‹ La Bible dans l'IndeChapitre 11 sur 77 · L*INDE EN FAOE DES TEMPS ANCIENS · texte numérisé non relu

L*INDE EN FAOE DES TEMPS ANCIENS

probablement celui qu*on désigne soirs le nom de Vriddha- Manava ou ancien Code de Manou, et qu'on n'a pu encore reconstituer en entier, bien que de nombreux passages de ce livre aient été conservés par la tradition et cités souvent par les commentateurs.

Ainsi les Brahmes abrégèrent Manou et en firent un soutien de leurs nouvelles doctrines. Ce qui leur importait surtout était que les castes ne pussent franchir la ligne de démarcation par eux tracée, pour former un peuple qui eût pu réclamer son indépendance. Dans ce but ils prohibèrent non-seulement les mariages entre les castes différentes, mais encore toutes les associations, toutes réunions, de quelque nature qu'elles fussent.

On ne put même prier, manger ou se divertir qu'avec les gens de sa propre condition, et cela sous peine de dégradation et de bannissement.

Manava-Dharma-Sastra, livre X, slocas 96 et 97 :

« Que l'homme de basse naissance qui vit en se livrant aux occupations des classes supérieures, soit à l'instant privé par le roi de tout ce qu'il possède et banni.

« Il vaut mieux s'acquitter de ses propres fonctions d'une manière défectueuse que de remplir parfaitement celles d'un autre, car celui qui vit en accomplissant les devoirs d'une autre caste perd sur-le-champ la sienne. »

Cette prohibition atteignit les Brahmes et les rois aussi rigoureusement que les gens de basse extraction. On conçoit qu'il y avait nécessité plus urgente encore à ce que le mauvais exemple ne pût venir d'en haut.

.Manava-Dharma-Sastra, livre X, slocas 91 et suivants :

M Si le brahme se fait marchand de grains au lieu de les employer à préparer sa nourriture et à en faire des oblations, qu'il revienne lui et ses descendants dans le corps d'un ver immonde au milieu des excréments d'un chien.

M S'il vend du sel, de la chair ou de la laque, il encourt

la dégradation ; s'il vend du lait, il tombe immédiatement dans la caste des soudras.

« S'il vend d'autres marchandisets moins dégradantes, au bout du septième jour il devient Vaysias.

« Le brahme devra plutôt mendier que de se livrer au moindre travail des mains et s'abaisser au niveau de l'artisan. »»

Même ouvrage, sloca 102 et suivants :

« Le brahmane qui est tombé dans la misère doit recevoir de qui que ce soit; car, d'après la loi, il ne peut pas advenir que la pureté parfaite soit souillée.

u En enseignant la sainte Écriture, en dirigeant des sacrifices, en recevant des présents dans des cas interdits, les brahmes ne commettent aucune faute; s'ils sont malheureux, ils sont aussi purs que l'eau ou le feu.

« Celui qui, se trouvant en danger de mourir de faim, reçoit de la nourriture de n'importe qui, n'est pas plus souillé par le péché que l'éther subtil par la boue.

« Adjigarta, étant affamé, fut sur le point de faire périr son fils Sounahsèpha; cependant, il ne se rendit coupable d'aucun crime, car il cherchait un secours contre la famine. »

Le commentateur Collouca Batta dit que Adjigarta attacha son fils à un poteau pour l'offrir en holocauste au Seigneur, mais que ce dernier, satisfait de son obéissance, arrêta son bras. -Nous reviendrons sur cette légende qui trouvera même sa place aux origines bibliques.

« Vamadèva, qui savait distinguer parfaitement le bien et le mal, ne fut nullement rendu impur pour avoir désiré, dans un moment où il était pressé par la faim, manger de la chair d'animaux immondes.

« Le rigide pénitent Bharadwadja, étant tourmenté par la faim, et seul dans une forêt déserte avec son fils, accepta plusieurs vaches de Thumble artisan Vridhou.

** Viswamitra, qui fut un saint personnage succombant

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de besoin, se décida à manger la caisse d'un chien qu'il avait reçue d'un fossoyeur. »»

On peut voir, d'après ces passages, si l'interdiction de tout travail, qui les eût fait déroger et perdre de leur prestige aux yeux de la foule, fut sévèrement formulé pour les brahmes.

U en fut de même pour les rois et toutes les autres castes; rien ne fut égalé comme crime à la tentative de changer de situation, punie en ce monde par la dégradation et Tinfamie, et dans l'autre par la migration des âmes souillées de ce forfait dans le corps des animaux les plus immondes.

A partir de ce moment, la brillante civilisation de Tlnde s'arrête, l'ignorance s*empare des masses qui, oublieuses de leur passé glorieux, ne songeant qu'à la satisfaction de leur sens, se plongèrent dans la corruption la plus éhontée, corruption favorisée par les prêtres au profit de leur influence.

Et seuls les Brahmes gardèrent par devers eux les antiques traditions philosophiques, religieuses et morales qui devinrent un sujet d'études privilégié pour cette caste, et un moyen de conserver les rois sous leur domination, par le double prestige du respect religieux et de la science.

Au culte religieux simple et pur de la révélation primitive et des Vedas, ils substituèrent peu à peu pour la foule l'adoration de personnages nombreux qui, sous le nom de devas ou anges et saints, étaient regardés les uns comme les agents immédiats entre Dieu et ses créatures, les autres comme des Brahmes qui, après avoir vécu sur la terre dans la pratique de toutes les vertus, étaient allés s'absorber dans le sein de la divinité.

Brahma, la pure essence divine, n'eut bientôt plus d'autels, et les prières des mortels durent, pour parvenir à lui , s'adresser à ces êtres inférieurs dont les images

peuplèrent les pagodes et les temples, et que Boudha vint essayer de renverser plus tard par une réforme qui n'est pas sans analogie avec celle tentée par Luther au moyen âge.

Ce fut le coup le plus terrible porté à Tancienne société indoue, la dernière main mise à cette œuvre de décadence et de décrépitude dont nous aurons bientôt Toccasion d'étudier les effets.

Le. prêtre se renferma dans le dogme et le mystère, se prétendit le seul gardien, le seul dispensateur de la vérité en matière morale et religieuse, et, appelant à son aide les lois civiles qui se mirent servilement à sa disposition, bannit la libre pensée et la raison, courba toute volonté, toute liberté sous la foi, et imagina, enfin, ce fameux adage qui depuis a su faire un assez beau chemin : « Qu'il n'y avait rien de plus agréable à Dieu que de croire sans comprendre ; que de s'incliner sans savoir; que d'apporter sur le parvis de ses temples une intelligence privée de ce qui constitue Tintelligence, c'est-à-dire l'examen et la croyance raisonnée. »

Nous allons voir bientôt l'Egypte, la Judée, la Grèce, Rome, toute Tantiquité, enfin, copier la société brahmanique dans ses castes, ses théories, ses opinions religieuses, et adopter ses Brahmes, ses prêtres, ses lévites comme elles avaient déjà adopté le langage, la législation et la philosophie de l'ancienne société des Vedas d'où leurs ancêtres étaient partis pour aller semer dans le monde toutes les grandes idées de la primitive révélation.

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