Troghon, ouvrage cité, p
3. Pars \, Disû. IX, c. 6 : utveterum. Gonf. Hier., ad Lueinium Baett" eum^ Ep. 71 (Vallarsi).
3. Tractatus de accentu dubio, Bibl. nat., Mss. lat. 7624 et 8175.
4. Pages 486-490, Epistola anonymi ad Hugonem amicum suum. De ffiodo et ordine legendae Saerae Paginae.
tite, c'est-à-dire qu'elle doit se faire suivant l'histoire, suivant l'allégorie, et suivant la morale. La sainte Écriture doit être parcourue d'abord trois ou quatre fois selon l'histoire, et dans cette lecture on doit s'attacher à remarquer les passages qui ne peuvent pas être compris suivant la lettre, afin que, par l'étude de l'histoire, l'étudiant soit amené, quoi qu'il en ait, licet invitus, à l'intelligence de l'allégorie. Les auteurs indiqués pour faciliter l'intelligence des mots inconnus, sont : le livre des Étymologies d'Isidore, X Explication des noms hébreux de saint Jérôme, <t le livre des Dérivations, qui se trouve dans les grandes bibliothèques, et le livre qu'on appelle Partionnaire ou Glossaire, et qui explique d'autant plus de mots inconnus, qu'il est plus ancien. » L'auteur veut que l'on fasse des sommes ou résumés de ce qu'on aura lu, et qu'on les apprenne par cœur. Le commençant devra lire d'abord le Pentateuque et les livres historiques, en étudiant en même temps Josèphe et l'auteur qu'on appelle Égésippe. Il s'éclairera, dans cette étude, de la lecture du livre de saint Augustin sur les Questions du Vieux Testament. Une fois pénétré du contenu des livres historiques, l'étudiant en Écriture sainte passera aux Prophètes. Puis il lira Esther, Esdras, les Macchabées, Judith et Tobie. Viendront ensuite la Sapience, les Proverbes, l'Ecclésiastique, et enfin le Psautier, Job et le Cantique des Cantiques, pour lesquels l'intelligence littérale ne sert de rien.
Il sera temps alors de commencer la lecture du Nouveau Testament. Pour l'étude des Évangiles, il faudra consulter la Description de la Palestine, de saint Jérôme, et la Concordance des Évangiles. A la lecture des Épîtres et de l'Apocalypse, il faudra joindre l'étude des sacrements
de l'Église d'après Hugues de Saint-Victor, la connaissance des vertus cardinales et des vices qui leur sont contraires, l'intelligence des cérémonies de l'Église. Enfin il sera permis d'aborder sans crainte, intrépide, Y étude du sens moral et allégorique, qui procurera à l'esprit ravi des jouissances toujours nouvelles. Sicque demum felici etdelectabili proventu, animus exultanter exhilaratus novis instnictionibus morum medilandis vacabiL
Telles étaient, au treizième siècle, les règles suivant lesquelles on expliquait et on étudiait la Bible dans les écoles religieuses de notre pays.
On peut dire que dans les derniers siècles du moyen âge, les Pères de l'Église, dont les lumineux commentaires sur la Bible remplissaient cependant les bibliothèques, n'étaient plus guère lus. Certains extraits de leurs ouvrages, conservés dans la célèbre Glose ordinaire de l'abbé de Reichenau, Walahfrid le Louche, formaient toute la bibliothèque des lecteurs qui expliquaient la Bible aux jeunes religieux, comme des prédicateurs, qui allaient chercher dans de semblables recueils la fleur des apphcations mystiques. Les grands théologiens du moyen âge eux-mêmes sont si rarement cités dans les traités d'exégèse les plus en faveur, qu'on est en droit de croire que, même dans leurs ordres, on les lisait fort peu. Un auteur qui n'est pas sans mérite, le « docteur des docteurs », comme l'appelaient ses élèves, Ansel ou Anselme de Laon, avait tenté, au commencement du douzième siècle, de ramener l'exégèse au sens littéral. Ses Gloses interlinéaires, qui ne sont guère qu'un extrait de la Glose marginale ou ordinaire, nous paraissent encore sèches et inutiles, et nous serions tentés de le traiter, avec Abélard, de <t figuier
stérile », et de dire avec son illustre élève : (n Le feu qu'il allumait donnait plus de fumée que de lumière. ^ L'écolâtre de Laon a pourtant mérité d'être, avec l'auteur de la Glose et avec Nicolas de Lire, le commentateur le plus lu et le plus goûté du moyen âge.
Quant au célèbre franciscain, on sait le succès immense de ses Postilles. Le proverbe disait :
Si Lyra non lyrasset, Totus mundus delirasset.
Les luthériens l'ont plus tard célébré (ils ne l'avaient sans doute pas lu) comme un précurseur de la Réforme :
Si Lyra non lyrasset, Lutherus non saltasset.
Cet enthousiasme paraît bien exagéré à celui qui a quelquefois cherché, dans les commentaires du moine normand, un peu de lumière, une intelligence droite du sens vrai de la Bible. Mais l'opposition même des scolastiques qui s'attaquent avec passion à Nicolas de Lire, et qui défendent avec acharnement contre lui l'allégorie et le quadruple sens du texte biblique, montre qu'il s'agissait en cette querelle d'une véritable réforme dans l'exégèse de la Bible, du retour à la lettre, c'est-à-dire au sens naturel des mots. A vrai dire, cette réforme n'était encore qu'un désir, et Lira n'a guère exercé d'influence réelle sur ses contemporains.
La Postille de Nicolas de Lire se trouve presque toujours accompagnée, dans les manuscrits et dans les plus anciens textes imprimés, d'un livre bien peu connu, mais bien intéressant, et qui a plus servi que l'on ne pense à l'étude de la Bible à la fm du moyen âge, particulièrement
dans l'ordre des frères mineurs : ce sont les Commentaires sur les prologues de la Bible, par Guillaume le Breton.
Singulière figure que celle de ce moine franciscain, de ce petit homme furibundus et impatiens, qui se permettait d'élever la voix à table devant le général de son ordre, et auquel le frère Salimbene, qui l'avait rencontré en 1247 à Vienne et à Lyon, appliquait le proverbe de son temps :
Vix humiUs parvus, vix longus cum ratione, Vix reperitur homo rufus sine proditione.
Guillaume le Breton, qui était fort mauvais versificateur, a mis ses vers partout. Mais son Commentaire sur les prologues de saint Jérôme, ce premier essai d'une introduction à la Bible, nous montre un homme fort supérieur, par la science et par l'élévation de l'esprit, au plus grand nombre de ses contemporains. Nicolas de Lire estimait beaucoup son livre, qu'il trouvait valde sufj^ciens. Il serait temps que l'on sût combien lui doivent tous les compilateurs qui ont écrit après lui.
La principale source de toute l'érudition des moines et des curés du quatorzième et du quinzième siècle est à chercher dans les dictionnaires de la Bible, dont tant d'exemplaires se trouvent dans nos bibliothèques, et dont la monotone lecture devient moins aride et moins ingrate lorsqu'on s'habitue à y voir les encyclopédies des couvents du moyen âge. A parcourir la série, d'un intérêt toujours décroissant, de ces livres dont chacun compile le précédent et lui est inférieur en exactitude, on peut se faire une juste idée de la décadence des études, du huitième siècle jusqu'à la Renaissance, décadence dont se -rend fort bien compte l'auteur du plan d'études que nous avons repro-
— déduit plus haut, lorsqu'il dit: « Un glossaire est d'autant plus complet qu'il est plus ancien. y>
Une obscurité profonde environne aujourd'hui ces produits, autrefois si populaires, de l'érudition monastique. Pour décharger ces quelques pages d'un appareil scientifique trop considérable, nous avons cru devoir rejeter, dans un court traité, que nous imprimons en même temps que cette étude, les discussions de manuscrits et de dates relatives à cette littérature si peu connue*. C'est dans cette dissertation que nous engageons ceux que cette étude pourrait attirer, à chercher les preuves de ce que nous avançons et l'indication exacte des manuscrits que nous citons.
Il existe à la Bibliothèque nationale de Paris, au fonds Saint-Germain, un superbe manuscrit du huitième ou du neuvième siècle, écrit d'une belle écriture lombarde. L'ouvrage que contiennent ces deux volumes n'est pas autre chose que ce trésor de science universelle, le Vieux Glossaire, que le moyen âge attribuait à un célèbre évêque de Constance, Salomon III, qui fut en même temps abbé de Saint-Gall et de Reichenau, ou à son précepteur, maître Ison, qui mourut en 871, et dont les curieuses Chroniques de Saint'Gall racontent l'intéressante histoire. En réalité, notre glossaire, qui est, après le Hvre des Étymologies d'Isidore de Séville, la principale source de l'érudition monastique, paraît avoir pour auteur un évêque goth qui se nommait Ansileube.
Ce vieux glossaire connaît tous les Pères et tous les auteurs anciens, il cite les Gloses, les « livres des arts », ceux des « médecins » et des « physiciens. » On ne peut
1. De glossariis ae compendiis exegeiicis quibusdam medii aevi, Paris, 1879, in-8r
concevoir une encyclopédie plus complète, et dont la science soit d'un meilleur aloi, que cet immense recueil du huitième siècle, dont les nombreux résumés ont fourni la matière de tous les dictionnaires du moyen âge et de plusieurs des commentaires de la Bible les plus répandus. En l'an 1053, le Lombard Papias refondait le vieux glossaire, et son ouvrage, fort volumineux, n'est plus guère, malgré certains éléments nouveaux et curieux, qu'un travail de seconde main. Il est bien plus imparfait encore, tel que l'ont publié, depuis 1476, tous les éditeurs. Dans les plus anciens manuscrits, du moins, la marge du livre porte, à chaque citation, les noms des auteurs, et celui qui est le plus fréquemment cité, c'est VActor, « l'auteur » par excellence, le rédacteur du Vêtus Glossarium. Le livre de Papias commence par une préface, dans laquelle un père s'adresse, dans un langage simple /et naturel, à ses fils, dont il paraît éloigné: « Mes fils, leur dit-il, vous deux que je chéris, j'aurais dû s'il m'eût été possible, j'aurais pu si la grâce du Christ avait favorisé mon désir, vous instruire de bouche dans les sciences que je connais. Mais puisque, par l'effet de quelque péché, ou par la grâce d'un Dieu qui a mieux pourvu à notre bien, nous sommes séparés pour le présent, j'ai voulu, mes enfants, mériter d'être appelé votre père, et si je n'ai pu vous instruire de vive voix, j'ai résolu du moins de réunir, par les signes qui représentent la parole, quelques éléments pour votre instruction.... » Lq Rudiment de Doctrine (tel est le nom que Papias a donné à son dictionnaire) fait encore honneur à la science de son auteur, comme le Livre des DérivationSy que recommandait aux jeunes moines le plan d'études dont nous avons parlé, fait honneur à l'esprit in-
BEROER. 2
ventif d'Hugution : c'est ainsi que Ton écrivait le nom du Pisan Uguccione, l'évêque de Ferrare, de ce savant canoniste qui a été le précepteur d'Innocent III et le premier commentateur du Décret. On ne trouvera rien de neuf dans les Derivationes majores, sinon les singuliers essais d'étymologie qui en forment la partie la plus curieuse. C'est Hugution qui fait venir asinus de sedeo, parce qu'on « s'asseoit » sur les ânes, ou A' a, privatif, et de senos (!), sens, parce que l'âne est dépourvu de sens ; c'est lui qui a découvert la fameuse dérivation : Per contrarium dicitur lucus a lucendo... Son singulier ouvrage a pourtant servi pendant trois cents ans de manuel et de guide pour l'étude de la Bible. Mais la création des ordres mendiants amène la division dans l'exégèse, et bientôt chaque ordre a ses manuels comme ses docteurs. Le guide biblique usité parmi les frères mineurs est pauvre, court et maigre. Il semble difficile de ne pas reconnaître dans ce livre le Partionnaire dont tout à l'heure nous rencontrions le nom, aussi bien que les Parts, que Rabelais mentionne après Hugution, Hébrard Grécisme, et le Doctrinal * ; et en effet il commence par ce vers :
Difficiles studeo partes quas Biblia gestat Pandere...
La Summa Britonis, le vocabulaire de la Bible, de ce Guillaume le Breton qui nous est déjà connu par son In* troduction à la Bible, servira pendant longtemps à l'enseignement dans les écoles des frères mineurs ; son auteur compile Hugution comme Hugution a fait de Papias. Mais les dominicains sont un ordre plus riche. L'un des leurs,