes parts. Dans ces cultes du désert, il n'y a pas de prédicateur éloquent. Ce qui enthousiasme les auditeurs, c’est la lecture pure et simple de la Bible.
Comme ils aiment leur Bible ! Pour eux, «elle est plus douce que le miel » et « plus désirable que l'or ».
3° Et quels étaient les textes choisis par ces pauvres et ignorants prédicants malgaches ?
Qui étaient-ils euxmêmes ?
— C'était quelquefois un esclave qui présidait le culte à la satisfaction
Femmes Hova de tous et qui prenait
pour texte ces paroles
de Josué : « Faites disparaître les dieux qu'ont servis vos pères... Choisissez aujourd’hui qui vous voulez. servir. » (Josué XXIV, 14, 15). Ah! ce n'étaient pas des prédicateurs qui conseillaient la prudence, l’effacement, ou qui atténuaient les différences entre « la religion des ancêtres » et celle de Jésus-Christ. Non, tous