VI
Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et voyez, cherchez dans ses places publiques * I Si vous trouvez un homme, s'il y en a un seul qui fasse le bien et recherche la droiture, je ferai grâce! Mais tout en disant: Vive l'Éternel I ils jurent pour mentir'. 0 Éternel, tes yeux regardent à la droiture*! Tu les as frappés, et ils sont restés insensibles; tu les as ruinés, et ils ont refusé de se laisser instruire; leur face est devenue plus dure que le roc' et ils refusent de se convertir. Et moi je disais : Ce ne sont que les gens du
'0 Les femmes mettaient un fard noir composé de substances métalliques sur le bord des paupières, de manière que celles-ci restaient grandement ouvertes dès que le fard devenait raide et sec. Cela donnait de l'éclat aux yeux. L'usage existe encore aujourd'hui en Orient.
2^ Comp. chap. II, 24. Ce sont les étrangers dont Jérusalem avait adopté le culte et préféré la faveur à celle de son propre mari Jéhova.
^^ La comparaison d'une grande angoisse avec les douleurs de Tenfantemeot est assez fréquente chez les prophètes, et d'autant plus naturelle que les villes et les nations' sont en même temps représentées comme des femmes.
23 Jérusalem^ ou ce qxii revient au m6me, su population personnifiée, est aux abois; la menace du prophète se réalise déjà (dans sa peinture de l'avenir). Iln'japlas moyen d'échapper, on entend ses dernières paroles de désespoir^ et Von voit la main de l'ennemi la frapper au cœur. Litt.: iMon &me est défaillante aux (pour les, derast les} meurtriers. >
1 Nouvelle apostrophe menaçante. Le prophète énumère les griefs de Jéhova et annonce l'invasion et la déportation^ en réservant le pardon au petit nombre.
' Où l'on rencontre le plus de monde. — L'expression est sans doute hyperbofique, mais elle doit faire ressortir l'ascendant du mal et la rareté des exceptions.
3 Exemple de la dépravation universelle. Ceux-là même qui confessent encore Jéhova, par ex. dans leurs serments, le renient de fait par le parjure. D'autres jurent même par les fauiL dieux, v. 7
^ C'est-à-dire, tes jugements se règlent sur le mérite. Dana le passé ils n'ont poini ramené les' pécheurs, c'est un motif de plus de les rendre plus sévères encore.
^ Aucune exhortation, aucune menace ne fait plus d'impression sur eux.
commun, ils sont inintelligents, parce qu'ils ne connaissent pas la Yoie de VÉternel, la loi de leur Dieu. Je veux aller chez les grands et leur parler : car eux connaissent la voie de TÉternel, la loi de leur Dieu... Mais eux aussi avaient brisé le joug, rompu les liens I C'est pour cela que le lion de la forêt les assaille, le loup des steppes les égorge, la panthère fait le guet autour de leurs villes et quiconque en sort est déchiré*, car leurs péchés sont nombreux et leurs rébellions se sont accumulées. Pourquoi te ferais-je grâce? Tes enfants m'ont abandonné, ils jurent par des dieux qui n'en sont pas. Je les ai fait jurer et ils sont devenus adultères, et courent en foule chez la courtisane'. Ils sont des étalons bien repus et vagabonds*, chacun hennit après la femme de Tautre. Ne dois-je pas demander compte de cela? dit TÉternel, d'un tel peuple ne pas tirer vengeance?
Escaladez leurs murs* et dévastez I (mais ne détruisez pas tout*°I) Arrachez leurs sarments, car ils ne sont pas à rÉterneL Car ils m'ont été infidèles, ceux d'Israël et ceux de Juda, parole de l'Éternel I Ils ont donné le démenti à l'Éternel et ont dit : < Il n'existe pas ! Il ne nous arrivera pas de mail La guerre et la famine^ nous ne les verrons pas! Ces prophètes — ce sera du vent*M Personne ne parle par eux. Que cela leur advienne à eux-mêmes ! >
^ Nous ne pouvons voir dans ces lignes que des images. Les incursions des bêted féroces représentent celles des bédouins du désert et d'autres étrangers, qui profitent de la faiblesse croissante de Juda et portent la terreur et le pillage jusque dans le voisinage des villes.
"* Cette phrase et la suivante sont très-difficiles et le texte même est douteux ; du moins, la ponctuation et les versions montrent que les anciens déjà n'y ont pas vu clair. Ce qui précède paraîtrait recommander le sens que voici : J'ai fait autrefois un pacte avec Israël et j'ai fait jurer ce peuple de Tobserver, mais il m'est devenu infidèle, c^mme une femme adultère^ et il court maintenant après les idoles. Mais celte allégorie du lien conjugal entre Jéhova et Israël est très-fréquente chez les prophètes, et le peuple est toujours représenté comme la femme infidèle, les faux dieux sont des amants ^ jamais des courtisanes. Il faut donc prendre la phrase à la lettre. Au lieu de : je les ai fait jurer, d'autres traduisent: je les ai rassasiés , comblés de biens {sb* — s'b^,
^ Signification incertaine et probahlement intraduisible en langage honnête.
^ D'après le contexte, ce sont les murs d'enceinte des vignobles. Israël est lui-même ce vignoble (chap. II, 21; VI, 9).
^^ Comp. chap. IV, 27. Les sarments seuls doivent être arrachés et non les vignes, cela veut dire les individus, les coupables, l'immense majorité (v. 1], mais non la souche même d'où doit sortir une nouvelle plantation.
^^ Leurs menaces se perdront dans l'air. Ils prétendent bien parler au nom d'un Dieu, car ils disent : Dieu parle, Dieu a dit ; mais c'est illusion et mensonge. Littéralement, et par une tournure on ne peut plus pittoresque, le texte dit : Le // a dit n'est pas en enx.
C'est pourquoi TÉternel, le dieu des astres, tous dit : Puisque vous parlez ainsi, voici, je mets mes paroles dans ta bouche **, comme un feu, et ce peuple sera le bois qu'il dévorerai Voyez, j'amène contre vous un peuple lointain, maison d'Israël I dit l'Eternel. C'est un peuple intarissable^', c'est un peuple ancien*^, un peuple dont tu ne sais pas la langue et que tu n'entends pas quand il parle *^. Son carquois est comme un tombeau ouvert '" ; c'est une armée de héros. Il dévorera ta moisson et ton pain, il dévorera tes fils et tes filles, il dévorera tes moutons et tes bœufs, il dévorera ta vigne et ton figuier; avec son épée il brisera tes villes fortes dans lesquelles tu mets ta confiance. Cependant, même dans ces temps-là, je ne vous exterminerai pas entièrement. Et quand vous direz : A cause de quoi l'Éternel notre Dieu nous a-t-il fait tout cela? — dis leur*^: De même que vous m'avez abandonné , et que vous avez servi dans votre pays des dieux étrangers, de même vous servirez des étrangers dans un pays qui n'est pas le vôtre*"!
VIP.
Proclamez ceci dans la maison de Jacob, publiez-le en Joda et dites : Écoutez ceci, peuple insensé et inintelligent! Vous qui avez des yeux et qui ne voyez point, qui avez des oreilles et qai n'entendez pas I Vous ne voulez pas me craindre, dît l'Éternel, vous ne tremblez pas devant ma face à moi qui ai posé le sable comme
1^ Le discours, dans son ensemble, continue à être adressé à Israël et c'est au fond le prophète qui parle. Mais comme celui-ci ne perd pas de True ce fait, qu'il n'est que Torgane de Jéhova, il se fait ici donner, pour ainsi dire, une instruction nouvelle et spéciale. Il ya sans dire que ce n'est pas la parole de Jérémie qui accomplira le châtiment et qui sera le feu qui dévorera Israël, mais en Tannonçant, elle en assure Texéca- Uon immanquable, Dieu ne pouvant pas mentir (chap. I, 10).
^3 II y a là un adjectif qui désigne ailleurs un courant d'eau non intermittent C'est donc un peuple nombreux, inépuisable. L'idée de continuité dans les générations qui se succèdent est quelquefois exprimée par l'image de la source et du cours d'eau.
14 Qui, par conséquent, a fait ses preuves et doit être aguerri.
1^ Ce fait augmente à la fois la terreur et le danger. Il n'y aura à espérer de sa part ni trêve ni entente.
^0 Qui porte la mort dans son sein.
^"^ Voyez la note sur le v. 14. La question des Israélites châtiés est naturellement supposée à venir; mais dès à présent, pour cette éventualité, le prophète reçoit communication de la réponse à faire.
IB Menace relative à la déportation.
1 Mêmes sujets.
borne à la mer', comme une barrière éternelle qu'elle ne franchira pas? Ses flots s'élancent sans pouvoir l'emporter, ils mugissent et De passent pas outre I Mais ce peuple a le cœur rebelle et revèche ; ils se sont détournés et s'en vont. Ils ne disent point en leurs cœurs : Craignons donc l'Éternel, notre Dieu, qui nous donne la pluie d'autom:ie et de printemps en sa saison', qui nous garde les semaines, termes de la moisson^. Ce sont vos méfaits qui ont dérangé tout cela, ce sont vos péchés qui vous ont privés de ce bien^ Car il se trouve des scélérats parmi mon peuple : ils sont au guet, comme l'oiseleur qui se baisse, ils placent leur pièges pour prendre des hommes^. Comme une cage^ remplie d'oiseaux, ainsi leurs maisons sont remplies de fraude " ; c'est par là qu'ils deviennent grands et riches ; ils sont luisants de graisse ^. Mais ils dépassent toute mesure dans le maP^; ils ne s'intéressent pas à la cause de Torphelin pour qu'elle triomphe, et ne maintiennent pas le droit du pauvre. Ne dois-je pas tenir compte de cela? dit l'Etemel, d'un tel peuple ne pas tirer vengeance ? Des choses odieuses et horribles se passent dans ce pays! Les prophètes prêchent des mensonges, les prêtres gouvernent d'après leur avis, et mon peuple l'aime ainsi. Que ferez-vous à l'issue de tout cela** ?
^ La puissance du créateur se révèle en ce qu'il maîtrise l'océan indomptable, et cela surtout en ce qu'il le fait au moyen d'une barrière en apparence si faible et si légère.
^ En Palestine, les saisons sont très-régulièrement caractérisées, relativement à l'état de l'atmosphère. La saison pluvieuse remplace notre hiver ; les pluies les plus abondantes tombent en octobre et en mars. Leur régularité et leur abondance détermine la fécondité de la terre.
^ Cette même régularité se fait remarquer aussi dans l'autre moitié de l'année ; chaque stade de la vie de la nature a sa place déterminée.
^ Ce doit être là une allusion à une sécheresse exceptionneUe et récente, que le prophète représente conune un châtiment.
^ Dans cette partie du discours, il est principalement question des procédés malhonnêtes ou même violents^ par lesquels certaines gens savent s'emparer du bien d'autrui.
"^ On veut traduire : une trappe, un trébucliet. Mais ces instruments ne prennent jamais qu'un seul animal à la fois^ qu'il faut en retirer pour en prendre un second .
^ C'est-à-dire, de biens obtenus par la fraude.
^ Image de la prospérité matérielle.
^^ Sens douteux. D'autres traduisent : Ils débordent en méchantes paroles.
^^ C'est-à-direj quand tous ces crimes aboutiront enfin à leur effet naturel, à la catastrophe dont on nous a déjà menacés.
Sauvez -TOUS, fils de Benjamin, du milieu de Jérusalem *M Sonnez le clairon à Teqoa'I Élevez un signal à Bêt-Kenn^'I Car no fléau nous menace du côté du nord, une immense ruine. La belle, la voluptueuse fille de Sion, je la fais périr'*. Vers elle vont venir des pâtres avec leurs troupeaux; ils dressent leurs tentes tont autour d'elle et paissent chacun de son côté *^ . c Inaugurez l'attaque I Allons, montons à midi! Hélas I Le jour baisse déjà,
les ombres du soir s'allongent! — Allons, montons cette nuit et détruisons leurs palais '^ I » Car ainsi dit laheweh Çebaôt : Abattez les arbres qui sont là '^ et élevez un rempart contre Jérusalem : c'est ici la ville à punir I Tout entière elle est remplie d'oppression : pareille à la citerne qui conserve son eau fraîche, elle garde fraîche sa méchanceté '" ; il n'y est bruit que de crime et de violence ; je n'y vois jamais que coups et blessures ! Laisse-toi avertir, ô Jérusalem 1 autrement mon âme se détache de toi, et je ferai de toi un désert, un sol inhabité 1
IS Par une brusque transition, le prophète pasde du tableau de la corruption da peuple à la description du châtiaient, qui se présente à son imagination comme appartenant au plus proche avenir et pour ainsi dire au moment actuel. Jérusalem était habitée par une population mixte de Judéens et de Benjaminites. Ces derniers soa nommés de préférence^ sans doute^ parce que Jérémie était leur compatriote.
13 Ces endroits étaient situés à quelques lieues au sud-est de Jérusalem, sur la rouie que devaient prendre les fuyards.
1^ Il n'y a guère moyen de trouver un sens plausible au texte tel que noos le possédons. Cependant il est permis de douter de l'intégrité de ce texte^ que les anciens traduisent tout autrement.
1 & On comprend que c'est encore une image et que les troupeaua sont les bataillons étrangers qui vont dévorer les récolles.
1^ C'est là un tableau d'une grande vivacité. On entend, pour ainsi dire, à Jérusalem même les cris des ennemis et de leurs chefs, qui ont teUement hftte de s'emparer de la viUe> qu'ils ne se donnent pas même de repos à leur arrivée sous les mors. D'abord ils espèrent y être en plein jour, pour monter à l'assaut immédiatonent. Ils n'arrivent que vers le soir, -^ n'importe, ils y emploieront la nuit. Inaugurer l'attaque, c'est accomplir les rites sacrés qui doivent précéder toute entreprise cbancease.
n £t dont la destruction est déjà par elle-même une calamité, parce qu'il y en avait de tout temps fort peu dans les environs. Ici, ils doivent servir aux travaux de siège. Les ennemis avaient pensé d'abord enlever la ville par un coup de main, maintenant il est question de cerner la forteresse par une ligne de circonvaUation, ce qui rend la perspective plus terrible encore. Du reste, cette phrase dit que c'est Jéhova lui-même qui a amené les étrangers et qui dirige leurs mouvements.
IS C'est une ironie, car à l'égard des eaux de la citerne, c'est un avantage et l'on en prend soin. La traduction vulgaire met à la place d'une citerne qui garde l'eau frakht un puits qui la laisu couler. Nous suivons la leçon du texte, qui parle d'une citerne {bâr) et non d'un puits {be^^).
JÉRÉMIB YI, 9-16. 449
Voici ce que dit FÉternel : On ira grappiller sur le reste d'Israël comme sur la vigne ^'; on mettra la main^^ dessus, comme le vigneron sur les sarments. A qui parlerai-je '* ? qui adjurerai-je^ pour qn^on m^écoute? Voyez, leur oreille est incirconcise, de sorte qa'ils ne peuvent être attentifs ; voyez, la parole de TÉternel est pour eux un sujet de méi)ris, ils n'en veulent pas 1 Mais moi, je suis plein de la colère de TÉtemel, je suis las de la contenir '' : Verse-la sur Tenfant de la rue, sur le cercle des jeunes gens tout ensemble''; car tous seront frappés, et le mari et la femme, Thomme mûr comme le vieillard décrépit. Leurs maisons passeront à d'autres, de même que leurs champs et leurs femmes, car j'étendrai '^ ma main contre les habitants de ce pays, parole de rÉternell Car tous, petits ou grands, ils sont avides de gain, tous, le prophète comme le prêtre, pratiquent le mensonge. Ils traitent comme chose légère la maladie mortelle de la fille de mon peuple, en disant : Salut, salut ! tandis qu'il n'y a plus de salut '\ Ils seront confondus pour avoir fait des choses odieuses, mais ils n'ont pas honte, ils ne savent pas rougir; quand je leur demanderai compte, ils seront renversés, dit l'Eternel.
Voici ce que disait l'Éternel : Placez-vous sur les chemins, regardez et demandez les sentiers d'autrefois : où est le chemin du bonheur?
19 Israël avait été vendangé (décimé par l'invasion ennemie et d'autres calamités eacore) antérieurement ; il ne reste plus aujourd'hui debout que le petit royaume de Juda; sa raine à lui ne sera donc plus qu'an grappillage^ en comparaison des événements précédents.
*^ Le texte exprime proprement un impératif: Mets ta main 1 coomie si c'était
UD ordre de Jéhova à l'exécuteur de ses décrets. Nous rayons simplement le suffixe gênant et nous obtenons ainsi un parallélisme plus régulier.
^1 Le prophète se demande à lui-même s'il peut et doit remplir sa mission en face d'uD peuple endurci (non-circoncis, chap. IV^ 4].
^^ Je ne pois me taire plus longtemps et renfermer en moi-même les choses terribles que j'ai à proclamer, bien que Je sache que cela ne profitera à personne.
^3 C'est encore le prophète qui se parle à lui-même. Parle toujours, se dit-il ; aonoDce la grande catastrophe qui doit les frapper sans distinction d'flge et de sexe. La colère de Dieu est comme un liquide qu'on répand sur ceux qui doivent la ressentir. L'enfant joue dans la ru€, les jeunes gens se réunissent en cercle (litt. : sur des divans régnant autour d'une salle} pour leur plaisir.
^ loi, la personnalité du prophète s'identifie encore avec celle de Jéhova.
23 L'image est très-transparente. Ceux auxquels est confié le gouvernement d'Israël, prophètes, prêtres, rois, etc., se préoccupent uniquement de leurs intérêts privés et matériels. Israël est (moralement] malade à mourir, en face de sa ruine. Eux, ils ferment les yeux sur la situation et l'aggravent au lieu de laméliorer. Au lieu de salut, on pourrait traduire tante. En tout cas, la traduction vulgaire (paisp) ne rend pas la pensée de l'auteur.
A. T. 2' part. — I. 29
Marchez-y afin de trouver pour vous un lieu de repos ! Mais ils dirent: Nous n'irons pas'* I Et je plaçais près de vous des sentinelles : — c Écoutez le son de la trompette '^ ! > — Mais ils dirent : Nous n'écouterons pas I Hé bien, nations, écoutez ** I Apprends, chœur des peuples, ce qui leur arrivera ! Écoute , terre 1 Voyez, je vais amener sur ce peuple un malheur, le fruit de ses pensées, parce qu'ils n'ont point été attentifs à mes paroles, et qu'ils ont dédaigné mon enseignement. A quoi me sert l'encens qui vient de S'ebà, le parfum précieux '' d'un pays lointain? Vos holocaustes ne m'agréent pas, et vos sacrifices me déplaisent. C'est pourquoi l'Éternel dit : Voyez, je mets des pierres d'achoppement dans le chemin de ce peuple'®, pour que les pères et les fils s'y heurtent, que l'habitant et son voisin s'y perdent ensemble " I
Ainsi dit l'Éternel: Voyez, un peuple va venir du pays du nord", une grande nation se met en mouvement depuis les extrémités de la terre. Ils tiennent en main l'arc et le javelot ; ils sont cruels et sans pitié ; le bruit qu'ils font, c'est comme la mer qui mugit ; ils sont
^0 L'allégorie da chemin à choisir pour trouver le bonheur est familière à plas d'oo peuple. Jéhova n'a pas laissé Israël sans exhortation et sans direction, il Ta, pour oinsi dire, rendu maître de sa destinée. Si ce peuple s'est égaré, fourvoyé, c est sa propre faute. Les sentiers d* autrefois ne sont pas ceux que les anciens Israélites ont suivis, car les prophètes affirment qu'ils ont toujours été désobéissants ; ce sont les divers sentiers connus depuis longtemps, la route du bien comme celle du mal, ce sont les chemins sur lesquels l'expérience peut donner des renseignements, au sujet desquels on çait donc parfaitement bien à quoi s'en tenir. Personne ne peut donc s'excuser par l'ignorance.
^^ Peu importe de savoir si cette phrase doit être considérée comme une exhortation directe de Jéhova ou comme prononcée par les sentinelles (les prophètes]. Les sentinelles donnent des signaux à l'approche du danger.
SS Puisque eux ne veulent pas écouter mes avertissements, vous, vous devei apprendre ce que je ferai d'eux. Ce sens est clairement indiqué par l'ensemble du discours, mais le texte de la phrase qui va suivre est ininteUigible et probablement fautif. Déji les Septante en expriment un autre tout aussi peu acceptable. Notre traduction est purement conjecturale, et nous n'entendons point la donner comme certaine.
^0 Litt.: Le roseau précieux, la canne précieuse. Il s'agit d'une plante des Indes on du sud de l'Arabie {Aeorus calafitM]f de la racine de laquelle on obtenait une hoile aromatique dont on faisait usage pour la toilette et dans le culte.
30 Je le mets en face d'un péril inévitable et mortel.
81 Père et fils, habitant et voisin, cela veut dire, tout le monde, sans exception. Voyez ci-dessus, v. 1 1 .
82 Nouvelle annonce de l'invasion déjà décrite dans les morceaux préc^ents (chap. IV, 13; V, 15).
montés sur des chevaux, rangés en bataille comme un guerrier ", conti'c toi, fille de Sion I « La rumeur en est arrivée chez nous et les bras nous en sont tombés ; Tangoisse nous a saisis, une douleur pareille à celle de Tenfantement'^.» Ne sors pas aux champs, ne va pas sur la route; Tennemi a une épée, la terreur est partout! Fille de mon peuple, ceins le cilice ! roule-toi dans la cendre ^^ 1 Lamente- toi, comme pour un enfant unique'^, avec des plaintes amëres, car soudain le destructeur fondra sur nous !
Je t'ai placé près de mon peuple ^^ comme essayeur, pour séparer ^^, afiu que tu reconnusses et essayasses leur conduite. Tous ils sont rebelles parmi les rebelles ^^^ colporteurs de calomnies ; ils ne sont qu'airain et fer, ils sont des scélérats. Le soufiQet est brûlé, le plomb est consumé par le feu; c'est en vain qu'on continue la fonte, l'alliage ne se sépare point ^°. On les appellera Argent de rebut — car l'Eternel les met au rebut !
^' A la lettre il j a : rangé (au singulier) comme, un homme pour le combat, et Ton ne voit pas tout de suite sur quoi porte cette comparaison. Probablement c'est le fait nouveau que toute l'armée se compose de cavaliers^ qui préoccupe l'imagination de l'orateur. Des guerriers montés sur des chevaux n'étaient point chose inconnue aux contemporains de Jérémie, mais une ville assiégée par une armée de cavaliers, marchant en rang serré comme un guerrier, ainsi qu'on le voit faire aux guerriers ordinaires, c'était on spectacle effrayant par sa nouveauté.
*^ Ces paroles se placent dans la bouche de la fille de Sion, c'est-à-dire de la population de Jérusalem, et expriment la terreur accablante qui s'emparera d'elle, quand une fois la réalité du danger, sur lequel elle s'obstine à se faire illusion, sera bien constatée. Pour la comparaison, voyez chap. IV, 3l .
^^ Poar un deuil ordinaire, on se contentait de mettre une poignée de cendre sur la tête; tout au plus on s'asseyait à terre à côté du foyer (Job II, 8). C'est donc ici l'expression du désespoir.
3« Comp. Amos VIII, 10.
3'' Jéhova parle au prophète. L'allégorie qui suit est assez fréquente dans les auteurs hébreux. Le fondeur doit séparer le métal précieux du minerai ou de l'alliage, Veua^eur examine l'efTet de cette opération. Dans le sens figuré, le prophète remplit une mission pareille auprès du peuple.
^^ Nous lisons mebaççer (participe de hiççer), dont le radical est employé de diverses manières dans la métallurgie. Le texte vulgaire a mibeçar, forteresse (chap. I, 18}, qui ne donne aucun sens plausible ici.
^^ Expression du superlatif. L'allégorie n'est continuée * que dans les phrases suivantes : ils sont tout fer et airain, sous-entendu : et sans or et argent.
'^^ Le sens de cette allégorie doit être que toutes les peines du prophète sont perdues. Il est comparé à un fondeur qui use ses instruments et les ressources de son art, sans parvenir à obtenir du métal pur. Le texte a déjà été remanié par les auteurs de la vocalisation, il n*estpas absolument transparent.
Parole qni fat adressée à Jérémie de la part de TÉternel en ces termes * :
Place-toi à la porte de la maison de VÉtemeP et proclame là cette parole et dis : Écoutez la parole de rËtemel, vous tous de Juda, qui êtes entrés par ces portes pour vous prosterner devant rÉternel I Voici ce que dit laheweh Çebaôt, le Dieu dMsraël : Amendez votre conduite et vos. actes, et je vous laisserai demeurer en ce lieu-ci. Ne vous fiez pas à ces discours trompeurs qui disent: C'est ici le temple de TÉternel, le temple de rÉternel, le temple de rÉternel M Mais si vous voulez amender votre conduite et vos actes, si vous voulez rendre bonne justice entre les uns et les autres, si vous n'opprimez plus l'étranger, l'orphelin et la veuve, si vous ne versez point du sang innocent en ce lieu, et ne courez point après d'autres dieux, pour votre propre malheur, je vous laisserai demeurer en ce lieu, dans le pays que j'ai donné à vos pères, de siècle en siècle. Mais voyez, vous vous fiez à ces discours trompeurs, qni ne vous profitent point! N'est-ce pas? voler et assassiner, être adultère et parjure, encenser Ba al et courir après des dieux dont vous ne
savez rien ^? Et puis vous venez vous présenter devant moi dans
cette maison à laquelle est attaché mon nom, et vous dites : Nous sommes en sûreté I pour commettre encore les mêmes abominations ^ Est-ce donc, à votre gré, un repaire de scélérats que cette maison à laquelle est attaché mon nom ? Eh bien, moi |aussi je l'ai td,
^ L'inscription fait voir C[ae ce morceau ne se rattache pas intimement au précédent. Le sujet est pourtant le même, mais il contient des éléments nouveaux et se distingue par la grande netteté de ses tableaux.
^ La scène est dans la cour intérieure du temple, le peuple y est entré en traversaLt les cours extérieures, et là, le prophète, placé en avant du temple et de Tautel, harangue la foule pour lui faire comprendre que la dévotion purement rituelle ne suffit pas pour désarmer la colère de Dieu.
3 Ce fait à lui seul ne vous préservera pas. Jéhova n'épargnera pas une popalatioo perverse en faveur d'un temple profané auquel il ne tient plus. Le mot est répété trois fois pour indiquer que certaines gens ne savent que cela et s'en contentent.
4 La forme interrogative de la phrase sert à un but rhétorique ; on peut suppléer l'idée : voilà ce que vous faites, ou voilà ce qui vous plaît. — Les dieux dont vous ne savez rien, sont ceux qui ne vous ont pas donné des preuves de leur existence et de leur puissance.
^ C'est-à-dire : vous croyez pouvoir régler vos comptes périodiquement avec JéboTa, par des démonstrations rituelles, sauf à reprendre ensuite vos anciennes aliures.
jiRÉMIE YII, 12.21. 453
parole de i'ÉterneP! Mais allez donc à ma demeure qui était à S'ilô % où j'avais autrefois établi mon nom^ et voyez ce que j'en ai fait à cause de la méchanceté de mon peuple d'Israël! Or donc, puisque vous commettez tous ces actes, dit rÉteruel, et que je n'ai cessé de vous parler^ sans que vous m'écoutiez, et que vous n'avez pas répondu à mon appel, j'en agirai avec cette maison, à laquelle est attaché mon nom, et dans laquelle vous mettez votre confiance, et avec ce pays que je vous ai donné à vous et vos pères, comme j'en ai agi avec S'ilô, et je vous rejetterai loin de ma face, comme j'ai rejeté vos frères, toute la race d'Éphraïm.
Et toi, n'intercède pas pour ce peuple ; ne profère en leur faveur ni cri plaintif ni requête, et n'insiste pas auprès de moi, car je ne iecouterai point. Ne vois-tu donc pas ce qu'ils font dans les villes de Juda et dans les rues de Jérusalem? Les enfants ramassent du bois, les pères allument le feu, et les femmes pétrissent de la pâte pour faire des gâteaux à la reine des cieux ^, et verser des libations aai dieux étrangers, afin de me causer du chagrin. Est-ce bien à moi qu'ils causent du chagrin, dit l'Éternel, n'est-ce pas plutôt à eux-mêmes, et cela à leur propre confusion? C'est pourquoi voici ce que dit le Seigneur laheweh : Voyez, ma colère et ma fureur va fondre sur ce lieu, sur les hommes et sur les bêtes, sur les arbres de la campagne et sur les fruits de la terre; elle brûlera et ne s'éteindra pas ^^ 1
Voici ce que dit l'Éternel, le Dieu d'Israël : Mettez vos holocaustes
0 Dans la première moitié de cette phrase, on reproche aux Israélites d'avoir fait du temple le quartier-général des scélérats ; dans la seconde moitié, Jéhova accepte le fait et déclare qu'il agira en conséquence.
"^ Le tabernacle ou temple de S'ilÔ, très-célèbre du temps des Juges et tant qu'Éphrabn était à la tête de la oation, avait sans doute complètement disparu du temps de Jérémie. On ne sait ni quand ni comment cela s'est fait ; mais le contexte parait demander que c'ait été par une destruction violente, peut-être contemporaine de la mine de Samarie.
^ Idtt. : en commençant dès le matin. On pourrait aussi traduire : dès les temps les plus anciens. Tout de même l'idée de contmulté n'est pas étrangère à cette phrase. (Voyez plus bas v. 25.)
^ Le refus de Dieu, de se laisser fléchir par des prières que le prophète pourrait être tenté de faire pour écarter le châtiment, est motivé par l'effronterie avec laquelle le culte des faux dieux se pratiquait à Jérusalem en pleine rue et publiquement. Â ce propos, Jérémie cite les usages relatifs à la reÎM des cietupt l'une des principales diyinités sémitiques (l'Astarté des Phéniciens, la Tanaîs des Assyriens, l'Artémis de l'Asie-Mineure}. Comp. surtout chap. XLIV, et en outre Ézéch. VIII.
^^ Le feu sert ici à la peinture allégorique de la ruine dont la Palestine est menacée par l'mvasion étrangère.
454 JÉRÉMIE Vil, 21-28.
avec vos autres sacrifices et mangez-en la chair *M Car je n'ai point parlé à vos pères ni ne leur ai donné des ordres, lorsque je les fis sortir du pays d'Egypte, au sujet des holocaustes et des sacrifices ". Mais voici ce que je leur ai ordonné ; j'ai dit : Écoutez ma voix et je serai votre Dieu et vous serez mon peuple *% et vous marcherez à tous égards dans la voie que je vous prescrirai, afin que vous soyez heureux. Mais ils n'ont pas écouté, ils n'ont pas prêté l'oreille; ils marchèrent selon les penchants, selon l'endurcissement^* de leur mauvais cœur ; ils me tournèrent le dos au lieu de me regarder *\ Depuis le jour où vos pères sont sortis du pays d'Egypte, jusqu'au jour présent, je vous ai envoyé tous mes serviteurs, les prophètes, journellement et incessamment I Mais ils ne m'écoutèrent point, ils ne prêtèrent point l'oreille; ils raidirent le cou'*, ils firent pis que leurs pères ! Et quand toi tu leur diras tout cela, ils ne t'écouteront pas ; quand tu les appelleras, ils ne te répondront pas ! Dis-leur donc : c'est bien là le peuple qui n'a point voulu écouter la voix de l'Eternel, son Dieu, ni accepter d'avertissement": la fidélité a disparu, elle est bannie de leur bouche '* I
1 1 D'après les rites traditionnels, les holocaustes (comme le nom le dit) appartenaleot entièrement à Dieu, les hommes n'en devaient rien manger; tandis que dans les sacrifices ordinaires une petite partie seulement de la victime était brûlée, le reste servait au festin. Notre texte veut donc dire que Jéhova dédaigne les offrandes qu'on lui destine.
1^ Ce passage est à méditer par ceux qui pensent que le Pentateuque, tel que nous le connaissons, a été rédigé par Moïse. La plus grande partie de ce volume ne contient que des prescriptions ritueUes du genre de celles que Jérémie dit ici n'avoir pas été octroyées par Jéhova à Tépoque mosaïque. Le prophète n'a donc jamais vu ni lu ces textes. Nous prouverons ailleurs qu'il ne peut avoir connu, en fait de lois mosaïques, que ce qui forme aujourd'hui la partie principale du Deutéronome (chap. IV, 44 suiv.)
13 Cette idée est fréquemment reproduite par tous les prophètes. EUe se trouve aussi souvent dans le Pentateuque (par ex. Deut. XXVI, 17 ss. ; XXIX, 12].
^^ Ces deux derniers mots, qui gênent la construction dans l'original et qui manquent dans les Septante, sont probahlement une glose destinée à expliquer un terme ailleurs inusité par un autre plus fréquent dans ce livre.
15 Chap. II. 27,
1^ Comme un taureau qui ne veut pas se plier sous le joug.
1 "7 Moi, dit Jéhova, j 'ai fait cette expérience à l'égard de mainte génération de ce peuple; loi, Jérémie, tu la feras à ton tour. N'espère donc rien, n'intercède pas : ils sont mûrs pour le châtiment. Ce sens est très -approprié au contexte. Que le prophète prédise lui< môme son insuccès, c'est très-naturel après ses précédentes observations (comp. Es. VIJ» et bien que tout le verset manque dans les Septante, il nous paraît authentique.
18 dt à plus forte raison de leur cœur. Au commencement de ces discours, Jérémie coustatait que les démonstrations religieuses des Israélites dans le temple de Jéhora n'étaient que de l'hypocrisie sans valeur. Il n^y a pas là de contradiction, mais une appréciation unique formulée de deux manières.
JÉRÉMIE VII, 29-34. VIII, t. 455
Conpe ta belle chevelure " et jette-la I Fais retentir sur les hauteurs tes lamentations I Car rÉternel a rejeté et abandonné la génération objet de son courroux. Car les enfants de Juda ont fait ce que je déteste, dit TÉternel; ils ont placé leurs idoles dans la maison à laquelle est attaché mon nom, pour la profaner; ils ont bâti les hauts-lieux du Tofet*® dans la vallée de Ben-Hinnom^*, pour y brûler leurs fils et leurs filles, chose que je ne leur ai point commandée, et qui n'est pas entrée dans ma pensée. C'est pourquoi, voyez, le temps va venir, dit l'Éternel, où l'on ne parlera plus du Tofet ni de la vallée de Ben-Hinnom, mais où Ton dira la vallée du carnage, et où Ton enterrera les morts au Tofet, faute de place ^*. Et les cadavres de ce peuple deviendront la pâture des oiseaux de proie et des bêtes sauvages, sans que personne les chasse ^^. Et je ferai taire, dans les villes de Juda et dans les rues de Jérosalem, les cris de joie et de réjouissance, la voix de l'époux et de la mariée ^^, car le pays deviendra un désert. En ce temps-là, dit l'Éternel, on retirera de leurs tombes ^^ les ossements des
^^ Litt. : ton diadème, la parure oaturelle de la femme Cette femme est ici Jérusalem, on, si l'on veut, Juda, c'est-à-dire la population infidèle à Jéhova. Raser la tête, était uo signe de deuil.
^0 II s'agit ici en tout cas d'un culte étranger et abominable exercé tout près de Jérusalem, et dans lequel on brûlait des enfants en Tbonneur du dieu Molek (comp. su^ut cbap. XIX). L'origine et la valeur du nom de 'Tofet sont incertaines. Selon les uos, c'est un nom commun signifiant crachat, cbose dégoûtante. Job XVII, 6, et désignerait ici, par voie de dérision ou de polémique, le Dieu lui-même, comme tout à llienre les images ont été appelées des abominations (v. 30}. Selon les autres, ce serait plutdt an terme spécial, un nom propre, qui aurait signifié primitivement : lieu du feu.
*^ C'est la vallée au sud de Jérusalem, dont les eaux se joignent à celles de la vallée orientale (Qidrôn) à l'angle sud-est de la ville. L'origine du nom est douteuse. Gomme on trouve tantôt Ben (le fils de) Ilinnom, tantôt Bené [les fils de) Hinnom; tantôt simplement Hinnôm, les uns y voient un nom de famille, les autres un nom commun qu'ils traduisent par gétnUsementf en rapportant le terme aux immolations d'enfants dont il vient d'être parlé.
22 La menace est double : à la place de quelques enfants, il périra un grand nombre d'hommes, et ce nombre sera tel, que faute de place dans les lieux de sépulture ordinaires, on ensevelira les morts dans un lieu impur. Il y a plus, il y en aura qu'on n'enterrera pas du tout.
28 Le nombre des survivants sera trop petit pour suffire à des devoirs de ce genre.
2^ Toutes les fêtes publiques ou privées, les réjouissances nationales, les cortèges de Doces cesseront, et le silence de la désolation remplacera les cris de Joie.
2^ La conpe des chapitres est très-absurde ici. Les idées et les tableaux se rattachent les uns aux autres de la manière la plus intime. Non-seulement les vivants fieront égorgés et les cadavres resteront sans sépulture, mais les ennemis violeront aussi les tombeaux pour y découvrir des trésors.
456 jéRÉBnE Yin, 2-7.
rois de Juda^ et les ossements de ses chefs, et les ossements des prêtres, et les ossements des prophètes, et les ossements des habitants de Jérusalem, et on les étalera devant le soleil et devant la lune, et devant toute Tarmée des. astres ^^, qu'ils ont aimés, qu'ils ont adorés, après lesquels ils ont couru, qu'ils ont consultés, et devant lesquels ils se sont prosternés : on ne les ramassera plus, on ne les enterrera plus, ils resteront sur le sol pour servir d'engrais 1 La mort paraîtra préférable à la vie à tout le reste survivant de cette méchante race^ dans tous les lieux '^ où je les aurai dispersés, parole de laheweh Çebaôt.
Dis - leur encore : Voici ce que dit TÉtemel : Est-ce que Ton tombe sans se relever? Est-ce qu'on se détourne sans se retourner '^1^ Pourquoi donc ce peuple, Jérusalem *', s'est il détourné par une défection permanente ? Ils persistent dans la mauvaise foi, ils refusent de se convertir. Je faisais attention et j'écoutais '^ : Ils parlent comme ils ne devraient pas'*, nul ne se repent de ses méfaits, de manière à dire: qu'ai-je fait? Tous, ils reviennent à leurs allures comme le cheval qui s'élance au combat'^. Le héron'' pourtant, dans les airs, connaît ses saisons; la tourterelle et l'hirondelle^^ observent l'époque de leur retour, mais mon peuple ne reconnaît
^^ Gomme pour narguer ces prétendus dieux, ou pour leur offrir encore un culte dérisoire au moyen d'objets réputés impurs.
^"^ Le texte hébreu porte : dans tous les îiewf surtitanis ; c'est évidemment une faute du copiste ; un mot de la ligne précédente a été reproduit par inadvertance dans celle-ci. Plusieurs versions anciennes, entre autres les Septante, n'ont point cette faute.
28 Dans la vie commune, quiconque tombe se relève aussitôt ; quand on a fait fausse route, qu'on s*est égaré, on tâche de regagner le bon chemin. Cela est dans la nature des choses : ici, au contraire, ob. il s'agit de choses bien plus importantes, Juda persiste à agir autrement, et persévère dans le mal.
20 Le nom gêne dans cette construction et manque dans les Septante.
80 Comme un homme qui désire apprendre quelque chose d'agréable, de consolant. Mais cet espoir a été trompé, la corruption est générale.
8 À Litt. : ils disent ce qui n'est pas juste.
^2 Au lieu de revenir en arrière (de se repentir), ils prennent toujours la même direction (course, carrière}, ils se précipitent de plus en plus, et avec impétuosité, dans la tourbillon de leurs vices.
83 D'après d'autres, c'est la cigogne. En tout cas, la comparaison porte sur ce que les oiseaux de passage observent les lois qui leur sont imposées, et revietute^t quand le créateur le veut.
34 L'hirondelle est appelée, dans un autre passage (Es. XXXVIII, 14], U eoMftitr piaulant ou sifflant^ et nous Usons de même ici, bien que le texte sépare le substantif et l'adjectif et dise : le coursier et le piaulant, ce qui a engagé quelques traducteurs è mettre : l'hirondelle et la grue.
poiot la règle de rÉterbel. Comment ponvez-vous dire : Nous sommes sages; nous savons bien Pinstruction de rÈteruell Certes, c'est pour TOUS tromper qu'a travaillé le style mensonger des scribes '^I Ils seront confondus, ces sages! ils seront consternés et saisis ^^! Voyez, ils ont dédaigné la parole de rÉternel; quelle sagesse est la leur^^'/ C'est pourquoi ^* je livrerai leurs femmes aux étrangers, leur champs ani conquérants ; car tous, petits et grands, ils sont avides de gain ; tons, le prophète comme le prêtre, pratiquent le mensonge. Ils traitent comme chose légère la maladie mortelle de la fille de mon peuple, en disant : Salut ! salut I tandis qu'il n'y a plus de salut. Ils seront confondus pour avoir fait des choses odieuses; mais ils n'ont pas honte^ ils ne savent pas rougir ; c'est pourquoi ils tomberont avec les autres; quand on leur fera rendre compte, ils seront renversés, dit rÉternel. Oui, je les exterminerai^ parole de TEternel I Point de raisins à la vigne, point de figues au figuier, et le feuillage flétri " 1 Aussi les livrerai-je à qui les attaquera *° I
c Pourquoi restons-nous ici^*? Allons ensemble dans nos villes fortes pour y périr ! Car l'Éternel notre Dieu nous a voués à la mort, et nous fait boire la coupe empoisonnée^', parce que nous avons péché contre l'Étemel. > — Un attendait le salut,... plus de bonheur I le moment de la guérison.... et voici la terreur 1 Depuis Dan^^ on
^^ Ordinairement on fait dire ici aux contemporains de Jérémîe : nous n'avons pas besoin de tes discours, nons ayons la Loi écrite de Jéhova. Cette interprétation est inadmissible, parce que, aux yeux du prophète^ cette loi et ses propres instructions ne poavaient pas être opposées Tune aux autres, et il ne pouvait pas dire de cette loi <p*elle a été écrite pour tromper le peuple. Le contexte exige qu'on interprète la phrase comme parlant de prescriptions rituelles, formulées par des rédacteurs plus ou moins autorisés^ et par l'accomplissement desquelles les Israélites croyaient satisfaire à toutes les exigences de Jéhova. C'est là précisément ce que Jérémie appelle une fausse sagesse. Gomp. chap. YII, 22 ss.
'G Expressions en partie figurées pour annoncer la perte finale.
^"^ Litt. : Sagêue de quoi ont-ils 9 Où puiseront-ils un savoir qui puisse les sauver, après avoir dédaigné le seul moyen d'assurer leur salut?
'^ Les lignes qui suivent reproduisent les pensées et en partie les phrases textuelles da chap. YI, 12 soiv.
39 Image de la stérilité morale. Les fruits de la justice manquent, l'arbre est desséché, il n'y a plus qu'à le couper, à le Jeter au feu.
^0 Litt. : Je leur donnerai qui les attaqueront (ou qui leur passeront sur le corps).
^^ Paroles des Judéens à l'approche de l'ennemi. Pourquoi nous livrer sans essayer un dernier moyen de salut? Sans doute il y a peu d'espoir, nous périrons probablement tout de même, mais au moins nous périrons ensemble et les armes à la main.
4* Le châtiment est représenté comme un breuvage mortel que le pécheur est condamné à boire.
^9 Sur l'extrême frontière du nord.
entend ronfler leurs chevaux; du bruit des hennissements de leurs coursiers la terre temble; ils viennent, ils dévorent le pays et ses biens, les villes et leurs habitants. Voyez, je lance contre vous des vipères, des serpents, contre lesquels il n'y a pas de charme qui tienne^*, et qui vous mordront, parole de TEternel!
IX*
[Où trouver '] la sérénité dans ma douleur? Mon cœur est oppressé et languit. J'entends la voix plaintive de la fille de mon peuple^ dn fond d'une terre lointaine': c L'Éternel n'est- il plus dans Sion? Son roi n'y réside-t-il plus ?» — Pourquoi m'ont-ils irrité par leurs idoles, ces vanités étrangères? — «La moisson est passée, la vendange est achevée, et nous ne sommes point sauvés * I >
Par la plaie mortelle de la fille de mon peuple, je suis brisé ; je suis en deuil, saisi de consternation. N'y a-t-il plus de baume en G'ile'ad^? N'y a-t-il plus de médecin là? Mais pourquoi ne fait-on point de pansement à la fille de mon peuple ? Âh, que ma tète n'est- elle un bassin d'eau, mon œil une fontaine de larmes ! Nuit et jour je pleurerais les morts de mon peuple 1 Âh, que n'ai-je au désert un khan* des voyageurs, pour que je puisse abandonner mon peuple et aller loin d'eux ; car ils sont tous adultères^, une bande d'infidèles, ils bandent leur langue, comme un arc, pour le mensonge', et ce n'est point d'après le vrai droit qu'ils gouvernent le
'^^ On connaît Tart des Orientaux d'enchanter les serpents, c'est-à-dire de les assoupir. L'image est suffisamment transparente.
1 Le morceau qui suit se distingue par la profonde tristesse qui y est exprimée.
S Ces deux mots^ étrangers au texte^ ont été ajoutés pour trouver un sens plausible à celui-ci. Il parait tronqué et défectueux^ et déjà les anciens ne le comprenaient plus.
3 On sonore ici naturellement à l'exil. Cependant, cela n'est pas absolument nécessaire. Il pourrait aussi dtre question des Israélites de la frontière ou en général des districts de la campagne, qui attendaient en vain le secours de Jéhova, et qui ne songeaient pas que les maux dont ils se plaignaient étaient bien mérités. Aussi le propbète insère- t-il, d'une manière toute dramatique, la réponse de Dieu.
^ Comp. 111, 8 ; V, 24 s. Il est ici moins question d'une invasion, que d'une calamité naturelle. Les récoltes ont été pauvres et insuffisantes.
^ Le baume de G'iléad était une résine célèbre employée dans la médecine et formant un objet de commerce (Gen. XXXVII, 25. Éz. XXVII, 17).
0 Nous prenons le mot usité aujourd'bui en Orient pour désigner une chose inconnue en Burope. Ce n'est ni une cabane ni une hôtellerie, mais un édifice, vide et inhabité, dans lequel les voyageurs peuvent s'abriter, eux et leurs montures, en traversant le désert.
'^ Pour la métaphore et son vrai sens, voy. II, 20; III, 8 s., etc.
B A la lettre : Ils bandent leur langue (qui est} leur arc de mensonge.
pays : mais ils passent de méfait* en méfait, et quant à moi, ils ne me connaissent plus I dit TÉternel.
Mettez-vous en garde^ chacun contre son ami^ et ne tous fiez pas a votre frère • I car chaque frërc se plaît à tromper, et chaque ami va calomniant. L'un dupe Tautre, nul ne dit la vérité, ils ont accou* tnmé leur langue à mentir, et ils se mettent en peine pour faire le mal. Tu demeures *^ au sein de la mauvaise foi ; c'est par mauvaise foi qu'ils refusent de me connaître; dit rÉternel.
C'est pourquoi voici ce que dit lahev^eh Çebaôt : Je vais les mettre au creuset pour les éprouver ** : ah I comme je vais faire en vue de la méchanceté ^^ de mon peuple! Leur langue est un dard meurtrier^'; elle ne profère que la fausseté : de la bouche on salue le prochain, et au fond du cœur on lui dresse des embûches. Ne dois-je pas leur en demander compte ? dit TÉternel ; d'un tel peuple ne pas tirer vengeance ** ?
Sur les montagnes je pleurerai, je ferai entendre mes lamentations et ma complainte sur les pâturages de la lande, car ils sont déserts ** et personne n'y passe plus. On n'y entend plus la voix du tron« peau, et les oiseaux du ciel et les bêtes sauvages, tout a fui, tout a disparu. Je ferai de Jérusalem un monceau de pierres, un repaire de chacals^ et des villes de Juda je ferai un désert sans habitants.
Quel est Thomme intelligent qui puisse comprendre cela ? Â qui la bouche de l'Éternel a -t- elle parlé, pour qu'il le proclame'^? Pourquoi ce pays a-t-il péri ? Pourquoi est-il brûlé, comme le désert où personne ne passe ? Et l'Éternel dit : C'est parce qu'ils ont négligé la règle que je leur avais proposée, qu'ils n'ont pas écouté ma voix et ne l'ont pas suivie, mais qu'ils ont suivi leurs sentiments
^ Le prophète ne pouvait mieux peindra la corruption générale que par ces avertissemento, qui tiennent à là fois de l'ironie et du blftme direct. On pourrait être tenté de supposer quil parle d'expérience personnelle.
10 Jéhova s'adrese au prophète, comme pour mieux l'orienter dans la position qu'il vient de décrire.
1 1 Le creu^t, employé pour la purification des métaux^ est une image fayorite des prophètes pour désigner les calamités par lesquelles Israël deyail être chfttié et purifié.
^^ Ce mot est emprunté aux Septante. Il manque au texte hébreu.
1^ Ou acéré, d'après une autre leçon.