LB MISSIONNAIRE
. Je suis pré.trp, et je viens àe. par .4eU l^es xo.(^v^,^^if7fo^fi enseigner le vrai Dieu. . ,, r
LB BBA£BIX
• Pour av^r pris la peine d« veniir dé si loin; tu dbis'ïiètïs apporter d'excellentes ichoses. Mais* potii*quoi dis-tù' fe vrai Dieu ? Est-ce que tu en confiais plusieurs?' 5Potli»mt)r, il n'j^ en a qu'un setl pour tous les mondes et pour'totfd^l'es peuples. ..••':•.; -/-^ '/ i"' ^ '' I
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Je n'en connais qu'un seul également, et' c est au nouGi de celui-là que je parle et que je viens combattre les faiix dieux engendrés par la supersti^qn.
•Ptiisrquetti viens prêcher parmi nous, à ton avis-'i'eîîîéu
que nous adorons t'est point' le véritable?' ' ' ' ' ^
LÉ MISSIONNAIBB
Tu ras dit.
Mais alors quel est donc ton Dieu? Le nôtre, Màttoti lé
déficit ains^ ; w Celui qui eiLÎete par li^méme dt. topte éternité, que l'esprit cQ^goit, maia ne^ pei,it perc^Yoir) qui est sans parties yisibUs, échappe aux organes des saiisi infini et omnipotent^ créateur de toutxxe qui existe^ ot doM la mystérieuse unité est composée de troii» .personnes, Brahma, Vischnou et Siva. n Ce- n'est pas notre Dieu, J^ jne trompe en rappelant ainsi; Dieu n'appartient pas à un hoQ;im^, à une -caste, à u^e contrée, c'est le Dieu de toutes les créatures. Oseras-tu dire que c'est là superstition qui me fait parler ainsi?
LE IJISSIONIïAIRB
Non, et si tu crois au seul et unique Dieu, maître de cet univers, nous sommes bien près de nous entendre. Seulement l'idée qtretti te ôiis de Dieu n*eôt point complètement la mienne.
Yous ne parlez sans csssa del'aiiité de Dieu que pour ensuit^ la diviser à l'i^ûni. D'après vos livras saints, votre Diea n'agit pas, il délègue sa puissance à droite et à gauche, aux devas d'abord ; ces derniers à leur tour se dpnnent de^ n^andataires^ ce sont les personnages appelés Maharichis, Atri, Angiras, Poulastya, Poulaha, Cratou, Pratchitas, Vasichta, Brigou et Narada. Je le répète, votre théologie ne semble reconnaître l'unité de Dieu, que pour la renverser après.
LB BBAHBfB
Je veux croire que tu ee. de bonne foi ; mais tu tombes dans de grossières erreurs. Depuis quand les fictions, des poètes peuvent-elles servir de base à une croyance, religieuse ? et parce que la foule honore de saints hommes qui nous ont précédés sur là terre,' croîs-tu donc qu'elle les égale à Dieu ?
Le sectateur de BraRiûa nô i^oconnaît que lui, n'adore .que 1^17 qu'importa )es< êtres qu'il a orées et les. mi^Mons
33i LA BIBLB DAIfB. L'INDE
qu'Ului x^la dj9 dona^r à ses. pxrophétea, puisque t^t, suivant uo^b^ esi.ime inpar Aaiiop dâ sa. piÛBs^aee 1
Tes arguments se retournent contre toi : n'as-tu pas dans ta religion des anges, des prophètes et des saints?
Pou<][uoL descendre dans 1^ detadis de no» UVre» saeiiéSy qui sont jie plus souy^nt des aUégorîe&que.tn ne-a^oxats CQmppeodre?
,Po\}rquoi obereber à renverae^r no& traiditiops, aiuafii vieilles que le monde^ sans iea avoir étudiées -et- approfoa^ dies? Tu vois que je n'imite pas ton esenq^e -et^que je n'attaque pas tes croyances^ bien que je ne les partage pas.
Z,^ MISSION Î^AIBE , . >
C'est à la morale que ta en teconnaîtras la bonté.
LE BBAHME
Et que dit donc ta morale que ne nous enseigne aus^i la nôtre? As-tu lu les entretiens de Cbristna et d'Ardjouna? et les sublimes enseignements du divin fils de la vierge. Devanaguy?^
Crois- tu donc que nous ne sachions pas distinguer le bien du mal, et qu*il était besoin que tu traversasses les mers pour venir nous parler de choses que nous connaissons aussi bien que toi? Est-ce que notre religion ne nous fait pas une loi de nous secourir les uns les autres?, est-ce que nous repousssons la faiblesse et la misère? Nos routes gont pleines de chauderies, où le voyageur, où l'infirme reçoivent un asile et ce qui est nécessaire à leurs besoins. .
Est-ce que nous ne vénérons pas pas nos parents et nos ancêtres même mieux que vous? Nous portons d'eux un deuil éternel, et chaque année nous célébrons leur naissance sur la terre et leur mort, qui est leur naissance en l'autre vie.
i^Loacs 885
A ces paroles, niL murmure approbateur oineula daae la foule ; le l»rahme oommençaii il gagner sur le prêtre.
LE MISSIONNAIRE, avec véhémence.
Ëh bien! vous tous qui m'écoute^, puisque vous pi^téndez posséder uoe iiàomle:au8si purd que celle de rÉt-aagile,
que je. viens vous apporter, pourquoi ne la meitez^'Vous pas ea pratique^ poarquoi dèpensez^vous les jours que le Seigneur yaus a donnés à • saitisfaire les pfara honteuses pas* siofls, à TOUS plonger dans la détauehe la phis éhontée ?
Pourquoi laissez*- voua vos enfants dés Fâge le plus tendre se livrer au vol, au mensonge et à l'impureté? Pen^ sez-vous former ainsi des hommes selon la loi de Dieu?
Qu'avez-vous fait de vos femmes? Des instruments de plaisir, des êtres abrutis, incapables de dévouement et d'affection, des esclaves que vous achetez et parquez comme vos troupeaux. '
vous qui repoussez la lumière que le Seigneur vous envoie, je vous le dis, vous porterez la peine de vos fautes, et quand le dernier jour sera venu^ quand il faudra peser dans la balance éternelle vos bonnes actions et vos crimes, Dieu se détournera de vous et vous rejettera au nombre des maudits.
Le missionnaire continua encore longtemps sur ce thème; une exaltation fébrile s'était emparée de lui; il avait perdu de vue son sujet et ne discutait plus. Il prêchait obmnie dans une église catholique, et le sens de ses paroles était perdu pour la foule.
Aussi, quand le brahme reprit la parole, je compris que le prêtre allait être obligé de céder la place.
LE BBAHMB
Tu viens de te dévoiler par tes injustes attaques, et le but de ta venue parmi nous n'est point tel que tu nous l'avais annoncé tout d'abord. Un servant du Seigneur ne
doit point donner l'exemple de la colère, et la parole sainte doit couler aussi douce que le miel et répandre sur ceux qui Técoutent un parfum aussi suave que celui la fleur du lotus aimé de Vischnou.
As-tu donc été mêlé à ces débauches dont tu parles et que tu nous reproches? as-tu pénétré dans Tintérieur de nos demeures? sais-^tu ce qui s'y passe, à l'ombre des images des saints Maharichis, protecteurs du foyer domestique? Tu compares nos femmes à un troupeau d'esclaves ; lis la règle prescrite à leur égard par la sainte écriture et Manou, et tu reviendras à une opinion plus juste, parce qu'elle sera éclairée.
Tu ne connais ni nos lois ni nos mœurs, et tu viens nous jeter l'anathème! Ce n'est pas ici que ta parole peut être utile; va donc prêcher les tiens, à Bombay, à Madras et à Calcutta, ils en ont plus besoin que nous. Tu les verras manquer à leur parole, tromper Tlndou pour s'enrichir, et pour satisfaire leurs passions acheter nos jeunes filles vierges avec Tor qu'ils nous volent.
Si tu veux rendre service à l'Inde, va donc leur dire que ce ne sont point les exemples qu'ils devraient nous dpnner, et que nous augurons mal d'une religion qui ne sait ni retenir ni châtier des hommes aussi corrompus.
En disant ces mots, le brahme se leva au milieu des applaudissements de son auditoire, qui le reconduiili avec les marques du plus grand respect jusqu'à sa demeure.
Je n'ai jamais vu ces sortes de luttes se terminer autrement.
Il est très- vrai que l'Inde râle depuis des siècles sous la corruption, que la femme n'est plus aujourd'hui qu'un instrument de plaisir; mais dans le passé elle fut honorée et respectée. La loi a été vaincue parles mœurs; mais elle existe toujours, et le brahme se réfugie dans la loi. Puisque
ÉPILO0UB 337
les Indous ont les mêmes principes de morale que nous, comment faire pour les battre sur le terrain des principes?... Et il faut avouer malheureusement que, si Ton sort de la spéculation pour porter la discussion dans le domaine des faits, là encore le brahme est fortement armé, car il n'est que trop vrai que TËuropéen ne donne aux peuples de Tlnde que les plus pitoyables exemples d'honnêteté et de moralité.
Aussi, parmi les rares chrétiens, dont les cinq sixièmes sont parias, disséminés au milieu de plus de deux cents millions dlndous, n'en trouverait-on peut-être pas un seul qui soit sincèrement attaché à la religion nouvelle. Et quels efforts les missionnaires ne sont-ils pas obligés de faire pour les convertir? Aux uns ils payent de petites pensions d'une ou deux roupies par mois, aux autres ils fournissent le riz nécessaire à leur nourriture, et dès que Ton cesse de servir Tune et de donner l'autre , le chrétien disparait.
Avec cela, il faut leur permettre de conserver tous leurs usages de caste, toutes leurs cérémonies païennes pour les naissances, les mariages, les morts et le culte des ancêtres, et on est obligé, sous peine de voir tous les prosélytes disparaître à l'instant, de parquer les parias dans les églises et de ne pas leur permettre rapproche des gens de caste.
Il est même certains temples qui ont été bâtis par les Indous des classes élevées, avec cette condition que rentrée n'en serait point permise à ces pauvres proscrits, et les «nissionnaires, nbn-seulement ont accepté cette clause, mais encore la font sévèrement exécuter.
Un jour, j'entrai visiter une petite église, dans le village d'Arian-Coupam, à quelques milles de Pondichéry, suivi d'un domestique qui était paria. A la vue de ce dernier, tous les Indous se levèrent effarouchés; la cérémonie fut arrêtée, et le prêtre qui officiait vint me dire que ce
temple appartenait à des gens de caste, et que mon domestique paria n'avait pas le droit d'y entrer.
Je m'empressai de quitter moi-même la place, en admirant toutefois l'esprit évangélique de ces nouvelles doctrines.
Sont-ce bien les ministres de Jésus, de celui qui est venu relever l'opprimé et protéger le faible, qui descendent à de pareils subterfuges?...
Je dis tout cela sans parti pris et seulement parce que cela est. Et je mets au défi quiconque a vécu dans l'Inde de contredire la véracité de ce que j'avance.
Mais ce qui m'a le plus attristé encore a été de voir, dans les processions chrétiennes du Carnatique, Jésus, la Vierge et les saints gesticuler, pleurer, jouer la comédie et imiter, grâce à un mécanisme intérieur des statues, les indignes momeries des idoles païennes. Comme j'en parlais à un missionnaire, en lui disant que son culte n'avait rien à gagner à ces sortes de superstitions, il me répondit en ces termes :
« L'indou est un peuple d'enfants; nous sommes obligés de le séduire par la vue, de lutter de magnificence avec les sectateurs de Bralima. Les processions de ces derniers parlent aux sens : les statues de leurs dieux, mues par des ressorts invisibles, semblent vivantes sur leurs estrades. Nous sommes forcés d'agir de même pour nos cérémonies, sans cela nous paraîtrions inférieurs aux brahmes, ce qui serait un grand danger dans ce pays, où l'imagination joue un si grand rôle.»»
— Mais, mon père, hasardais-je timidement, ne sont^ce pas là précisément ces rîtes malahares qui ont été si solennellement condamnés à Rome?.,.
Il me tourna le dos.
Le lecteur nous saura gré sans doute de quelques explications sur cette matière.
Les jésuites, qui furent les premiers à venir prêcher
ÉPIiiOQUB 339
l'Evangile dans l'Inde, s'aperçurent vite qu'ils n'arriveraient à rien avec les moyens ordinaires; ils n'avaient pas devant eux un peuple naïf et sauvage, mais bien une nation civilisée, tenant par-dessus tout à sa religion, à ses mœurs et à ses coutumes.
Ils se vêtirent alors à la manière indoue et se prétendirent des brahmes venus de TOccident pour rappeler au peuple ses anciennes croyances, qu'il avait abandonnées.
Non-seulement ils respectèrent les castes, les cérémonies, les préjugés, les superstitions, mais encore ils les adaptèrent, les firent leurs, et s'identi^èrent si bien avec les Indous qu'ils parvinrent à se faire adopter et à gagner quelques partisans.
Jalouses de leurs succès, quelques congrégation rivales les attaquèrent devant la cour de Rome pour avoir ainsi rabaissé la religion en la faisant se prêter à des transactions qui portaient atteinte à la pureté de ses principes.
Les jésuites furent ^lennellement condamnés par. le pape, qui, sous le nom de rites malahares, proscrivit leur mode de procéder et annula, comme contraires à la loi catholique, toutes les concessions qu'ils avaient faites à l'esprit du pays.
Les Missions étrangères reçurent leur succession, avec ordre de renverser tout ce qui avait été fait par leurs prédécesseurs et de ramener les chrétiens indous à la foi évangélique. »>
Les missionnaires qui avaient sapé l'autorité des jésuites à leur profit savaient parfaitement qu'il leur serait impossible de se conduire autrement qu'eux, à moins de vouloir fermer les temples et chasser les rares convertis. Ils ne tenaient qu'à les remplacer, et le but acquis, ils se hâtèrent d'adopter eux-mêmes tous les rites malabares et de faire encore de plus amples concessions.
Ainsi l'habit qu'ils ont adopté à l'usage des campagnes est presque entièrement indou , et le bonnet qu'ils portent
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dans les cérémonies est identique à celui des brahmes officiants.
Comme je viens de le dire, ils parquent les parias» et, non-contents de cela, ils affectent dans leurs conversations avec les gens de haute caste de tenir eux-mêmes ces pauvres proscrits pour des êtres impurs.
Le croirait-on? ils n'ont même pas reculé devant des superstitions qui sont de Tessence même du brahmanisme, Us ne mangent jamais de bœuf qu'en cachette.,.
On sait que cet animal est révéré par les Indous et que leurs anciennes lois punissaient sévèrement son meurtrier.
Bien plus, s'ils habitent un district dont les habitants appartiennent aux castes qui ne mangent jamais de chair, de quelque nature qu'elle soit, ils les imitent et vivent comme eux de riz et de légumes.
« Quand nous sommes seuls, me disait un jour l'un d'eux, nous plumons bien quelquefois la poule... mais le moins souvent possible; cela éloignerait nos chrétiens de nous, si nous étions surpris. »♦
Tout cela est de la plus rigoureuse vérité, et il n'est pas un seul missionnaire ayant vécu dans ces contrées qui oserait se lever pour contredire nos paroles.
Il est encore bien d'autres questions que je pourrais 'Soulever, si elles ne touchaient à des points trop délicats " ^urètre traités ici...
Je ne sais ce que l'avenir réserve à Tlnde; mais ce que je puis assurer , c'est que ce n'est pas ainsi qu'on la régénérera.