Chapitre ZL — Pxédiqtion de la dixième et dernière plaie dont Dieu
devait frapper l'Egypte. Ordre aux Israélites d'emprunter des vases d'or et d'argent des Égyptiens.
Chapitre XII. — g 1. — Le Seigneur ordonne aux Israélites de célébrer la première pâques; il prescrit les cérémonies qu'on doit y observer.
8 2. — Le Seigneur pôrmet fie tuer tous les premiers nés des Égyptiens et d'épargner les Israélites. Il ordonne de célébrer éternellement la mémoire de ce jour par une fête solennelle.
J 3, — Orsdre aux Israélites d'immoler l'agneau pascal, de mettre son aang sur les portes de leurs maisons (pour que l'ange exterminateur, quj allait accomplir son œuvre de mort, ne -confonde pas les maisons des Hébreux avec celles des Égyptiens).
§ 4. — Le Seigneur frappe tous les premiers nés de l'Egypte. Pbaraon, effrayé, presse les Israélites de quitter son pays. Ils empruntent des vases d'or et des habits des Égyptiens, et partent en grande hâte au nombre de six cent mil}e hommes, suivis d'une multitude infinie de petit peuple
Arrêtons-nous là! Le cœur se soulève de dégoût et d'indignation à la vue de pareilles turpitudes, de pareilles superstitions.
Certes^ si je ne na'étais dès longtemps séparé de toute admiration de parti pris, de jtoute croyance étroite, la lecture de ces absurdités suffirait à elle seule à m'amener au culte de la raison pure, qui me donne sur la divinité des notions si simples et à la fois si sublimes.
Voyez-vous ce Dieu manifestant sa puissance par des invasions de grenouilles et de moucherons, puis frappant un peuple entier par T envoi de la peste et d'affreux ulcères, et en dernier lieu par le massacre de tous les premiers nés de chaque famille !
Quelle gradation du risible... à l'horrible!
Ah ! vous pouvez fouiller dans toutes les mythologies antiques, sonder les mystères de tous les Olympes, retourner les traditions obscures de tous les peuples, je vous mets au défi de rien trouver d'aussi triste, d'aussi profondément démoralisateur. Et, j'ose le dire franchement, si j'avais à choisir entre le Dieu de Moïse et le bœuf Apis, c'est ce dernier que je préférerais.
Quand il a bien décimé l'Egypte par toutes sortes de fléaux, Jéhovah couronne son œuvre par une épouvantable
MOSBS OU MOÏSE ET LÀ SOOlÉTé HÉBEÀIQUE . 141
'boucherie d'enfauts Mais ce n'est pas assez encore, il
ordonne à son peuple de garder un souvenir éternel de ce haut fait, et d'en fêter Tanniversaire par des cérémonies et des chants.
Et l'esprit moderne se repaît encore de telles atrocités ! J'entends déjà messieurs de Rome me traiter d'insensé et de blasphémateur !
Qui donc estTinsensé? qui donc est le blasphémateur?
Est-ce celui qui fait à Dieu une litière de sang?
Est-ce celui qui refuse de voir un bourreau dans l'éternelle puissance, Téternelle sagesse, l'éternelle bonté?
Il a fallu que cet esclave fanatique, élevé par charité à la cour des Pharaons, fût bien persuadé de l'avilissement et de la stupidité du peuple qu'il avait soulevé, pour qu'il ait osé, en écrivant après coup l'histoire de cette révolution, l'entourer de ces ridicules horreurs.
Ceci est bien à Moïse, et il ne Ta copié nulle part. Quand nous démontrerons plus tard que les traditions bibliques ne sont que la copie altérée et mal faite des livres sacrés des Indous, nous aurons occasion de voir que ces peuples, loin de faire de Dieu un épouvantail, se plaisent à regarder comme le plus bel attribut de sa puissance la mansuétude et le pardon.
Ce fut bien un peuple de parias que Moïse entraîna dans le désert!
La veille encore, courbé sous de durs travaux et abruti par la servitude, il ne voyait dans les dieux d'Egypte que de sombres génies du mal, dont la douleur et les cris des yictimes faisaient la joie, entretenu dans ces idées par les hautes castes qui le dominaient. Le peuple hébreu devint libre sans comprendre sa liberté. Aussi Moïse, pour mieux le dompter, dut-il faire de son livre un amalgame étrange de pures doctrines et de honteuses superstitions, flottant entre le souvenir affaibli des Vedas, qu'il avait entrevus
dans ses études avec les prêtres, et les traditions du culte Tulgaire des Égyptiens.
Il avait à diriger une nation toujours prête à revenir à ses anciennes croyances, au bœuf Apis et au veau d*or ; il dut faille la part du feu, et pour faire admettre le Dieu unique qu'il proclamait, il ne put se soustraire à la nécessité de lui faire jouer un rôle identique à celui des dieux du passe.
Ne fallait-il pas, du reste, faire croire au prodige et inspirer la terreur, pour pousser en avant ce servile troupeau que rien dans le passé ne ralliait comme nation, si ce n'est le souvenir des souffrances communes?
Moïse avait déjà pu juger de la difficulté de sa tâche, lorsqu'un jour, au pays des Pharaons, voyant deux Hébreux qui se querellaient, il dit à celui qui outrageait l'autre :
— Pourquoi frappez-vous ainsi votre frère?
Et qu'il lui fut répondu :
— Qui vous a établi sur nous pour prince et pour juge? Est-ce que vous voulez me tuer comme vous tuâtes hier un Égyptien ?
A partir de ce moment, il comprit sans doute que la révolution qu'il méditait ne serait que la partie la plus facile de sa tâche, et qu'il aurait à endurer de rudes épreuves avant de parvenir à faire un tout de ce mélange de déclassés, d'esclaves et de vagabonds.
C'est ainsi seulement que je puis comprendre la création de ce Jéhovah destructeur, qui ne se manifeste que par la menace et la vengeance, frein salutaire imposé à la licence et au murmure des mécontents.
Mais si je le comprends comme moyen au début d'une nation qui tire son origine d'une révolution servile, je ne le comprends plus et ne puis l'admettre comme croyance de l'avenir, le reléguant avec tous les autres mythes, avec tous les autres épouvantails dont se sont servis tous les fondateurs des sociétés antiques.
Qu'on ne nous parle donc plus du peuple de Dieu !
En entourant leur origine fabuleuse de meurtres et de rapines, car toujours, suivant l'ordre de Dieu, ils ravirent aux Egyptiens le plus qu'ils purent de vases d'or et de vêtements, les Hébreux ne peuvent me faire changer Topinion que j'ai émise sur eux, qu'ils ne furent que des parias révoltés. En outre des arguments que j'ai développée, j*en trouve un dans la Bible elle-même, que je puis appeler irréfutable, à moins que, dans ces études atir le passé, Le vrai ne s'admette constamment que par l'absurde.
Suivant la Chronologie judaïque, c'est en Tan 2298 que Jacob alla s'établir en Egypte avec toute sa famille, com» posée de soixante-dix personnes, fils, peftits-fil» et ariièp^ petits^âls.
Or, toujours d'après la même autorité, c'est en 2513, c'est-à-dire deux cent quinze ans après, que les Hébreux quittent l'Egypte au nombre de six cent mille hommes, sans compter les f$mmes^û les STifantSy ce qui devait constituer pour le moins une nation de plus de deux milIioBS d'âmes.
Est-il possible d'oser soutenir un seul instant qu'en une période de temps aussi restreinte, et malgré les durs labeurs auxquels elle fut assujettie, la descendance de Jacob ait pu se multiplier dans cette proportion, et ne serait-ce pas aller contre le bon sens que de chercher à expliquer la véracité de cette légende?
L'histoire des patriarches et de Joseph sont ou des fictions inventées par Moïse, ou, ce que je préfère croire, de vieilles traditions égyptiennes que ce législateur a recueillies, et dont il s'est servi pour prouver que la mission providentielle des Hébreux venait de loin, et que leurs ancêtres avaient déjà été les élus du Seigneur.
Je le demande avec la plus entière bonne foi, est-ce qu'îl n'est pas digne d'un critique historique intelligent et libre de rejeter cet amas de prodiges et de superstitions mons-
trueuses qui encombrent Torigine de la nation hébraïque, et de vouloir la soumettre au moins aux lois vulgaires du sens commun ?
Nous avons rejeté les mythologies grecque et romaine avec dédain 1 ,
Pourquoi donc admettre avec respect la mythologie judaïque?
Est-ce que les miracles de Jéhovah doivent avoir plus d'empire sur nous que ceux de Jupiter ?
Est-ce que la Souveraine Sagesse, le Dieu que la conscience nous révèle, peut se retrouver dans Tun ou l'autre de ces êtres irascibles, sanguinaires, prêts à la vengeance, créés par la crédulité des peuples ?
Et puis quel est ce rôle d'orgueil et d'impudence unique dans l'histoire?
Une nation se dit la seule protégée par l'Être suprême, et elle ne sait donner à ses voisins que les plus odieux exemples de duplicité et de cruauté, et c'est au irt)m de Dieu qu'elle massacre les habitants des terres qui sont à sa convenance et sur lesquelles elle veut s'établir !
Esclave de la veille va-t-elle au moins abolir l'esclavage dans la société nouvelle qu'elle fonde? Non, et c'est encore par les ordres de la divinité qu'elle réduira en servitude les populations qu'elle aura vaincues.
Je ne connais pas dans le passé un peuple dont l'hypocrisie ait été plus constante et qui ait mieux su sanctifier les moyens par le but.
Que cela ne nous étonne pas. À la tête de cette théocratie, établie par Moïse sur le modèle de l'Egypte, s'est trouvé le prêtre, le lévite, et il n'a pas failli à son rôle antique de démoralisation et d'asservissement. Cet héritier du brahmanisme indou a continué, comme en Egypte et en Perse, comme dans toutes les sociétés primitives, à faire de l'Être suprême l'instrument de ses passions despotiques, à ex-
ploiter ridée religieuse pour courber les crédules sous la capricieuse influence de sa caste.
Quand nous aurons prouvé par Tétude, dans tous ses détails, de cette société hébraïque qu'elle ne fut, elle aussi, qu'une copie de celle de Manou, ne sera-t-il pas évident que Moïse n'aura été que le continuateur de ce législateur par l'Egyptien Menés, et que sa Genèse lui aura été léguée par l'Inde ancienne au même titre que ses institutions civiles?
Nous pouvons dire que cette opinion, grâce aux recherches déjà faites sur les autres peuples du monde ancien, n'est plus un paradoxe, ce n'est que la continuation rationnelle et logique de ce grand mouvement d'influence porté aux quatre coins du globe par les émigrations venues des plateaux de l'Himalaya, influence à laquelle il est naturel de penser que les Israélites issus de l'Egypte ne purent se soustraire.
Nous allons faire une vérité de ceci en rapprochant l'œuvre du législateur hébraïque de celle du législateur indou, et le terrain ainsi complètement déblayé, nous pourrons aborder sans crainte les origines du monde d'après les Vedas et les traditions écrites des Indous, que la Bible n'a fait que reproduire avec de bien légères modifications.
Un mot encore.
En face de ces opinions que la raison et les recherches sur les sociétés de l'ancien monde m'inspirent, il ne me paraît point dénué d'intérêt de placer les appréciations des sectaires de la compagnie de Jésus sur ces tissus de cruauté et d'impostures. On verra que jamais l'esprit de parti n'est descendu jusqu'à d'aussi misérables arguties.
Je lis, dans l'avertissement placé en tête du livre de l'Exode par le P. de Carrières :
c Ainsi les chrétiens apprennent de ce grand apôtre (saint Paul) à adorer la .profondeur des jugements de Dieu dans Tendurcissement où il a abandonné Pharaon, et à, admirer sa sagesse infinie, qui a su faire servir
à sa propre gloire et à la manifestation de sa puissance la dureté de ce prince et Topiniâtreté aveo laquelle il a 09é lui résister.
c Le même apôtre leur apprend eneore à regarder le passage de la mer Rouge comme Timage de leur bi^téme; la manne qui tombait du eiel, comme la ligure de rEacharistie ; la pierre d'où sortait l'eau qui suivait les Israélites dans le désert, comme la figure de Jésus-Christ qui nourrit les chrétiens durant cette vie, et qui les suit par sa gr&oe et par son esprit jusqu'à ce qu'ils soient entrés dans la vraie terre promise ; le mont Sinal, comme l'image de la Jérusalem d'ici-bas ; la loi, comme un pédagogue qui ne pouvait donner la vraie justice, mais qui oondmsait à Jésus-Christ, par lequel on devait la recevoir; la gloire dont le visage de Moïse éclatait, comme l'image de celle de l'Évangile; le voile dont il se couvrait, comme la figure de l'aveuglement des Juifs ; le Tabernacle, comme l*image du sanctuaire céleste; le sang des victimes, comme la figure de celui de JéfiUA-Christ. >
Ainsi c'est toujours pour la plus grande gloire fle Dieu^ suivant nos lévites modernes, que l'Egypte a été décimée par toutes sortes de ûéaux, la peste et les massacres d'enfants
Sans doute ce fut également pour la manifestation de la puissance céleste que lés bûchers et les hécatombes ensanglantèrent le moyen âge. Et les victimes de la Saint- Barthélémy ainsi que les Vaudois ne furent qu'une figure des Égyptiens endurcis
Quelles aberrations! quel pervertissement de l'intelligence et de la morale !
Il est profondément attristant de songer que nous sommes encore obligés de compter aujourd'hui avec de pareilles superstitions, et que quatre à cinq mille ans de ruines n'ont pu conduire les peuples dans la voie de la libre pensée et de l'indépendance religieuse.
Sachons donc signaler courageusement leurs origines et leur arracher le masque dont elles se couvrent pour montrer à tous qu'elles sont uniquement l'œuvre de la faiblesse et des passions humaines.
HOSBS OU MOtSE ET LÀ SOCIÉTÉ HÉBRAÏQUE 14lf
CîHàPITRE IV