‹ La Bible (volume 2)Chapitre 19 sur 93 · XI · texte numérisé non relu

XI

(Chap. XXIX.)

Malheur à toi^ Ariel ! Âriel ' !

Ville où résida David !

Ajoutez année à année,

Que les fêtes fassent leur tour',

Alors je serrerai Ariel,

Alors elle sera triste et attristée ;

Elle sera un. véritable Ariel.

^' Cette phrase est doublement obscure et il pourrait bien y avoir une faute dans le texte, car il y a une contradiction entre la ligne qui dit qu'on écrase le grain et celle qui dit qu'on ne Técrase pas. On a cherché à remédier à cet inconvénient en prenant la première ligne dans le sens interrogatif que rien n'indique dans le texte ,ou bien on a traduit le même verbe de deux manières différentes. A la rigueur, on peut dire que d'abord le prophète, opposant le traîneau au b&ton, le grain de blé au cumin, dit que le premier seul est traité avec la machine, et, par conséquent, écroié, tandis que l'autre est proprement égrené, écossé ; ensuite, il insiste sur ce que cette opération n'est pas continuée indéfiniment, de manière que le résultat serait de convertir le grain en (?ruau, au lieu de le séparer seulement de l'épi.

1 Ce discours prédit un siège de Jérusalem , lequel cependant n'aboutira pas à la prise de la ville. L'explication la plus probable le met en rapport avec l'avénement de Sanhérib (715 av. J.-C, d'après la chronologie usuelle], lorsque le roi Hizqiyah, contrairement à l'avis du prophète, refusa le tribut à l'Assyiie et ouTrit des négociations avec TËgypte, pour tenir tête à son ancien suzerain.

^ On voit clairement par la suite (v. 8), qu'il s'agit du siège de Jérusalem. Mais la signification du nom poétique donné à la ville, n'est pas tout à fait assurée. On traduit généralement : liott de Dieu, sans réiléchir que les villes sont toujours du genre féminin, comme c'est le cas dans tout ce morceau, et que ce serait une singulière menace, au v. 2, qui dirait: tu seras un véritable lion l En nous fondant sur Ézéch. XLIII, 15, 16, nous interprétons : dire de Dieu, ce qui convient parfaitement au siège du culte des sacrifices, et ce qui implique bien l'idée d'un feu d'épreuve et de purificatiun. Comp. chap. XXXI, 9.

3 C'est-à-dire, d'ici en une année, l'année prochaine, après une année révoiae.

ÉSAIE XXIX, 3-8. 265

J'établirai un camp tout autour de toi, Je te cernerai de près avec des bataillons, Je dresserai contre toi des machines de guerre. Et toi, assise à terre, tu murmureras à voix basse ^, Ta parole faiblement sortira de la poussière, Ta voix sera comme celle du spectre, sortant de terre, De la poussière s'élèveront les sons aigus de ta parole.

Mais la foule de tes ennemis sera comme la poussière légère^ La foule des insolents^ comme la balle qui s'envole, Ce sera fait soudain, en un clin d'œil ^.

laheweh Çebaôt y regardera* Avec fracas, tonnerre et grand bruit.

Avec l'ouragan et la tempête Et la flamme d'un feu dévorant.

Comme d'un songe, d'une vision nocturne^ Ainsi il en sera de cette foule de peuples

Qui marchent contre ArieP, Qui l'attaquent, elle et sa citadelle %

Et qui la serrent de près.

Ainsi l'homme affamé rêve qu'il mange.

Et quand il se réveille son estomac est vide ;

Ainsi l'homme altéré rêve qu'il boit, Et quand il se réveille, il a soif et languit : Ainsi sera toute cette foule de peuples Qui marchent contre la montagne de Sion 1

* Jérasalem est comparée à une femme^ en deuil) faisant entendre des plaintes presqae étouffées. Cette humiliation formera un étrange contraste avec ^outrecuidance Ktoelle. Pour le spectre, comp. VIII, 19.

^ Promesse d*nne déliyrance miraculeuse. Jéhova apparaît dans un orage et exteraine les assiégeants.

^ Â la lettre : Il j sera regardé de la part de rÉtemel.

* Les projets hostiles des ennemis s'évanouiront comme un songe. En rôvant, on croit faire telle ou telle chose, on se réveille et ce n'était rien.

^ U 7 a ici probablement une faute dans le texte. Le mot que nous traduisons par : f» PûHofuêut, renferme en tout cas une faute d'orthographe. On a proposé d'en chifiger les voyelles (çihyah pour çohiha) et de traduire : $a splendeur et sa citadelle, mais cala ne parait guère préférable. Il ne nous a pas été possible d'imiter l'allitération de loriginal autrement que par la reproduction réitérée de la dernière syllabe du oom propre.

266 ÉSAIE XXIX, 9-18.

Âh ! soyez ébahis et stupéfaits I

Soyez aveuglés et éblouis * !

Ils sont ivres, mais non de vin,

Troublés, mais non par la boisson I C'est que rÉternel a répandu sur vous un esprit de somnolence, Il a bandé vos yeux [les prophètes]^ Il a voilé vos tètes [les voyants *<^]. Toute prophétie est pour vous Comme les paroles d*un écrit cacheté :

On le donnerait à quelqu'un qui sait lire.

En lui disant : Lis cela !

Et il répondrait : Je ne puis, car c'est cacheté. Ou bien on le donnerait à quelqu'un qui ne sait pas lire,

En lui disant : Lis cela I Et il répondrait : Je ne sais pas lire'^

Et rÉternel dit :

Puisque ce peuple ne vient à moi qu'avec des paroles, Et qu'il ne m'honore que de ses lèvres, Tandis que son cœur est loin de moi, Et que la crainte qu'il a do moi

N'est qu'une prescription humaine qu'il a apprise",

9 Ésale s'adresse à ses contemporains qui sont peu touchés de ses discours, et chez lesquels il relève un aveuglement, une insensibilité inconcevable, qui ressembler celle d'un homme ivre. Ils l'entendent, ouvrent de grands yeux, mais ne chercbeot pas le moins du monde à profiter de ses avis.

10 Cet aveuglement n'est pas naturel, le prophète ne sait se l'expliquer que par la supposition que Jéhova l'a v«ulu, qu'il a lui-m6me amené cet état d'indifférence, le peuple étant mûr pour le châtiment et devant le subir nécessairement. Gomp. chap- VI, 9 suiv. Les mots que nous avons mis entre crochets sont des gloses d autant plus sûrement inauthentiques, qu'elles donnent du texte une interprétation absolomeot fausse. ÉsaTe adresse ses reproches au peuple entier, et non à n'importe quels prophètes. Il n'est question ici que d'un seul prophète, c'est lui-mdme, comme la suite le fait voir clairement.

1 1 Les Israélites de Jérusalem ne comprennent pas plus les avertissements d'Ésaîe (v. 1-8} qu'un homme qui ne sait pas lire ne comprendrait un écrit ou que celui qui sait lire ne comprendrait un écrit qu'il ne peut pas ouvrir. Nous ne disons pas livre, parce qu'il s'agit proprement d'un parchemin roulé.

12 Gomp. chap. I, 11 suiv. Le culte de Jéhova, tel qu'il se pratiquait à Jérusalem, se bornait aux cérémonies lévitiques traditionnelles ; l'élément essentiel, le fond moral y manquait. Il est évident qu'un prophète qui appelle ces cérémonies une prescription humaine, ne connaissait pas la Loi mosaïque écrite.

âsAiE XXIX, 14-18. 267

C'est pour cela que je continuerai à agir avec ce peuple

D'une manière étonnante, extraordinaire et merveilleuse : Et la sagesse de ses sages sera perdue,

Et la prudence de ses prudents s'éclipsera ''. Malheur à ceux qui mettent leur soin  cacher leurs desseins devant TÉternel, Qui font leurs affaires dans les ténèbres,

Et qui disent : Qui nous voit, et qui nous connaît ^* ?

0 perversité I

Le potier est-il donc estimé comme de Targile,

De sorte que l'ouvrage dirait de Touvrier : Il ne m'a pas fait?

Et le pot du potier : Il n'y entend rien " ?

Ahl Un peu de temps encore *b,

Et le Liban sera changé en Carmel, Et le beau verger sera estimé une forêt sauvage*^. En ce jour, les sourds entendront les paroles écrites,

Et sortant des ténèbres et de l'obscurité,

Les yeux des aveugles verront".

'^ n s'agit de menaces^ d'une catastrophe extraordinaire, dans laquelle la puissance de Jébova éclatera dans sa terrible grandeur. Alors ces sages ministres de Juda seront confondus, leurs préparatifs militaires n'auront servi de rien, et leurs combinaisons et intrigues diplomati({ue8 se montreront trompeuses et impuissantes (cbap. XXVIII, 15).

^^ n y a ici sans doute une allusion directe à ce que nous Tenons d'appeler des intrigues diplomatiques, et rien n'emp6che de penser aux négociations avec l'Egypte. Comp. les deux chapitres suivants, où ces faits se dessinent d'une manière plus ckire.

'^ L'idée de diriger les affaires de l'État d'une manière contraire à la volonté de Jéhova et sans qu'il s'en aperçoive, est tout aussi insensée que serait la prétention d'an vise de se mettre au niveau ou au-dessus de celui qui l'a fait. Comp. X, 15.

^^ La prophète revient à ses prédictions, par lesquelles le discours avait commencé.

^"^ Ce sont là sans doute des locutions proverbiales pour exprimer l'idée d'un chingement total, d'une véritable révolution, où chaque chose sera changée en son contraire. Dans l'original, le nom du Carmel se trouve deux fois, mais comme la ngnificatioD commune de ce nom est indispensable pour l'intelligence de la seconde ligne, nous avons varié l'expression. Il est évident que le Liban, chaîne de montagnes élevées, rocheuses, sauvages, est synonyme de la forit inculte ; le Carmel, rangée de collines riantes, boisées, mais peuplées, est synoyme du beau verger,

isplos haut il avait été parlé de l'aveuglement actuel du peuple. Cet aveuglement cessera et on prendra à cœur les avis donnés par le prophète au nom de Dieu. La phrase: iU entendront Uê paroles Mérites , est très-instructive. Elle nous fait voir assez clairement qu'Ésale, et sans doute aussi les autres prophètes de son temps, écrivaient leurs discours et que le peuple en avait connaissance par la lecture qu'eux ou d'autres en faisaient.

268 ÉSAIE XXIX, 19-24.

Et les malheureux seront dans la joie au sujet de TÉternel, Et les misérables parmi les hommes Seront dans Tallégresse au sujet du Saint d^Israël *^. Car le tyran sera anéanti^ Le moqueur ne sera plus, Et les gardiens du crime seront exterminés^ Ceux qui condamnaient les hommes en justice. Qui tendaient des pièges aux plaideurs.

Et faisaient fléchir frauduleusement le droit de Tinnocent^^.

Voici donc ce que dit rÈternel à la maison de Jacob^ Lui qui délivra Abraham ^' :

Désormais Jacob ne sera plus honteux, Et sa face ne pâlira plus; Car quand ses enfants verront Tœuvre de mes mains '^, Ils sanctifieront mon nom au milieu d'eux.

Ils sanctifieront le Saint de Jacob,

Ils craindront le Dieu d'Israël.

Et ceux dont Tesprit était égaré apprendront la sagesse, Et ceux qui regimbaient accepteront rinstruction.

10 Xa classe aujoardliai opprimée par les riches et les grands, pourra enfin respirer et rendra grâces à Dieu du changement de sa situation. Le moqueur est celui qai se moque de Dieu et du droit d'autrui. Les gardiens du crime, expression ironique suggérée par le terme usité de gardien de la loi, du droit, de la Justice, de l'ordre, etc. Eux aussi exerçaient une certaine surveillance, mais c^était dans le but d'être sûrs de leurs intérêts.

20 Toutes ces phrases expriment une seule et même idée. Ésaîe a en voe la mauYaise administration de la justice, dont il est si souvent question ches les prophètes. Comp. chap. X, 2, etc.

21 II est très-rare de voir le nom d'Abraham employé comme désignation collective du peuple d'Israël ; cela a engagé la plupart des commentateurs à songer a la déHerenti du patriarche lui-même, retiré par Dieu de sa terre natale pour être conduit dans U terre promise.

22 La construction de cette ligne est si peu transparente [litt. : quand ils la verront, ses enfants, etc.), qu'on a proposé de biffer les mots : ses enfants, comme une glose étrangère au texte, et de traduire : quand il (Jacob) verra l'œuvre de mes mains. Pour ne rien changer sans nécessité absolue, nous avons pris ses enfants pour sujet.

ÉSAIE XXX, 1-6. 269

XIP.

(Chap. XXX.)

Malheur aux fils rebelles^ dit rEternel, De ce qu'ils font des projets dont je ne veux pas , Et contractent des alliances contraires à mou esprit,

Pour' accumuler péché sur péché I

lis vont descendre en Egypte

Sans avoir consulté ma bouche.

Pour s'abriter sous Tabri de Pharaon,

Pour se réfugier sous l'ombre de l'Egypte. Mais l'abri de Pharaon tournera à votre honte^ Et la retraite sous l'ombre de l'Egypte, à votre opprobre*.

Quand leurs chefs seraient à Çoan, Et que leurs messagers atteindraient lianes',

Tous seraient dans la honte  cause de ce peuple qui ne leur sera d'aucun secours.

Qui ne sera ni leur aide ni leur soutien,

Mais leur honte et leur opprobre.

[Oracle des bêles du Midi*].

 travers un pays de détresse et d'angoisse^,

^ La situation politique, en vue de laquelle ce morceau a été composé, est à peu près la même que celle qui nous a été révélée par le morceau précédent. Seulement les événements ont marché dans Tintervalle, et les négociations avec l'Egypte, qui tout à l'heare étaient dénoncées comme des intrigues sourdes qu'on essayait de tenir secrètes, soDt maintenant publiquement connues.

^ Ce début n'offre aucune obscurité. Israël envoie une députation en Egypte, pour faire une alliance avec ce pays contre l'Assyrie. Ésaîe prédit qu'il n'en retirera aucun profit et qne Jéhova le désapprouve.

^ Le sens de ces deux lignes est fort douteux. En hébreu, les suffixes sont au singulier, iM chefs, etc., ce qu'on a voulu rattacher à Pharaon; les Septante lisent, d'kprès un léger changement : les messagers se fatiguent en vain, ce qui donne un très^bon sens. Çoan (Tanis) était la résidence d'une des dynasties égyptiennes. Uanès e»t le nom d'une ville de la moyenne Egypte, probablement nommée ici comme résidence d'une autre dynastie. Nous avons exprimé (par conjecture) le sens : Quand même ils arriveraient sains et saufs à destination, toute l'entreprise ratera.

^ Les mots placés entre deux crochets sont une rubrique ou un titre qu'un rédacteur ou lecteur y a mis dans la supposition qu'un nouveau discours commence ici, ce en ({uoi il s'est trompé. Le titre est puisé dans ce qui va suivre. Comp. XKI, 1, 11, 13 ; XXII, 1.

^ Description pittoresque du désert de l'Arabie Pétrée ou de l'Isthme de Suez, que doivent traverser les envoyés de Hizqiyah pour aller à la cour de Pharaon. Les couleurs sont chargées à dessein. On s'expose à tous les périls imaginables pour fioir p^ n'obtenir rien du tout. Les richesses, sont les cadeaux à offrir.

270 ÉSAIE XXX, 7-11.

D'où sortent le lion et la lionne,

La vipère et le serpent volant, Ils transportent leurs richesses à dos d'âne, Leurs trésors sur la bosse des chameaux, Â un peuple qui ne leur sera d'aucun secours. L'aide de l'Egypte sera vanité et néant. C'est pourquoi je l'appelle : Bruit paisible * 1

Maintenant va, écris cela^ Sur une table devant eux^ Inscris-le dans un écrit, Pour que cela reste pour le temps à venir, Comme un témoignage pour toujours *.

Car c'est un peuple rebelle.

Ce sont des fils menteurs'.

Qui refusent d'écouter les avis de l'Éternel.

Ils disent aux voyants : Ne voyez point I Et aux prophètes : Ne prêchez pas la vérité *® I Dites-nous ce qui nous flatte^ Prêchez-nous des illusions!

Quittez cette voiel Détournez- vous de ce sentier*' 1 Otez-nous des yeux ce Saint d'Israël !

0  la lettre : Tumulte tuœ s'asseoir, ou : Cris se tenir coi. S'il n'y a pas de faute dans le texte, il faut admettre que le prophète a formé à dessein pour l'Ég^te on surnom énigmatique et piquant par l'antithèse. Il aura voulu dire que les Égyptiens fout grand bruit, promettent beaucoup, ont le verbe haut, et puis ne bougent pas. Quoi qu'il en soit, le premier des trois mots qu'Ésale accouple ici d'une manière si singulière, se retrouve chez les auteurs plus récents comme un nom poétique de l'Egypte. Ps. LXXXVII, 4; LXXXIX, H. Es. LI, 9.

"^ Soit les trois mots énigmatiques et destinés à occuper l'imagination d'autant plus sûrement qu'il aura fallu plus d'effort pour en saisir le sens, soit tout ce qui est dit ici. La première version s'applique mieux à l'idée d'une table snspendue à la maison du prophète, la seconde à celle d'une rédaction comme la présente. {Inscris, litt.: grûve, ce qui prouve qu'on écrivait avec un burin.) Gomp. d'ailleurs chap. VIH, 1 soiv.

8 Quand les faits auront confirmé la prédiction, le prophète aura au document irrécusable en sa faveur.

» Chap. XXIX, 13.

10 Les deux lignes sont tout-à-fait synon3rmes et disent k la lettre qu'on défend aux prophètes de recevoir des révélations (des visions), c'est-à-dire, de perler de celles qu'ils ont reçues. En mettant le mot: vérité, dans la bouche de ces gens, le prophète parle à son propre point de vue. Comp. XXVIII, 15. Il en sera de même du mot: illusion, dans la phrase suivante.

1 1 On prend cette ligne généralement dans le sens de : Changes de ton et de texte ! Peut-être cela signifie-t-il : Passez votre chemin et ne vous mettes pas en travers du nôtre.

ÉSAIE XXX, 12-16. 271

C'est pourquoi Yoici ce que dit le Saint d'Israël :

Puisque vous méprisez cette parole^ Que vous vous fiez à la violence et à l'iniquité "^ Et que vous vous appuyez sur elles, Pour cela, il en arrivera de votre péché Comme d'un pan de mur haut et faisant saillie^

Qui est lézardé et menace ruine *% Et dont la chute survient soudain, tout à coup. Il se brise comme on brise un vase d'argile,

Qu'on fracasse sans pitiés Et dans les débris duquel on ne trouve plus un tesson Pour prendre du feu à l'àtre, Ou pour puiser de l'eau à la citerne.

Car ainsi disait le Seigneur^ l'Éternel, le Saint d'Israël : C'est par la conversion et le reipos que vous serez sauvés^ C'est dans la paix et la confiance que sera votre force ^* : Mais vous ne l'avez pas voulu!

Yous disiez : c Non 1 Sur nos coursiers nous courrons I »

Eh oui, vous courrez 1 cÂu galop nous lancerons nos chevaux I » Eh oui, au galop on vous relancera *^ I Mille contre un *• :

'' Ils ont la prétention d'assurer le salut de l'État par des moyens matériels et militaires, que le prophète qualifie comme il le fait, par opposition aux moyens moraux «pi'oo dédaigne.

^' Mot à mot: comme d'une lézarde tombante, faisant saillie sur un mur élevé. L'image est on ne peut plus transparente. Il n'est pas le moins du monde nécessaire de songer spécialement aux murs de Jérusalem, battus en brèche par l'ennemi. Ce qui adooaéliauà cette explication, c'est que les lignes suivantes introduisent une autre image qui renchérit sur la première, et qu'on a comprise de manière à faire dire à Esaie ; Vos mura seront brisés par les Assyriens, comme des pots de terre. Le mur ^^ 86 brise, c'est la puissance de Juda elle-même.

'^Le prophète rappelle ses avertissements antérieurs. On peut comparer par ex. le passage XXVIII, 12. Repos et paix sont opposés aux préparatifs militaires, dans lesipels on mettait son espoir; conversion et confiance rappellent les conditions morales et religieuses de la sécurité.

i& Dans ces deux distiques, où le prophète se sert exprès de locutions identiques, et qui riment même, mais dans un sens opposé, les premières lignes expriment les briTades des Judéens, qui se font fort de culbuter les Assyriens ; les secondes lignes sont destinées à persiiSer ces discours par des jeux de mots.

^^ Le texte est peut-être fautif; il y a simplement : mille un. Nous pensons que l'auteur a voulu dire que mille ne tiendront pas devant un seul, telle sera la panique qoaiidon se trouvera en face de la réalité. D'autres traduisent: Mille fuiront comme va seul homme. Nous préférerions biffer simplement le mot im.

272 ÉSAIE XXX, 17-21.

A la menace d'un seul, A la menace de cinq vous fuirez, Jusqu'à ce que ce qui reste de vous Soit comme la perche au sommet de la montagne. Comme le signal sur la colline*^.

Aussi tarde-t-il à TÉternel de vous faire grâce *• ;

Aussi se lëvera-t-il ponr vous prendre en pitié ; Car rÉternel est un Dieu juste :

Heureux tous ceux qui espèrent en lui!

Oui, peuple de Sion, qui habites Jérusalem, Tu ne pleureras pas toujours;

Certes, il aura pitié de toi, quand tu Timploreras, Dès qu'il t'entendra, il t'exaucera.

Quand le Seigneur vous aura donné le pain de l'angoisse

Et l'eau de détresse ",

Alors tes instructeurs "^ ne devront plus se cacher, Vos yeux seront fixés sur eux.

Vos oreilles écouteront leurs discours, Quand ils vous suivront '' en disant : « Voici le chemin I Marchez-y ! »

Lorsque vous allez à droite ou à gauche ^'.

l'^La comparaison porte sur Tisolement. La débandade sera telle^ qu*il ne restera pas deux hommes ensemble.

I S Ici commence la seconde moitié du discours, la perspective des temps meillears,

quand la grande épreuve sera passée et le triage du peuple accompli. Les lignes précédentes annonçaient l'extermioation de ceux qui mettaient leur espoir dans les armes ; maintenant le prophète félicite ceux qui espèrent en Dieu seul. Il tardé i Jéhova de se montrer propice à ses fidèles; c'est qu'il faut qu'auparavant les calamités publiques aient produit leur effet, cette purification indispensable du peuple. Comp. XXIX, 17suiv.

1 9 C'est-à-dire, quand vous aurez été chfttiés et amenés à repentance par de cruelles épreuves. Les images sont empruntées à ce qui arrive dans une ville assiégée où le pain et l'eau même commencent à manquer. Il n'est pas nécessaire de voir ici la prédiction d'un siège véritable.

SO Les prophètes, qu'aujourd'hui on ne veut pas écouter, qu'on persifle (XX VIII, 9, 10} et qu'on persécute.

21 Comme le berger, qui marche derrière le troupeau.

^* Les prophètes ont toujours montré le droit chemin, quand le peuple s'en écartait, mais jusqu'ici leurs avis n'ont pas été écoutés.

ÉSAIE XXX, 2^26» 273

Et Vo

souillerez le placage de vos idoles d'argent, le revêtement de vos images dorées ^% «n jetterez les débris ^* comme de l'ordure ; Hors d'ici 1 direz-vous.

^\ te donnera la pluie pour la semence Dont tu ensemenceras la terre, ït du grain, produit du sol.

Qui soit gras et abondant; ^^ ton bétail paîtra sur un spacieux pâturage*^. ^^s bœufs et les ânes qui travaillent la terre

Mangeront un fourrage salé, Qu'on aura vanné avec la pelle et le van *®. Et sur toute haute montagne.

Et sur toute colline élevée, H y aura des ruisseaux d'eau courante '^, Au jour du grand carnage.

Lors de la chute des tours '^.

Et l'éclat de la lune sera égal à celui du soleil, Et l'éclat du soleil sera septuple,

^ On avait deax sortes d Images de dieux^ les unes sculptées en hols, les autres en fonte d*un métal commun ; les unes et les autres étaient revêtues de métal précieux. Il n'est pas dit positivement qu'il s'agit ici d'images de dieux étrangers et Ton pourrait en douter d'après XXIX, 13. Cependant le polythéisme des Israélites n'excluait jamais le culte du dieu national. Souiller, profaner, rejeter avec dédain et horreur.

^ En hébreu, il 7 a simplement : vous les éparpillerez, ce qui suppose une facture préalable.

*^ La réconciliation du peuple purifié avec Jéhova ramènera les bienfaits de la oatore.

&9 On ne les nourrira pas de paille hachée, mais de grains nettoyés et mêlés avec da sel, ce qui représente une abondance extraordinaire et un véritable luxe dans l'économie domestique.

^"^ Les montagnes de Canaan sont peu riches en ruisseaux^ et la plupart des cours d'eaux tarissent en été. De là, cet élément indispensable dans la description de l'âge d'or.

'^ Il s'agit, sans aucun doute, de la calamité annoncée plusieurs fois déjà dans ces discours. D'après le verset 17, on est autorisé à interpréter le carnage d'une défaite des Judéens. Quant aux tours ^ Ësaïe peut avoir eu en vue les grands personnages de Jérusalem, ou bien encore des tours véritables construites pour la défense de la ville. Voyeï chap. II, 15.

A. T. 2« part. — I. I8

274 ÉSAIE XXX, 26-90.

[Comme V éclat de sept jours ^^]^ Le jour où TÉternel pansera la plaie de son peuple Et guérira la meurtrissure de ses coups '^.

Voyez, rÉternel vient de loin '*, Sa face brûle et projette Tincendie, Ses lèvres sont chargées de fureur, * Sa langue est comme un feu dévorant, Son souffle est comme un torrent débordé Qui atteint jusqu'au cou ; Il vient vanner les peuples avec le van de la destruction, Et mettre une bride d'erreur aux mâchoires des nations". Alors vous entonnerez des chants.

Comme dans la nuit d'une consécration de fête ;

Vos cœurs seront dans la joie.

Comme le pèlerin qui marche au son de la flûte A la montagne de TÈternel, au rocher d'Israël". Et l'Éternel fait entendre sa voix majestueuse. Il montre son bras qui s'abaisse dans l'ardeur de la colère, Dans les flammes d'un feu dévorant.

Dans la tempête, l'averse et la grêle.

29 C'est ridée qae nous exprimons avec des couleurs moins vives en parlant de heauœ jonrSt dans le sens figuré. Il ne faut pas autrement analyser Timage, car elle est en contradiction avec une autre plus usitée, qui peint le bonheur par Tombre, et le malheur par l'intensité de la chaleur (chap. IV, 5, 6). Les mots mis entre crochets sont une glose qui méconnaît le vrai sens de Timage, et qui manque déjà dans les Septante.

80 Gomp. chap. I, 5, 6.

81 Le discours se termine par la description d'une apparition de Dieu qui, pour assurer l'âge d or promis, vient exterminer les Assyriens, dont il s'était servi pour châtier les Israélites pervers. Les images sont essentiellement empruntées aux phénomèoes de l'orage. Nous avons dû traduire un peu librement. Littéralement il y a : Le nom [c est-à-dire la personne) de l'Étemel...., son net brûle, et (il y a] mastt d*élévation (de feu et de fumée) .

32 Deux autres images de la ruine des Assyriens. Le tan rappelle la métaphore si fréquente de la balle emportée par le vent ; la bride nous met sous les yeux un cheval fougueux lancé au galop ; seulement ici il court à sa perte, parce que le frein, au lien de le guider, l'égaré.

83 Oq Yoit par ce passage que les grandes fôtes (probablement il s'agit de celle de Pâques) commençaient par des cérémonies nocturnes, comp. Psaume CXXXIV, 1, et i comprenaient aussi des processions (Ps. XLII, 5; LXVIII, 25). Les Israélites celé-

I breroDt de même la ruine de leurs ennemis. Le rocher d'Israël, peut être Jébova

) (XVII, 10), ou bien aussi la montagne de Sion elle-même (XXVIII, 16}. Le sens

est le même.

ÉSAIE XXX, 31-83. XXXI, 1, 2. 275

Oui, Ass'our tremble à la voix de rÉternel,

Quand il le frappe de sa verge'*.

Et à chaque coup de cette verge qui lui est destinée, Dont rÉternel le frappera.

Retentiront les tambourins et les harpes.

A coups redoublés il le combattra'^.

Oui, déjà le Tofet est prêt '%

Pour le roi aussi il est disposé ;

Son bûcher, on Ta fait large et profond,

Du feu, du bois en abondance :

Le sonfDe de TÉternel Tembrasera comme un torrent de soufre !

XIIP.

(Chap. XXXI, 1 - XXXII, 8.)

Malheur à ceux qui vont demander du secours en Egypte,

Qui cherchent un appui dans des chevaux ', Qui mettent leur confiance dans des chars nombreux^ Et dans la grande masse des cavaliers.

Mais qui ne regardent pas au Saint d'Israël, Ni ne recherchent l'Éternel!

Mais lui aussi sait arriver à ses fins ' : Il amené le malheur et ne révoque pas sa parole^

^ Sens douteux. II paraît manquer un mot dans le texte. D'autres ont traduit : AsB'oor, qui frappait (autrefois).

'^ Littéralement : Dans des combats d'agitation, c'est-à-dire, où les bras de celui ^ frappe s'agitent constamment.

'^ Tofetj nom d'une origine incertaine, désignait un endroit près de Jérusalem, dans la Ttllée de Hinnom, où l'on brûlait des yictimes humaines en l'honneur du Dieu Molocb, et où plus tard se trouvait la voirie publique (Jér. VIT, Si). Il s'agit donc ici, probablement dans un sens figuré, de ce qu'on pourrait appeler un auto-da-fé, par lequel doit périr le roi d'Âssjrie.

* Ce discours ne diffère guère du précédent quant à ses motifs et à son but ; il a été suggéré comme l'autre par les négociations avec l'Egypte, seulement les reproches cèdent davantage la place aux consolations et aux promesses.

« Comp. XXX, 16.

' litt.: il eti sage, ce qu'on prend ordinairement pour une insinuation jque la sagesse proterbiale des Égyptiens ne prévaudra pas. Mais il n'est pas question d'opposer les Egyptiens à Jéhova. Les Judééns croyaient avoir imaginé une combinaison magnifique en se liguant avec les Égyptiens à l'effet de contrebalancer la puissance de l'Assyrie. Jéhova, qui ne veut pas que cette combinaison réussisse, parce que cela ne rentre pas ^t ses plans, saura la faire échouer. La sagesse est toujours l'art de trouver les noje&s appropriés au but.

276 ÉsAiE XXXI, 3-8.

Il s^élëve contre la maison des impies. Et contre les alliés des méchants *.

L'Égyptien est un homme et non un dieu; Ses chevaux sont chair et non esprit ^ : L'Éternel étend sa main, Et le protecteur trébuche et le protégé tombe, Et tous deux ensemble ils périssent.

Car voici ce que me dit TÉternel :

Ainsi que gronde le lion.

Le jeune lion sur sa proie, Quand une troupe de pâtres est appelée contre lui —

11 ne s'efTraie pas à leurs cris, Il ne se laisse pas intimider par leur nombre — Ainsi laheweh Cebaôt descendra

Pour marcher contre le mont Sion et ses hauteurs '. Ainsi que Toiseau déploie ses ailes, Ainsi rÉternel protégera Jérusalem, Il protégera et sauvera.

Épargnera et délivrera.

Revenez donc, ô enfants d'Israël, A celui dont vous sépare un si profond éloignement !

Oui, en ce jour chacun rejettera Ses idoles d'argent et ses idoles d'or. Qu'il s'est faites de ses propres mains pour pécher. Et Ass'our tombera, non par l'épée d'un homme. Il sera la proie, non de l'épée d'un mortel. Il fuira devant l'épée,

4 La nation des Israélites et ses alliés [les Égyptiens) sont deux, il est vrai; amis Jéhova en triomphera tout de même.

& Antithèse entre la nature mortelle et la puissance surhumaine.

^ Le sens de cette ligne n'est pas bien sûr. Ce qui suit parle d'une protectioa divine ; il paraîtrait donc assez singulier qu'ici il soit question d'une attaque hostile, de la mdme puissance, contre la même cité. Cependant le verbe [marcher contre) est déterminé par le passage XXIX, 7. Et 's'il fallait maintenir l'idée d'une protection, on se demanderait contre qui elle doit agir^ ce que le texte n'indique pas. Il nous semble donc préférable de donner aux deux images un sens différent. Nous savons que Jéhova ne veut sauver qu'une nation purifiée^ après avoir châtié une nation pécheresse. Il châtiera, comme le lion, sans s'inquiéter du nombre des alliés qu'on amènera sur le terrain ; il protégera, comme un oiseau protège sa couvée. La transition est brusque, mais elle l'est partout, et entre autres dans les discours immédiatement précédents.

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