II
Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Que vois-tu, Jérémie? Et je dis : Je vois une branche à yeux ouverts ^
^ Nous ne connaissons pas l'époque de la naissance de Jérémie, mais comme It 13* année de los'iyah correspond à Tan 628 av. J.-C. et que le prophète vécut aa moins jusque vers 586, si ce n'est au delà, il a dû âtre assez jeune encore en commen* çant. Il n'est pas nécessaire de lui faire dire : je suis encore enfant, Sn Orient, les jeunes gens n'exercent aucune influence sur la société, ce n'est que l'âge mûr et la vieillesse qui jouissent d'une plus grande considération.
0 Comme un jeune homme sans expérience peut l'éprouver en face de la multitude, ou un homme isolé en face d'adversaires ou d'auditeurs mal disposés. Le danger personnel, dans une pareille position, n'est pas chose imaginaire ; voila pourquoi il va être question de délivrance, c'est-à-dire de protection efficace dans toute occurrence périlleose.
"^ Acte symbolique destiné à représenter d'une manière concrète et saisisaable le fait de l'inspiration. Désormais l'excuse du jeune prophète, qui avouait ne pas savoir parler, n'avait plus de valeur.
^ Le prophète sait les desseins de Dieu, celui-ci l'y initiant ptmr les porter à la connaissance des hommes : il surveille la marche des événements pour les juger au point de vue de la justice absolue, et pour choisir le moment de proclamer ce jugement ; enfin, en l'annonçant, comme c'est Dieu qui le lui dicte, il est censé mettre lui-même l'arrêt en exécution. Les institutions humaines sont souvent comparées à des édifices ott à des plantations.
' Ce morceau, qu'on regarde assez généralement comme étant une partie intégrante de la scène décrite tout à l'heure, nous semble destiné à caractériser d'une manière tout à fait générale la tendance de l'activité prophétique de Jérémie, ou l'objet de sa mission. Nous apprenons ainsi dès le début qu'il s'agissait pour lui d'affirmer la certitude et de prédire l'imminence de la catastrophe par laquelle Jéhova s'apprêtait à châtier la défection du peuple élu. Ces deux faits sont exprimés d'abord par deux symboles que Dieu fait passer sous les yeux du prophète. Nous avons dit ailleurs qu'il ne faut pas penser ici à de véritables visions ; nous n'avons à y voir qu'une forme rhétorique.
2 Les yeux d'une branche sont ses bourgeons. Des bourgeons qui s'ouvrent sont ici le symbole de la vigilance de Dieu, qui ne perd pas de vue ses desseins, promesses oa
menaces. On traduit communément: «une branche d^amandier je veille sur ma
parole , • et comme on est en peine de dire ce qu'un amandier a de commun avec la
Et l'Éternel me dit : Tu as bien vu, car j'ai les yeux ouverts sur ma parole, afin de racconiplir. Et la parole de rÉternel me fut adressée une seconde fois en ces termes : Que vois-tu? Et je dis : Je vois une chaudière bouillante' dont la face apparaît du côté du nord. Et l'Éternel me dit: C'est du nord que va bouillir * le malheur contre tous les habitants de ce paysl Car vois-tu, je vais appeler tontes les tribus des royaumes du nord ' (parole de TÉternel I), pour qu'ils • viennent tous placer leurs sièges à l'entrée des- portes de Jérusalem, et contre ses murailles tout autour, et contre toutes les villes de Juda. Et je plaiderai ma cause contre eux^, au sujet de toute leur méchanceté, de ce qu'ils m'ont abandonné pour encenser d'autres dieux et se prosterner devant les œuvres de leurs mains. Et toi, ceins tes reins et lève -toi pour leur dire tout ce que je t'ordonnerai : ne sois pas abattu devant eux, autrement, moi aussi, je t'abattrai devant eux * ! Vois-tu, moi je fais de toi aujourd'hui
Tigilance, on se rabat sur le jeu de mots assez froid entre les deux mots s'açed {amandîer) et i'oqed (veillant), dont la ressemblance aurait suggéré à Jérémie le choix de son symbole. Mais en traduisant une braache qui veille, c'est-à-dire dont les yeux (bourgeons] s'ouvrent, on obtient un parallélisme plus significatif et plus naturel. (Comp. Bxod. XXV. 38).
3 Litt. : êOuffUet c est-à-dire sous laquelle il y a un feu allumé. La chaudière est le pays et ses habitants, le mulheur est représenté par le feu. (Comp. Ez. XI, 3; XXIV, 3 se.) L'image est peu transparente, aussi l'explication est-elle donnée aussitôt.
^ D'après la leçon des Septante ; litt. : va itre sou/lté {to«pj)ah). Le texte hébreu lit tifpatak, va être ouvert, ce qui ne donne pas de sens plausible.
^ Les invasions des peuples de la Haute-A^ie (ici il s'agit de l'empire des Ghaldéens) arrivaient en Palestine par la frontière du nord^ le vaste désert de l'Arabie protégeant le pays du côté de Test.
^ On remarquera le changement du genre. Il s'agit ici moins des peuples ^e des chefs ou rois qui sont clairement indiqués par les sièges ou trônes. Us occupent tout le pays et y établissent leur domination agressive et dévastatrice.
"^ C'est là le sens propre de cette phrase en hébreu (comp. chap. XII, !)• Seulement 00 peut dire que, quand il s'agit de Dieu, qui ne peut jamais perdre son procès, plaider et juger, ou prononcer l'arrêt, c'est une seule et môme chose. Il va d'ailleurs sans dire qu'ici le sujet change une seconde fois, sans indication spéciale ; ceux contre qui Jéhova veut plaider, ce sont les Israélites.
^ L'auteur emploie deux fois le même verbe, dans deux formes et dans deux signiûcations différentes. Nous avons essayé d'imiter cela en français. Quand il est dit que Jérémie ne doit pas être abattu devant le peuple, grands et petits, cela signifie qu'il doit se présenter devant son auditoire avec les mâles accents d'une courageuse énergie ; sa vigueur morale et le ton résolu de son éloquence imposeront aux plus mutins ; autrement Jéhova menace de l'abattre lui-même, c'est-à-dire de le laisser devenir victime de sa timidité, et de permettre que lopposition, dont il se plaint et qu'il prétend confondre par la bouche de son prophète, l'emporte sur celui-ci et lui fasse expier sa hardiesse.
430 JÉRÉMIE I, 18. 19. Il, 1-5.
une ville forte, et une colonne de fer, et un mur d'airain' contre tout ce pays, les rois de Juda, ses chefs, ses prêtres et la plèbe : s'ils t'attaquent, ils ne prévaudront pas contre toi, car moi je serai avec toi, parole de TÉternel I pour te délivrer.
La parole de TÉternel me fut adressée en ces termes : Va prêcher devant les oreilles de Jérusalem et dis : Voici ce que dit TEtemel : Je te garde le souvenir de la tendresse de ton jeune âge, de Tamour de ton temps de fiancée, quand tu me suivais à travers le désert, par une terre sans culture. Israël était consacré à TÉtemel, comme les prémices de sa récolte ; quiconque en mangeait, se rendait coupable et le malheur fondait sur lui^ parole de TEterneP!
Écoutez la parole de rÉternel, maison de Jacob et toutes les familles de la maison d'Israël I Voici ce que dit rÉternel : Quel tort vos pères ont-ils trouvé en moi, pour qu'ils se soient éloignés de moi, qu'ils aient couru après ce qui n'est rien et se soient livrés
0 Images de la force morale que Dieu communique À celui qu'il choisit pour son organe (chap. I, 8], et qui, se sentant ainsi soutenu, doit savoir braver la mauvaise volonté des hommes et les tempêtes qu'ils peuvent lui susciter.
1 Discours contre l'idoUtrie dlsraél et ses tendances à s'allier avec les grandes puissances païennes, et plein d'allusions à des faits historiques dont le détail ne nous est pas suffisamment connu pour reconnaître la portée de chaque phrase. Il y a da reste peu de suite dans la marche des idées.
S Ces deux premiers versets peuvent être considérés comme une espèce de texte oa de thème que le discours suivant est destiné à commenter. Jéhova, qui charge son prophète de châtier et de menacer un peuple rebelle, commence par rappeler la nature de ses premiers rapports avec ce même peuple, rapports qui promettaient un toat autre avenir. On s'est demandé si dans notre texte la tendrtste et Vamour étaient ceux d'Israël pour Jéhova, ou ceux de Dieu pour son peuple, et l'on a fait valoir une série de raisons, soit pour l'une, soit pour l'autre explication. Il nous semble que la question est assex oiseuse. Si Jérémie s'est exprimé de façon à permettre le doute, c'est qu'il voulait simplement constater qu'autrefois, au début de l'alliance qui fit d'Israël la fiancéej l'épouse de Jéhova, il y avait un attachement mutuel entre les deux parties contrao tantes, lequel malheureusement n'a pas été de longue durée. Les velléités de révolte, mentionnées dans l'histoire mosaïque, ne sont pas relevées ici, mais il ne faut pas dire que le prophète idéalise l'histoire. Tout de même l'accent est mis sur les dispositions de Dieu, non encore changées par l'infidélité sans cesse renaissante du peuple : et comme le discours parlera de préférence de la punition, ce préambule insiste davantage sur la protection bienfaisante du Dieu libérateur. Israël est comparé aux prémiee* de la récolte, auxquelles une bouche profane ne peut toucher sans encourir des peines sévères; cela revient à dire que Dieu en avait fait son peuple élu, sa propriété personnelle, et qu'il ne permettait pas que des étrangers y portassent la main.
anx vanités'? Ils ne disaient plus : où est TÉternel, qui nous a fait sortir du pays d'Egypte, qui nous a fait traverser le désert, cette terre de landes et de ravins , cette terre de sécheresse et de ténèbres^, cette terre où nul homme ne passe, où nul mortel n'habite? Et quand je vous eus. conduits dans cette terre de jardins, pour en manger les fruits et les biens, vous êtes venus souiller mon pays, et de ma propriété vous avez fait une abomination^. Les prêtres ne disaient plus : où est TÉternel ? ceux qui devaient donner Pinstraction* ne me connaissaient plus, les chefs' sont devenus félons, les prophètes ont parlé au nom de Ba'al, tous* sont allés suivre ces impuissants*! Aussi ne cesserai-je de plaider contre vous'®, parole de TÉternel I et contre les enfants de vos enfants je plaiderai encore'*. Passez donc aux iles des Kittéens et regardez! Envoyez vers Qédar " et observez bien I Voyez si chose pareille y est arrivée I Jamais peuple a-t-il changé de dieu ? Et encore ce n'étaient pas des dieux I Et mon peuple a échangé sa gloire contre Timpuis-
' Le n/anl, les vanitéàt dans le langage des prophètes, désignent les fanx dieux. La tcDdance aa polythéisme est signalée ici comme une preuve d'ingratitude.
^ Terme figuré, pour rappeler les périls et les privations de toute espèce dont la tradition avait conservé le souvenir.
^ Un lieu dldolfltrie, de culte profane et détestable.
^ On traduit ordinairement : les dépositaires de la loi, ce qui ferait supposer que le prophète veut parler de la loi écrite, du Code mosaïque, dont les prêtres auraient été les gardiens-archivistes. Les passages parallèles (XVIII, 18; Ëz. VII, 26, etc.) prouvent qu'il ne s'agit pas de cela. Torak est une instruction, une décision, judiciaire 00 autre, en tout cas une parole prononcée, un conseil donné, un arrêt rendu. Jérémie a en vue les juges, soit prêtres , soit laïques.
'^ Litt. : les bergers, conducteurs du troupeau, métaphore très^usitée dans la littéra^ ture ancienne et orientale. Nous avons évité d'employer le mot de pasteurs, qui aurait pu suggérer aux lecteurs une notion absolument étrangère au texte.
^ Le dernier membre de la phrase est évidemment destiné à généraliser et à résumer ce qui précède.
^ C'est^-dire les faux dieux.
l^ Voyez la note sur I, 16. L'expression de l'original est différente, le sens est le même.
'^ Le prophète veut dire que le crime des pères est tel, que l'expiation indispensable se fera encore sentir à des générations futures.
** Kittîm, proprement Tile de Chypre, ensuite les pays du nord-ouest en général, les lies de la Grèce et même le continent européen; Qédar, tribu nomade de l'intérieur de l'Arabie, prise ici pour l'Orient en général. Les deux noms ensemble représentent poétiquement le monde païen tout entier.
432 JÉRÉMiE n, 12-16.
saoce"! Cièux, âojez stupéfaiits de cela! Frémissez d'ane horrenr profonde! C'est TÉternel qui le dit. Oui, mon peuple a doublement** mal fait : moi, ils m'ont abandonné, une source d'eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, qui ne retiennent pas Teau*'. Israël est-il un esclave? est^il serf de naissance? Pourquoi donc a-t-il été livré au pillage *^ ? Contre lui les lions rugissent et font retentir, leurs cris ; ils changent son pays en un désert ; ses villes sont détruites et dépeuplées '^. Les fils de : Nof aussi et de Tahpanhés te tondent la crinière ** ! Tout cela ne Varrive-t-il pas
18 Gloire et impuissance, désignations abstraites et caractéristiques pour le Trai Dieu et les faux dieux (comp. Amos VIII, 7}. On remarquera que le prophète est tellement préoccupé de ce qu'il y avait d*odieux dans la défection des Israélites, qa1I fait l'éloge de la fidélité des païens. C'est que l'antiquité était dominée par l'idée de la nationalité des religions, au point que les prophètes mêmes ne s'élèvent pas toujours à un point de vue supérieur.
14 II est facile d'expliquer ce mot par le contexte, bien que l'exposition qui va suivre présente une lacune ; Jérémie veut dire : ils ne se sont pas contentés d'abandonner Jéhova, ils sont aussi allés s'adresser aux faux dieux. Cette dernière partie de la pensée n'est énoncée que dans la comparaison allégorique.
15 Pour comprendre la portée de cette image, il faut bien se rappeler la nature de la Palestine. Les sources d'eau vive, limpides, et non intermittentes, sont rares et d'autant plus précieuses. Les citernes dans lesquelles on recueille Teau de pluie, ne sont, à leur défaut, qu'une compensation, bien pauvre et insuffisante. Elles n'ont même aucune valeur, si elles ne sont bien entretenues et solidement recrépies à l'intérieur. Jéhova, la source de tout vrai bien, est donc naturellement comparé à l'eau toujours pure et fraîche qui jaillit du sol (chap. XVII, 13. Ps. XXXVI, 10]; les idoles, au contraire, n'offrant pas même les ressources qu'on croit s'être assurées en les invoquant, sont comme des fosses qui laissent échapper sous terre l'eau qu'on y a dirigée.
16 Le prophète soulève cette question : Comment peut-on expliquer les calamités dont Israël a déjà été frappé, auxquelles il est en butte en ce moment môme, et qui le menacent encore ? La réponse sera que le peuple les a méritées par son infidélité. Or, ces calamités venaient d'invasions étrangères, Jéhova (d'après l'expression consacrée) tendait Israël à ses ennemis. De là, la forme symbolique de la question : Israftl était-il donc un esclave qu'on vend à son gré? n'était-il pas le fils adoptif, ou plutôt l'épouse chérie ?
^'^ L'image des lions est abandonnée pour le tableau fidèle de la réalité.
18 Nof (Memphis) et 'Tahpanhés (Daphné), deux villes célèbres d'Egypte, représentent ici ce pays et sa puissance politique. Les derniers mots de la phrase sont traduits par d'autres : te cassent la tête. Le sens reste le même. Mais la difficulté consiste en ce que nous ne connaissons aucun fait historique qui nous explique cette allusion, si ce n'est les expéditions très-anciennes du temps de Rehabe'am et de Hizqiyah. Serait-ce une simple menace? Et la désignation nominative des Égyptiens ne doit-elle pas paraître étrange, quand les conquérants orientaux, dont Israël souffrait précisément en ces temps-là, sont simplement introduits comme des lions 1 Mais cela suffit-il pour douter de l'intégrité du texte ?
parce que tu as abandonné TÉternel ton Dieu, alors qu'il voulait te diriger dans ton chemin ? Et maintenant, qu'as-tu à faire le voyage d'Egypte pour boire Teau du Nil ? et qu'as-tu à faire le voyage d'Assyrie pour boire l'eau de TEuphrate *® ? C'est ta méchanceté qui te châtie, ce sont tes infidélités qui te punissent : reconnais donc et vois que c'est chose mauvaise et amëre'^ que d'abandonner rÉternel ion Dieu, et de ne point me craindre : c'est le Seigneur qui le dit, laheweh Çebaôt I Oui, depuis longtemps tu as brisé ton joug, tu as rompu tes liens"*; tu disais : je ne veux point servir "M Mais sur chaque colline élevée, sous chaque arbre touffu, tu t'es livrée à la prostitution ! Et moi, je t'avais plantée de vignes exquises, toutes de bonne souche ; comment donc m'as-tu été changée en ceps d'une vigne bâtarde"'? Quand même tu te laverais avec de la potasse et que tu usasses force savon, ton péché resterait sale à mes yeux, parole du Seigneur rÉternel I Comment peux-tu dire : je ne me suis point souillée, je n'ai point couru après les idoles? — Vois tes courses dans la vallée"^, regarde ce que tu y as fait, chamelle
19 Boire Teau du Nil et de l'fiuphrate, veut dire ici chercher du secours^ tin appui politique en Egypte ou à Bahylone. LHmage est au fond la môme que ci-dessus v. 13. Le prophète veut dire : à quoi les étrangers peuvent-ils vous servir, puisque vous êtes vous-mêmes la cause de votre ruine ? L'Assyrie est nommée peut-être par habitude plutôt que par un motif historique, car Tempire de ce nom n'existait probablement plus. Mais au point de vue des chances politiques^ c'était toujours la même chose.
^^ En hébreu, on dit amer pour ce qui contient dupoûon ; ce terme indique donc en même temps la qualité et l'effet.
^^ Israël est comparé à un animal rétif, par ex. à un taureau ou à une vache (ckap. XXXI, l8. Os. IV, 16J. La traduction vulgaire, qui fait dire au prophète : fai hriié ton joug^ par allusion à l'époque mosaïque, est tout à fait hors de propos.
2* Double sens. Le mot servir rentre dans l'image qui précède, et l'explique en même temps comme terme consacré pour l'obéissance religieuse. Cette transition épigrammatique est encore accusée dans notre traduction par la particule mais qui suit. Tu as refusé de servir (le vrai Dieu), mais tu t'es hêté de servir les idoles. Car c'est an culte idolâtre que font aUusion les métaphores bien connues de la ligne suivante et qull ne faut pas prendre à la lettre. Les autels cananéens se trouvaient de préférence sur les hauteurs, ou sous l'ombre de quelque vieil arbre.
^ Nouvelle allégorie. Israël est un vignoble, un verger planté par Jéhova (Ésaîe V. Psaume LXXX) ; il n'y a mis dans l'origine que des plants d'une qualité bonne et excellente. Il est en droit de s'étonner de ce que les fruits qu'il y trouve ne répondent pas à ses espérances.
^ Il est évidemment question d'une vallée déterminée, et par d'autres passages [chap. VII, 31 ; XXXII, 35] nous voyons qu'il s'agit de celle qui s'étendait de l'ouest au sud de Jérusalem (Hinndm), où se célébrait, avant la réforme de los'iyah, le culte du Dieu Moloch. Les courses, le chemin, c'est la conduite, la manière d'agir. Nous avons choisi ce mot à cause de la métaphore qui suit.
A. T. 2« part. — I. 28
434 JÉREMIB II, 24-âO.
légère et vagaDonde " ! Pareille à Tonagre^ Thabitaé de la steppe, elle aspire Tair ^* dans l'ardeur de ses désirs : qui est-ce qui calmera ses feux? Ceux qui la recherchent la trouvent sans peine dans sa saison^''. Épargne à tes pieds la nudité et à ton gosier Tenrouement '* 1 Mais tu dis : C'est en vain " I Non 1 Moi j'aime les étrangers, et c'est après eux que je courrai I Comme le voleur est confus quand il est attrapé, ainsi est confondue la maison d'Israël '^ : eux, leurs rois, leurs chefs, leurs prêtres et leurs prophètes ; eux qui disent à un morceau de bois : Tu es mon père I et à la pierre : Tu m'as enfanté 1 Oui, ils m'ont tourné le dos au lieu de regarder à moi^ et puis, au moment de la détresse, ils disent : Allons, sauvenous I Mais où sont donc tes dieux que tu t'es faits ? Qu'ils se lèvent, s'ils peuvent te sauver au moment de ta détresse 1 Car tes dieux^ 0 Juda 1 sont aussi nombreux que tes villes. Pourquoi disputezvous contre moi ^' ? Vous tous, vous m'avez manqué de foi^ parole de l'Éternel 1 C'est en vain que j'ai frappé vos fils '' : on n'a point voulu entendre raison I Pareil à un lion dévastateur, votre glaive a
&5 C'est à dessein que le prophète compare Israël à un animal étranger à réconomie domestique de la Palestine. Le chameau du désert, quoique ayant un maitre, se donne plus de liberté dans ses mouvements. Le Tagabondage représente ici rinconstance religieuse ; dans les lignes suivantes, la tendance au polythéisme est dépeinte plus fortement encore sous l'image des appétits sexuels de l'animal. Les expressions de l'original sont en partie d'une crudité que la traduction a dû effacer.
S6 Pour avoir le flair, le vent du mftle.
^^ Litt.: dans so» mois, allusion aux instincts de l'animal. La comparaison porte, non point sur ce que les tendances polythéistes d'Israël seraient limitées à certaines époques de l'année, mais sur ce que les faux dieux n'ont pas besoin de rechercher ce peuple [comme Jéhova le fait sans réussir), mais qu'il s'offre à eux spontanément.
2^ Exhortation ironique qui revient à dire : cesse de courir après tes faux dieux ! Comme on s'approchait nu-pieds de tout lieu saint, cette première phrase à elle seule, et en dehors du contexte, n'implique pas l'idée de lïdol&trie. La seconde est plus directe, car il est évident qu'en implorant le secours de Ba'al, on risque de s'enrouer à force de crier, sans atteindre son but.
^0 Israël ne veut pas écouter les exhortations que Jéhova lui adresse par l'organe des prophètes. Les étrangers sont les faux dieux, appelés ainsi par opposition au Dieu national j mais le terme contient en même temps une allusion aux rapports coojugaui ; Jéhova est l'époux légitime d'Israël.
SO En s 'apercevant, mais trop tard, que les faux dieux sont impuissants à la protéger. Dans la phrase suivante, les titres de père et de mère représentent les actes du culte rendu aux idoles.
B^ Comme si les torts étaient de mon côté, quand il vous arrive malheur.
^'^ Je les ai fait périr dans des guerres désastreuses qui auraient dû dtre on avertissement pour la nation
JÉRÉMIB II, 31-36. 435
déforé les prophètes '' I EngeaDce que vous êtes 1 Considérez donc la parole de rÉternel 1 Ai-je été un désert pour Israël, une terre de ténèbres '^ ? Pourquoi mon peuple dit-il : Nous sommes libres '^, nous ne viendrons plus à toi 1 Une vierge oublie-t-elle sa parure ? une fiancée sa ceinture? Mais mon peuple m'a oublié depuis des jours sans nombre '^ 1 Pourquoi as-tu couru si loin après une intrigue d'amour^'? Aussi bien, ta course a -t- elle abouti aux malheurs ^* I Sur les pans mêmes de tes vêtements oh trouvait le sang des malheureux innocents, que tu n'avais point surpris en brigandage *^. Et après tout cela^ tu dis : Je suis innocente 1 son courroux s'est détourné de moi *^ 1 Vois, je vais te faire ton procès, parce que tu dis : je n'ai point péché I Pourquoi te presses-tu tant pour changer ta route ^' ? Tu seras trompée par l'Egypte comme tu
33 La tradition n'a pas oublié ce dernier fait (Néh. IX, 26. Matth. XXIII, 35 s.) : Les exemples positifs^ dont il est parlé dans l'histoire de TAncien Testament^ remontent à une époipie bien antérieure à Jérémie (1 Rois XVIII; XIX. 2 Ghron. XXIY). La notice contenue dans 2 Rois XXI^ 16, se rapporte à une époque plus rapprochée^ mais elle est bien vague.
3^ Comp. chap. 11^ 6. Jéhova peut-il être comparé à un désert qui ne paie pas même le travail qu'on y fait? N'a-t-il pas^ au contraire^ comhlé son peuple de hénédictions?
3ô Gomme l'animal qui rompt ses liens ; c'est un retour à l'allégorie du y. 23 s.
^^ Jéhova aurait dû être à Israël ce que la parure est à la jeune fille, à la fiancée : an sujet de joie, un trésor à garder soigneusement, sa gloire et son honneur (y. 11).
^"^ Litt.: pourquoi as-tu fait un si hon chemin? — En comparant le verset parallèle T. 36| on voit clairement que Vintrigue, dont il est question ici par forme d'aUégorie, c*est l'alliance avec l'étranger.
^ Litt.: tu as fait apprendre à tes chemins les malheurs^ — c'est-à-dire^ voilà, à TTÛ dire, ce que tu as rencontré dans cette voie, au lieu du plaisir et du profit. — D'tutres traduisent : tu as appris à tes chemins la méchanceté, c'est-à-direi tu t'es accoutumée à mal faire.
'^ Nouvelle allusion aux persécutions des prophètes, qui étaient traités comme des criminels, comme des gens qu'on surprend en flagrant délit d'effraction (Exod. XXII, 1], et dont tout le crime consistait à parler précisément des faits qui font le sujet du présent discours. Du moins le texte reçu dit : mais pour cela méme^ en joignant ces mots à ce qui précède. Nous avons changé la coupe des versets.
^^ Tu oses interpréter en ta faveur le répit momentané que Jéhova t'a accordé, et tu crois pouvoir revenir à tes anciens errements, comme si tout danger était passé et que les menaces des prophètes fussent désormais vaines .
41 Comp. V. 33. De même que naguère on recherchait l'alliance de l'Assyrie, aujourd'hui on brigue celle de TÉgypte. Nous ne coanaissons ces diverses relations que d'une manière générale et assez imparfaite.
436 JÉRÉMIE II, 37. m, 1-4.
as été trompée par l'Assyrie **. De là aussi ta reviendras, les mains sur la tète ^% car rÉtemel a rejeté ceux en qui tu mets ta confiance, et tu ne gagneras rien avec eux.