Préface sur Y Apocalypse
nous rendons compte qu'un jour il nous jugera. Un lettré pourrait, à la rigueur, ne chercher dans Athalie et Estlier que cet enchantement, ces jouissances délicates qui se renouvellent à chaque lecture. Il me semble impossible qu'on puisse lire sérieusement Bossuet, sans s'attacher aux très graves problèmes dont la Bible lui fournit la solution. En cela, il réalise l'idéal même de l'écrivain car, enfin, l'art d'écrire serait quelque chose de bien mesquin s'il n'avait pour objet, pour but, ce que M. Guizot appelle « l'amour de la vérité, la probité (( intellectuelle, la culture et le développement de tous les « germes divins déposés dans l'âme humaine ».
Toutes ces différences (et on pourrait en signaler d'autres) proviennent d'une même cause. Soi t défiance de sa science théologique, soit timidité de goût, soit respect humain, Racine s'est toujours appuyé sur la raison, en même temps que sur la foi. Bossuetqui « montait jusqu'à la pointe de son esprit, trouvait « encore que le Verbe était infiniment au-dessus. Aidé de la « foi, il prenait son vol, il osait porter les yeux sur les secrets « de Dieu et contempler son éternelle fécondité, digne du pre- « mier Etre par son abondance, sa plénitude et l'infinité d'une (' nature parfaite et parfaitement communicative, non seule- « ment au dehors, oi!i tout ce qu'elle produit dégénère jusqu'à « l'infini, parce qu'au fond il vient du néant et ne peut perdre « la bassesse de cette origine, mais encore en elle-même, oii « tout ce qu'elle produit étant produit de sa substance et de « toute sa substance, lui est nécessairement égal en tout *. »
Joad n'est pas le seul orateur sacré que Racine ait introduit sur la scène. On pourrait extraire de ses deux tragédies plusieurs canevas de sermons. Au premier acte ^ Athalie les jeunes filles font une homélie exquise sur l'amour de Dieu. Au second, elles s'étendent sur les épreuves et les récompenses de la vertu. Esther compte plusieurs sermons en miniature sur la paix du cœur, sur la bonté et la puissance de Dieu. Tous sont bibliques par l'inspiration générale, par les images, quelquefois même, par l'expression.
D'autre part, M. Taine nous a appris que nous pouvions