AIE X
En ce jour-là, le reste d^Israël, Et les survivants de la maison de Jacob^ Cesseront de s'appuyer sur celui qui les frappait : Hs s'appuieront sur l'Éternel, Sur le Saint d'Israël, avec fidélité ".
C'est un reste qui retournera, Un reste de Jacob, au Dieu tout-puissant".
Car ton peuple, 6 Israël, Fût-il comme le sable de la mer.
Ce n'est qu'un reste qui retournera :
Une fin est décidée qui fera pleuvoir la justice ; Oui, c'est fini, c'est décidé.
Le Seigneur laheweh Çebaôt va l'accomplir dans ce pays-ci*^!
Ainsi donc, voici ce que dit
Le Seigneur laheweh Çebaôt *^ :
N'aie pas peur, 6 mon peuple qui habites Ston, De cet Assyrien qui te frappe de sa verge, Et qui lève son bâton contre toi à l'égyptienne !
1 5 Ces mots rappellent la situation politicpie du moment : Juda était tributaire de l'Assyrie, son roi était vassal de celui de Ninive. C'est de celui-ci qu'on espérait la sécurité, au lieu de se l'assurer par un fidèle attachement à Jéhova, et pourtant l'Assyrien avait fait tant de mal à Israël.
^^ Mais quand le moment de Témancipatiofl de ce joug honteux sera venu, ce n'est pas la nation entière qui en jouira. Ce ne sera qu'un râste. Le prophète répète cela jusqu'à trois fois. Car, dit-il, jusque-là^ le peuple sera soumis à une épreuve cruelle, à un triage terrible. On se rappellera que ce nom de Tonnareste s'est déjà trouvé au chap. Vil.
^^ Pour que la nation soit digne de rentrer dans les bonnes grftces de son I>iêii, il faut qu'eUe soit préalablement purifiée. Ce sera une terrible catastrophe, et elle est décidée irrévocablement. Mais elle fera pleuvoir la Justice : pareil à l'orage qoi Jette une averse bienfaisante sur la terre altérée, le châtiment rendra au reste de la nation cette précieuse qualité de la justice (foi religieuse et obéissance morale] qui manque aujourd'hui à la pluralité de ses membres. — D'autres prennent cette phrase dans le sens de la justice vengeresse de Dieu, ce qui semble s'accorder plus facilement avec la ligne suivante.
IS Ces paroles, ainsi que tout le reste du discours, s'adressent à ce reste converti et réservé pour le futur ftge messianique. L'Assyrien ne pourra pas aller au deli de ce que Jéhova lui permet. Il aura le sort de cet autre oppresseur dont le souvenir vivait encore en IsraSl, de l'Egyptien. Il vous frappe aujourd'hui à Végjiptien»ii c'est-à-dire comme le faisaient autrefois les Égyptiens d'après le récit mosaïque (Exode I]. Mais lui aussi sera frappé à l'égyptienne, c'est-à-dire comme il arriTi aux Égyptiens dans la mer Rouge. Au bâton du prévôt est opposé le bâton qa^ régla les mouvements miraculeux de la mer<
ÉSAIE X, 25-32. 249
Un tout petit délai encore, Et c'en est fait de ma colère^ Et mon courroux s'apprête à le détruire. L'Éternel agitera contre lui le fouet, Comme lorsqu'il frappa Midyan au rocher de 'Oreb ^^, Et de sa verge la mer, Ainsi il la brandira encore à Tégyptienne. En ce jour-là, son fardeau tombera de ton épaule Et son joug de ta nuque ; Le joug se brisera sur ta tête puissante '^.
Déjà il est arrivé à 'Ayyat^
n a passé à Migrôn, A Mikmas' il a déposé son bagage.
Ils passent le défilé.
Ils bivouaquent à 6'éba' :
Ramah tremble, 6'ibeai*-S'aoul est en fuite. Pousse des cris de détresse, fille de Gallim 1 Prête Toreille, 'Anatot, vers la malheureuse Laîs' 1 Madménah s'enfuit, les habitants de G'ébim se sauvent.
Encore un jour de halte à Nob '*, Et il agite sa main vers la montagne de Sion*',
^' Ces noms rappeUent nne des plus glorieuses victoires des temps héroïques [Juges VII, YIII] ; le prophète la choisit, parce que Tintervention de Jéhova y a été plus évidente.
'^ On a essayé diverses traductions de ces dernières lignes ; la nôtre exprime le NOS ^e voici : Israël sera redevenu assez puissant pour secouer le joug assyrien. Ce mot m6me nous représente vol taureau gras et puissant, de la nuque duquel glÛM le joug^ ou qui parvient à le briser. Tite puissante, litt.: visage gras.
^^ Péroraison admirable ! L'idée déjà précédemment exprimée que les Assyriens sont anjourdlim encore Tinstrument des Jugements de Dieu contre Israël, mais que lÀentôt ils seront abattus à leur tour, cette idée se transforme ici en une espèce de wm poétique. L'armée assyrienne est représentée comme marchant sur Jérusalem, mi» ta moment où elle y arrive, la main de Jéhova l'arrête et la détruit. Il n'y • pis li un récit historique, mais une peinture idéale. Les endroits nommés dans le texte sont tous situés sur la route qui aboutit à Jérusalem du côté du nord, à putir de la frontière d'Éphraîm. Pour quelques-uns on le sait positivement, pour let tntfes, c'est une nécessité du contexte. (*Ayyat, le 'Al du livre de Josué, cbap. VII, Miknms' et son fameux défilé, i Sam. XIII, 5, Ramah, G'ibe*ah, 'Âaitot, Nob, sont renommés par l'histoire de Samuel, de Saûl, de Jérémie, de I)tTid.) Le tableau peint à merveiUe la terreur de la population des campagnes à l'approche de l'armée d'invasion.
^ Le texte dit à la lettre : la montagne de la maison de Sion. expression tout à fait ioneitée, et déjà corrigée par conjecture dans une note marginale, qui change nùson {hit} en fille {bat). La filU d'une ville, c'est sa population.
250 ÉSAIE X, 33, 34. XI, 1-4.
Vers les hauieim de Jérnsaleoi
Voilà que le Seigoeur laheweh Çebaoi Ébraoche la couronne de Tarbre d^on coup terrible ; La hante fntaie est abattne.
Et les cimes élevées sont jetées à terre. Pnis il rase avec le fer les broussailles de la forêt Et ce Liban tombe sous la main du Tout-Puissant ''!
Et il sortira un rameau de la souche de Yis'aî, Et un rejeton poussera de ses racines *^ : Sur lui reposera Tesprit de rÉtemel, Un esprit de sagesse et d'intelligence, Un esprit de conseil et de force,
Un esprit de connaissance et de crainte de rÉtemel. 11 trouvera son plaisir à craindre TÉtemel *^ ; Il ne jugera pas d'après Tapparence, Ni ne décidera d'après rouî-dire.
Mais il jugera les faibles avec justice,
*3 La cataBtrophe qui doit anéantir la puissance assyriennei est décrite sous l'allégorie d'ane forêt paissante et épaisse, abattue à coups de hache. Les hautes cimes représentent les chefs^ les brousailles le gros de Tannée ennemie. La forêt entière est appelée ee Liban, c'est-À-dire qu'elle est comparée à celle du Liban, la plus grande et la plus majestueuse qu'Isradl connût.
^^ La purification d'Israël et la ruine de l'Assyrie sera suivie de l'âge d'or ou messianique. Le tableau de celui-^i fait l'objet du reste du discours. Le présent morceau, qui a d'ailleurs ses passages parallèles dans les chapitres précédents (II, 1 ss.; IV^ 2 ss.; VIII, 23 ss.], est de tous ces textes le plus explicite. Il parle d'abord du Messie lui-même, de ce roi théocratique par excellence, sous le sceptre duquel fleurira la justice et régnera la prospérité. Ce roi sera de la race des Isaldesi un descendant de David, car les termes de rejeton, souche et autres semblables, sont encore aujourd'hui usités dans ce sens généalogique.
*fi Le Messie possédera au plus haut degré les qualités qui distinguent un grand et bon prince, et qui doivent lui Ôtre conmiuniquées par l'esprit de Dieu, car tout ce qui est grand et parfait vient de Jéhova. Le prophète énumère ces qualités: c'est la sagesse dans l'action gouvernementale, l'intelligence dans l'appréciation des besoins et des moyens, la prudence dans ses desseins et projets, l'énergie dans leur exécution, et, ce qui sanctifie tout cela, la connaissance de la volonté de Dieu et l'obéissance à ses commandements. {Il trouvera son plaisir, lit!.: il aspirera l'odeur, figure inconnue à notre rhétorique.) La métaphysique des docteurs Juifs a trouvé dans ce passage le fait d'une septuplicité de l'Esprit de Dieu, en personnifiant les qualités énumérées et en faisant le compte autrement que le texte ne le permet. Comp. Apoc. I, 4 ; IV, 5.
ÉSAIE XI, 5-9. 251
Et décidera avec équité pour les humbles du pays'*. Il frappera le pays de la verge de sa bouche, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant'^. La justice sera la ceinture de ses reins, Et la fidélité la ceinture de ses flancs'*.
Alors le loup habitera avec la brebis^ La panthère se couchera près du chevreau, Le jeune bœuf, le jeune lion, le gras mouton seront ensemble, Et un petit enfant les conduira.
La génisse paîtra avec Tourse, Leurs petits gîteront ensemble.
Et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson jouera près du trou de la vipère, Et dans la caverne du basilic L'enfant à peine sevré étendra sa main. On ne fera plus de mal, on ne fera plus de tort,
Sur toute ma sainte montagne.
Car le pays sera plein de la connaissance de rÉtemel, Comme les eaux couvrent le fond de la mer'^.
8^ Panni tontes ces qualités royales, l'auteur signale à part la justice dans le règlement des affaires litigieuses. Il faut se rappeler ici que, chez les anciens, les rois étaient aussi juges, et que les prophètes se plaignent habituellement de la mauTaise administration de la justice. On comprendra que le roi idéal de Tavenir derait être représenté comme un juge équitable, incorruptible, sachant découvrir la Térité, ne se laissant pas guider par l'apparence [litt.: par ce que verront ses yeux], ai par les ouï-dire (litt.: par ce qu'entendront ses oreilles), c'est-à-dire ne donnant junais gain de cause à ceux qui font valoir leur position sociale, ou qui appuient de cadeaux leurs insinuations mensongères. On voit que tout en traçant son tableau idéal, le prophète suppose encore l'existence, dans l'flge messianique, de pauvres, de méchants, de procès injustes. C'est que l'actualité prête naturellement ses coalears à l'avenir.
^"^ Sa parole puissante, ses arrêts fermes et décisifs frapperont qui de droit. Le M^eltfsl, c'est celui qui a tort dans les procès en question. (La théologie juive en a fait l'Antéchrist. 2 Thess. II, 8.)
*^ Les qualités morales sont souvent comparées à des vêtements.
^ Cette paix universelle, amenée par la justice du gouvernement théocratique, enfin réalisé par le Messie, s'établira aussi dans le monde des animaux, lesquels se font anjourdliui une guerre d'extermination. Les puissants carnassiers déposeront leurs instincts sanguinaires, pour vivre fraternellement avec les faibles et paisibles herbivores. Les hommes n'auront plus rien à craindre de ces maîtres du désert. Un troupeau de loups et de panthères (les Uopards de nos traductions n'ont jamais existé en Palestine) sera facilement guidé par un enfant sans armes, et des enfants plus petits encore s'approcheront impunément de la retraite des serpents, aujourd'hui venimeux. Ce même tableau se retrouve chez beaucoup de poètes de l'antiquité
252 ÉSÂIE XI, iO-14.
Eo ce jour-là, le rejeton de Yis'aï, Élevé comme une bannière pour les peuples —
C'est lui que les nations iront chercher
Et sa résidence sera glorieuse ^^.
Et en ce jour le Seigneur étendra sa main une seconde fois,
Pour racheter le reste de son peuple Qui aura échappé à Ass'our et à TÉgypte, A Patros, et à Kous\ A 'Élam et à S'ine'ar,
A Hamat et aux îles de la mer'*.
Et il érigera une bannière pour les peuples,
Et recueillera les dispersés d'Israël,
Et rassemblera les déportés de Juda
Des quatre coins de la terre.
Et la jalousie d'Éphraîm cessera,
Et les hostiles en Juda disparaîtront.
(Théocrite. Id. XXIV. Virgile, Ed. IV et V. Horace. Epod. XVI, etc.). Notre passage est littéralement traduit dans les oracles sibyllins III, 478. On peat se demander si Ésale a pris sa prédiction à la lettre, d'un changement à surrenir dans la nature môme des animaux, ou s'il s'agit pour lui d'une simple allégorie poétique dont le 9* verset serait Tinterprétatibn? Nous penchons vers la première manière de voir ; en tout cas, c'est ainsi que la théologie juive l'a compris. L'idée à la fois poétique et sublime de la nature soupirant après sa glori6cation (Rom. VIII, i9 SB.], n'est au fond qu'une forme plus idéale de cette môme conception. — La sainte montagne est Sion, considérée comme le séjour du peuple tout entier, ou bien encore ce peut être le pays de Canaan, qui dans sa presque totalité formait un plateau. — Le point de comparaison entre la connaissance de Dieu et les eaaz de l'Océan, c'est la quantité.
30 La restauration morale sera suivie de la restauration politique. Celle-ci va être décrite sous trois points de vue. D'abord il est dit que le Messie sera pour les peuples étrangers comme un signal érigé dans un lieu élevé pour provoquer un rassemblement. Cela veut dire que les païens mêmes afflueront vers lui pour se soumettre à sa direction. On peut entendre cela à la fois d'une soumission politique et d'une conversion religieuse. Chez les prophètes, ces deux éléments ne sont pai séparés l'un de l'autre (chap. II, 2-4).
9' En second lieu, il est dit que les Israélites de la dispersion reviendront dans leur patrie pour prendre part au bonheur messianique. Â vrai dire, ce retour devrait précéder l'arrivée des païens dont il vient d'être question. — Il s'agit des nombreux Israélites, qui pendant les guerres précédentes ont été emmenés captifs et vendus comme esclaves à l'étranger (Joël IV, 6. Amos I, 6, 9). Patros est la haute Egypte ou Thébalde ; Kous', l'Arabie méridionale et le pays du haut Nil ; ^lam, la Perse; S'ine'ar, les plaines de la basse Mésopotamie; Hamat représente la Syrie, dont elle était une des villes principales ; les iles sont les pays des Grecs. Il s'agit naturellement des survivants, et non de la résurrection des morts.
ÉSAIE XI, 14-16. XII, 1, 2. 253
[Èphrafm ne sera plus jaloux de Juda, et Juda ne sera plus hostile à
Éphraim^*.] Et ils fondront sur les Philistins vers Toccident, Ensemble ils pilleront les fils de Torient ; Édom et Moab deviendront leur proie, Et les enfants de 'Ammôn seront leurs sujets, L'Étemel a fendu le golfe de la mer d'Egypte", Il agitera sa main sur l'Euphrate Dans l'ardeur de sa colère '*, Et le divisera en sept ruisseaux Pour le faire passer à gué; Afin qu'il y ait un chemin pour le reste de son peuple Qui aura échappé à l'Assyrien, Comme il y en eut un pour Israël, Au jour de sa sortie du pays d'Egypte.
Et tu diras en ce jour-là '* :
c Je te glorifierai, ô Éternel 1
Tu étais irrité contre moi, Ton courroux se détourne, et tu me consoles.
Voyez^ Dieu est mon salut :
Je suis rassuré et ne crains rien ; Car ma force et mon chant, c'est lah, l'Éternel,
Il a été mon salut. >
U 5]|£q Jq^ Qt Éphraim^ les deux fractions rivales du peuple, se réconcilieront, et, ainsi fortifiée, la nation prendra sa revanche sur ses ennemis communs, fils fondront, litt.: ils voleront sur le dos, pareils à des oiseaux de proie.] Les Philistins et les Arabes, à l'ouest et à Test^ représentent la totalité des ennemis. La phrase qoe nous avons mise entre crochets est une froide et inutile interprétatien des vers précédents. Mais cette interprétation est parfaitement juste, en ce que les iottilts en Juda sont ceux qui haïssent ÉphraXm. Il n'est pas question d'ennemis dt Joda dans cette ligne.
^ Comme la suite de cette phrase met en parallèle la future délivrance des déportés d'Assyrie, avec Vaurienne délivrance d'Egypte, il nous semble évident <iu11 Ini traduire ici le verbe au prétérit.
^^ Litt.: de ton souffle ; car il y a ici deux images mdlées ensembUi celle d'une oÛD qui frappe, et ceUe d'un souffle (vent) qui desséche. L'Euphrate doit devenir gaéahle, comme autrefois la mer Rouge (le golfe, litt.: la langue),
'^ La description du royaume messianique et de sa gloire se termine par un chant triomphal de ses citoyens. On trouvera là certaines analogies avec d'antres morceaux poétiques de l'Ancien Testament, par ex. Exod. XV. Ps. GV, 1 ; CXVIU, 14.
254 ésAiE xn, 3-6.
Et TOUS puiserez de Teau avec joie Aux sources du salut'*.
Et vous direz en ce jour-là :
«Glorifiez rÉtemel, invoquez son nom, Faites connaître aux peuples ses hauts faits,
Chantez sa gloire, car son nom est grand 1 Psalmodiez à TÉtemel^ car il a fait de grandes choses; Que cela soit connu sur la terre entière 1 > Pousse des cris de joie et d^allégresse Toi qui habites Ston'^, Car il est grand, au milieu de toi, le Saint d*Israel I
86 Puiser de Peau avec Joie, abondamment^ est pour les peuples des pajs chauds une figure naturelle pour le bonheur et le contentement. Ailleurs, JéhoTi lui-même est appelé une source d'eau, Jér. II, 13; XVII, 13. Ps. XXXVI, 10. Ici, la source, c'est précisément le salut messiani^e ; car il ne faut pas analyser l'image de manière qu'elle parlerait d'une source qui thnne le salut ; elle parle d'un salut comparable à une source.
87 £En hébreu, il y a le féminin; c'est la population personnifiée sons la figure d'une femme. Cela explique aussi cette phrase: a» milieu de.
{Discours et fragments tirés du second recueil.)