‹ La Bible dans l'Inde: vie de Iezeus ChristnaChapitre 14 sur 72 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

COMPARAISON DU EKJET DE LA CASTE DANS L^'lNDE AVEC LA MINUTION DE TÉTE (cAPITIS MINUTIO) DANS LE DROIT DE JUSTIN IEN ET LA MORT CIVILE DU CODE NA- POLEON.

Nous avons vu les prêtres indous, après la chute de la civilisation des Vedas^ chute qui fut leur ouvrage, édicter au profit de leur puissance, et dans le but de frapper d'un effroi salutaire ceux qui subissaient leur joug , cette ter-

l'iNDE en face DBS TEMPS ANCIENS lOT

rible peine du rejet parti él ou complet de toute caste, qui plaçait le malheureux qui en était atteint au-dessous de la brute, puisque Ton ne pouvait, sans encourir la dégradation et descendre à son niveau, entretenir avec lui la moindre relation sociale.

Les liens de famille même étaient rompus : les enfants du décasté devenaient orphelins , on les pourvoyait d'un tuteur ; sa femme était veuve et pouvait se remarier «i elle n'appartenait pas à un caste prohibant les secondes noces; sa succession était ouverte; et enfin, s'il venait à être tué, la loi civile n'atteignait point son meurtrier, qui devait simplement accomplir les cérémonies religieuses de la purification, parce qu'il avait été souillé par le contact d'un paria.

De la terre de l'Inde, où elle avait pris naissance, cette institution du despotisme théocratique ne tarda pas à passer dans les autres contrées, qui l'adoptèrent à leur tour comme un merveilleux instrument de domination. Et c'est ainsi qu'il fut dans les mœurs de l'antiquité tout entière de considérer Vinterdîction de Veau et du feu comme une peine salutaire et juste.

Un tempérament, il faut le dire, fut cependant apporté à l'exercice de cette sévère répression.

Ainsi, alors que dans Vlnde le pouvoir capricieux et arbitraire du prêtre et du roi prononçait le rejet de la caste pour des délits aussi bien que pour des crimes, pour des fautes religieuses aussi bien que pour des fautes contre la société, les différentes nations de l'antiquité qui subirent l'influence indoue se bornèrent à appliquer cette peine, dans son entière sévérité, aux grands crimes religieux et politiques , aux trahisons , aux attentats contre les bases mêmes de l'autorité.

Les crimes et délits contre les personnes furent soumis à d'autres lois.

Cette exception cependant n'atteignit pas TÉgypte, qui

conserva ce droit dans toutes ses applications rigoureuses et arbitraires, et il est facile d'en saisir la raison

C'est, après l'Inde, l'Egypte qui nous donne l'exemple le plus effrayant et le plus immoral de l'abêtissement et de Tesclavage du peuple, qui, privé de tout rôle social et politique , privé en quelque sorte de la faculté de penser, puisqu'on l!ayait privé de la faculté de sjavoir, d'agir et de parler, privée de toute initiative, ayant ses heures marquées pour se repaître, se reposer ou prier, ne fut longtemps qu'un instrument docile, qu'une machine de laquelle on exigeait du travail et de l'or, pour satisfaire tous les caprices, toutes les passions d'un petit nombre d'élus qui s'étaient imposés par l'idée religieuse, le mensonge et la terreur.

Zoroastre,.tout en conservant cette pénalité, ordonne de ne s'en servir que contre de grands coupables aux yeux de Dieu et des hommes, et la réduit presque à un rôle d'exception. En Grèce , elle n'atteignit souç le nom d'ostracisme que les hommes politiques dont on craignait l'inâuénce , cette interdiction de l'eau et du feu ne fut presque jamais prononcée qu'à titre temporaire , et il n'apparait pas que des lois bien spéciales en aient réglé l'emploi.

Rome, sur le modèle de l'Inde et de l'Egypte, fit passer ce mode de répression dans son droit écrite, sous le nom de diminution de tête, capitis minuHo; et de même que le législateur de l'extrême Orient, Manou, avait admis le rejet partiel ou complet de la caste, le législateur romain admit des degrés dans cette peine, et il y eut la grande, la moyenne et la petite diminution de tête.

Par la grande diminution de tête^ le citoyen était privé de tous ses droits politiques et sociaux , de tous ses droits de famille, et se trpuvait placé dans la même situation que rindou ou rÉgyptien rejeté de toute caste.

L'eau et le feu lui étaient interdits, au même titre et

l'inde en face des temï»s anciens 109

aussi rigoureusement que Manou interdisait le riz , Teau et le feu.

Il né lui restait pas môme la ressoarce.de servir comme esclave, et lé tuer n'était pas un crime.

La moyenne diminution de tête lui enlevait tous ses droits de pater familias et de maître; il n'avait plus aucun pouvoir sur ses enfants, que ce -fait émancipait, et sa succession était partagée entre ses héritiers.

Quant à là petite diminution de tête, elle ne faisait que prohiber rentrée des magistratures et des charges, et le service de la république à celui qu'elle venait frapper, lui laissant la libre disposition de ses biens et son autorité paternelle dans toute son intégrité.

En passant ainsi dans les lois écrites de Rome, cette peine devint, comme on le voit, une peine de droit commun.

Ces moyens barbares de répression, parla dégradation de la dignité humaine, par le rapt Ijrutal de tout ce qui constitue Tessence mêmedelavieque nous tenon s de Dieu, devaient prendre naissance en Orient ; et je ne suis nullement étonné de voir les prêtres de Brahma et d'Osiris inventer de pareilles ignominies; que Rome ait suivi la règle du monde ancien et ait subi Tinfluence, je ne trouverai point là de raison suffisante à lui lancer l'anathème, mais je kens bondir en moi toutes les indignations les plus saintes, quand je vois que nos législateurs modernes avaient inscrit dans nos codes ce rejet de la caste, cette capitisminutio, édicté enfin la mort civile I

La mort civile ! Croirait-on qu'il y a quinze ans à peine l'homme frappé par cette horrible déchéance, semblable au paria dé l'Inde, n'avait plus sur la terre ni femme, ni enfants, ni parents pour prononcer son nom, conserver à ce malheureux quelque affection, et lui permettre au moins au fond de son cachot de vivre un peu par le souvenir? Croirait-on qu'il était permis à sa femme de se rema-

UO LA BIBLB DANS l'iKDB

rier, à ses enfants de se partager ses dépouilles ?

Et 89 avait passé là-dessus, sans oser toucher à ce \eg& honteux de l'antiquité, conservé par ce fanatique et sacerdotal moyen âge , qui avait tenté de relever en Europe tous les despotismes et tous les abrutissements du brahmanisme par les divisions de ca&tes et le gouvernement du prêtre.

Honneur et souvenir au nom des peuples, au nom de rhumanité; honneur et souvenir dans l'histoire des progrès péniblement conquis; honneur au nom de l'éternelle justice, à la souveraine influence qui fit rayer de nos codes., en 1853, cet odieux débris de l'immoralité et de la corruption antiques !

Nous avons dit que dans l'Inde le rejet complet de la caste, la mort civile, était prononcé, soit par le juge pour des délits et des crimes purement civils, soit par le prêtre pour des infractions religieuses. Il appartenait certainement à la Rome papale , qui tenta au moyen âge de jouer le rôle des brahmés indons, de s'approprier de pareilles coutumes; 1 instrument allait trop bien à sa taille, et elle l'eût inventé, si elle ne l' eût reçu de ses illustres préd^ cesseurs.

L'excommunication n'est autre chosâ qu'uqe arm^ de despotisme ramkas&ée dans les pagodes de Brahma , pour rasservissement des peuples et des rois et le triomphe du prêtre Nous l'avons vue. à l'œuvre au moyen âge, maudissant les peuples dans leur postérité , maudissant les rois dans leur dynastie. «,.« Nous avons vu • Savonarole mourir sur le bûcher pour avoir signalé les désordres d'Alexandre VI, et Robert de Franee, le Pieux, abandonné par ses amis et ses serviteurs les plus fldèleb , réduit à ployer le genou sous la main d'un religieux fanatique.

Nous avons vu. des hécatombes hunaaines sur les bCichers de la foi..... et le sang rougir l'autel.»...

Des siècles se sont écoulés.... . Depuis hier nous naissons

l'iNDE en face DBS TBMPg ANCIENS 111

au progrès pcMir la libre pensée Mais atteBdons-nous à

des luttes sans un jusqu'au jour on nous aurons le

courage de traduire Texcommunkation à la barre de la liberté.

Page 1