‹ La Bible (volume 2)Chapitre 17 sur 93 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

(Chap. XVII, 1-11.) [Oracle sur Damas.]

Voyez Damas retranchée du nombre des villes Et devenue un monceau de ruines ^ I Les villes de 'Aro'ër seront abandonnées, Livrées aux troupeaux qui s'y reposent, Sans que personne les chasse'.

C'en est fait de la citadelle d'Êphraîm, Et de la royauté de Damas I Il en sera du reste d'Aram comme de la gloire d'Israël^,

Dit laheweh Cebaôt.

L'inscription de ce morcean, avec lequel nous abordons les textes du second recueil, dit simplement: Oracle sur Damas, mais elle ne répond pas exactement aa contenu. Il j est beaucoup plus question du royaume d'Israfil, réprimandé au ^jet de son polythéisme, de son idolâtrie et de son alliance avec l'étranger. Gomme ^ n'est point parlé spécialement d'une guerre imminente de ces deux royaumes coQtie Jada, on est peut-être autorisé à placer le discours à une époque antérieure • celai du chap. VII.

^ Il y a dans le texte un jeu de mots inimitable en français {méHr, de ville, Me (, monceau ; on pourrait dire : une vile ruine.

' Il y avait deux villes de ce nom au-delà du Jourdain ; il est permis de croire ^'elies sont nommées ici pour représenter la contrée tout entière comme exposée d'aboid à l'invasion étrangère. Peut-être le choix de ces noms est-il motivé par léiymologie, *Aro'êr pouvant signifier un lieu nu^ vide, déboisé. La dévastation ^° ^js ramène un état plus primitif de la civilisation.

^ Les deux royaumes^ aujourd'hui fiers et puissants, et menaçant Juda, périront '^^s^le sous les coups d'une puissance plus grande (des Assyriens}. La ponctua- ^ («ccentoation} du texte est fautive.

256 ÉsAiE xvn, 4-9.

En ce jour, la gloire de Jacob se fera petite, Et son embonpoint viendra à maigrir^.

Ce sera comme quand le moissonneur ramasse les tiges, Et que sa main a coupé les épis; Ce sera comme quand le glaneur glane Dans la plaine de Refaïm ;

Il reste à grappiller comme après la récolte des olives, Deux, trois fruits dans les hautes branches, Quatre, cinq aux rameaux de Tarbre*, Dit rÉtemel, le Dieu d*Israël.

En ce jour, Thoinme regardera son créateur, Ses yeux se tourneront vers le Saint d'Israël : Il ne regardera plus les autels, œuvre de ses mains. Il ne voudra plus voir ce que ses doigts ont fabriqué. Ses images d'A.s'toret et de Ba'aP.

En ce jour ses villes fortes seront abandonnées. Comme Font été les hauteurs boisées Quand on fuyait devant Israël :

Elles deviendront un désert*.

^ Le texte parle proprement de graisse. Comp. X, 16. Jacob est ici le rojanme d'Éphraîm.

0 Le nombre des épis restés épars sur le champ après la récolte^ des olives oubliées après Tabattis, est toujours bien petit: tel sera le nombre des Israélite! après la catastrophe ; la récolte sera faite par la guerre, les maladies, la faminei ii déportation. (Le moissonwitr, traduction conjecturale , recommandée par le parallélisme avec le glaneur. En hébreu, il y a la moisson, ce qui serait une prosopopée inusitée. Qoçér pour Qctcir.) La plaine de Refaïm, au sud-ouest de Jérusalem ; le pays de grande culture le plus voisin de la capitale est cité à titre d'exemple.

'^ Israël se repentira, mais trop tard, de son idolâtrie. Nous mettons dans le texte les noms propres des deux divinités principales de Canaan, qui représentent le principe mâle et le principe féminin dans les forces de la nature, fécondation et fécondité, et se rattachent extérieurement et matériellement au Soleil et à la Lune. Le texte nomme JBammanimf les obélisques, représentant les rayons du Soleil, et Ajs'érUn, les figures (de forme aujourd'hui inconnue) de la divinité féminine. Par notre passage, on voit assez clairement que ce dernier mot ne signifie pas hoea$t. As'értik (probablement bonheur) était un nom de la déesse.

B Cette phrase est assez obscure. Telle qu'elle est lue aujourd'hui, on doit y voir une allusion à ce qui arriva lors de la conquête de Canaan par les Israélites. Les habitants se sauvèrent, émigrèrent, abandonnèrent leurs villes. C'est du moins l'idée que l'auteur paraît s'en faire. Ce sera maintenant le tour d'Israël. — D'autres ont pris Bores' et Amtr, pour des noms propres d'endroits inconnus qui auraient été récemment dévastés. — D'autres encore y ont vu la désolation du pays comparée au déboisement d'une montagne dont on aurait coupé les arbres. Les Septante y ont vu les Hévites et les Amorrhéens.

ÉSAIE XVIf, \0, H. XIV, 29, 30. 257

Car tu as oublié le dieu de ton salut, Tu n'as pas pensé au rocher de ta force : Et puis tu plantas un jardin à ta guise

Et j mis des ceps étrangers ^.

En les plantant, tu les entouras d'une haie, De bonne heure tu fis fleurir tes plantes — La récolte t'échappe au jour du malheur.

Et la douleur est accablante.

IX*

(Chap. XIV, 29-32.)

[Dans Tannée de la mort d'Ahaz fut rendu Toracle suivant.]

Ne te réjouis point, toi, terre des Philistins, De ce que la verge qui te frappait est brisée : Car de la race du serpent sortira un basilic.

Et son fruit sera un dragon volant.

Hais les aînés des malheureux se repaîtront,

Et les misérables camperont en sûreté, Tandis que je ferai mourir de faim ta race,

Et qu'on égorgera ce qui en reste.

^ L'allégorie s'explique le plus facilement par l'antithèse avec ce qui précède : c'est le culte des faux dieux, comparé aux soins qu'on donne à un jardin. Jéhova aussi avait soigné Israël [chap. V} d'une manière analogue. La récolte qui manque, c'est l'avantage qu'on espérait recueillir d'un pareil culte.

' Des allusions historiques contenues dans ce court morceau , on peut tirer la sitoatiou que voici : Les Philistins, profitant d'une calamité qui a frappé Israël, se soQt affranchis du Joug et se font gloiro de leur indépendance. Ils ont bien tort, dit le prophète, car les choses changeront. Jéhova restaurera la puissance de Juda. Us aixés dfs malheureus, c'est-à-dire la génération prochaine, sera comparable à un troopeaa paissant en sûreté, et contre l'étranger leur force sera doublée, le serpent deTÏe&dra un basilic, etc. On annonce aux Philistins une invasion dévastatrice, comparée à une fumée, ou, peut-être, s'annonçant au loin par l'incendie, tandis que Jérasalem sera en sûreté. Ces indications ne suffisent pas pour déterminer l'époque da discours. D'après 2 Chron. XXVIII, 18, ce fut dans les premières années d'.\W (743 suiv. av. J.-C.) que les Philistins secouèrent le joug, et que la ligue des Àraméens et des Ëphraimites (chap. VII) mit Juda à deux doigts de sa perle. Âhaz appela à son secours le roi d'Assyrie, qui dut arriver du nord et qui cul- Inita effectivement les ennemis des Judéens, et fit de ceux-ci ses vassaux. Ces faits peuvent être utilement rapprochés de notre texte. Ils l'expliquent mieux, en tout cas, que l'antique note chronologique mise en tête : Dans Vannée de la mort d'Àkaz (728) fui rendu Voracle suivant.

À. T. 2* part. — I. M

258 ÉSAIE XIV, 81, 32. XXVIII, 1.

Lamente-toi, ô porte I Ville, pousse des cris I Philistie tout entière, tombe en défaillance !

Car du nord il vient une fumée^ Les bataillons s'avancent en rangs serrés. Et qu'est-ce qu'on répondra aux messagers du peuple'?

Que rÉternel a fondé Sion, Et que les humbles de son peuple y trouvent un asile!

(Chap. XXVIII.)

Malheur à la superbe couronne des enivrés d'Éphraîm*, A la fleur fanée de sa brillante parure, Qui domine la grasse vallée

ft Ce passage est obscur. S'agit-il de députés philistins qui demandent à faire alliance avec Israël contre l'étranger ? Sont-ce des Israélites qui ont peur pour euxmêmes à l'approche des Assyriens? Dans le premier cas^ la réponse exprimerait l'idée que Jéhova protège Jérusalem et qu'elle n'a pas besoin d'alliés ; dans l'antre cas, ce serait une consolation adressée aux fuyards. Nous connaissons trop peu les détails de l'histoire pour oser hasarder une interprétation précise.

^ Ce morceau est l'un des plus obscurs de la collection des discours d'Ésaîe. Les allusions sont peu transparentes et les faits politiques que le prophète doit avoir eus en Tue ne se dessinent pas assez nettement pour autoriser une fixation chronologique élevée au-dessus de toute contestation. L'explication la plus simple parait toujours être celle qui fait débuter le prophète par une menace contre le royaume d'Ëphralm que les Assyriens se préparent à envahir ; puis Juda et Jérusalem sont avertis qu'une épreuve cruelle, une purification nécessaire les attend aussi. Si tel est le sens du texte, le discours se place avant la ruine de Samarie ('722 av. J.-C). On peut faire à cette explication le reproche qu'elle sépare ce morceau de ceux qui le suivent, et qui paraissent se rattacher à des événements postérieurs, savoir au règne et à l'invasion du roi Sanhérib. Pour maintenir la connexité historique qui semble recommandée par la rédaction actuelle du livre d'Ësaïe, on a proposé d'interpréter les menaces du début comme dirigées contre les Assyriens mêmes, enitrés de leur récente victoire sur Éphraîm. En tous cas, les V. 5-6 contiennent la perspective d'une époque de bonheur, laquelle se trouve ainsi placée, contrairement à l'usage, avant la partie sombre du tableau, et cela étant, rien n'empêchera d'envisager les quatre premiers versets aussi comme une prédiction rassurante pour Israël.

2 Les enivrés d'Éphraïm, vaincus par le vin, d'après ce que nous venons de dire, seront ou bien les Éphraîmites eux-mêmes plongés dans l'ivresse du vice et de l'insouciance, ou bien les Assyriens, ivres d'orgueil à la suite des victoires sur Éphraîm. Dans le premier cas, la couronne, la parure fanée, c'est la ville de Samarie ; dans le second cas, c'est Ninive.

ÉSAIE XXVIII, 2-7. 259

Des hommes vaincus par le vin I Voyez I nu fort, uu puissant de par le Seigneur, Semblable à un tourbillon de grêle, Â un ouragan destructeur, A une averse de grosses eaux qui débordent, Il la terrasse avec force*.

Tu seras foulée aux pieds, Superbe couronne des enivrés d'Éphraïm I Et la fleur fanée de sa brillante parure, Qui domine la grasse vallée.

Sera comme la figue bàtive avant la récolte : A peine Ta-t-on vue, qu'elle est mangée^.

En ce jour-là, laheweh Çebaôt, Sera une couronne brillante, un diadème d'honneur

Pour le reste de son peuple ; Un esprit de justice pour celui qui siège comme juge. Une force pour ceux qui repoussent Tattaque aux portes ^ Mais eux aussi ^ sont troublés par le vin,

Et chancellent à force de boire ; Prêtre et prophète sont troublés par la boisson. Vaincus par le vin, ils chancellent d'ivresse, Ils sont troublés dans la vision^ Ils vacillent sur leurs sièges.

' Cet eonemi déyastateur sera le roi Salmanassar^ ai Ton adopte la première des àtai interprétations proposées. Dans l'autre supposition^ ce sera le roi sauveur de Joda, dont U est aussi ({uestion v. 6.

^ A la lettre : Uo homme la Toit, et la mange pendant qu'elle est encore dans s> maiiL Les premières figues qui mûrissent en juin (en Palestine) sont recherchées comme primeurs, on ne s'amuse pas à les rapporter chez soi, on les mange sur plice. Limage ne peut donc pas servir à peindre Texil, la déportation, mais hien ï i^ésenter la rapidité et la facilité de la conquête.

^ Cette promesse s'adresse au reste d'Israèl, par conséquent à cette portion du praple qrâ aura survécu à ce triage dont il est si souvent question chez les prophètes, et U importe peu, d'après cela, de rechercher s'il s'agit de la nation entière oa de Jada seul. Cependant cette dernière explication est recommandée par ceux ^ Totent dans les vers précédents la chute de Samarie. Les phrases figurées du texte représentent Jéhova comme le protecteur glorieux de son peuple, qui inspire ^ jastiee an roi et à ses ministres, et le courage victorieux aux citoyens.

^ Le prophète avait commencé par jeter un regard sur un avenir plus ou moins ^âfoé encore. Il revient maintenant à la situation actuelle. Comp. chap. II. Suœ '"«•i ce peuple réservé à de si belles destinées, aujourd'hui, il n'est pas en voie "le les mériter.

260 ÉSAIE XXVill, S-H.

Toutes les tables sont remplies de vomissements dégoûtants.

Il n'y reste plus de place ^.

cA qui prétend'il enseigner la sagesse?

« A qui veut- il prêcher T obéissance ? € Est-ce à des enfants à peine sevrés,

c Arrachés de la mamelle ?

«C'est toujours loi sur loi, loi sur loi, «Tu dois, tu dois, tu dois, tu dois,

c Un petit ci, un petit là M »

Oui, c'est par des gens qui bégaient.

C'est dans une langue étrangère Qu'on parlera à cette nation ' I

'J On peut se demander si ce tableau, plus énergique que beau, doit être pris dans le sens propre [Comp. chap. V, 11. 22), de manière que Tivrognerie serait représentée comme un TÎce k l'ordre du jour ou prédominant, au point que le prêtre, au moment où il exerce ses fonctions judiciaires, le prophète, c'est-à-dire l'homme qui fait le métier de devin, au moment où il rend son oracle, ne peut plus cacher l'état dans lequel il se trouve à la suite de ses excès. Il y aurait mojen de n'y voir qu'une allégorie, de manière que l'ivresse ne serait qu'une image de la complète démoralisation et de l'absence du bon sens dans la conduite et dans le gouvernement. Comp. XXIX,. 9. Cette interprétation est préférable, parce que l'ivresse mentionnée dans les premières lignes du discours est aussi à prendre dans le sens figuré. Les répétitions du texte peuvent être destinées à peindre 1 homme ivre qui perd le fil des idées. Elles sont sans effet poétique.

^ Par contre, cette nouvelle tirade, sans être d'un style exquis, est d'un grand effet oratoire. Ce sont des paroles mises dans la bouche des gens dont Ésaie vient de faire le portrait et qui disent n'être plus des enfants pour avoir besoin de ses leçons. Les dernières lignes sont destinées à persiffler les remontrances du prophète au moyen d'une série de mots arrangés de manière à imiter une persoDoe qui bégaie (en hébreu : çaw lacaw çaw lacaw qaw lafarv çaw laçaw), ce que le prophète va rétorquer tout à l'heure d'une façon très-ingénieuse. 11 n'est pas nécessaire d'y voir, de la part de l'auteur, l'intention de persiffler l'ivresse qui ne sait plus bien articuler les mots. Notre traduction n'est pas littérale, parée qu'il fallait avant tout imiter la paronomasie de l'original. Mot à mot, ce serait : ordre à ordre, ordre à ordre, règle à règle, règle à règle. Rien ne serait plus étranger au texte que d'y voir une incrimination de la loi mosaïque comme contenant trop de préceptes.

9 Vous vous moquez des paroles de Dieu, de ses remontrances, de ses commandements, de ses menaces? £h bien, il vous parlera un autre langage 1 Vous ne voulez pas écouter le prophète, vous entendrez l'Assyrien. Les peuples étrangars, dont on ne comprenait pas la langue, étaient supposés ne pouvoir que balbutier. C'est Ik le vrai sens du mot grec barbare. En même temps Ësale rétorque ainsi le persifflage du discours précédent de ses adversaires.

ÉSAIE XXVUI, 12-16. 261

On lui disait : Voici le repos I

Laissez donc reposer ce peuple fatigué ! Voilà la relâche <<> I

Mais ils ne voulurent point écouter, Et la parole de TÉternel a été pour eux*' :

c Loi sur loi, loi sur loi,

c Tu dois, tu dois, tu dois, tu dois,

c Un petit ci, un petit là ! »

Afin qu'ils aillent tomber à la renverse et se briser.

Qu'ils soient enlacés et pris *' 1

Écoutez donc la parole de rÉternel, Hommes moqueurs, qui gouvernez ce peuple de Jérusalem !

Puisque vous dites :

Nous avons fait un pacte avec la mort, Avec Tenfer nous avons contracté une alliance ; Qaand le fléau débordera, il passera sans nous atteindre *^ —

Car nous avons fait du mensonge notre refuge, Et nous nous sommes mis à couvert derrière la perfidie '^ —

^0 On lui avait recommandé de se tenir tranquille^ de ne pas méditer sans cesse riosurrection contre le suzerain assyrien^ de permettre au peuple de respirer, au lieu de l'exposer toujours aux terribles chances de Tinvasion. Comp. XXX, 15.

*^ Bt non pas, comme on traduit ordinairement : sera/ car Teuteur veut dire simplement : au lieu d'écouter ces sages conseils, ils s'en sont moqués.

'^ Cela est si bien la conséquence inévitable de leur désobéissance, qu'on dirait qu'ils l'ont voulue» qu'ils ont été sourds, afin de tomber plus sûrement. Tomber, être pris au filet, sont des images familières pour décrire toute espèce d'adversité. Comp. Vm, 14, 15.

^' En prose: Nous ne craignons rien. Tu nous menaces d'une invasion assyrienne? Bile ne dous fera pas de mal ; nous sommes en mesure de nous défendre. Le fiéau fil i^horëe est une expression assez étrange, mais dans l'original il y a même : Le f^net qiti immde\ ce sont deux images synonymes pour désigner la puissance envahissante.

*^ Noos nous sommes créé des moyens de résistance qui nous rassurent suffisamment. Ooi, dit le prophète, mais ce sont des moyens tnenêongers et perfides. L'emploi ^e ces qoeli^cations est une rétorsion que le prophète mêle immédiatement aux assertions orgueilleuses du parti qui dominait dans les conseils du roi Hizqiyah. Or, ce parti, pour oser secouer le Joug assyrien, voulait s*appuyer sur l'Egypte [comp. surtout chap. XXX), et espérait 6tre soutenu par cette puissance. C'est cet espoir qu'Éséle appelle mensonger ; ce sont les promesses des Égyptiens qui sont perfides et trompeuses. Un mensonge des Israélites, fait aux Assyriens, n'aurait pas ^ une sauvegarde.

262 ÉSA1£ XXVIII, 16-21.

C'est pour cela que le Seigneur, rÉternel vous dit : Voyez I J*ai fondé en Sion une roche, Une roche éprouvée, Précieuse pierre angulaire d'un solide fondement; Qui s*7 fiera, ne fuira pas.

Mais j'ai pris le droit pour cordeau, Et pour niveau la justice '^, Et la grêle emportera le refuge du mensonge, Et les flots entraîneront votre asile.

Et votre pacte avec la mort sera efiacé. Et votre alliance avec Fenfer ne subsistera pas : Quand le fléau débordant viendra à passer.

Il vous foulera aux pieds ^*.

Chaque fois qu'il passera, il vous saisira; Car il passera matin après matin, nuit et jour ; Ce sera chose terrible que de prêcher ainsi l'obéissance *^ ! Car le lit sera trop court pour s'y étendre. Et la couverture trop étroite pour s'en envelopper". Car l'Éternel se lèvera comme au mont Praçim, Il sera terrible comme dans la plaine de G'ibe'ôn '*,

1^ Jéhova déclare qu'il n'y a ({u'un seul refuge sûr contre les attaques du dehors, c'est Sion, bien entendu non pas en sa qualité de forteresse, mais dans le sens idéal, comme sa résidence édifiée solidement sur une base inébranlable, et construite avec le cordeau du droit et le niTeau de la justice. Ceux qui s'établissent dans un pareil camp, ou quartier^général, n'ont rien à craindre. La locution : j'ai fondé en Sion une roche, a le même sens qu'aurait en français la phrase : £n Pierre, j'ai acquis un ami. Autrement on pourrait dire que Jébova lui-même est la roche. Chap. VIIl, 14.

10 La grêle, les flots, le fléau, sont autant d'images de l'inTasion étrangère, voyez V. 2 et 15. Nous avons déjà fait remarquer l'incobérence de ces diverses métaphores ; elle est rendue plus sensible ici par le verbe : fouler auw ^eds.

^'^ L'eipression : chaque foiSj etc., n'indique pas nécessairement des invasioDS réitérées, mais plutôt une continuation de ce genre de châtiment. Jusqu'à ce qu'il soit accompli. La dernière ligne est traduite ordinairement: Rien que d'en entendre parier sera déjà chose terrible. Mais comme l'auteur répète textuellement les termes dont il s'est servi v. 9, il faudra traduire ici comme plus haut. Les adversaires avaient dit : Il veut nous faire la leçon? Eh oui, dit le prophète, et une leçon terrible l

IS Ce sont là probablement des locutions proverbiales pour parler d'un grasd embarras, d'une position difficile et pleine d'angoisse.

10 Allusion à une victoire de David sur les Philistins, 3 Sam. V, 20 suiv. L*œu9re de Jéhova, dans cette circonstance, c'est précisément le châtiment de Juda. C'est une œuvre étrange et inouïe, soit par ses proportions, soit parce que le Dieo dlsraël est en guerre avec son propre peuple. Du reste, on remarquera que ce qoi avait été d'abord un discours de Dieu, redevient à la longue un diseoors du prophète.

Es AIE XXVIII, 22-27. 263

Pour accomplir son œuvre, son œuvre étrange, Pour exécuter sa besogne, sa besogne inouïe. Et maintenant Oe faites pas les moqueurs, De peur que vos liens ne se resserrent '^®,

Car j'ai entendu que tout est fini

Et décidé à Tégard de ce pays^', De la part du Seigneur, laheweh Çebaôt.

Soyez attentifs, écoutez ma voix !

Prêtez l'oreille, écoutez ma parole I Le laboureur laboure-t-il toujours pour semer *^?

Ouvre-t-il, herse-t-il toujours le sol?

Quand il a aplani la surface, Ne va-t-il pas semer la nielle, répandre le cumin.

Planter le froment en lignes, L'orge au lieu désigné, Tépeautre tout autour?

C'est son dieu qui l'instruit

Et qui lui apprend la règle.

Car ce n'est pas sous le traîneau qu'est broyée la nielle. Et la roue de la machine ne passe pas sur le cumin ;

^^ Tout à l'heure la menace avait été absolue, excessive. Ici cependant le prophète parle comme s'il j avait encore un moyen d'échapper. C'est qu'il revient au point de rue de la réalité actuelle ; hfttez-vous, dit-il, de conjurer le danger, car j'ai entendu (il m'a été révélé} que Jéhova a décrété un coup décisif.

*^ Comp. X, 23.

<2 On ne voit pas d'abord ce que le prophète veut dire avec cette péroraison. Elle est évidemment allégorique et relève ce fait que l'agriculteur procède d'après certaines règles. L'auteur en relève plusieurs : l" Les travaux différents se succèdent; labourer, bener, aplanir, semer, etc. 2<* Les différentes plantes de culture ont leurs places distinctes. 3* La manière de traiter les fruits récoltés n'est pas la même pour chaque ^ce, tel grain est écossé par le battage avec le bftton, tel autre avec la lourde machine appelée le traîneau (Amos I, 3). Encore à l'égard de ce dernier moyen, on en ose avec mesure. Toutes ces règles sont données au laboureur par Dieu même, ce qui veut dire qu'elles sont reconnues conformes à la nature des choses teUe que l^ieu l'a établie. Qu'est-ce que tout cela doit signifier? Si le prophète offrait ici le lAbooreor comme modèle à ses adversaires, il en résulterait ce sens, qu'ils doivent changer de conduite, parce qu'on ne peut pas toujours raisonnablement suivre les mtees errements. Ce serait bien faible, après l'énergie des menaces précédentes qui ne traitent pas les tendances des chefs de Jérusalem d'une manière si bénigne. Il cooviendra donc mieux d'y voir l'image des procédés de Dieu qui se réserve d'agir, d'après les inspirations de sa sagesse, à chaque moment, et dans chaque circonstance, et qoi, s'il a laissé croître les semaiUes jusqu'ici, saura aussi trouver le moment propre à la moisson. En même temps il saura traiter chacun selon son mérite. Mais tout cela est peu certain, et TaUégorie manque son effet à cause de cette obscurité.

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