‹ La bible dans RacineChapitre 27 sur 142 · M. Jean Réville. Revue de l'Histoire des Religions · texte numérisé non relu

M. Jean Réville. Revue de l'Histoire des Religions

Racine n'a pas môme su parler de Dieu avec onction, comme certains auteurs de l'Ancien Testament : il est resté, sous ce rapport, inférieur à Isaïe et surtout à l'Isaïe des derniers chapitres.

Faut-il voir là l'influence de Port-Royal ? Peut-être bien : mais il y a une autre cause , moins hypothétique et plus importante. Môme sous la loi de crainte, le Dieu biblique a une suavité, une douceur chrétienne que la nature humaine, laissée à ses propres forces, est incapable de traduire K A plus forte raison, ne faut-il pas lui demander la variété et la richesse de la théologie sacrée. « L'idée de Dieu, a dit M. Lerminier, revêtit chez les Hébreux toutes les formes, toutes les couleurs du génie oriental. » Jéhovah a parfois des éclats de colère formidables. Il profère des menaces, en comparaison desquelles le froncement des sourcils du Zeus homérique paraît ridicule; il déploie une grandeur e"t une majesté infinie, il est avec les hommes, d'une familiarité poussée jusqu'aux dernières limites, et cependant toujours digne de lui; il ne dédaigne pas l'ironie sanglante, il se présente à l'admiration ou à la crainte des Israélites sous des formes symboliques d'un réalisme effrayant, qui déconcertent toutes nos idées modernes.

Bien injuste, celui qui reprocherait à Racine d'être resté au-dessous de la Bible. Un seul homme ne peut égaler une légion de prophètes inspirés. Nous devrions au contraire féliciter le poète de sa science, de la délicatesse de son art, de son tact, de ce sentiment exquis des convenances religieuses, qui donnent tant de charmes à Esther et à Athalie. Les beautés du Dieu de la Genèse, de l'Exode et des Juges, que nous admirons dans leur cadre naturel, nous ne les supporterions pas dans notre milieu. Les modernes sont si difficiles quand il s'agit de Dieu ! Lui prêter une expression un tant soit peu familière semblerait une irrévérence, lui attribuer un fait analogue à celui que raconte Ezéchiel ^ serait jugé une parodie sacrilège. Qu'on se rappelle les sottes plaisanteries de

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