‹ La bible dans RacineChapitre 137 sur 142 · Mathew Arnold · texte numérisé non relu

Mathew Arnold

est comme un résumé de ce qu'il y a de plus beau dans toutes les manifestations de l'esprit de l'homme, qu'elle est complétée, enveloppée, vivifiée par l'esprit de Dieu?

Je me permets enfin de tirer de ce travail deux conclusions plus pratiques : l'une relative à la poésie et l'autre à la pédagogie. Nos poètes contemporains vont chercher bien loin

leurs inspirations et quelquefois bien bas. Que ne vont-ils

aux grandes, aux éternelles sources? M, Renan écrivait naguère : « Dans mille ans on ne réimprimera peut-être que les « deux plus vieux livres de l'humanité, Homère et la Bible. » Racine nous fait aimer les deux, et il apprend à ses successeurs comment on se sert du premier pour exprimer les grandeurs du second. Car il ne suffit pas de trouver une source, il faut savoir y puiser. La bonne manière n'est pas la plus rapide : nous en avons une preuve dans les œuvres de Lamartine. Racine, poète d'art autant que d'inspiration, nous enseigne comment, par un travail persévérant, on s'assimile les idées et les sentiments d'une littérature ancienne.

La pédagogie pourrait bien chercher, dans les poésies sacrées de Racine, des indications qui ne sont pas à dédaigner. L'enseignement secondaire des lettres subit, en ce moment, une transformation. Par suite des progrès de l'érudition, il s'étend chaque jour, il s'étend démesurément. Malgré bien des efforts tentés en sens contraire, les cours ne seront bientôt plus qu'une immense nomenclature. Les élèves doivent connaître tous les noms de la littérature grecque depuis Orphée jusqu'à Longos et au-delà, tous les noms de la littérature latine, depuis les Frères Saliens jusqu'à Rutilius Namatianus, tous les noms de la littérature française depuis les auteurs des premières cantilènes jusqu'aux historiens de nos jours. Ajoutez à cela quelques notions sur la littérature allemande et sur la littérature anglaise. Avant longtemps, il faudra qu'on change de méthode ; on ramènera l'attention de nos écoliers sur un petit nombre — non pas de bons livres, nous en avons trop — mais d'excellents livres. Puisse-t-on alors se souvenir du mot de M. Renan : « La Bible et Homère « sont les deux pôles de l'esprit humain. »

Je doute fort qu'à l'heure présente, l'axe intellectuel de nos

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