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prononce |)onr l;i |>n>niirt-c opinion : il <lil à propos <|r l;i raincnsc \ isioii des osscnicnls (Icssim-Ik-s : - l']<lii.\il cmn (Kzécliicl) in sjtirilii, non in corporc, scd cxIrM corpus. » Mais on pcnl ne pas adnH'llrc Topinion de sainl Ji-rùnic, cl, ici, Haciiic parail s'en «'^Ire ('caric'. La rernielc du dessin dans l(;s deux lableanx, la nellidc des contours, le ndief des hommes et des choses, la [)rc^cision des détails matériels, tout nous [)orle à croire, que dans cette vision dejoad, aux yeux de l'ànie (-laient associés les ycnix ducorj)s.
Ces tableaux achevés ont cependant un défaut : ils niau- (|uenl de perspective. Le meurtre de Zacharie, la captivité et le li'ioni|)he linal de lEglisc sont sur le môme plan. Comme dans toutes les prophéties de l'Ancienne Loi, la distinction des temps fait absolument défaut. Lisez Isaïe, par exemple ; à une pensée qui se rapporte à la captivité, succédera une pensée (jui a trait au Messie, et cela, sans que vous en soyez avertis par aucune transition.
De là, une certaine obscurité, et un peu de désordre. Nous qui connaissons Thistoirc juive, nous savons rétablir la chronologie de chacun des faits prédits par Joad. Mais ses auditeurs n'y pouvaient rien distinguer. Josabeth demande des explications : D'où nous viendra, dit elle, cette insigne faveur, puisque le roi de qui ce Sauveur doit descendre?.... Mais Joad ne répond que par le silence. (( Silence très conforme à l'esprit « des prophètes, remarque M. Coquerel. « Ils n'avaient pas « une idée parfaitement claire des événements qu'ils devaient « annoncer, des messages qu'ils étaient chargés de transmet- « tre, ils ne voyaient pas les faits se succéder, dans leur ordre^ « à des intervalles réels ; il contemplaient l'avenir à distance et « confusément ; ils se comparent eux-mêmes à des sentinelles (( qui d'un point élevé regardent le lointain. »
La vision de Joad, à quelque point de vue qu'on la considère, fait donc grand honneur à l'exégèse de Racine. Elle est même plus complète que beaucoup de prophéties authentiques de l'Ancien Testament, car elle renferme plusieurs éléments, qu'ailleurs on trouve presque toujours isolés : l'action symbolique, ou du moins quelque chose de semblable, l'élégie et le cantique. L'action symbolique était peu conforme aux
tendances cartésiennes et idéalistes de Racine ; elle aurait pu répugner à la délicatesse de ses contemporains. Ill'a remplacée par une comparaison familière aux prophètes.
Comment en un plomb vil, Tor pur s'est il changé?
Mais l'élégie fait entendre ses accents sinon les plus profonds, du moins les plus tendres et les plus discrètement touchants. On dirait un écho très affaibli des Lamentations :
Qui changera mes yeux en deux sources de larmes, Pour pleurer ton malheur?
Enfin, le cantique de la délivrance vient jeter sa note joyeuse et forte, au milieu de ces cris de douleur qu'il termine et qu'il domine.
Ainsi, Joad remplit les fonctions importantes des prophètes, il les remplit dans toute leur étendue, selon leur véritable esprit, avec l'intrépidité des Élie et des Isaïe, leur courage, leur manière de procéder, leurs colères, leurs élans, leurs magnifiques aspirations vers l'avenir, c'est-à-dire vers le christianisme. Pourquoi hésiterions-nous à dire de lui qu'il est un beau type ou plutôt le type achevé du prophète de l'ancienne loi, comme Polyeucte est le type du néophyte ardent à mourir pour sa foi, comme Andromaque est le type de la mère et de l'épouse, comme Alceste est le type du misanthrope, comme le vieil Ilorace est le type du patriote romain?
Aussi bien, nous pouvons faire la part encore très belle à tous ceux qui, à la suite de la critique littéraire de nos jours, voudraient voir dans Joad, surtout les côtés modernes. Chaque personnage de nos chefs-d'œuvre classiques n'incarne pas seulement une passion, un principe, un vice, ou une classe d'êtres humains ; en d'autres termes, il n'est pas seulement un type, il est aussi un individu. Outre qu'il personnifie le patriotisme romain, le vieil Horace a une physionomie à lui parfaitement originale, il est père, il est Horace.
De même pour Joad, il se montre prophète, sans doute prophète partout et toujours, mais il ne se confond ni avec un Jérémie, ni avec un Amos, ni avec un Elisée ; il est Joad, et par tout ce qu'il a ainsi d'individuel, de personnel, il appartient au monde moderne. Quelques-uns de ses traits sont emprun-
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l('S à nossucl, je l'jii dil (dus liuiil. Mais IliiciiH^ s'est inspii-»^ liicii plus cucort! Ar Hicliclicu. IVul-oln? (|u<'l(|U('s plis de la roltc du pio|)h6lc sont-ils un |)('u li(»p llollanis; pcul-rlrc (|U(d(|U('s-un(^s d(^ sos iiiloiiaiious soul-idics un (x'U li-oj) soleunidlcs. Mais ces dillV'rciucs iuipoilcul jm'u. Joad a le ini^nrK! coup dViMl que Richelieu, le ni(>nic sang-froid, lu môme hardiesse de vue, la môuK» science d'exécution, les mômes silences, les mômes dédains, la môme parole; mâle d'homme d'Klat.
A propos d'une représentation récente à'Athalie, M. Sarcey a cherché à pi'nétrer dans le détail de cette |)r(jfonde diplomatie, el^ malgré quelques préjugés contemporains, il y a réussi en grande partie. Beaucoup de traits de Joad dont Timportance et l'hahileté nous échappaient, ont été habilement saisis par le critique.
Par malheur, le goût des rapprochements spirituels, le désir excessif de découvrir des arrière-pensées d'égoïsme, gâtent un peu nombre d'observations ingénieuses. « Quand Josabeth, dit (( M. Sarcey, est pressée de trop près par Malhan dont les pro- « positions sont des plus acceptables, Joad rompt violemment « les chiens, s'emporte et le chasse avec une explosion de (( fureur magnifique. Que la colère soit réelle, je ne le conteste « pas : tout ce que je veux faire remarquer, c'est que cet « opportun accès de colère le délivre d'explications où il aurait « pu trahir, aux yeux d'un diplomate aussi fin, une partie de « son secret. Les ambitieux politiques, comme Joad, ne sont « malades que lorsqu'ils ont un intérêt quelconque à avoir la « fièvre. »
Le distingué critique va un peu loin dans la recherche du fin du fin diplomatique. Il oublie évidemment ce qu'il appellerait, dans une autre occasion, le fanatisme de Joad, ce que les catholiques appellent l'énergie de ses convictions religieuses. Les travaux de M. Sarcey n'en ont pas moins produit de très beaux résultats : ils ont établi, avec une précision admirable l'immense supériorité politique et diplomatique de Joad. Il est acquis désormais que ce prophète juif réunit à la hardiesse et à la hauteur de vues d'un Richelieu, la souplesse, la finesse et la patience d'un Mazarin.
Il pourrait se faire que la tentation vint ici h quelques lecteurs (l'exagérer encore l'importance de ce rôle politique. <( Racine, diraient-ils, a vécu à une époque remplie des souvenirs et des grandes pensées de Richelieu, il a vu de près Mazarin, Retz et Bossuet, et de cette étude est sortie la création admiral)le do Joad. Précisément, les qualités politiques du prophète nous cachent, à nous modernes, le côté héhreu de son caractère. Le prophète disparaît derrière l'homme d'État, ou du moins, se réduit, par comparaison, à des proportions insignifiantes. »
Cette objection prouve, tout au plus, deux choses. La première est la difficulté de bien saisir, d'un coup d'oeil, les physionomies complexes et délicates des héros et des héroïnes de Racine. Que n'a-t-on pas dit par exemple d'Andromaque? Elle est grecque, elle est chrétienne, elle (îst vertueusement coquette, elle procède de l'Andromaque d'Homère, de celle d'Euripide et même de celle de Sénèque, à plus forte raison a-t-on de la peine à embrasser tous les aspects de Joad, le caractère le plus savant et le plus profond, du théâtre de Racine, à coup sûr, et peut-être de tous les théâtres.
En second lieu, l'objection formulée plus haut prouve le peu de familiarité du public lettré avec les choses de la Sainte Écriture. On reconnaît facilement, dans Joad, l'homme du XM!*" siècle, parce qu'on connaît le xyu" siècle. Mais au lieu de nous adresser à un littérateur français, mettons-nous en présence d'un exégète. L'impression sera absolument différente, sinon contraire. Pour en juger, qu'on veuille bien lire le portrait suivant d'Isaïc tracé par Kuenen : « Le trait le plus « distinctif d'Isaïe, c'est son inébranlable confiance en Dieu ' H l'unique soutien d'Israël. Pour lui, toutefois, cette confiance « en Dieu n'est rien moins que l'inactivité ou l'apathie - ; au « contraire, c'est le développement d'une grande force mou raie ^. Le peuple d'Israël, à ses yeux, est à la fois étroitement « lié à Jéhovah et coupable d'un singulier oubli de son