‹ La Bible dans l'Inde: vie de Iezeus ChristnaChapitre 3 sur 72 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L INDB CIVILISE LE MONDE PAE SA LANGUE, SES USAGES, SES LOIS ET SES TRADITIONS HISTORIQUES

Lorsque rEuropéen prend pour la première fois posseâsion du sol de l'Inde, il arrive avec d'étranges préjugés, fier du passé et de la ciTilisation des contrées où il est né ; il lui semble, à cet homme fort de TOccident, qu'il apporte aux peuples qu'il vient visiter la morale la plus élevée, la philosophie la plus rationnelle, la religion la plus pure ; puis, en face des efforta impuissants tentés par les missionnaires de tous les cultes qui comptent è^ peine quelques parias parmi leurs adeptes, il laisse tomber avec dédain les mots d'abrutissement et de fanatisme, et retourne dans sa patrie, après avoir vu quelques cérémonies qu'il ne comprend pas, quelques pagodes dont les monstrueuses idoles lui font hausser les épaules, et des fakirs, sortes de Siméons stjlites dont les flagellations et les tortures le remplissent de dégoût.

Si un de ces malheureux illuminés s'est soulevé avec efort sur les marches d'un temple dédié à Yischnou ou à Siva, pour lui demander l'aumône, il l'a regardé avec pitié en murmurant les articles de nos codes contre le vagabondage, et cependant, en visitant Rome, peut-être a-t-il laissé tomber quelque obole dans la main défaillante du bienheureux Joseph Labre, ce fakir de l'Occident.

Fort peu de voyageurs ont cherché à compre&dre riado, fort peu ont daigné faire les efforts nécessaires pour s'initier aux splendeurs de son passé ; n'étudiant que la surface, ils n'ont rien vu au delà; ils ont même déclaré qu'il n'y avait rien, avec la sûreté d'une critique trop peu raisonnée pour n'être pas victime de l'ignorance.

A quoi sert le sanscrit? disait Jacquemont, et glorieux de cette boutade, il s'est mis à composer un Orient de convention que ses successeurs ont copié, que toutes les hibliothèques ont accaparé, et qui est encore aujourd'hui la source de toutes les erreurs qui composent les trois quarts du bagage des connaissances de l'Europe sur cette contrée.

Et cependant, que de richesses enfouies à dévoiler! que de trésors de littérature, d'histoire, de morale et de philosophie à faire connaître au monde I

Les travaux des Sirange^ des Colbrook, des WUlieimi Jones, des Weher, des Lassen et des Bumouf&oni, venus porter un peu de lumière sur toutes ces choses ; espérons qu'une nombreuse succession d'indianistes les suivra, et que Ton parviendra à reconstituer complètement une époque qui n'a rien à envier à la nôtre comme grandeur et civilisation, et a initié le monde entier à tous les grands principes de législation, de philosophie, de morale et de religion.

Malheureusement, il est presque impossible de remonter aux origines de ce mystérieux pays, sans l'habiter, se pénétrer de ses mœurs, de ses usages, et surtout sans une connaissance approfondie du sanscrit, la langue ancienne, et du tamoul, la langue savante actuelle, qui, seules, peuvent vous guider dans ce dédale obscur et vous mettre à même de travailler avec fruit.

Un reproche que je ferai à beaucoup de traducteurs et d'orientalistes, tout en admirant leur profonde science, c'est, n'ayant point vécu dans l'Inde, de manquer de justesse dans l'expression, de ne connaître pas le sens symbo-

l'inde ei^ face des temps anciens 17

lique des chants poétiques, dqs prières et des cérémonies, et d'arriver ainsi trop souvent à des erreurs matérielles, soit de traduction, soit d*appréciation.

Je n'ai guère vu que les travaux des illustres Anglais, tels que William Jones et de Colbrook, être admis par les brahmes comme Tinterprétation exacte de leurs ouvrages, et ils en trouvaient la raison dans ce que ces savants avaient vécu parmi eux, profité de leurs lumières et subi leur contrôle. Peu d'écrivains, en effet, sont aussi nuageux, aussi obscurs que les écrivains indous. On est obligé de dégager leurs pensées d'une foule de périphrases poétiques, de hors-d'œuvre et d'invocations religieuses qui, certes, ne contribuent point à éclaircir le sujet traité. D'un autre côté le sanscrit, pour chaque variété d'images et d'idées, possède une quantité innombrable d'expressions diverses, qui n'ont pas d'équivalents dans nos langues modernes, et, ne pouvant se rendre qu'à l'aide de circonlocutions, exigent une science sérieuse, qu'on ne peut acquérir que sur le sol, des mœurs, des coutumes, des lois et des traditions religieuses de ces peuples dont on traduit les œuvres, et étudie les origines.

Toutes les connaissanees acquises en Europe ne servent de rien pour approfondir Tlnde ancienne; il faut débuter comme un enfant qui apprend à lire, et la moisson est bien lointaine pour les faibles courages.

Mais aussi quel, spectacle splendide vient tout à coup s'étaler à vos yeux, et quelle récompense pour celui qui ne s'est point découragé.

Ecrivains, savants qui aimez l'Inde, venez vivre avec rindou sous le Pandal; venez apprendre son antique langage, vous assisterez à ses cérémonies, à ses prières, à ses chants; élèves en théologie, vous étudierez Brahma et son culte. Les pundits et les brahmes vous enseigneront les Vedas et les lois de Manou; vous puiserez à pleines mains dans tous les monuments les plus anciens de la littérature.

Puis VOUS irez visiter tous ces édifices encore debout, légués par les premiers âges, et qui sont là dans leur symbolique architecture comme un signe de la gra^ideur éteinie: en face d'une décadence que rien ne peut arrêter, car c'e&tia loi du destin, Vineœorabile fatum.

Alors vous aurez été initiés.

L'Inde vous apparaîtra comme la mère du genre humaiiL, comme le berceau de toutes nos traditions.

La vie de plusieurs générations suffirait à peine pour lire seulement les ouvrages que Flnde ancienne nous a légués sur l'histoire, la morale, la poésie, la philosophie, la religion, les sciences diverses et la médecine; peu àpe^u chacun apportera son œuvre ; la science, elle aussi, possède une foi qui transporte les montagnes, et rend ceux qu'elle inspire capables des plus grands sacrifices.

Au Bengale une société s'est donné pour mission de recueillir et traduire les Vedas.

On verra où Moïse et les prophètes ont puisé leur sainte Écriture, et peut-être leur refera-t-on leur livre des Bois,, que l'on dit perdu, mais qui suivant moi n'a jamais été écrit, parce que )e livre a manqué aux copistes de la Biblô et que la tradition ne pouvait leur suffire pour le reconstituer.

On pourra dire que j'avance dès le début de bien étranges choses; patience, les preuves iront bientôt en se multipliant et se soutenant les unes les autres.

L'idée qui domine tout ce livre, et c'est peut-être Toccasion de le dire, est celle-ci :

De même que notre société moderne se heurte à chaque pas aux souvenirs de l'antiquité, de même que nos poètes ont copié Homère et Virgile, Sophocle et Euripide, Plante et Terence, que nos philosophes se sont inspirés de Socrate, de Pythagore, d'Aristote et de Platon, que nos historiens prennent Tite-Live, Salluste ou Tacite pour modèles, qu nos satiriques imitent Juvénal, nos orateurs, Démosthènes

L'iNDE bu VACB BE8 ZUCPS ANOIBNS )9

OU Cicéron, que nos médecin a étudient encore Hippocrate . et «i^ue nas codes tiraduiâent JustinieB :

J De même, Tantiquité a eu elle aussi une antiquité qu'elle «étudiée', imitée et copiée; quoi de pLua simple et de plus logique? Est-ce que les peuples ne procèdent pas tous les uns des autres ; est-ce que les connaissances péniblement conquises par une nation se circonscrivent sur son territoire ; est-ce qu'il peut être enfin insensé de prétendre que rinde d'il y a six mille ans, brillante, civilisée, regorgeant de population, a imprimé sur l'Egypte, la Perse, la Judée, la Grèce et Eome, un cachet aussi ineffaçable, des traces aussi profondes que celles que ces dernières ont laissées parmi nous?

II est temps d'en finir avec ces préjugés qui nous représentent les anciens comme arrivés presque spontanément aux idées philosophiques, religieuses et morales les plus élevées ; avec ces préjugés qui expliquent tout, dans leur admrratiou naïve, à l'aide de l'intuition de quelques grands ftommes dans le domaine scientifique, artistique et littéraire ; et dans le domaine religieux, à l'aide de la révélation.

Et parce que nous avons, pendant des siècles, perdu le fil qui unit l'antiquité à l'Inde, est-ce une raison pour continuer à adorer le fétiche, sans vouloir rien entendre de ce qui pourrait l'amoindrir?

Est-ce que nous n'avons pas, brisant avec le passé, rejeté les sciences ocultes du moyen âge, par l'expérimentation , la balance et le creuset?

Osons donc porter la même méthode expérimentale sur le terrain de la pensée.

Hommes de science, repoussons l'intuition ;

Rationalistes, repoussons la révélation.

Je demande à tout homme qui a fait une étude particulière sur les anciens, si vingt fois il ne lui est pas venu à l'esprit que ces peuples avaient dû puiser à un foyer de lu-

mière qui nous était incoanu ; si vingt fois il ne s'est pas dit à lui-môme, rebuté par un point d'histoire ôt de philosophie resté, obscur:

— Ahl si la bibliothèque d'Alexandrie n'eût pas été brûlée !

Peut-être trouverions*-nous là le secret de ce passé qui nous échappe.

Il est une chose qui m'a toujours extraordinairement frappé.

Nous savons par quelles études nos penseurs, nos moralistes, nos législateurs se sont formés.

Mais quels ont été les précurseurs de TEgyption. Mènè^, de Moïse, de Minos, de Socrate, d'Aristote et de Platon?

Quel a été enfin le précurseur du Christ?

Ils n'en ont pas eu, me direz-vous.

A cela je répondrai que ma raison se refuse à croire à la spontanéité de l'intelligence, à l'intuition de ces hommes, que l'on cherche du reste à expliquer, pour quelques-uns, par la révélation divine.

Et alors, me dégageant de ce passé nuageux, je n'accepte plus que la critique libre et raisonnée, et m'éianee dans le chemin qui, suivant moi du moins, doit m'amener à la vérité.

Les nations n'arrivent à quelque splendeur qu'après une enfance longue et pénible, à moins qu'elles n'aient, pour abréger leur route, les lumières d'autres peuples qui les aient précédés.

Voyez quels étaient les tâtonnements des sociétés modernes, jusqu'au jour où la chute de Constantinople vint jévéler l'antiquité.

Les émigrations indoues sont venues rendre le même service à l'Egypte, à la Perse, à la Judée, à la Grèce et à Rome. Voilà ce que je prétends démontrer.

Certes, je ne prétends point faire la lumière aussi çom-

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plète que je le voudrais. Un homme ne peut suffire à Une pareille tâche.

J'apporte une idée que je crois vraie, je Tétaye des preuves que j'ai pu rencontrer, tan^ dans les travaux des savants orientalistes que dans mes faibles recherches ; d autres creuseront la mine, mieux peut-être et plus avant ; en attendant, voilà le premier coup de pioche.

Et je dois le dire tout d'abord, je ne recherche ni le bruit, ni le scandale, et je professe le respect le plus profond pour toutes les croyances que cependant je me crois en droit de ne point partager, dans l'entière indépendance de ma pensée.

Les chercheurs qui ont adopté l'Egypte pour champ de manœuvre, qui fouillent et refouillent cette contrée de fond en comble, voudraient bien faire croire, eux aussi, que tout nous est venu de leur pays de prédilection. Il en est même qui vont jusqu'à prétendre que l'Inde a copié, en Egypte, ses castes, sa langue et ses lois, alors que l'Egypte, au contraire, n'est tout entière qu'une émanation indienne. Ils ont tout entre les mains, les encouragements des gouvernements, l'appui des sociétés savantes ; mais, patience I Le jour se fera complètement ; si l'Inde est bien éloignée pour de faibles courages, si son soleil tue, si le sanscrit est trop difficile pour qu'il soit .possible de faire un peu de charlatanisme, s'il n'y a pas un budget pour transporter des blocs de pierre éraillés, en revanche il y a un petit nombre de fidèles pour qui l'Inde est un culte, qui travaillent sans relâche, non à creuser des fossés et à retourner du sable, mais à comprendre des livres.

Avant peu, ils feront une vérité de cette parole :

Étudier l'Inde, c'est remonter aux sources de l'humanité. ► D'autres écrivains, aveuglés par leur admiration pour le flambeau hellénique, veulent le rencontrer partout et Be livrent à d'étranges théories.

Cela ne date que d'hier :

21 Ul BIBLB DA19S L*1NDK

M. Philarète Cliaeles, dans un Urre qn^il publiait 3vr rOrient, prétendait qu*à la suite des quelques pas iégen^ daires qu'Alexandre fit jadis dans re:ttrôme nord deTInde, l'influence de la Grèce s'était répandue dans le pays tout entier et avait YiTîfié les arts, la littérature, en un mot, toute la vieille civilisation brahmanique.

Cela est à peu près aussi vrai et aussi logique que si Ton venait à soutenir que Tinvasion des Sarrazins, sous Charles- Martel, a eu quelque influence sur les mœurs des Gaulois d'avant la conquête romaine.

Une pareille opinion est tout simplement le résultat d'un non-sens historique;

A l'époque d'Alexandre, l'Inde avait déjà traversé la période de splendeur pour entrer dans celle de la décadence, et ses grands monuments de philosophie, de morale, de littérature et de législation comptaient déjà plus de deux mille ans d'existence.

Au surplus, je défie qui que ce soit de me montrer, dan« l'Inde, la moindre trace, le vestige' le plus insignifiant, soit dans les différents idiomes, soit dans les usages, soit dans la littérature, soit dans les cérémonies, soit dans la religion, qui accusent l'influence grecque.

Alexandre n'a été dans Tlnde qu'un fait brutal, isolé, circonscrit, exagéré par la tradition hellénique, que les Indous n'ont pas même daigné relever dans leur histoire. Je ne voudrais blesser en rien un écrivain dont j'admire sincèrement le talent, mais je ne puis m'empêcher de lui dire que c'est là un rêve éclos au hasard de la plume, un paradoxe incapable de soutenir Fapparence même d'une discussion. Et je m'étonne à bon droit qu'un indianiste distingué, M. du Mesnil, je crois, ait pris la peine de répondre sérieusement.

Prétendre aujourd'hui, en l'absence de toutes prejnres, alors qu'on ne retrouve pas même dans les Annales de rindoustan le nom grécisé du vaincu Porus, qu'Athènes a

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inspiré le génie indon, de même qu'elle a donné la vie à Tart euTopéen» c'est ignorer Thistoire de l'Inde, c'est faire lAstrnire la môre par les âls, c'est enfin oublier le sanscrit.

Le sanscrit, Yoilà la preuve la plus irréfutable, et en même temps la plus simple, de l'origine des races européennes et de la maternité de llnde.

Oe que je vais dire n'apprendra sans doute rien aux hommes spéciaux, mais que l'on n'oublie pas, qu'en apportant peut-être une idée neuve, je m'empare de toutes les découvertes qui peuvent Tétajer, dans le but de les vulgariser et de faire connaître aux masses qui n'ont ni le temps ni les moyens de se livrer à de semblables études, cette civilisation extraordinaire des premiers âges que nous n'avons pas encore dépassée.

Si le sanscrit a formé le grec, ainsi que du reste toutes les langues anciennes et modernes (j'en donnerai* bientôt de nombreuses preuves), il n'a pu être apporté sur ces différents sols que par des émigrations successives; il serait absurde de l'imaginer autrement, et l'histoire, bien que réduite à tâtonner sur ce sujet, nous aide à soutenir cette hypothèse plutôt qu'à la combattre.

Ceci admis, en face d'une langue aussi perfectionnée, on est bien obligé de reconnaître que les populations qui la parlaient étaient arrivées à un haut degré de civilisation, et qu'en emportant avec elles le langage de la mèrepatrie, elles ont fatalement conservé leurs traditions historiques et religieuses, leur littérature et leurs législations.

Si la langue, malgré ses transformations nécessaires, et bien qu'elle ait donné naissance à une foule d'autres, se retrouve dans nos idiomes modernes, quoique ayçint perdu son cachet primitif, et dans ceux de l'antiquité d'une manière plus saisissante, parce qu'ils étaient plus près de leur origine ; on est conduit rigoureusement à penser et à sou-

tenir qu'on doit retrouver aussi les traditions historiques, religieuses, littéraires et de législation, presque les mêmes dans l'antiquité, affaiblies et transformées dans les temps modernes.

Quel champ vaste et nouveau pour Tinvestigation humaine ! On peut alors, remontant à Torigine, à Taide de l'antique civilisation de l'Inde, suivre pas à pas tous les peuples dans leur enfance et dans leur maturité, assigner à chacun son berceau, dissiper les ténèbres de l'histoire ; et de même que les philologues déterminent aujourd'hui pour chaque langue la part d'emprunts faits au sanscrit, déterminer pour chaque coutume, pour chaque tradition, les parts d'emprunts faits aux coutumes et aux traditions de rinde.

Ainsi, on est amené à penser que tous les temps fabuleux et héroïques, ces temps légendaires, que l'histoire admet, dans soQ impossibilité de mettre à la place des faits sérieux, n'ont jamais existé.

Ce ne sont que des traditions indoues importées en Grèce par des populations de l'Asie-Mineure qui sont venues la coloniser, et que les écrivains de ce pays ont accueillies comme les souvenirs de leur berceau.

Dégageons donc l'histoire de la poésie et du rêve.

La plupart des nations de l'antiquité, bien qu'elles eussent oublié leur filiation et les émigrations de leurs ancêtres, n'avaient-elles pas cette pensée dominante, qu'elles avaient pris naissance en Orient; et Rome elle-même n'attribuait-elle pas la colonisation de l'Italie et sa fondation aux Troyens vaincus et errants sur les mers pour chercher un asile?

Je le répète, l'esprit sérieux, qui ne peut croire à la fable antique engendrant presque sans transition une civilisation sans égale, doit nécessairement demander à une société plus ancienne les secrets de ce passé.

Libre à vous, qui vous contentez des illusions poétiques

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et de la révélation, de croire à Hercule, à Thésée, à Jasoo, à Osiris, au bœuf Apis, au buisson ardent, à Moïse et à l'origine sacrée des Hébreux; pour moi, il me faut un autre critérium ; et sans nul respect, je repousse toutes ces puériles inventions.

Je ne puis, certes, dans un ouvrage qui touche à tant de matières, qui ne fait pour ainsi dire que lancer une idée générale, m'égarer dans des comparaisons philologiques trop étendues, cependant en voici quelques-unes tirées du sanscrit à titre de preuves.

Veut-on savoir quelle est Torigine de tous les noças de la Fable et de la Mythologie grecques? Je serai bref, ab uno disce omnes.

Hebculb. — En sanscrit : Hara-Kala^ héros des combats. Ëpithëte communément donnée à Siva, dieu des combats dans la poésie indoue.

Thiéséb. --' £a sanscrit : Tha-Saha^ l'associé. Compagnon de Siva chez les Indous.

Eaque. — Juge des enfers dans la mythologie grecque. En sanscrit : Aha-Ka^ jnge sévère, adjectif qualificatif accompagnant ordinairement le noni de Yama, juge des enfers chez les Indous.

Ariane. — La malheureuse princesse abandonnée par Thésée, et qui avait eu le tort de céder à un ennemi de sa famille. En sanscrit : Ari- Ana^ séduite par un ennemi.

Rhadamante. — Autre juge des enfers dans la mythologie. En sanscrit : Radha-manta, qui châtie le crime.

Andbomèdb. — Sacrifiée à Neptune et secourue par Persée. En sanscrit : Andka-ra'tnedha^ sacrifice à la passion du dieu des eaux.

Persée. — En sanscrit : Parasaha^ secours venu à propos.

Oreste. — Célèbre par ses fureurs. En sanscrit : O-ralisa-taj voué au malheur.

Pyladb. — Uami d'Oreste. En sanscrit : Pula-da^ qui console par son amitié.

Iphioénie. — La vierge sacrifiée. — En sanscrit : Apha-gana^ qui finit sans postérité.

Centaure. — Ce personnage de la fable, moitié homme, moitié cheval. En sanscrit : Ken-tura^ homme-cheval.

Les divinités de l'Olympe ont la même origine. * Jupiter. — En sanscrit ; Zu-piln", père du ciel, ou Zeus-pitri^ dont les Grecs ont formé le mot Zeus^ et les Hébreux leovah.

Pallas. — La sage déesse. En sanscrit : Palck-sa, sagesse qui protège.

Î8 LA BIBLE DANS L'ïNDB

Atbxnaïa. -— Déesfie 4b la chasteté chez les €M«es. En «mseint ?

^-tafiaio, sans enfanta.

MiNSBYA. — Qoi est la même déesse oliez les Romains, mais r«(Vê> tant en outre les attributs du courage. En sanBcrit : M»-tiara^ai qui soutient les forts.

BsLLOME. — Déesse de la guerre. En sanscrit : Aila-fia, foiee gnâx rière.

Veftukb. — En sanscrit : ^o-pala-na, qui nmttrise la furefiT ûes âota.

PosEiDôK. — Autre nom grec de Neptune. En sanscrit : PdsoMàâa, qui calme les eaux.

Mabb. — Dieu de le guerre. En sanscrit : Mri, qsî donne la mort.

Pluton. — Dieu des enfers. En sanscrit : Piushta^ qui frappe par ie feu.

Quelques exemples, maintenant, pris parmi les peuples ; on ne saurait mieux prouver les émigrations que par l'étymologie des noms.

Les PÉiiASGES. — En sanscrit ; Palaça^ga^ qui combat sans pitîë.

Les LÉLÉGES. — En sanscrit : Lala-ga^ qxii marche répandant la crainte.

Comme la signification de ces mots répond bien au goût des peuples jeunes et guerriers qui aiment à se donner des noms en rapports avec leurs habitudes !

Les Hellènes. — En sanscrit : Bela-na, guerriers adorateurs d'Hâa, ou la Lune. La Grèce ne s'appelle-t-elle pas aussi THellade.

Les Spartiates. — En sanscrit : Spardfta-fo, les rivaux.

Et ces mots sanscrits qui sont devenus en passant en Grèce les noms d'hommes célèbres.

Pythagore. — En sanscrit ; Pitha-guru^ le maître d'école.

Anaxagore. — En sanscrit : Ananga-guru^ le maître deTesprit.

Pbotagobas. — .En sanscrit : Prata-guru le maître distingué en toutes sciences.

Si de la Grèce nous passons en Italie, en Gaule, en Germanie et en Scandinavie, nous trouvons les mêmes rapprochements, les mêmes origines sanscrites.

Les Italiens. Nom qui vient d*Italus, fils du héros troyens. En sansrCrit Itala^ hommes de basses castes.

J Les Bbetii. — En sanscrit : Bharata^ peuple de la caste des artisans.

Les Thybrhéniens. — En sanscrit : Tyra-na^ guerriers rapides.

Les Sabins. — En sanscrit : Sabha-na, caste des guerriers.

Les Samnitbs. — En sanscrit : Samna-ta, les bannis.

Les Celtes. — En sanscrit : Kaila^ta, les chefs envahissants.

Les Gaulois. — En sanscrit : Ga-lata, peuple qui marche en conquérant.

l'indr bn faob hbs temps anciens 77

Lm jBBLaflM.-^ £n sviBarit : Balaya, oifiats des forte.

Les S^QiJAKS&. — Du sanscrit : jSaka-no, las ipierriera par «xcellenoe.

Les BiOAJiBaaBS. •-* En sansorit : Stk^ni'M , les bons chefs de la terre.

Les SoASTDUiAVSS. — En sanscrit : Skanda-navaj adorateurs de Skanda. dieu des combats.

•Oi>]fr. — Le c^f des tribms émigraates par les plateaux dn Nord. En Sttttscrit : Yodin^ le chef des guerriers.

Les Suédois. — En sanscrit : Su-yodha, les- bons combattants.

La Norvège. — En sanscrit : Nara-vaja, pays des hommes de la

La BaltiQUS. — En aanscrit : Bala-^ta^ka, Teau des paissants conquérants.

Les Alahakni (Allemands). ^- En sanscrit : Ala-manu, les hommes libres.

Les Valaques, — En sanscrit : Fato-fca, de la classe des serviteurs.

Les Moldaves. — En sanscrit : Mal^dha-va, hommes de la dernière caste.

L'Iblakdx, que les poètes appellent la verte Érin. En sanscrit : Érin^ rochers entourés d'eau salée.

Le Thanb. «7- Nom des anciens chefs de clan écossais. En sanscrit : ISko^nm, ch^des guerriers.

En Asie, toute la dynastie des Xerxès et des Artaxerxès est d'origine indone. Tous les noms de places fortes, de villes, de contrées, sont du sanscrit presque par. En voici quelques exemples :

Ma.. — Divinité lunaire des tribus d'Asie et de tout l'extrême Orient. En sanscrit : Ma, la lune.

Artaxercès. — En sanscrit : Artha-xatrias, le grand roi. N'est-ce pas ainsi que l'appelaient I«s Grecs?

La MÉSOPOTAMIE. — Contrée fertile eu fleuves et en cours d'eau. Eu sanscrit : Madya-potama^ terre au milieu des fleuves.

Ca8Tabai«a. — Place forte. En sanscrit : Kastha-bala. la force impénéizable.

Et Zoso ASTRE, qui apporta en Asie le culte du Soleil. En sanscrit : Surya-staray qui répand le culte du Soleil.

Bornons- nous là; il faudrait des volumes pour traiter cette question philologique comme elle mériterait de l'être; aussi bien la question est complètement vidée aujourd'hui dans le domaine de la science, et ce n'est pas une nou-

yeauté que de faire remonter au sanscrit toutes les langues anciennes et modernes. La filiation est tellement claire, tellement précise, que le doute même le plus léger ne peut être permis.

Si donc j'ai choisi quelques noms des temps héroïques et fabuleux , ainsi que des principaux peuples des temps , anciens et modernes, c'est afin de donner quelques exemples pouvant éclairer ma discussion.

Tous ces noms d« héros, de guerriers, de dieux, de philosophes, de contrées et de peuples, ne peuvent se décomposer dans les langues auxquelles ils appartiennent ; et comme il serait absurde de les croire formés par le Jiasard, Topinion la plus simple et la plus rationnelle est de les rattacher au sanscrit, qui non-seulement les expliqua dans leur origine grammaticale, mais encore dans leur sens symbolique ou réel, historique ou.,fig]yLré.

Ainsi les populations d'origine indoue, Ioniens, Doriens et autres, quittent l'Asie Mineure pour venir coloniser la Grèce ; ils y apportent les souvenirs de leur berceau , toutes les traditions que la poésie leur a conservées, sans doute en les transformant, mais aussi en leur laissant un cachet tellement spécial, qu'il nous est possible de les retrouver et de les expliquer aujourd'hui, malgré les siècles qui, passant sur toutes ces choses, les ont fatalement entourées d'obscurité et d'oubli.

Parmi les souvenirs de ces. colonisateurs d'une terre nouvelle, se trouvent au premier rang les exploits innombrables du dieu de la. guerre chez les Indous leurs ancêtres, c'est-à-dire de Siva; ils oublient le nom de ce dieu, qui ne possède pas seulement des attributs belliqueux dans la mythologie de la haute Asie, pour lui conserver seulement l'épithète d'Hara-Kala, que les poètes indous lui donnent quand il préside à la guerre.

Hara-Kala, le héros des combats , devient Hercule ; le nouveau peuple qui se forme le fait sien sous ce nom, et la

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fable grecque, comme la fable indoue, continue à lui faire détruire les lions, les serpents, les hydres, et même des armées entières ; ce n*est que la tradition qui se continue.

Zeus-Dieu, nom de la Trinité indoue, Brahma, Vischnou, Si va, est conservé sans transformation.

Tha-saha, Tassocié de Siva, devient Thésée.

Aha-ka, Radha-manta, Manarava, A-tanaja, Napatana, Balafia, Palasa, Andha-ra-meda, Ari-ana, deviennent Eaque, Rhadamante, Minerve, Athenaïa, Neptune, Bellone, Pallas, Andromède et Ariane.

Bi'ahma, aussi appelé Zeus-pitri, Dieu le père, devient Jupiter, et si ce dernier nom peut se décomposer en grec, en conservant son sens, c'est que cette langue a gardé dans presque toute leur pureté les deux mots sanscrits qui le forment, Zeus et pitri, en grec, Zeus et pater.

Protha-guru et Ananga-guru deviennent Protagoras et Anaxagore, c'est-à*-dire que ces noms ne sont point des noms propres, mais bien des qualificatifs donnés à des hommes qui se sont distingués dans la philosophie et la science ; et Pjthagore, dérivé de Pitha-guru, vient encore accuser mieux son origine orientale, en propageant en Grèce le système indou de la métempsycose.

Et ainsi des autres, tous les noms de l'antiquité fabuleuse ont avec les noms indous les mêmes rapprochements de signifièation et d'origine. 11 me serait aisé de les suivre à la piste, de les décomposer tous, de leur assigner leur étymologie de mots et de sens, si là était le but principal de cet ouvrage.

Je Tai dit plus haut, d'autres creuseront plus profondément la trace ; il y a dans tout cela un immense champ à fouiller pour les chercheurs et les érudits, et je ne l'eusse pas même effleuré, si je n'eusse pensé avec raison que, rattachant à l'Inde la révélation biblique, il devenait nécessaire de démontrer à grands traits que cet emprunt à l'Inde n'était pas isolé, et que tous les peuples anciens et

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modernes deyaioat à ce dernier paya Tori^fie de U«r langue y de leurs traditions historiqiiieB , de leiH* pàUoAOK phie et de leur législation.

Ce que j'ai dit des ncMns des hét^os: et demi-éieua de Tancienne Grèce s'applique également aux noms dû& peuples plus modernes dont j'ai donné anasi qtEelqnes étyznologies, tels que les Bretii^ le& Tjrrhéndens, ks Sanmites, les Celtes, les Gaulois, les Séquane&^ les 8icambreSy les ScandinaTes, les Belges, les Norrégienfi, les Allemands, les Yalaques, les Moldaves, etc.... L* unité de race de %om ces peuples, leur communauté d*origine, devient alors indiscutable^ et c'est bien dans les vaatfis^ plaines qui s'étoirdent aux pieds de l'Hymalaya que la plus inteifigentd^ àmi deux races qui peuplent le globe,' c'est-à-dire la tme blanche, a pris naissance.

En adoptant cette opinion, l'aurëole fabuleuse qui entoure le berceau de tous les peuples de l'antiquité, sar lesquels l'histoire est réduite à des conjectures dénuées dô fondement, s'explique d'elle-même, et il devient poasiblfe d'éclairer l'obscurité du passé.

Des diverses comparaisons que je viens de Éake, il res:sort que tous les héros de l'ancienne Grèce, ainsi que les exploits qui les ont illustrés, ne sont que des souvenirs de l'Inde, conservés et transmis par la poésie et la tradition, et que plus tard , après avoir perdu de vue leur origine indoue et transformé leur langage primitif, les premiers poètes grecs ont de nouveau chantés et célébrés comme appartenant à l'origine de leur propre histoire.

L'Oljmpe grec est né de l'Olympe indou. Jason à la conquête de la Toison d'Or est une légende qui est ea*care aujourd'hui dans toutes les bouches sur le sol de rinde» et Tlliade d'Homère n'est autre chose qu'un écho, un souvenir affaibli du Ramajana, poëme indou danslepqitôl Eama s'en va, à la tête de ses alliés, reprendre sa femme Sita,, enlevée par le roi de Ceylan.

l'inDE en face DBS TEMPS ANCIENS di

Les ebefs s^j injuriant de la même façoa, combatteiit sur des cbacgi avec Ja laBca et le javelot. Cette lutte diyioe également les dieux et 1û& déesses, doat les uns prenaeiit parti pour La roi de, Cejlan^ et les autres pour Rama. II n'e^t pa» j^^u'à la colère d'Achille, a{Krè» l'enlèvemeat c^ Briâéis^ «jLui jke pujisse serattacker à cet immense poème. ,t L'imitatiiMi est ftagj^ante , indéniable ^ elle se rencontre jiUfiq^ue da^ift les détails^ L'épitbète de Boopis (aux yeux de boeuf) «qu'Homère applique à chaque instaat à Junon, est pour le poète iadou la plus sublime des comparaisofis, p^lsquei, sans cependant être adoré comme un dieu^, le bœuf est dans la croyance indoue Tanimal révéré par exeellemse^ et cette épitbèie est complètement inexplieable en grée.

Inutile de dire que je partage entièrement sur Honràre ropinioa des savants allemands , qui ne regardent les QSiUvres de ce poète que comme une suite de chants ou j^apsc^dies, conservés» par la tradition et recueillis et * arrangés sous Périclès. C'est la seule qui soit conforme au génie des peuples nouveaux, et surtout de ceux qui ont pria naissance en Orient.

Ghe^ Us fabulistes anciens, Timitatioa est encore plus jappante,, et Von. peut dire, sans craindre d'être taxé d'exagération, qu'Ésope et Babrias n'ont fait que copier la fable indoue qui leur était arrivée par la Perse, la Syrie et l'Egypte. Ce dernier écrivain, quoique Grec, prend soin lnu-méme, au commencenoiftnt de son deuxième proœmitim^ de revendiquer pour l'Orient le mérite de l'invention de ces ingénieux apologues,, qui, sous une forme légère, cachent sou veiit de profonds enseignements.

MO60; [xsv, (ji TTal paffiXéo); 'AXe^àvSpou, Z^pfjoN naXaiov èonv &jyr[^^ àv6p«!>ff(av, Oi TTpîv tcot' ^aav inl. Ntvou t£ xal Bin^au^

« La fable, Ô fils du roi Alexandre, est noe ancienne invention d'hommes syriens, (^oi vécurent autrefois sous Nînus et &ous Bélus. »

Il suffit d'ouvrir les fables de Tlndou Pilpay, du brahme Ramsamyayer, d'Ésope, de Babrias et de La Fontaine, pour voir qu'elles procèdent toutes les unes des autres, et que les fabulistes grecs et modernes ne se sont pas même donné la peine de changer l'action de ces petits drames.

Ainsi, à chaque pas, et plus on étudie les anciens, plus on se persuade de la vérité de cette proposition que j'ai déjà avancée, à savoir, que l'antiquité a eu elle-même une antiquité qui l'a inspirée, et l'a aidée à parvenir rapidement à ce haut degré de civilisation artistique, philosophique et littéraire , qui à son tour a fécondé le génie moderne.

M Que de choses étonnantes, écrivait M. Langlois, le traducteur du Harivansay nous avons à apprendre aux autres! »

Et cependant les gouvernements s'épuisent en fouilles, en missions scientifiques en Egypte, en Perse, en Afrique, et lés savants s'ingénient à bâtir des systèmes sur des tronçons de colonnes et des inscriptions I Sans doute cela n'est point inutile, et nous avons fait de grands progrès dans la science du passé, mais les anneaux de la chaîne sont trop interrompus pour qu'on puisse tout reconstruire. Que n'envoie-t-on dans l'Inde étudier des origines et traduire des livres ? C'est là seulement qu'on trouvera la vérité.

Pourquoi ne pas se décider à jeter bas cette école d'Athènes qui n'a plus de raison d'être, qui est incapable de rendre aujourd'hui le moindre service, pour la remplacer par une école de sanscrit qui, fondée à Pondichéry ou à Karikal, dans le sud de l'Inde, rendrait en peu de temps à la science d'éminents services?

Pour appuyer cette thèse, que l'Inde a tout donné au monde civilisé, je vais maintenant exposer très-rapidement les points les plus saillants de la législation indoue, législation que nous retrouvons tout entière à Rome, à qui

l'indb en face des temps anciens 33

elle fut lëgiiée par la Grèce et TEgypte, qui avaient puisé aux sources primitives.

Nous ne pouvons donner ici , comme pour les études des origines des langues, que quelques aperçus bien succincts, et cela se conçoit; ce volume entier ne suffirait pas à élucider ce sujet.

Dans toutes les législations du monde, les matières les plus importantes du droit sont :

Le mariage, la filiation, la puissance paternelle, la tutelle, Tadoption, la propriété; les lois sur les contrats, le dépôt, le prêt, la vente, les sociétés, les donations et les testaments.

Nous allens voii*, en les étudiant, que ces divisions ont plïssé tout entières •du droit indou dans le droit romain et le droit français, et que la plupart de leurs dispositions pai4iiculières sont encore en vigueur aujourd'hui.

Ici, point de commentaire, point de diTscussion possible; \k ôù'il y a texte, il ne peut y avoir place que pour une affirmation.

Les lois indoues ont été codifiées par Manou, plus de trois mille ans avant Tère chrétienne; copiées par l'antiquité entière , et notamment par Rome, qui seule nous a laissé un droit écrit, elles ont été adoptées ensuite comme base pour toutes les législations modernes, qui se sont inspirées du droit de Justinien.

Voyons et comparons :

fiançailles, MABlAeS

Le mariage, d'après la loi indoue, s'accomplit parla donation de la femme par le père, et V acceptation du mari, à Taide de la cérémonie de Teau et du feu.

Même formalité à Rome : Leg. 66, 8 1, ^^ Digeste de

Justinien. Virgini in hortos deducta Die nnptiarum

34 LA BIBLE DANS l'iNDB

priusçuam ad eum trandrct, et priusguam aqua et igné

acciperetuTj id est nuptiœ celebrarentur obtulU décent

aureoe dono.

L'union des mains, ainsi que la co^/arr^a^io^ autres rites sacramentels de Borne, ne sont que des copies des ordonnances du législateur Manou.

Dans le mariage indou, deux époques sont à considérer, celle des fiançailles et celle de la célébration ; les fiançailles ont toujours lieu plusieurs années avant la cérémonie définitive.

Mêmes usages, mêmes périodes distinctes, transportées à Rome.

« Le mot de fiançailles [sponsalia], leg. 2, tit. 1, 1. XXIII, au Digeste, vient du mot promettre {fl $pondendo)\ car ce fut une coutume des anciens de stipuler et de se faire promettre une future épouse.

- « Souvent, dit la loi 17 au m^me titre, de justes causes font prolonger les fiançailles, non-seulement pendant un an ou deux, mais encore pendant trois ou quatre, et même .au delà. »•

Le consentement textuellement exigé par la loi indoue l'était aussi à Rome. Loi 2, même titre 11 » Spomalia sicut nuptia conseTisu contrahentiumjiunt.

Chez les Indous, la jeune- épouse reste dans sa famille jusqu'à sa nubilité; le père alors envoie un message à l'époux, pour l'avertir que ses droits ont commencé et qu'il peut venir réclamer sa femme.

De même à Rome : In potestate manente fMa, pater sponsonuntiumremittere potest. (Leg. 10, de Sponsalihus,)

La conduite de la femme dans la maison de son mari était dans Flnde, comme chez les Romains, la cérémonie finale du mariage. Et cette conduite se faisait avec des chants et des fêtes.

Les mariages sont dans la loi de Manou, en ligne directe, prohibée à tous les degrés à l'infini, et en ligne collatérale,

l'iNDB BM FAOB DSS TBJfPS ANCIENS 35

jusqu'au septième dans La ligne paternelle, et au cinquième 4ans la ligne maternelle. Enûn, le père qui, dans Tlnde; marie sa fille à quelqu'un après Tavoir fiancée à un autres, est noté d'infamie.

Écoutez la loi romaine (leg. 13, 8 l, lil>* IH) - 1^^^ ^ alteri sponsa^ alteri nupta sit, ex sententia edicti punitur.

Ce n'est pas tout : le génie indou se retrouve dominant le droit romain jusque dans ces liaisons que les législa* tiens modernes, à part celle du Brésil, n'ont pas voulu reconnaître; le concubinage toléré, réglementé à Rome, €st encore une institution venue de Tlnde , que les Romains ont acceptée par respect pour la tradition ; les mœurs pures et sévères des premiers âges n'auraient jamais pu leur inspirer la sanction des libres amours.

Nous ne faisons ici qu'effleurer toutes ces ricHesses; quelles splendides études critiques pourraient être faites par un examen plus approfondi de ces lois admirables de l'antique berceau du genre humain!

Un mot encore, et nous en aurons fini avec le mariage.

Le divorce, légalement institué dans l'Inde, lé fut aussi à Rome. Écoutons le législateur indou, indiquant les motifs pour lesquels unB femme peut se séparer de son mari.

« Le mari peut être abandonné par sa femme, s'il est criminel, impuissant, dégradé, ou affligé de la lèpre, bu après une absence prolongée dans les contrées étrangères. »

La loi romaine ne formule point d'autres causes : la grande diminution de tête, ou la mort civile, l'impuissance, une maladie contagieuse, et l'absence.

Dans l'Inde comme à Rome, la femme adultère est privée de sa dot; le mari n'est pas tenu de restituer.

Ainsi , dans cette partie si importante du droit , qui est la base des sociétés et des nations, nous voyons déjà l'Inde

donner des leçons dont ont profité tous les peuples. Poarsyivoiis le cours de ces comparaisons, qui, bien que sommaires, n*en sont ni moins sûres ni moins probantes.

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