‹ La bible dans RacineChapitre 30 sur 142 · Deuléronome, VI · texte numérisé non relu

Deuléronome, VI

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m'est qu'un monceau de pierres. Dans ce magnifique chœur du premier acte, Dieu ne s'entoure de mystère et d'épouvante que pour ordonner aux enfants des Hébreux de l'aimer d'une amour éternelle. Que vous dit cette loi? demande Athalie au petit Joas. L'enlant n'hésite pas; il dit d'abord que Dieu veut ôtre aimé. L'amour de Dieu est l'âme des chœurs des deux tragédies. Bossuct a énuméré, quelque part, les motifs qui, dans l'Ancien Testament, portaient les hommes à aimer Dieu. Il les appelle des incitamenta, et il les trouve dans la véracité de Dieu, dans sa sagesse, dans sa sainteté, sa beauté, sa majesté, sa gloire, l'éclat de son trône, son pouvoir de renverser les montagnes, d'arrêter les mers, d'ébranler le monde d'un signe, dans sa bonté, dans les dispositions suaves de sa Providence, dans sa tendresse pour les hommes, en général, et pour les Israélites en particulier. Toutes ces idées, et souvent avec les expressions même de Bossuet, nous les retrouvons dans Racine. Le seul reproche qu'on pourrait adresser au poète serait peut-être d'avoir forcé cette note presque chrétienne. Dans un prochain chapitre consacré à l'esprit religieux chez Racine, nous examinerons jusqu'à quel point ce reproche est fondé.

Hâtons-nous de le dire, toutefois, le poète a eu bien soin de ne pas attribuer à ses héros une sorte de pur amour ou cette charité parfaite qui, au dire de saint Jean, exclut la crainte. La crainte de Dieu éclate au contraire à toutes les pages ; elle constitue une des grandes caractéristiques de Joad, elle môle une note inquiète aux cantiques des jeunes Israélites, elle inspire la morale finale à^ Athalie. Ce n'est pas une crainte basse, servile, faite de haine ou d'épouvante aveugle. Elle consiste, comme la définit si bien Ewald, dans une continuelle et anxieuse attention à connaître la volonté de Dieu.

Soumis avec respect à sa volonté sainte

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

L'exégète allemand semble ici avoir copié le poète français. Les Juifs fidèles aimaient à faire ostentation de cette crainte, et pour eux, craindre Dieu, c'était avoir le sentiment profond

LA KF.LKIION .lUIVK 17

(lu devoir ol lu lidéliU' h niw |uom('ssc, c'ctail se poser en obsorvalour sincère de la loi de.léhovah.

Jo cM-aiiis Dieu, dilcs-vous, sa vôrilii m<; loucln'? de.

La crainte tempère donc l'amour, et dans la mesure exacte qui conviiMit à des persoiiiiaj^es de T Ancien T(;slainenl.

Amour et crainte Innivent à la l'ois leur raison d'être et leur préservatif dans l'alliance conclue entre Dieu et Israël. Il avait plu i\ Jéliovah de se l'aire un peuple agréable à ses yeux, et il avait choisi Israël. Depuis, il avait veillé sur cette nation privilégiée avec une tendresse de mère : il s'entretenait familièrement avec elle, par l'intermédiaire des prophètes, il lui pardonnait ses ingratitudes, il la tirait de mille périls, il la comblait de bienfaits, il la vengeait de tous ses ennemis. Yoilà pour l'amour. Mais, hélas! la nation chérie violait sa foi, et alors, elle servait sous un maître étranger, elle voyait ses prêtres captifs, ses enfants égorgés ; à la fin, et non sans avoir été préalablement avertis, ses rois furent rejetés.

Ainsi, les termes du contrat conclu entre Dieu et son peuple, avaient la précision d'une convention diplomatique. Le peuple restait-il fidèle? la paix et la prospérité régnaient dans ses murs; ses voisins s'inclinaient devant sa puissance. Se révoltait-il, au contraire? le châtiment arrivait et toujours proportionné au crime. Cette doctrine domine presque tous les livres de l'Ancien Testament.

La critique moderne la combat : elle cherche à lui infliger des démentis historiques ; mais elle reconnaît par là même son immense importance. Prenons, par exemple, le livre des Rois. Le but spécial de cet ouvrage est de comparer à David les rois de Juda, à Jéroboam les rois d'Israël et de les louer ou de les blâmer selon qu'ils ont suivi ou abandonné les traces de ces deux princes. « Toutes les fois qu'un roi ou un chef « tombe dans le malheur, il doit avoir péché et sur le champ « un prophète, un homme saint, inconnu d'ailleurs la plupart « du temps, ne manque pas de se présenter pour prédire tous « les maux qui doivent accabler l'impie. De même le bonheur « doit être la récompense de la vertu ou du repentir '. »

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