CHAPITRE II
IMPOSSIBILITÉS DE LA VIE DU CHBIST TELLE QUE l'ont &;RIT LES éVANGÉLISTES.
La vie du grand philosophe chrétien, telle que les évangélistes , ses apôtres , nous l'ont transmise , n'est qu'un tissu d'inventions apocryphes destinées à frapper l'imagination des peuples et à établir solidement les bases de la religion nouvelle qu'ils fondaient.
Il faut convenir, du reste, que le terrain était merveilleusement préparé» et que ces hommes eurent peu de peine à rencontrer des adeptes qui mirent leur fortune et leur vie au service de la réforme.
De toutes parts, le paganisme râlait; Jupiter, malgré
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ses autels, n'avait plus de croyants; Pjthagore, Aristote, Socrate et Platon l'avaient depuis longtemps rejeté de leur conscience. Cicéron disait que deux prêtres ne pouvaient se regarder sans rire ; depuis deux siècles, Pjrrhon, Cimon, Sextus Empiricus, Enésidème ne croyaient plus à rien. Lucrèce venait d'écrire son livre sur la nature, et tous les grands esprits du siècle d'Auguste, trop corrompus pour revenir aux lumières primordiales et aux principes simples, mais rigides de la raison, en étaient arrivés au scepticisme le plus complet, menant une vie de plaisir au milieu de l'oubli de Dieu et des futures destinées de l'homme.
D'un autre côté, ces vieilles théologies qui s'écroulaient avaient laissé dans l'esprit de la foule l'idée d'un Rédempteur, que rinde ancienne avait léguée à toutes les nations. Et le peuple, lassé, attendait quelque chose de nouveau qui vint remplacer ses croyances éteintes, et donner un aliment à s^on énergie paralysée par le doute et qui avait besoin d'espérance.
C'est alors qu'un pauvre Juif, quoique né dans la classe la plus infime du peuple, ne craignit point, après avoir passé quinze années de sa vie dans l'étude et la méditation, de se soulever pour tenter la régénération de cette époque de décrépitude et de matérialisme.
Chacun connaît la morale simple et pure qu'il a préchée, et avec quelle avidité le monde ancien se transforma sous le souflïe nouveau. Caractériser renseignement du Christ n'est point notre but; il nous importe simplement d'en rechercher l'origine et de voir par quelles études le novateur a pu se former.
Du moment que nous rejetons l'incarnation pour ne voir en lui qu'un homme, quels que soient sa grandeur et son génie, nous avons le droit de lui trouver des initiateurs, comme nous en avons trouvé à Boudha, à Zoroastre, à l'Égyptien Manès et à Moïse.
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Il est incontestable, pour nous, que Jésus, jusqu'au mo> ment où il parut sur la scène du monde, c'est-à-dire jusqu'à trente ans, se prépara par Tétude à la mission qu'il s'était donnée.
Pourquoi, en effet, rester jusqu'à trente ans sans aborder son œuvre? pourquoi, s'il eût été Dieu, demeurer dans l'inaction pendant douze ou quinze ans de sa yie dadolescent et d'homme? pourquoi môme ne pas prêcher dès l'enfance? c'eut été, sans aucun doute, un moyen assez sensible de prouver sa divinité.
On nous dit bien qu'à douze ans il soutint une thèse dans le temple qui émerveilla les docteurs juifs, mais quelle thèse? et pourquoi les évangélistes n'ont- ils pas jugé à propos de nous la faire connaître? Ce fait ne serait-il pas plus tôt, avec une foule d'autres, le produit de leur imagination ?
Puis, enfin, que fit- il de douze ans à trente ans? Voilà une question que je pose et dont je serais heureux de recevoir la solution.
Dans le silence des apologistes de Jésus, nous ne pouvons voir qu'un oubli intentionnel ; car il eût fallu dire la vérité et détruire ce nuage d'obscurité dont ils se sont plu à entourer cette grande figure. Et la vérité est que le Christ, pendant cette période de temps, étudia en Égjpte, peutêtre même dans l'Inde, les livres sacrés, réservés depuis des siècles aux initiés, et cela avec les plus intelligents de ses disciples, qu'il dut s'adjoindre dans le courant.de ses pérégrinations.
Et c'est ainsi que Jésus connut les traditions primitives, et étudia l'œuvre et la morale de Christna, dont il s'est inspiré dans son enseignement et ses prédications familières.
Il me semble entendre des cris de surprise et d'ôtonnement, même dans le camp de la libre pensée.
Raisonnons donc! c'est à vous, rationalistes, que je m'adresse, à vous seuls ; car toute discussion avec les partisans
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de la foi est impossible, du moment où nous ne pouvons nous entendre sur les principes.
Si vous ne croyez pas à la divinité du Christ : que trouvez-vous d*étonnant à ce que je lui cherche des de vanciers, des initiateurs ? Né dans une classe inintelligente, parce qu'elle était peu cultivée, ce n'est que par l'étude qu'il a pu s'élever au-dessus de ses compatriotes et jouer le rôle important que nous connaissons. Oui, le Christ est allé en Egypte, oui, le Christ a étudié l'Orient avec ses disciples, et c'est le seul moyen d'expliquer logiquement la révolution morale qu'ils ont accomplie. Mais les preuves ne manqueront pas ; attendez-les avant de porter un jugement sur cette opinion qui n'est point, pour moi, le résultat d'une simple hypothèse, mais bien une vérité historique.
Que ce dernier mot ne surprenne point trop ; je dis vérité historique, parce que si, avec moi, vous repoussiez le révélé, le prodige et le merveilleux, il ne reste plus que des causes naturelles à étudier, et si nous avons trouvé ensemble, dans nos précédentes études, une doctrine plus ancienne, et qui soit de point en point identique à celle de Jésus et de ses apôtres, ne serons-nous pas en droit de croire que c'est à ces mêmes sources primitives que ces derniers avaient puisé?
Est-ce que tous les grands esprits de l'antiquité ne sont pas allés vivifier leur génie en Egypte ? est-ce que cette vieille terre n'était pas le lieu de rendez-vous de tous les penseurs, de tous les philosophes, de tous les historiens, de tous les grammairiens de cette époque? qu'allaient-ils donc y chercher? que pouvait bien renfermer cette immense bibliothèque d'Alexandrie, dont la destruction n'est pas un des moindres titres de César ati mépris des races futures.
Pourquoi plus tard les néoplatoniciens furent-ils y fonder leur école célèbre, si les anciennes traditions de ce pays n'attiraient pas, comme un foyer lumineux, les rares intelligences, tous les hommes de pensée?
Le fils de Marie et de Joseph suivit le courant : TEgypte était à deux pas, il y fut s'instruire. Peut-être même, et j'inclinerai fort à le croire, y fut-il conduit dès sa plus tendre enfance par ses parents, ainsi, du reste, que le rapportent les évangélistes, et il a dû n'en revenir, quoi qu'on puisse prétendre, qu'après avoir conçu la pensée de venir prêcher sa doctrine aux Juîfe.
Avant d'exposer plus amplement nos théories sur Jésus, il nous paraît utile de voir, le plus brièvement possible, quelle fat sa vie d'après les apôtres.
Marie, quoique femme de Joseph, étant restée vierge, conçut par l'opération du Saint-Esprit, troisième personne de la Trinité, et Jésus naquit le 25 décembre de l'an 4004 de ce monde, suivant la chronologie biblique.
Cette naissance, annoncée par les prophètes, fut signalée par différents prodiges : des bergers, ainsi que trois mages venus de l'Orient, guidés par une inspiration miraculeuse, se rendirent à Bethléem pour adorer le nouveau-né.
Hérode, roi de Jérusalem, craignant la venue du Messie qui, d'après certaines prédictions, devait le détrôner, envoya tuer dans Bethléem et tous les pays d'alentour tous les enfants agis de deux ans et au-dessous.
Avertis par un ange, Joseph et Marie s'enfuirent en Egypte pour sauver l'enfant du massacre, et ils n'en revinrent qu'après la mort d'Hérode. A l'âge de douze ans, Jésus étonna les docteurs dans le temple par la sagesse de ses réponses.
A trente ans, après s'être fait baptiser dans les eaux du Jourdain par saint Jean-Baptiste, il commence sa mission et se met à parcourir les villes de la Judée en prêchant avec ses disciples. Pendant les trois années que durent ses pérégrinations, on lui attribue une foule de miracles.
U changea l'eau en vin aux noces de Cana, ressuscita Lazare, le fils de la veuve de Nàîm, trois jours après sa mort, redressa les boiteux, rendit la vue aux aveugles.
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