XXXII
La parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d*homme ! Parle aux enfants de ton peuple et dis-leur : Lorsque j'amène Tépée contre un pays et que les gens de ce pays prennent on homme d*entre eux et rétablissent comme sentinelle, et que, voyant i'épée arriver dans le pays, il sonne de la trompette et avertit le peaple, et si quelqu'un^ tout en entendant le son de la trompette, ne se laisse pas avertir, et que Tépée vienne Tenlever^ son sang retombe sur sa tête. Il a bien entendu le son de la trompette, mais il ne s'est pas laissé avertir : son sang retombe sur lui. Mais s'il s'est laissé avertir, il aura sauvé sa vie. Mais si la sentinelle, voyant l'épée arriver, ne sonnait point de la trompette, de sorte que le peuple ne fût point averti, et que Tépée vint enlever quelqu'un d'entre eux, celui-ci serait bien enlevé par sa faute^ mais je redemanderais ' son sang à la sentinelle. Or, toi, fils d'homme, je t'établis comme sentinelle à T égard de la maison d'Israël : quand tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : Méchant, tu mourras ! et que tu ne parles pas, afin de détourner le méchant de sa voie, lui, le méchant mourra pour son péché, mais c'est de ta main que je redemanderai son sang. Mais si tu as averti le méchant au sujet de sa voie, il mourra pour son péché, mais toi, tu n'en seras pas responsable^. Or, toi, fils d'homme, dis à la maison d'Israël : Vous ne faites que dire* : «Nos
^ Ici commence la troisième série des discours d'Ézéchiel. La ruine de Juda et de Jérusalem est désormais un fait accompli, et une nouvelle perspective s'ouvre devant l'esprit du prophète. — Le morceau qu'on va lire forme une espèce de prologue ou de préambule destiné à marquer, par la voie de l'allégorie, la nature des devoirs d'un vrai prophète et les limites de sa responsabilité. Si la sentinelle, à l'approche de l'ennemi, ne fait pas son devoir, elle est responsable, mais les autres n'en pfltiront pas moins. Cette comparaison n'est parfaitement Juste que dans l'application qui va en Stre faite au pécheur. Car ici le péché a d'avance mérité le châtiment, et c'est le prophète qui pâtira avec le coupable s'il ne l'avertit pas. Les deux éléments de la comparaison ne correspondent pas exactement.
^ Ce n'est plus le peuple qui demanderait compte à la sentinelle, c'est déjà Dieu qui demande compte au prophète négligent.
^ Reproduction à peu près textuelle du passage III, 17-19.
* litt.: Voilà comme vous parlez, c'est à cela que reviennent vos discours. — Ces discours sont l'expression d'un profond découragement. Les restes du peuple se sentent coupables, et sous le poids d'un châtiment mérité. Ils ont perdu tout espoir de vivre, c'est-à-dire d'une restauration. Le prophète reçoit la mission de leur dire qu'il n'est jamais trop tard pour se repentir et pour rentrer en grâce auprès de Dieu.
104 ézÉCHIEL XXXIII, 10-20.
méfaits et nos péchés uoas accablent; c'est pour eox que nous dépérissons : comment pourrions-nous vivre?» Dis-leur : Par ma vie ! dit le Seigneur, TÉternel, je ne prends certes pas plaisir à la mort da méchant, mais, au contraire, à ce que le méchant se détourne de sa voie, et qu'il vive. Détournez- vous, détournez-vous de vos mauvaises voies ! pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël I Et toi, fils d'homme, dis aux enfants de ton peuple ^ : La justice du juste ne le sauvera pas au jour où il péchera, et la méchanceté du méchant ne le fera pas tomber *, au jour où il se détournera de sa méchanceté, et le juste ne pourra pas vivre pour cela-même ^ au jour de la transgression. Si je dis du juste : Certes, il vivra I et que, se confiant en sa justice, il fasse le mal, il ne sera plus question de tous les actes de justice qu'il aura faits : il mourra à cause de l'iniquité qu'il aura commise. Et si je dis au méchant : Certes, tu mourras I et que, se détournant de son péché, il pratique le droit et la justice, qu'il rende le gage ", restitue la chose dérobée, et marche selon les commandements de la vie, de manière à ne plus faire le mal, certes, il vivra et ne mourra point I II ne sera plus question de tous les péchés qu'il aura commis : il aura pratiqué le droit et la justice — certes, il vivra I Que si les enfants de ton peuple disent : Le procédé du Seigneur n'est pas le bon I c'est leur procédé à eux qui n'est pas le bon. Si le juste revient de sa jastice et fait le mal, c'est qu'il mourra pour cela. Mais si le méchant revient de sa méchanceté, et qu'il pratique le droit et la justice, c'est par là qu'il vivra. Et si vous dites : Le procédé du Seigneur n'est pas le bon ! moi je vous jugerai, chacun selon ses œuvres, maison d'Israël'!
& Ce qui suit a déjà été dit dans un autre ordre d'idées, mais en partie dans les mêmes termes, chap. XVIII, 20 et suiv.
0 Tomber t Juridiquement parlant, c'est être condamné.
'^ Pour cela même qu'il aura été juste jusque-là.
8 Allusion aux procédés vexatoires de l'usurier.
0 Cette dernière phrase contient la réfutation de l'objection faite par le peuple. Juger d'après les œuvres, était le souverain principe de la justice Israélite ; donc le procédé de Jéhova était le bon. Il faut seulement sous-entendre que les dernières œuvres décident de la portée des premières, le juge étant censé avoir devant lui l'homme dans sa condition présente.
ézÉGHiEL xxxni, 21-28. 105
Et la douzième année, le cinquième jour du dixième mois depuis notre déportation, il vint chez moi un homme qui s'était échappé de Jérasalem, et me dit : La ville est prise * ! Or, la main de TÉternel m'avait saisi dès le soir avant Tarrivée du fuyard, et il m'ouvrit la bouche, jusqu'à ce qu'il arrivât chez moi le lendemain; et ma bouche étant ouverte, je ne fus plus muet^.
Et la parole de rÉtemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Les habitants de ces ruines dans la terre d'Israël prétendent dire : «Abraham a été seul et a possédé le pays ; et nous, nous sommes nombreux, c'est à nous que le pays est donné en possession ^.» Dis-leur donc : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Vous mangez du sang, vous levez les yeux vers vos idoles, vous versez du sang, et vous posséderiez le pays*? Vous vous fiez à votre épée, vous commettez des abominations, vous déshonorez la femme de votre prochain, et vous posséderiez le pays ? £h bien, dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, l'Eternel : Par ma vie! ceux qui sont dans ces ruines tomberont par l'épée, et ceux qui sont dans la campagne, je les donnerai aux bêtes pour les dévorer^ et ceux qui sont dans les forts et dans les cavernes, mourront de la peste ^ Et je ferai du pays un désert et une solitude; il sera mis fin à l'orgueil de sa puissance, et les montagnes d'Israël seront désertes, faute de
1 La date a pu paraître erronée à quelques critiquesi parce qu'elle suppose, entre l'événement et Tarrivée delà nouvelle, un intervalle de 18 mois (juillet 588 à janvier 586). Il pourrait y avoir erreur de copiste, les nombres onze et douze ne différant en hébreu que par la présence ou l'absence d'une seule lettre. Mais nous ne savons rien des moyens de communication entre la Palestine et les colonies juives de la Mésopotamie. Ensuite il faut remarquer que le morceau qui suit fait allusion à des circonstances qui ne se sont produites que postérieurement à la catastrophe.
^ Chap. XXIV, 27. — L'auteur veut dire que ce n'est pas l'arrivée du fuyard qui lui ouvrît la bouche ; l'esprit de Dieu prévint ce moment, et dis lors il reprit sa mission auprès d'Israël.
^ Malgré la ruine de la capitale, un parti de Judéens essaya de se maintenir dans le pays, non par des actes de repentir, mais par la violence (Jér. XLI]. C'est d'eux qu'il est sans doute question ici. Mais ce n'est pas le nombre qui fait la force.
4 Dana cette énumération de crimes à punir, il y a quelques redites : abomination et idolâtrie sont synonymes, et le sang versé peut être combiné avec ce qui est dit de l'épée. Pour manger du sang, le texte dit proprement : sur le sang, c'est-à-dire avec, ce qui était une horreur païenne aux yeux de la loi.
^ Cela revient à dire que la totalité périra et que Dieu saura les trouver, quelque part qu'ils cherchent un refuge.