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CHAPITRE III

LES PAEiAS d'Egypte et moïse

Nous voici arrivés au point capital de notre œuvre ; sur ce terrain brûlant, où nous allons courageusement attaquer tontes les superstitions, toutes les absurdités que le judaïsme a léguées à nos sociétés modernes» nous apporterons un esprit de critique impartial et ferme, dégagé de tous systèmes et de toute croyance imposée, et n'ayant de respect que pour la vérité.

Les choses dont nous repousserons les impossibilités dans le présent, nous en repousserons les impossibilités dans le passé.

Toutes les fois que le merveilleux sera en lutte avec la raison, nous lui demanderons ses preuves, au même titre que ses partisans les exigent eux-mêmes de la raison.

Qnand nous rencontrerons l'absurde, nous lui dirons simplement : Tu es absurde, et nous passerons.

L'homme n'a changé ni dans sa forme corporelle, ni dans ses facultés, et s'il admet comme vrai dans les temps anciens et fabuleux ce qui le "ferait sourire de pitié aujourd'hui, c'est qu'il n'a pas le courage d'une opinion franche et raisonnée, et qu'il ne sait se défaire du bagage de fables

dont on s'est plu à lui obscurcir l'intelligence dés le berceau.

Nous comprenons parfaitement pourquoi les intolérances modernes se réunissent pour lancer toutes leurs foudres sur la raison, et anathématiser ou excommunier ses conquêtes. C'est que du jour où le libre arbitre deviendrait la seule loi reconnue par toutes les consciences, leur règne finirait par l'impossibilité où elles se trouveraient d'expliquer les contes, les légendes et les pratiques mystérieuses qui font leur force.

Les peuples modernes qui sont devenus colonisateurs ne se sont pas, sur la terre nouvelle à laquelle ils venaient apporter la force et la vie, entourés de fables ridicules. Nul homme ne s'est levé pour leur dire : — Je suis un envoyé de Dieu, et je viens vous apporter la parole qui m'a été révélée.

Allez donc demander aux Australiens et à la libre Amérique comment ils eussent reçu Boudha ou Manou, Zoroastre ou Moïse.

Si c'est grâce au développement de l'intelligence et du libre examen que de pareils faits n'ont pu se produire chez ces peuples nouveaux, ne sommes-nous pas en droit de dire que c'est grâce à l'ignorance des masses, à l'esclavage et aux divisions de caste, qu'ils ont pu se produire chez les peuples anciens?

Cette vérité est tellement vulgaire qu'on sent en l'avançant qu'elle n'a pas besoin de preuves.

Puissent nos frères qui sont allés par-delà l'Océan, sur une terre vierge de toutes les obscurités du passé, de tout despotisme sacerdotal, nous aider par leur exemple à affranchir bientôt l'autorité civile de l'influence religieuse, et cela dans toutes les constitutions de l'Europe.

Le progrès ne peut être qu'à ce prix, et il est impossible de rêver encore une alliance qui n'a su, jusqu'à ce jour,

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qu'enchaîner la pensée, asservir les nations et courber les rois sous sa tutelle.

C'est ce que nous avons vu par l'esquisse rapide des civilisations antiques étouffées sous le brahmanisme, qui de rinde les étreignit toutes; c'est ce que nous verrons plus particulièrement encore par l'étude de toutes les idées religieuses qui, empruntées par la Judée à l'Egypte et à rinde, ont joué dans les temps modernes le rôle anti-civilisateur que nous connaissons.

Ainsi que nous l'avons démontré, l'Egypte reçut de l'Inde, par Manès ou Manou, ses institutions sociales et ses lois, qui eurent pour résultat la division du peuple en quatre castes et placèrent au premier rang les prêtres, au second les rois, puis les commerçants et les artisans, et au dernier échelon social, le prolétaire, le serviteur, presque l'esclave.

Ces institutions et un même droit pénal produisirent, comme dans l'Inde, à l'aide du rejet de la caste prononcé contre les coupables, une classe mêlée, rebut de toutes les autres, qui, déclarée à jamais impure et proscrite, ne put parvenir à effacer la tache indélébile que la loi lui avait imprimé au front.

Ces rejetés de la caste, ces parias de l'Egypte, soulevés par Moïse, qui leur fit entrevoir la liberté, donnèrent naissance aux Hébreux, à cette nation appelée pompeusement le peuple de Dieu.

Il est impossible de se former une autre opinion sur la régénération de cette race asservie, lorsqu'on étudie, soit dans le.ur ensemble, soit dans leurs détails, toutes les sociétés de cette époque.

Si l'Inde eut ses parias, la Grèce eut ses ilotes.

Si l'Egypte eut ses déclassés, Rome eut sa caste servile, à qui elle refusa longtemps le titre de citoyen.

11 fut complètement dans l'esprit des peuples anciens de se créer des esclaves, soit par la conquête, soit par la dé-

gradation des criminels, que l'on rejetait du sein de la société jusque dans la personne de leurs descendants. Et, si nous faisons descendre les Hébreux des Egyptiens chassés de leurs castes, c'est qu'en fouillant les traditions historiques les plus reculées, il n'apparaît pas qu'ils aient pu être réduits en servitude par les vicissitudes de la guerre, et que, comme peuple, ils ne datent que de Moïse.

Au surplus, il faut choisir entre cette origine rationnelle, conforme à l'état social des civilisations anciennes, et celle que Moïse donne lui-même à son peuple dans les deux premiers livres de la Bible, la Genèse et l'Exode.

Vojons donc ce que dut être ce législateur; de cette étude naîtront des preuves aussi saisissantes qu'il soit possible d'en donner, à près de quatre mille ans de distance, sur une époque que les fables et les légendes de toute nature n'ont pas peu contribué à envelopper de nuages et d'obscurité.

D'après la version que Moïse donne sur sa naissance, les Hébreux s'étant multipliés au point de former une nation dans la nation, et de donner des craintes sérieuses au Pharaon qui régnait alors, ce dernier chercha à les faire périr par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, ordonnant notamment le massacre de tous les enfants mâles qui viendraient à naître ; une pauvre femme, ne pouvant se résoudre à voir tuer son enfant sous ses yeux, préféra l'exposer sur le Nil dans un panier de jonc enduit de bitume.

La fille de Pharaon, qui était descendue sur les rives du Nil pour se baigner avec ses suivantes, aperçut l'enfant et, touchée de compassion, lui sauva la vie, et l'ayant fait emporter dans son palais, elle l'adopta pour son fils.

Cet enfant fut Moïse.

Elevé jusqu'à l'âge de quarante ans à la cour des rois d'Egypte sans qu'on lui ait révélé l'humilité de son origine, il fut, un beau jour, contraint de s'enfuir dans le désert pour avoir tué un Égyptien qui maltraitait un Hébreu.

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Et ce fut là que Dieu vint lui révéler la missian qu'il voulait lui confier.

Je demande à Tesprit même le plus prévenu, s'il n'est pas naturel, logique, de penser que Moïse, élevé par les prêtres, fut initié par eux au culte pur et aux sciences réservés aux hautes classes, et que c'est de là que lui vient la lumière.

Et plus tard, lorsque chassé du palais de Pharaon, soit parce que la tache de sa naissance, cachée par la princesse qui l'avait sauvé, s'était dévoilée, soit parce qu'il avait tué un Égyptien, comme il nous l'apprend, ne comprend-on pas que le ressentiment et le désir de la vengeance ont dû le pousser à chercher les moyens d'émandper la race dont il était descendu ?

C'est alors que, profitant d'une de ces famines terribles qui ravagent l'Egypte lorsque les inondations du Nil qui fécondent cette terre viennent à manquer, ou bien d'un de ces fléaux dévastateurs qui ne sont point rares dans ces contrées, comme la peste ou le typhus, il se présenta devant le prince régnant comme un envoyé céleste, et, attribuant ces maux à la colère divine, il parvint à lui arracher la permission de soustraire les Hébreux à leur malheureux sort.

J'inclinerais plutôt à croire cependant que le soulèvement et la fuite des Hébreux furent dus à une révolution, préparée de longue date par Moïse et son frère Aaron, qui le secondait dans ses projets, et dont les Egyptiens ne s'aperçurent que quand il ne fut plus temps de la réprimer.

Quant à la destruction du Pharaon et de son armée entière par les flots de la mer Rouge, je la relègue, avec le passage par les fuyards de cette même mer à pied sec, •dans le domaine de la fantaisie et du miracle apocryphe.

On conçoit que Moïse, qui écrivit toutes ces choses après coup, de même qu'il se donnait comme un envoyé de Dieu,

ait voulu les entourer d'une auréole mystérieuse, bien propre, du reste J à favoriser raccomplissement de sa mission.

C'était par le surnaturel et le prodige que tous ses devanciers s'étaient fait accepter des masses incultes et superstitieuses, et, en homme habile qu'il était, il voulait donner une sanction divine à son pouvoir, pour qu'il fût moins sujet à être discuté.

Certes, ce ne dut pas être facile que de conduire à travers le désert, à la recherche d'une terre fertile qui pût les recevoir et les nourrir, ces hordes indisciplinées qui, la veille esclaves, libres le lendemain, ne devaient accepter que difficilement tout frein nouveau qu'on tenterait de leur imposer.

Le désert était immense ; où aller, nul ne le savait, et Moïse pas plus que les autres; il fallait cependant assigner un but à cette course au hasard et apaiser les murmures qui, de jour en jour, devenaient plus menaçants. — Nous allons à la conquête de la terre promise, s'écria Moïse. Et ils continuèrent à marcher

Les jours, les mois, les années s'écoulaient, et la troupe errante ne parvenait pas à franchir les sables; tantôt o"n allait droit devant soi, foulant le sol avec fureur, avec rage, tantôt on revenait sur ses pas; la lassitude s'emparait des proscrits, et l'on regrettait la terre d'Egypte, et l'on blasphémait contre ce Dieu dont Moïse s'était fait l'interprète Alors on se souvenait du bœuf Apis, qu'on

avait vu autrefois promené par les prêtres, avec des danses et des chants; on en construisait un, en or ou en airain, avec les bracelets des femmes et les boucliers des hommes, et on l'adorait, le priant de mettre un terme aux souffrances qu'on n'avait plus le courage d'endurer

Et Moïse était invisible, seul dans sa tente, peut-être désespérait-il lui aussi

Tout à coup, au déclin du jour, le ciel se chargeait de

nuages, les éclairs sillonnaient l'espace et le tonnerre faisait entendre sa voix

C'était le moment d'agir, la foule écoutait avec terreur les manifestations de ces phénomènes physiques qu'elle ne

pouvait comprendre Aussitôt le chef paraissait, sa

figure était inspirée ; avant même qu'il parlât, le respect et la soumission étaient revenus ; il brisait les idoles et d'une voix vibrante annonçait que* la colère céleste, pour les punir de leurs murmures et de leur peu de foi, les condamnait à errer encore avant d'atteindre la contrée, but de leurs recherches... Et on marchait toujours... C'était du temps de gagné.

Ils arrivèrent enfin au sommet d'une montagne de laquelle ils aperçurent de vastes plaines couvertes de moissons verdoyantes... Il était temps; usé par la lutte et les fatigues, arrivé au terme de son existence. Moïse ne put que s'écrier : — La voilà, cette terre vers laquelle le Seigneur m'avait ordonné de vous conduire. Il étendit les bras comme pour en prendre possession, et il mourut, laissant à son frère et aux fidèles qu'il avait formés le soin d'achever son ouvrage.

Pendant ses longues pérégrinations, il avait écrit un livre de la loi, dans lequel, donnant un passé à ce peuple né d'hier et s'inspirant des traditions et des livres sacrés qu'il avait étudiés en Egypte, il rappelle les légendes indoues sur Dieu et la création, institue les prêtres ou lévites, prescrit les sacrifices et leur mode, et jette dans quelques lois civiles et religieuses les bases de la société nouvelle que ses successeurs allaient fonder. *

C'est ainsi que, dénué de fables et de prodiges, rejetant surtout le rôle indigne d'elle que Moïse fait jouer à la divinité pour la réussite de ses projets, j'admets la tradition historique de la fuite des Hébreux et de leur arrivée sur la terre qu'ils devaient conquérir.

N'est-ce pas là, du reste, la légende bien simple qui pour-

rait s'appliquer à toutes les émigrations antiques, au berceau de toutes les anciennes civilisations?

Partout vous trouvez un législateur, un homme qui se dit renvoyé de Dieu, et qui parvient à réunir et à dominer la masse, parle douMe prestige de son génie et de l'origine qu'il s'attribue. C'est ainsi que Manou, Manès, Boudha et Zoroastre sont parvenus à s'imposer et à faire croire à leurs missions.

Me dira-t-on que je substitue la fable à la fable? Non, car je ne fais que prendre les points les plus saillants de l'histoire primitive des Hébijeux, qui seuls me paraissent devoir être considérés comme authentiques, repoussant seulement le mystérieux et le révélé, comme je le repousse dans l'Inde, comme je le fepousse en Egypte, en Perse, en Grèce et à Rome, ne me reconnaissant nullement le droit d'admettre les légendes poétiques et sacrées des uns, et de rejeter celles des autres.

Ce qui fait la force de mon raisonnement, ce que n.ul ne pourra détruire, c'est cette unité, cette identité de rôle de tous les fondateurs de nations, puisant leur ascendant dans l'idée religieuse, qui est celle, il faut le reconnaître, qui a le plus de prise sur les intelligences naïves des peuples primitifs. Tous attribuent à Dieu leur livre de la loi ; tou6 règlent la vie religieuse au même titre que la vie civile ; tous divisent le peuple en castes et proclament la supériorité du prêtre; tous, enfin, après s'être annoncés comme une incarnation ou simplement un envoyé de Dieu, tiennent à entourer leur mort de mystère, ainsi que leur naissance^

Llnde ignore quelle fut la fin de Manou.

La Chine, le Thibet et le Japon font remonter BoudbA aux cieux.

Zoroastre a été enlevé par un rayon de soleil.

Et Moïse, emporté par un ange dans la vallée de Moab» disparait aux yeux de son peuple, sans que celui-ci pmsse

savoir quel coin de terre recèle ses dépouilles; et la croyance s'accrédite qu'il est retourné v^rs Dieu qui l'avait envoyé.

Voilà tout ce que la saine raison peut adnaettre mr Moïse. J'ai dit que le rôle attribué à Dieu par ce législateur était indigne de la majesté et de la grandeur de

l'Etre suprénae ; il suffit de lire les titres des dififérents chapitres de la Bible sur ce sujet pour être persuadé àe cette vérité, (Édition du P. de Carrières, de la compagnie de Jésus.)

Exode. — Chapitre VII. g 1. — Moïse est établi le Dieu de Pharaon. Il va trouver ce prince. La verge d*Aaron est changée devant lui en un serpent qui dévore celle des magiciens.

g 2. — Le cœur de Pharaon s' étant endurci contre le miracle de la verge changée en serpent, Dieu fait changer en sang toutes les ^aux de PÉgypte. Les magiciens de Pharaon imiteot ce prodige, et son cœur de- Boeure endurci.

•Chapitre VIÏI. | 1. — Dieu envoie Moïse vers Pharaon. Ce prince demeure dans son endurcissement. L'Egypte est frappée de la seconde plaie, qui est celle des grenouilles.

f 2. — Pharaon, endurci contre la seconde plaie, est frappé de la troisième plaie, qui est celle des moucherons, et de la quatrième, qui est celle des grosses mouches.

f 3. — Pharaon, pour être délivré de ces plaies, promet de laisser aUer le peuple d'Israël; mais il change de sentiment et s'endurcit dt nouveau.

Chapitre IX. g 1. — Cinquième plaie. Dieu frappe de peste toutes les b^es des Égyptiens «t épargne celles des Israélites.

g 2. — Sixième plaie. Dieu fait jeter de la cendre en l'air, et U »*em forme des ulcères dans les hommes et les animaux par toute l'Egypte.

g 3. — Septième plaie. La grêle et le tonnerre. Dieu en avertit Pharaon afin qu'il r évite; mais son cœur s'endurcit de plus en plus.

I 4. — Pharaon, «ffrayé de cette plaie, promet de laisser aller les Is^ raélites; mais, s'en voyant délivré, il s'endurcit de plus en plus. .

Chapitre X. g 1 . — Dieu frappe l'Egypte de la huitième plaie, qui est celle des sauterelles ; elles dévorent tout ce que la grêle avait épargné en Egypte.

g 2. — Le cœur de Pharaon s'étant endurci contre ces plaies, Die» envoie la neuvième, qui est celle des ténèbres, qui couvrent toute l'Egypte. Elles portent d'abord Pharaon à consentir au départ des Israélites, mais i^ se rétracte bientôt tt s'endurcit de nouveau.

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