‹ La Bible (volume 2)Chapitre 39 sur 93 · Répétition textuelle de chap. V · texte numérisé non relu

Répétition textuelle de chap. V

1^ Litt. : brûlés, desséchés, arides, peut-être faute de pluie (VIII, 20; III. 3, etc.).

1^ Ces questions, si faciles à résoudre, servent à l'effet rhétorique que l'auteur veut produire. Il affecte d'ignorer les causes de la situation déplorable qu'il vient de décrire et invite le peuple à en rendre compte. La réponse cependant est mise dans la bouche de Dieu même, la bouche du peuple restant muette, soit par suite de son obstination , 6oit par l'effet de sa mauvaise conscience.

460 JÉBÈUIE IX, 14-21.

opiniâtres et les faux dieuz^ comme leurs pères le leur ont appris. C'est pourquoi voici ce que dit laheweh Çebaôt, le Dieu d'I^ël : Voyez^ je vais leur faire manger de Tabsinthe, à ces gens-là^ et je leur ferai boire un breuvage empoisonnée^. Et je les disperserai parmi les nations qu'ils n'ont point connues, ni eux ni leurs pères *^ ; et je lancerai après eux Tépée jusqu'à ce que je les aie exterminés *°.

Ainsi dit l'Eternel: Faites attention I Appelez les pleureuses '^ pour qu'elles viennent, envoyez vers les plus habiles, pour qu'elles viennent en toute hâte entonner sur nous leur complainte, pour que nos yeux fondent en larmes et que nos paupières ruissellent de pleurs I Car de Sion on entend des cris de lamentation : c Comme nous sommes désolés, couverts d'opprobre : cous quittons la patrie, car on a abattu nos demeures I > Oui, écoutez, femmes '*, la parole de l'Éternel I Que votre oreille saisisse la parole de sa bouche ! Apprenez des complaintes à vos filles, chacune à sa compagne un chant de deuil 1 Car la mort monte par nos fenêtres, elle pénètre dans nos palais ''', frappant Tenfant de la rue, les jeunes gens de la place publique '*. Dis - leur : Voici la parole de l'Étemel : Les cadavres des hommes tomberont comme l'engrais sur le sol des champs, comme les javelles après le moissonneur, et personne ne les ramasse !

^"7 Poison et amertume sont partout^ dans le langage populaire, des notions et des termes synonymes. L'un comme l'autre sert à désigner le malheur, et tout ce qu'il y a de plus antipathique à l'instinct de l'homme. L'absinthe est une substance végétale trës-amère dont personne ne songe à se nourrir. Comp. Âmos VI^ 12.

18 L'éloignement forcé de chez soi est toujours chose triste et désagréable; et le sentiment de déplaisir qu'il cause est en raison directe de la distance, parce que les moyens et les espérances du retour diminuent dans la même proportion.

19 Ailleurs (IV, 27 ; V> 18} la menace était moins terrible.

20 On connaît l'usage des anciens de rehausser l'éclat des cérémonies de deuil au moyen de démonstrations faites par des personnes (surtout des femmes} engagées et payées exprès. On voit par notre passage que ces femmes chantaient des cantiques lugubres, et qu'elles pouvaient être, à cet égard, plus ou moins savantes.

SI Ce qui précédait tenait de l'allégorie et de la rhétorique. Ici, le prophète s'adresse en termes propres à ses contemporains et leur dit que ce qu'elles auraient de mieux à faire, c'est d'apprendre toutes ce métier de pleureuses. Elles vont avoir l'occasion de l'exercer.

82 Les fendtres en Orient sont petites et bien élevées au-dessus du sol ; les portes sont censées bien fermées et gardées (c'est à dessein que l'auteur parle de palais} ; tout de même la mort y trouve accès, sous n'importe quelle forme.

23 ^OQ pas: dan* la rue, sur la place; car, pour cela, la mort n'aurait pas besoin d'entrer dans les maisons. L'auteur veut dire que la mort fera dans les familles des ravages tels, que les rues et les places resteront désertes.

jéRÉMIE IX, 22-25. X, 1,2. 461

Voîcî ce que dit rÉternel *♦ : Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse I Que le fort ne se glorifie pas de sa force I Que le riche ne se glorifie pas de sa richesse '^ 1 Mais voici co' dont doit se glorifier celui qui cherche la gloire : c^est d'être intelligent et de me connsdtre^ moi, TÉternel, qui exerce la grâce^ le droit et la justice sur la terre ; car c^est à cela que je prends plaisir, parole de lîternel.

Voyez, il viendra deà jours, dit TÉternel, où je demanderai compte à tous les circoncis à prépuce'* : à TEgypte et à Juda, et à Édom, et aux enfants de 'Âmmôn et à Moab, et à tous les habitants du désert qui se rasent les tempes '^ ; car tous ces peuples sont incirconcis et toute la maison d'Israël est incirconcise au cœur.

Écoutez la parole que FÉternel vous fait annoncer, maison d'Israël.! Voici ce que dit rÉternel : Ne vous habituez pas à la voie des païens ',

^ Péroraison dans laquelle le prophète, se plaçant an point de vue de ractualité, retient à la simple remontrance.

25 Jérémie avait affaire à une population qui se croyait toujours assez riche et paissante^ assez bien préparée pour la résistance à main armée, assez fine en politique pour n'avoir pas à craindre les mauvaises chances dont il la menaçait. C'est à de tels sentiments qu'il oppose le principe qu'il n'y a qu'une seule politiqu.e qui soit la bonne, une seule force qui donne la sécurité, c'est de se pénétrer de la volonté de Dieu et de s'attirer la protection efQcace de celui-ci en lui obéissant.

^ Ces deux mots sont très-obscurs et Jettent leur ombre sur ce qui suit. Il est seulement clair que l'auteur joue sur la notion de la circoncision (IV, 4), et qu'il arrive ainsi à déclarer que les Israélites se placent, au gré de Dieu, sur la mdme ligne que les païens, la circoncision de la seule chair ne pouvant pas leur donner un privilège de pureté (Rom. II, 28). Nous avons aussi lieu de penser que les peuples nommés ici ne pratiquaient pas la circoncision, et par conséquent que les mots : tous Us peuples, dans la dernière ligne, ne font que résumer la nomenclature précédente. Mais il reste la double difficulté, que Juda est nommé au milieu des incirconcis (dans le sens physique), et puis, qu'on ne sait ce que doit être un circoncis à prépuce, à moins que ce ne soit précisément quelqu'un qui se borne au rite extérieur et ne purifie pas son cœur. Mais si c'est là le sens de cette phrase (et aucune autre des traductions essayées ne nous paraît acceptable), alors elle ne s'applique pas aux autres nations, à moins qu'on n'admette tout à fait gratuitement, et par pure hypothèse, que la circoncision se pratiquait aussi chez les autres peuples nommés dans le texte.

^"^ La coutume de raser les cheveux aux tempes, commune, à ce qu'il pardt, aux Arabes, était proscrite chez les Israélites (Lév. XIX, 27). Jérémie en parle donc ici comme d'un second signe de paganisme.

^ Le vrai Dieu et les faux dieux.

2 Nous nous permettons d'employer ce mot d'origine plus moderne, parce que le vrai sens du texte ne saurait être mieux rendu.

et De vous laissez pas effrayer par les signes du ciel ' ; ce sont les païens qui en ont peur. Car les rites ^ de ces peuples sont vains : c'est* du bois qu'on coupe dans la forêt, Tœuvre de la main du sculpteur avec son couteau; d'or et d'argent il la décore, au moyen de clous et de marteaux il la fixe, pour qu'elle tienne ferme. C'est comme le poteau planté dans un champ de melons ' : cela ne parle pas, il faut le porter, parce que cela ne peut pas faire un pas. Ne les craignez pas — ils ne peuvent pas faire de mal ; même de faire le bien n'est pas en leur pouvoir.

D'où viendrait ton égal, ô Éternel I Tu es grand, et grand est ton nom en puissance. Qui ne te craindrait pas^ Roi des nations? C'est à toi que cela revient, car parmi tous les sages des nations, et dans tous leurs empires, d'où viendrait ton égaP? Tous ensemble ils sont stupides et insensés'': vaine doctrine! ce n'est que du bois'; ce sont des plaques d'argent apportées de Tars'is', de l'or d'Oufaz', c'est l'œuvre du sculpteur et des mains de l'orfèvre; on l'affuble de pourpre et de cramoisi : tout est l'œuvre des artistes. C'est laheweh qui est le vrai dieu, le dieu vivant, le roi éternel : quand il s'irrite, la terre tremble, et les nations ne supportent pas sa colère *^. C'est

8 Comme les éclipses et d'autres phénomènes célestes sont plus d'une fois présentés par les prophètes comme signes précurseurs du Jugement (JoAl III, 3, etc.), la crainte qu'ils peuvent inspirer n'est pas le signe distinct! f des païens. Il faudra plutôt songn* aux étoiles m6mes, considérées conmie des divinités.

4 Le culte, la religion. Ce qui suit est une description ironique de la fabrication des idoles. Comp. Es. XL, 19 saiv. XLIV, 12 suiv.

5 Et servant d'épou vantail pour les animaux. Le sens est déterminé par as. I, 8. Nos traductions ordinaires ont ici tout autre chose.

^ Ni parmi les hommes, fussent-ils les plus sages, ni parmi les dieux révérés dans tous les empires du monde, il n'y a d'égal à Jéhova.

'^ Le sujet de cette phrase, ce sont les païens, dont la stupidité, qui se montre en ce qu'ils adorent des dieux de bois, est mise en opposition avec leur prétendue sagesse.

tt Malgré la brièveté de ces exclamations, on voit que l'auteur veut prononcer un jugement sommaire sur les religions païennes. Toute .religion veut être un enseignement, une doctrine, une éducation (car c'est là le sens propre du mot: ditcifUna). Quel enseignement que celui qui s'appuie sur un dieu fait d'un morceau de bois I

0 II est souvent fait mention d'idoles de bois, recouvertes de plaques de métal précieux. L'argent venait de Tars'Is' (Espagne], l'or de l'Arabie méridionale, ou plutôt des Indes. Oufaz est une localité inconnue ; on a même pensé que ce pourrait être une fausse leçon pour Ofir.

10 Ici tous les manuscrits et toutes les anciennes traductions insèrent les deux lignes suivantes : C'est ainsi qm vous leur direz : Les dieua gui n^ont pas fait le deleiU terre f disparaîtront de la terre et de dessous le cieL Ces lignes, rédigées en idiome chaldalque (babylonien), ne sauraient être qu'une très-ancienne glose marginale, qui interrompt du reste la suite des idées et place au milieu d'un texte tout poétique, une phrase froidement prosaïque.

JÉRÉMIB X, 12-18. 463

loi qui a fait la terre par sa puissance, qui a fondé le monde '* dans sa sagesse, et avec son intelligence a fait la tenture des cieux. Aa bruit des masses d'eau qu'il verse du ciel, quand il fait monter les naages des extrémités de la terre, qu'il fait éclater la foudre avec Taverse, et lance la tempête hors de ses réservoirs *', Thomme est ébahi et privé de raison ^', Torfevre a honte de son idole ; son image de fonte est un mensonge, une chose vaine et inanimée, une œuvre de duperie : quand il leur sera demandé compte^ ils disparaîtront^*. Il n'en est pas ainsi de la part de Jacob ^^: il est le créateur de Tunivers et Israël est sa tribu propre '" ; lahewçh Çebaôt est son nom.

XP.

Ramasse de terre tes bardes, toi qui es assise enserrée I Car voici ce que dit TÉternel : Cette fois-ci, voyez, je jette dehors les habitants de ce pays, et je les étreindrai de façon qu'ils apprennent à trouver^

^ 1 Le mot hébreu ne désigne encore que la terre. L'expression française que nons employons ne change pas le sens, parce qne» au point de vue populaire, la terre, c'est le monde. Les autres parties de l'univers sont accessoires (Gen. I). Dans le mot /biu^sr est contenue l'assertion de l'immobilité, plus positivement encore exprimée par le terme hébreu. La sagesse de Dieu est ici l'intelligence qui lui a permis de faire ce que l'homme ne peut comprendre.

^^ La traduction de ces lignes qui décrivent l'orage, pour faire contraste avec impuissance deii faux dieux, est aussi littérale que possible. Il importait de ne pas l'afiaiblir par une reproduction trop servile.

'3 En face de la grandeur de Dieu, qui se révèle dans les phénomènes de la nature, l'homme ne peut que reconnaître sa faiblesse et sa nullité. Nous convenons cependant que le sens de cette phrase est douteux.

*^ Savoir: les faux dieux, qui, par une fiction rhétorique, sont momentanément considérés comme quelque chose de réel. Jéhova viendra tantôt les passer en revue (sens propre du mot], leur demander compte de ce qu'ils peuvent, et aussitôt ils retomberont dans le néant duquel le caprice des hommes les a fait sortir.

1^ De Jéhova, du Dieu que Jacob reconnaît comme le sien, qui lui appartient en propre, tant que les autres peuples l'ignorent.

*^ Les Septante ont lu : C'est le créateur de l'univers qui est sa propriété (de Jacob). Le parallélisme devient ainsi plus régulier et le sens plus juste. L'auteur ne veut pas dire qu'Israël appartient à Jéhova, mais que le Dieu d'Israël est le créateur de l'univers et non une vaine conception de l'homme. La phrase : Jéhova^ héritage de Jacob ^ pouvait paraître étrange, tandis qu'on était accoutumé à lire : Jaeob^ Vk€ritage de Jéhova,

^ La proximité de la catastrophe.

* La population Israélite assiégée dans Jérusalem est avertie qu'elle ait à se préparer à être déportée. Jéhova la rejette loin de lui, comme une pierre qu'on lance avec la fronde (car c'est là le sens propre du mot) ; les malheurs, le désespoir la serreront

< Malheur à moi, à cause de ma ruine I ma plaie est incurable ! Et moi, j'avais dit : c^est là tout le mal ? — Hé bien, je le supporterai'! Ma tente est abattue, tous les cordages en sont déchirés; mes enfants sont partis et n'y sont plus *. Personne ne dresse plas ma tente, ni n'en monte les toiles. C'est que les bergers^ ont été insensés et n'ont point recherché TÉternel : voilà pourquoi ils n'ont pu prospérer et tout leur troupeau est dispersé ! »

Écoutez' I une rumeur qui vient, un grand tumulte du côté du nord, pour faire des villes de Juda un désert, un repaire de chacals ^.

<Je sais bien*, ô Éternel, que ce n*est pas de l'homme que dépend son sort ; ce n'est pas au mortel qui passe à régler ses pas. Châtie-moi, ô Éternel, mais avec équité, non dans ta colcre, ponr ne pas me réduire à néant. Déverse ta fureur sur les peuples qui ne te connaissent pas, sur les races qui n'invoquent pas ton nom! Car elles ont dévoré Jacob, elles l'ont dévoré et achevé, elles ont ravagé sa demeure I

de près, la feront revenir à d'autres sentiments^ et eUe trouvera.*..; la phrase se termine par une réticence (si tant est qu'elle ne soit pas tronquée] ; il faut snppUer : ce qu'ils n'ont pas cherché Jusqu'ici : leur Dieu. Je ferai cela ceiU foiê^, après les en avoir si souvent menacés. Comp. chap. VIII, 14; IX, 18. Bn changeant les voyelles, on pourrait obtenir le sens : de manière qu'on les atteindra.

3 ijB sens de cette phrase n'est rien moins que clair. Voici celui qu'exprime notre traduction : C'est le peuple qui parle, au moment [prévu par le prophète) où il fecon* naît que cette fbis-ei la chose est sérieuse. Jusque-là, quand on lui avait annoncé les effets de la colère divine^ il avait traité ces avis légèrement. Les embarras momentaoés, les malheurs accidentels avaient été méprisés, on s'en était toujours bien facilement consolé.

4 Jérusalem comme ville est distinguée poétiquement de Jérusalem comme population. Dans le premier sens, elle est une mère qui habitait une tente, laquelle a éié détruite.

^ Les chefs de la nation, le roi et son gouvernement.

^ Tout à l'heure c'était une scène idéale et à venir, celle de la déportation et de ses suites. Maintenant nous revenons au présent, et l'ennemi, qui doit accomplir les décrets de Dieu, est en marche.

'7 Comp. chap. IX^ 10.

8 Les dernières lignes contiennent une supplique, que nous devrons supposer prononcée par le prophète qui s'associe avec compassion au peuple pour implorer le grftce divine par un acte de contrition. Le peuple coupable, à lui tout seul, n aurait pas pu s'exprimer ainsi.

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