‹ La Bible dans l'IndeChapitre 56 sur 77 · L£ MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

L£ MISSIONNAIRE

Non, et si tu crois au seul et unique Dieu, maître de cet univers, nous sommes bien pi*ès de nous entendre. Seulement l'idée que tu te fais de Dieu n'est point complètement la mienne.

Vous ne parlez sans cesse de l'unité de Dieu que pour ensuite la diviser à l'infini. D'après vos livres saints, votre Dieu n'agit pas, il délègue sa puissance à droite et à gauche, aux devas d'abord ; ces derniers à leur tour se donnent des mandataires, ce sont les personnages appelés Maharichis, Atri, Angiras, Poulastya, Poulaha, Cratou, Pratchitas, Vasichta, Brigou et Narada. Je le répète, votre théologie ne semble reconnaître l'unité de Dieu que pour la renverser après.

LB BBAHMB

Je veux croire que tu es de bonne foi ; mais tu tombes dans de grossières erreurs. Depuis quand les fictions des poètes peuvent-elles servir de base à une croyance religieuse ? et parce que la foule honore de saints hommes qui nous ont précédés sur la terre, crois-tu donc qu'elle les égale à Dieu ?

Le sectateur de Brahma ne reconnaît que lui, n'adore que lui ; qu'importe les êtres qu'il a créés et les missions

334 LA BIBLX DANS L'INDB

qu'if lui a plu de donner à ses prophètes^ puisque to«ty suivant nous» est une incantation de sa puissanee!

Tes arguments se retournent contre toi : n'as-tu pAa dans ta religion des anges, des prophètes et des saints?

Pouquoi descendre dans les détails de nos lirre^ sacrés» qui sont le plus souvent des allégories qiaa tu ne saurais comprendre?

Pourquoi chercker à renverser nos traditions, aossî vieilles que le monde^ sans les avoir étiidiées et approfondies? Tu vois que je n'imite pas ton exemple et que je n'attaque pas tes croyances, bien que je ne les partage pas.

LE MISSIONKAIBB

C'est à la morale que tu en reconnaîtras la bonté.

LE BBAHME

Et que dit donc ta morale que ne nous enseigne aussi la nôtre? As-tu lu les entretiens de Christna et d'Ardjouna? et les sublimes enseignements du divin ûls de la vierge Devanaguy?

Crois-tu donc que nous ne sachions pas distinguer le bien du mal, et qu'il était besoin que tu traversasses les mers pour venir nous parler de choses que nous connaissons aussi bien que toi? Est-ce que notre religion ne nous fait pas une loi de nous secourir les uns les autres? est-ce que nous repousssons la faiblesse et la misère? Nos routes sont pleines de chauderies, où le voyageur, où l'infirme reçoivent un asile et ce qui est nécessaire à leurs besoins.

Est-ce que nous ne vénérons pas pas nos parents et nos ancêtres même mieux que vous? Nous portons d'eux un deuil éternel, et chaque année nous célébrons leur naissance sur la terre et leur mort, qui est leur naissance en l'autre vie.

A^ ces pAro)6&, un murmvire a^i^roVateujr circula dans la foule ; le brahme commençait à gagner sur le prêtre.

LE MISSIONNAIRE, avec véhémence.

Eh hieni vous tous qui m'écoutez, puisque tous prétendez posséder une )iK)rale aussi pure que celle de rÉyangile» que je viens vous apporter, pourquoi ne la mettesi^yous pas en pratique? pourquoi dépensea-Tous les jours que le Seigneur Youa a donnés à satisfaire les plus honteuses passions, à TOUS plonger dans la débauche la plus éhontée?

Pourquoi laissez -vous vos enfants dès Tâge le plus tendre se livrer au vol, au mensonge et à l'impureté? Pensez-vous former ainsi des hommes selon la loi de Dieu?

Qu'avez-vous fait de vos femmes? Des instruments de plaisir, des êtres abrutis, incapables de dévouement et d'affection, des esclaves que vous adhetezet parquez comme vos troupeaux.

vous qui repoussez la lumière que le Seigneur vous envoie, je vous le dis, vous porterez la peine de vos fautes, et quand le dernier jour sera venu^ quand il faudra peser dans la balance éternelle vos bonnes actions et vos crimes:, Keu se détournera de vous et vous rejettera au nombre des maudits.

Le missionnaire continua encore longtemps sur ce thème ; une exaltation fébrile s'était emparée de lui ; il avait perdu de vue son sujet et ne discutait plus. Il prêchait comme dans une église catholique, et le sens de ses paroles était perdu pour la foule.

Aussi, quand le brahme reprit la parole, je compris que le prêtre allait être obligé de céder la place.

Page 1