‹ La Bible dans l'IndeChapitre 1 sur 77 · La Bible dans l'Inde · texte numérisé non relu

La Bible dans l'Inde

Les nations périssent par le rêve, la contemplation, les privilèges de caste, et le despotisme religieux.

L'Espagne vient de faire sa révolution contre le cierge et l'eau bénite... Attendons, avant déjuger!

L'Italie ne peut parvenir à constituer son unité.

Rome se prépare à condamner dans un concile général toutes les conquêtes de l'esprit moderne, libre arbitre, liberté de conscience, indépendance des pouvoirs civils, etc....

L'excommunication essaye de rajeunir ses foudres impuissantes, et de courber sous son joug, les empereurs, les rois et les peuples.

Les évêques anglais tentent au nom de Luther d'établir une unité de dogme qui leur donnerait la puissance, et ils proscrivent Colenso (1).

L'Angleterre étouffe les gémissements de l'Irlande.

Les sectateurs d'Omar luttent au nom d'Allah pour proscrire les réformes qui pourraient sauver la Turquie, et ils massacrent les Cretois.

La Pologne n'existe plus, le sabre moscovite a réalisé la prédiction de Kosciusko mourant.

(1) Évêque de Natal, qui a nié la divinité du Christ,

2 PBÉFACB

Le czarde Bussie est pape.

Et cependant I entrez dans les églises, dans les temples, dans les mosquées, partout on place sous l'égide de Dieu l'intolérance et les persécutions.

Ce n'est plus le fanatisme du moyen âge, car la foi est morte, c'est Ihypocrisie qui va remuer les arsenaux du passé pour y trouver des armes qui puissent eucore faire peur aux peuples, et les courber à deux genoux, dans la poussière des ténèbres et de l'oubli.

Oui ! mais la liberté est un arbre fort et jeune, et plus on taillera ses rameaux, plus on lui donnera de force pour l'avenir.

Seule la France possède l'égalité, sa sève est toujours vivace et puissante : qu'elle marche donc sans secousses, sans révolution, à la conquête pacifique de ses libres institutions.

Les secousses n'ont produit jusqu'à ce jour que des temps d'arrêt, des divisions et la peur de la liberté!

Mais pourquoi, au milieu de tous ces bruits qui l'entourent du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, semble-t-elle parfois hésiter?... qui entrave sa marche?... Que craint-elle I...

Est-ce que la jeune génération, est-ce que la France nouvelle n'est pas là pour renier les impuissances d'un passé dont elle ne veut pas le retour, et pour suivre hardiment le drapeau qui. faisant un pas de plus en avant, lui assurera la vie libre à l'intérieur et le respect au dehors.

Donc en avant I

Le temps des agitateurs et destribuns religieux est passé. Nous savons ce que valent les oligarchies cléricales qu'on place sur le pouvoir^ et combien facilement, au lendemain du succès, elles se retournent contre les principes de ceux qui les ont élevées.

PRÉFACB 3

Nous ne leur tiendrons plus la chaise curule.

Et puisque nous commençons à marcher... aidons loyalement et courageusement à la marche.

En face de Tintolérance qui relève la tête, et de toutes ces luttes religieuses qui divisent TEurope, je viens vous dire la vie d'un peuple qui fut grand entre tous, par sa ci-^ vilisation, ses lois et sa morale, et dont les-prêtres ont creusé le tombeau.

Je viens vous dire comment l'humanité, après s'être élancée jusqu'aux régioDs les plus élevées de la critique philosophique et de la libre raison, sur la vieille terre de rinde, a été asservie et étouffée par Tautel qui a substitué, à la vie intelligente, l'abrutissement, l'impuissance et le rêve.

Le concile va se réunir, tous les ennemis de la liberté se préparent à la lutte suprême, et je me lève pour leur montrer d'où ils tirent leur origine, leurs livres saints et leur révélation. Et je me lève pour dire au gouvernement et à la France :

Prenez garde aux héritiers des brahmes indous.

Eux aussi ont commencé par la pauvreté et l'abnégation, et ils ont fini par l'opulence et le despotisme.

Écoutez ce que le missionnaire catholique Dubois a écrit sur les anciens brahmes : on ne peut certes le suspecter de partialité.

« La justice, l'humanité, la bonne foi, la compassion, le désintéressement, toutes les vertus enfin leur étaient familières, il les enseignaient aux autres par leurs discours et leurs exemples ; de là vient que les Indous, professent, au moins dans la spéculation, à peu près les mêmes principes de morale que nous (1). »

(1) Mœurs des Inàes, par l'abbé Dubois, t. II.

C'est ainsi qu'ils gagnèrent les peuples à la divine parole de Chritsna, dont ils firent un marchepied à leur puissance, et quand les rajahs, qui leur avaient tout sacrifié, voulurent s'affranchir de leur tutelle, ils ne se soulevèrent que pour retomber esclaves. Terrible enseignement du passé que l'avenir doit mettre à profit I

Entourons de respect l'autel que surmonte l'image du Créateur, repoussons l'autel qui arbore cette devise :

Domination des gouvernements, asservissement des peuples.

L'Inde est le berceau du monde, c'est de là que la mère commune, en faisant rayonner ses fils jusque dan^ les contrées les plus occidentales, nous a légué à tout jamais comme signe de notre origine, sa langue et ses lois, sa morale, sa littérature et sa religion.

Les émigrants auront beau s'enfoncer dans les froides et brumeuses contrées du Nord, ou traverser la Perse, l'Arabie et l'Egypte, loin de cette terre du soleil qui leur a donné naissance; en vain ils oublieront le point de départ, leur peau restera bronzée ou deviendra plus blanche au contact des neiges de l'Occident; des civilisations fondées par eux, de splendides royaumes tomberont pour ne laisser debout que quelques ruines, quelques tronçons de colonnes sculptées; de nouveaux peuples renaîtront de la cendre des premiers; de nouvelles cités s'élèveront sur l'emplacement des anciennes, et rien, ni bouleversements, ni invasions, ni révolutions, rien ne pourra effacer le signe originel.

La science admet aujourd'hui, comme une vérité qui n'a plus besoin de démonstrations, que tous les idiomes de l'antiquité ont pris naissance dans Textrème Orient; grâce aux travaux des Indianistes nos langues modernes y retrouvent leurs racines et leurs bases.

N'est-ce pas hier que le regretté Burnouf disait à ses élèves à la suite d'un de ses cours : « Combien nous comprenons mieux le grec et le latin depuis que nous étudions le sanscrit ! »

N'est-ce pas aujourd'hui qu'on rattache à la même origine les langues slaves et germaniques.

Manou a inspiré les législations égyptiennes, hébraïques, grecques et romaines, et son esprit domine encore l'économie entière de nos lois européennes.

Cousin a dit quelque part : «« L'histoire de la philosophie de rinde est l'abrégé de l'histoire philosophique du monde. »

Mais ce n'est pas tout :

Les tribus émigrantes avec leurs lois, leurs usages, leurs coutumes et leur langue emportèrent également leur religion. Elles conservèrent un souvenir, pieux des dieux de la patrie qu'on ne devait plus revoir, des dieux du foyer domestique que l'on avait brûlés avant de partir pour toujours.

Aussi, en remontant à la source, retrouvons -nous dans l'Inde toutes les traditions poétiques et religieuses des peuples anciens et modernes. Le culte de Zoroastre et les symboles de l'Egypte, les mystères d'Eleusis et les prêtresses de Vesta, la Genèse de la Bible et ses prophéties, la morale du philosophe de Samos et le sublime enseignement du philosophe de Bethléem.

Ce livre vient vulgariser toutes ces vérités qui ne s'a-

gitent aujourd'hui qiie dans les sommets de la science, ces vérités que beaucoup ont entrevues sans doute, sans oser les produire.

C'est l'histoire de la révélation religieuse, transmise à tous les peuples, dégagée le plus possible des fables qu'y ont ajoutées l'ignorance et la soif de dénomination des lévites de tous les temps.

Je sais quelles haines je vais soulever, mais je les attends sans crainte. On ne brûle plus comme au temps de Michel Servin, de Savonarole et de Philippe II d'Espagne, et la libre pensée peut se produire dans un pays libre. C'est tout ce que je voulais dire au lecteur qui ouvrira ces pages.

Page 1