ESPRIT DE LA LOI
L'amour de Dieu est l'essence même de la Loi mosaïque. — Il est tempc'Té de crainte. —Alliance de Dieu avec son peuple. — Théocratie. — Messianisme. — Tradition. — Gomment sur tous ces points Esther et Alhalie concordent avec la science contemporaine.
De l'aveu de tous les critiques, la partie idéaliste de la Thorah n'a jamais cessé d'exercer sur la vie morale du peuple hébreu une influence décisive. Il s'est toujours trouvé une élite, dans Israël, pour comprendre et pratiquer la Loi du xx'' chapitre de l'Exode, la Loi des grands prophètes, la Loi que Notre-Seigneur Jésus-Christ devait se contenter de compléter : « Nonveni solvere legem, sed adimplere. » L'esprit étroitement sacerdotal et les préjugés des scribes ont eu, à certains moments, une influence prépondérante, mais ils n'ont jamais fait disparaître la fidélité à la loi morale. Les deux courants ont traversé parallèlement l'histoire sainte jusqu'à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Là, ils se sont séparés, l'un pour se rétrécir et s'embourber davantage, l'autre pour s'agrandir, s'épancher et féconder le monde.
Racine avait le droit de faire un choix entre les deux, et ce choix ne pouvait être douteux. L'auditeur de Bossuet et de Bourdaloue, le contemporain de M""' Guyon, de M"' de Miramion et de Fénelon, est allé d'instinct à tout ce qu'il y avait dans le Mosaïsme de noble, d'éternel et d'universel. La partie caduque de la Thorah n'a pas eu de lui un seul regard. En vain chercherait-on la trace du rabbinismedans£'6^Mer et dans Atha-
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lie. C'est mu' liinino^incontostahlonicnl : on aimerait do voir à côt(^ (le .load, ail lieu d(! l'insi^niiliant Azarias, un prAtrcgcribe t\ la t'ois très verso dans l'interprétation littérale do rKcriliiro sainte et absolument fermé aux grandes idées du prophélisme, une sorte de Slianimaï anticipé. Uacinc; n'a pas cru devoir s'y prendre ainsi, car chez lui ce n'est pas impuissance, c'est dédain volontaire. Rej^rcttons-le, mais gardonsnous d'accuser le poète de n'avoir pas compris l'essence du Judaïsme.
Le côté intime de la Thorah est énergiquement exprimé au XX' chapitre de l'Exode : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur et de toutes tes forces. Josué, Débora, Salomon, l'auteur du premier livre des Rois, Isaïe, divers auteurs de Psaumes l'ont aussi fait ressortir. Le Deutéronomc insiste plus particulièrement sur la nature et l'importance de ce grand commandement '. Ainsi vivifiée par l'amour divin, la loi était facile à comprendre et à pratiquer. Il ne fallait pas la faire descendre d'en haut ni la chercher au milieu de la mer -; elle était dans la bouche et dans le cœur de chacun. Le précepte de l'amour divin serait donc inculqué aux enfants et répété en toute occasion ; il frapperait partout les yeux par son expression littérale. L'Israélite devait lier la formule sainte autour de sa main, l'écrire au-dessus de l'entrée de son habitation et des portes de la ville ^ L'amour, a dit Ewald, et non la crainte, constitue le lien le plus fort entre l'homme et Dieu. Et ce nest pas seulement le Nouveau Testament qui nous l'enseigne. Moïse lui-même avait déjà placé l'amour de Dieu plus haut que la crainte, et en attendait la parfaite observance des commandements. Peu importe que de grossiers préjugés se soient répandus, dans le peuple et dans plusieurs écoles, relativement à l'essence de la loi de crainte. Il suffit que l'élite religieuse et les esprits supérieurs d'Israël aient compris la prédominance de l'amour.
Racine s'en est parfaitement rendu compte. Volontiers, il dirait comme saint François de Sales : Sans l'amour tout ne