‹ La Bible dans l'IndeChapitre 18 sur 77 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

BOMB BT SES CASTES

C'est presque une vérité qui n'a pas besoin de démonstration que de faire remonter à l'Asie les origines de Rome.

Italus, dit la légende, fuyant l'Asie Mineure avec les Troyens vaincus , vint s'établir sur le sol de l'Italie et lui donna son nom. Quelques tribus grecques, ayant du reste le même berceau, aidèrent plus tard à la colonisation.

On pourra dire que nous relevons ici des preuves empruntées précisément à ces époques héroïques et fabuleuses que nous prétendons renverser; la réponse est facile. Soutenant que ces temps héroïques et fabuleux ne sont que des traditions indoues et asiatiques , les admettant comme un souvenir de l'origine commune, ce devient, on le conçoit, une bonne fortune pour notre raisonnement, que de rencontrer sur chaque coin de terre colonisée la légende qui fait venir de l'Orient le colonisateur. Et si de cette légende viennent se dégager des institutions et des mœurs, accusant mieux encore cette filiation et cette origine, ne sommes>nous pas en droit de soutenir que nous avons fait la lumière aussi complète que possible ?

Nous avons vu que Rome devait à l'Inde ses grands principes de législation. Si le latin, de même que le grec, n'est aussi, comme la science moderne Tadmet, qu'un dérivé du sanscrit ; si, comme cela est incontestable, l'Olympe romain n'est qu'une émanation de l'Olympe grec, qui lui-

l'inde en face des temps anciens 105

même a pris naissance dans les mystères de l'Inde, de la Perse et de l'Egypte , que nous restera- t-il à dire pour rendre encore plus vraie la vérité?

Rome n a-t-elle pas eu ses castes, comme les nations plus anciennes ses devancières ? Et si ces divisions eurent une moindre importance et furent plus facilement renversées, ne doit-on pas attribuer ce résultat à l'infiltration d'un sang plus jeune sur une terre plus riche, plus énergique, produisant moins facilement sans doute les choses nécessaires à la vie, mais par cela même exigeant plus de travail et plus de force?

Est-ce que cette constitution du peuple romain en prêtres, sénateurs, chevaliers et prolétaires ne vous représente pas, quoique affaiblie, Timage de la société indoue? Est-ce que les mêmes impossibilités de sortir de la classe où'l'on était né, pour s'élever jusqu'à une plus relevée, n'avait pas été décrétées ? Est-ce que l'on ne sent pas enfin, au début de cette civilisation nouvelle, surgir les mêmes envies de domination par l'esclavage et l'abrutissement systématique dee masses ?

Et si nous recherchons où Rome pouvait avoir puisé l'idée de ces institutions, nous trouvons qu'elle avait envoyé ses législateurs, ses sages, en Grèce, en Egypte, et sans doute même en Asie, pour aller puiser à ce grand foyer de lumières, qui de l'Orient avait illuminé le monde ancien tout entier?

A cette époque, les traditions vieillies du brahmanisme s'écroulaient de toutes parts. Boudha, il est vrai, venait d'être expulsé de l'Indoustan, mais il avait porté aux sectateurs de Brahma un coup dont ils ne devaient pas se relever. Zoroastre révolutionnait l'Inde occidentale et la Perse; à l'ère sacerdotale avait succédé en Egypte la période monarchique, et la Grèce , rejetant les nuages du passé, préparait ses institutions républicaines. On comprend que la tentative faite à Rome de régénérer cet état

106 LA BIBLE DANS l'INDB

de choses, par le pouvoir des prêtreaet de certaines classes privilégiées, ne devait avoir pour résultât qu'une suite de luttes et de guerres civiles, devant aboutir tôt ou tard à une égalité sociale et politique que les peuples commen- * çaient déjà à entrevoir et à exiger.

En vain, pour conserver le pouvoir, les hautes classes firent-elles luir aux yeux des populations, et pour occuper leur énergie, la guerre et les conquêtes, il leur fallut céder, et peu à peu courber la tête sous le souffle nouveau qui menaçait de les détruire.

Mais si les divisions sociales furent abolies ou virent paralyser leur influence , il ne resta pas moins dans les mœurs et dans les lois des signes ineffaçables de la primitive tradition orientale , qui conservèrent même chez les nations modernes le cachet de leur origine.

Nous ne délaierons point ces réflexions. Aussi bien, le latin n'est-il point là pour se dire hautement issu du sanscrit, et n'avons- nous pas déjà, dans nos précédentes études sur les législations , montré l'influence prépondérante et directe de l'Inde sur ce pays ?

Page 1