XXV
Et la parole de rËternel me fat adressée en ces termes : Fils d'homme! Dirige tes regards vers Sidôn et prophétise contre elle! Et dis : Vois-tu, c'est à toi que j'en veux, ô Sidôn I Je veux me glorifier au milieu de toi, pour qu'on sache que moi je suis l'Éternel, quand j'en ferai justice, et que je m'y manifesterai comme le Saint. J'y enverrai la peste, j'inonderai ses rues de sang, les morts joncheront son sol, quand l'épée se tournera contre elle de toutes parts, pour qu'on sache que moi je suis l'Eternel I Alors il n'y aura plus pour la maison d'Israël d'épine qui pique et de ronce qui blesse, de la part de tous ses voisins qui la méprisent, pour qu'on sache que moi je suis le Seigneur, rËternel !
Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Quand je recueillerai ceux de la maison d'Israël du milieu des peuples où ils sont dispersés, je me manifesterai comme le Saint aux yeux des nations, et ils demeureront dans leur patrie que j'ai donnée à mon serviteur Jacob : ils y demeureront en sécurité ; ils bâtiront des maisons et planteront des vignes, et demeureront en sécurité, quand j'aurai fait justice de tous ceux qui les méprisent à l'entour, pour qu'on sache que moi je suis le Seigneur, l'Éternel I
XX VP.
La dixième année', le douzième du dixième mois, la parole de rÉtemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Dirige tes regards sur Pharaon, le roi d'Egypte, et prophétise contre lui et
^ Ce dernier morceau, spécialement dirigé contre Sidôn, Tancienne métropole des Phéniciens, plus tard dépassée par sa rivale Tyr, est plus faible de couleur que les précédents. Il se termine par quelques lignes qui forment une espèce d'épilogue k toute la série des oracles précédents.
' Troisième série d'oracles contre l'étranger. C est le tour de l'Egypte, et le nombre de morceaux est de six, qui tous portent en tête une date précise.
2 Du règne de Çideqiyah (chap. XXVI, 1), c'est-à-dire environ six mois avant la prise de Jérusalem.
92 éZÉCHIEL XXIX, 3-11.
contre toute TËgypte, parle et dis : Voici ce que dit le Seigneur laheweh : C'est à toi que j'en veux. Pharaon, roi d'Egypte, grand crocodile', qui te blottis dans tes fleuves et qui dis : mon fleave est à moi, c'est moi qui me le suis fait*! Mais je te mettrai un anneau dans les mâchoires et j'attacherai à tes écailles les poissons de tes fleuves, et je te retirerai au désert, toi avec tous tes poissons attachés à tes écailles, et je te jetterai au désert, toi et tous les poissons de tes fleuves ; là tu resteras étendu sur la plage, tu ne seras ni ramassé ni recueilli^; c'est aux bêtes sauvages et aux oiseaux du ciel que je te donnerai en pâture, pour que tous les habitants de l'Egypte reconnaissent que moi je suis l'Éternel ! Parce que tu n'es qu'un roseau* pour servir d'appui à la maison d'Israël — quand ils te saisissent de la main, tu te casses et leur écharpes le côté, et quand ils s'appuient sur toi, tu te brises et tu leur fais chanceler le corps tout entier — pour cela, voici ce que dit le Seigneur : Vois -tu, j'amène contre toi Tépée, pour exterminer chez toi hommes et bêtes, et le pays d'Egypte deviendra un désert et une solitude, pour qu'on reconnaisse que moi je suis l'Éternel 1 Puisque tu as dit : Le fleuve est à moi, c'est moi qui l'ai fait 1 pour cela, vois-tu, j'en veux à toi et à tes fleuves, et je ferai du pays d'Egypte un désert aride, une solitude depuis Migdol jusqu'à Sewéneh ^, jusqu'aux confins de l'Ethiopie. Le pied de l'homme 0*7 passera point ; il n'y passera pas le pied d'un animal ; elle restera sans habitants quarante ans. Et je ferai de l'Egypte un désert au milieu de pays déserts, et ses villes seront ruinées au milieu de
3 Le crocodile représente très- convenablement la puissance égyptienne, comme le monstre le plus redoutable de ce pays ; les poissons, dont il est question plus loin, sont les habitants. Du reste, il ne faut pas trop presser les détails de Tallégone, qui s'applique tantôt à l'empire entier, tantôt au roi en particulier. Le Nil se divisant en un grand nombre de bras, l'emploi successif du singulier et du pluriel s'explique sans peine.
4 Reproche analogue à celui du chap. XXVIII, 2. C'est l'arrogance païenne qui oe reconnaît pas la puissance 8upr6me.
^ Nous traduisons à la lettre, et l'on peut s'arrêter au sens prochain offert par le contexte. Cependant les Septante déjà y ont vu le refus de sépulture {tiçç^er pour tiçqabec), et la phrase rassembler avec ses pères est bien connue.
ô Les derniers rois de Juda espéraient pouvoir s'affranchir du joug des Chaldéens avec le secours des Égyptiens, mais ils furent toujours trompés par ceux-ci. Le roitsn (le papyrus du Nil] est le symbole de la faiblesse, et mdme de la trahison. La tige, en se cassant, blesse la main qui s'y appuie.
^ Du nord au sud. Sewéneh, Syène, s'est conservé dans le nom d'Assuan, endroit situé à quelque distance de l'ancien emplacement.
éZËCHIEL XXIX, 12-20. 93
villes ruinées, pendant quarante ans *, et je disperserai les Egyptiens parmi les nations et je les disséminerai dans toutes les contrées. Car voici ce que dit le Seigneur laheweh : Au bout de quarante ans, je rassemblerai les Égyptiens d'entre les peuples où ils auront été dispersés, et je restaurerai TËgypte, et je les ramènerai au pays de Patros ^, au pays de leur origine, et ils y formeront un humble royaume. D'entre les royaumes ce sera le plus humble, et il ne s'élèvera plus au-dessus des autres nations, et je les amoindrirai, pour qu'ils ne prétendent plus dominer les peuples. Et ils ne seront plus, pour la maison d'Israël, l'objet d'une confiance, qui me ferait souvenir de leur faute, s'ils s'adressaient encore à eux. C'est pour qu'Us sachent que moi je suis le Seigneur, l'Ëternel.
Et la vingt-septième année*, le premier du premier mois, la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme, Neboukadreççar, le roi de Babel, a fait faire à son armée un rude service contre Tyr; toutes les têtes sont chauves, toutes les épaules pelées; mais ni lui ni son année n'a eu son salaire pour le service qu'il y a fait '. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Vois-tu, je donne à Neboukadreççar, roi de Babel, le pays d'Egypte, pour qu'il en emporte la richesse, et s'empare de son butin^ et pille ce qu'il y a à piller : cela sera le salaire de son armée. Pour prix du service qu'il a fait, je lui donne le pays d'Egypte : car c'est
^ La fixation du nombre exprime l'idée que Jéhova détennine les destinées des nations à son gré, et que la génération actuelle passera avant la restauration.
^ La Thébalde ou haute Egypte.
l C'est-à-dire vingt-six ans après la première déportation. Cela nous conduit à l'an 572 av. J.-C.| à une époque bien postérieure aux autres morceaux datés d'Ëzéchiel.
^ Tout ce que nous savons par les a&ciens historiens, au sujet de la guerre de Neboukadreççar contre les Phéniciens, c'est qu'il assiégea Tyr pendant treize ans. On ne dit rien de la prise de la ville. Le texte semble insinuer que l'entreprise échoua. Pour épargner au prophète le reproche de s'être trompé dans ses prédictions (chap. 26 à 28), on suppose que Tyr tomba entre les mains des Chaldéens, mais que les habitants avaient auparavant mis leurs trésors en sûreté, de sorte que le ^utin fut maigre. De pareilles échappatoires sont ridicules. Tyr a aussi résisté à Alexandre, et existait encore du temps des croisades ; et l'Egypte n'est pas devenue un désert, et Neboukadreççar ne Ta pas conquise, et à la chute des Pharaons il n'est plus devenu un humble royaume, mais une province de l'empire des Perses, qu'Ézéchiel ne connaissait pas encore. Les prophéties doivent et peuvent se légitimer par leur sens idéal ; on a bien tort de les juger d'après les faits concrets de l'histoire. — Les têtes chauves et les épaules pelées représentent un travail dur et fatigant.
94 ézÉCHIEL XXIX, 2i. XXX, 1-9.
pour moi qu'ils ont travaillé^, dit le Seigneur. En ce jour-là, je rendrai la puissance à la maison d'Israël S et à toi j'ouvrirai la bouche au milieu d'eux, pour qu'ils apprennent que moi je sois l'ÉterneP.
Et la parole de l'Étemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme I Prophétise et dis : Voici ce que dit le Seigneur : Lamentezvous I criez hélas ! en vue de ce jour. Car il est proche, le jour, il est proche, le jour de l'Éternel, le jour des sombres nuages, qui doit être le moment suprême pour les nations ^. L'épée va fondre sur l'Egypte, et la terreur sur l'Ethiopie, quand l'Egypte sera jonchée de cadavres, qu'on enlèvera sa richesse, et que ses fondements seront renversés. Éthiopiens, Libyens, Lydiens, et tous les étrangers, et les Nubiens^, et les fils des pays alliés, tomberont avec eux par l'épée.
Voici ce que dit l'Étemel : Ils tomberont, ceux qui ont été les appuis de TËgypte; il sera humilié, l'orgueil de sa puissance: depuis Migdol jusqu'à Sewéneh% ils tomberont par l'épée, parole du Seigneur laheweh! Et ce sera un désert au milieu de pays déserts, et ses villes seront ruinées au milieu de villes ruinées, pour qu'on sache que moi je suis l'Éternel, quand je mettrai le feu à l'Egypte et que tous ses auxiliaires seront écrasés. En ce jour-là, des messagers iront de ma part en bateau porter l'épouvante dans l'insouciante Ethiopie, et la terreur les saisira, comme à la journée de l'Egypte, car la voici qui vient*.
3 La guerre contre Tjr, d'après les chapitres précédents d'Ézéchiel, était bien mie entreprise commandée par Dieu, qui voulait punir les Tyriens. Si leur ville a succombé^ peu importe que le butin ait été riche ou non, la volonté de Jéhova était faite et le roi de Babel était désormais un serviteur inutile. Nulle part ailleursi les prophètes ne parlent d'un salaire dû par Dieu aux instruments de sa vengeance. Tout au contraire^ ces instruments sont punis à leur tour, pour avoir voulu se faire payer trop cher leurs services. Si donc il est ici question d'un salaire, c'est que les circonstances étaient toutes différentes et que Tyr n'avait pas été prise.
^ Litt.: Je lui ferai pousser une corne. La ruine de l'Egypte, de la puissance la plus odieuse aux prophètes, sera le signal de la restauration d'Israël, et alors une nouvelle série de prophéties sera adressée au peuple, réconcilié avec son Dieu.
^ Ce qu'on vient de lire XXIX, i7-2l, forme une espèce d'introduction qui doil motiver les menaces qui vont faire le vrai sujet du discours.
^ Comp. Joël I, 15; II, 2. Soph. I, 7, 14, etc. En frappant l'Egypte, Jébota prononce l'arrêt sur le paganisme en général.
*? Conjecture pour KubietUj qu'offre le texte hébreu, et que les Septante ont omis. Pour le reste, comp. XXVII, 10, et Jér. XXV. 20.
8 Comp. XXIX, 10. 12.
^ La nouvelle de la catastrophe se répandra de proche en proche, en remontant le Nil. Le reste de la phrase est un peu obscur, mais l'auteur a sans doute voulu dire qu'une journée comme celle de l'Egypte attend aussi l'Ethiopie.
Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : Je vais mettre fin à ce train *^ de TËgypte par la main de Neboukadreççar, du roi de Babel. Lai et son armée avec lui, les peuples les plus barbares, seront amenés pour ravager le pays ; ils tireront Tépée contre TÉgypte, et joncheront le sol de cadavres. Et je mettrai ses fleuves à sec, et je livrerai le pays à des hommes méchants, et je le dévasterai avec tout ce qu'il contient, par la main des étrangers : moi, TËternel, je le dis!
Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : Je vais détruire les idoles, et chasser les faux dieux de Noph *% et il n'y aura plus de prince égyptien, et je jetterai la terrenr dans le pays d'Egypte. Et je dévasterai Patros, et je mettrai le feu à Ço'an, et je ferai justice de No. Et je déverserai ma colère sur Sin, ce boulevard de TÉgypte, et je ferai cesser le train de Nô. Et je mettrai le feu à TËgypte, Sin tremblera, Nô sera envahie, et Noph sera aux ennemis en plein jour. Les jeunes guerriers d'On et de Pi-Béset tomberont sous Tépée, et iem-s habitants '^ s'en iront en captivité. Â Tefahnehés le jour s'obscurcira^ quand j'y briserai les appuis " de l'Egypte et qu'il y sera mis fin à l'orgueil de sa puissance : un sombre nuage la couvrira et ses filles ^^ s'en iront en captivité. Je ferai justice de l'Egypte, pour qu^on sache que moi je suis l'Ëtemell
Et la onzième année, le septième jour du premier mois % la parole de l'Ëtemel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme l J'ai brisé le bras de Pharaon, le roi d'Egypte^ et il n'est point
^0 Le train, c'est le bruit causé par la réumon des deux éléments de la foule et de l'opulence. Le mot hébreu est tour à tour employé dans ces deux sens.
^^ Les Tilles d'Ég3rpte sont plus connues sous leurs noms grecs: Noph (ailleurs Moph), Memphis ; Ço 'an, Taais ; Nô, Thèbes, capitale de Patros^ la haute Egypte ; Sin, Peluse; On, Héliopolis; Pi-Béset, Boubastis ; Tefahnehés (ailleurs Tahpanhes)^ Daphné. — Quant à On^ le texte met d'autres voyelles (prononcez Aoun)^ ce qui lui donne le sens ironique : (ville d'] idole. Le train de Nô (Uamôn-Nô) est peut-être un jeu de mots qui doit rappeler le nom du dieu Amôn^ qui y avait son principal temple (Nah. III, 8).
^' Litt.: elles, ce qui se rapporte aux villes, et non aux femmes.
13 D'après les Septante (mattot). Le texte reçu dit: les jougs (motot).
^'^ Les bourgades et viUages dépendants de ce chef-lieu.
1 Comp. XXIX, i. — L'événement auquel il parait être fait allusion ici, c'est-à-dire la tentative des Égyptiens de venir au secours de Jérusalem, est mentionné Jérém. XXXVII, 5. Les Ghaldéens interrompirent le siège, allèrent battre le Pharaon Hophra sur la frontière, et puis revinrent à la charge.
96 KZéCHIEL XXX, 21-26. XXXI, 1-6.
pansé, de maniëre qa'on y appliquerait des remèdes, et qu'on y mettrait des bandages pour le panser, afin qu'il guérisse et saisisse répée. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, TÉternel : C'est à Pharaon, au roi d'Egypte, que j'en veux : je brise ses deux bras, celui qui est sain et celui qui est cassé *, et je ferai tomber Fépée de sa main. Et je disperserai les Égyptiens parmi les nations, et je les disséminerai dans tous les pays. Mais je fortifierai les bnu du roi de Babel, et je lui remettrai mon épée , et je briserai les bras de Pharaon, de manière qu'il gémisse devant lui, comme gémissent les mourants. Oui, je fortifierai les bras du roi de Babel, mais les bras de Pharaon tomberont, pour qu'on reconnaisse que je suis rÉternel, quand je remettrai mon épée au roi de Babel et qu'il la tourne contre le pays d'Egypte. Et je disperserai les Égyptiens parmi les nations et je les disséminerai dans tous les pays, pour qu'on sache que moi je suis l'Éternel I
Et la onzième année, le premier jour du troisième mois, la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Dis à Pharaon, au roi d'Egypte, et à son monde : A qui ressembles-tu dans ta grandeur'? Vois-tu, l'Assyrie était un cèdre du Liban, aux branches belles et touffues, haut de taille, et élevant la cime aux nues. Les eaux l'avaient fait grandir, l'onde l'avait fait croître; elle faisait circuler ses courants tout autour de sa plantation et envoyait ses canaux vers tous les arbres de la campagne'. Aussi son tronc s'élevait-il au-dessus de tous les arbres de la campagne ; ses rameaux grossirent et son feuillage s'étendit par l'abondance des eaux. Dans ses branches', dans ses rameaux nichaient tous les oiseaux du ciel;
2 En d'autres tennes : la première défaite sera suivie d'une seconde, qui amèaen U destruction complète de la puissance égyptienne.
^ La réponse à cette question est donnée sous la forme d'une allégorie. Cette allégorie raconte l'histoire de l'empire d'Assyrie sous l'image d'un grand cèdre, plus be<u que tous les arbres du paradis (c'est-à-dire du plus puissant royaume sur la terrej, mais qui a fini par être coupé. La morale de la fable est: que TÉgypte, qui n'est pas plus puissante que l'Assyrie ne l'a été, aura un sort pareil. — On ne s'étonnera pas de voir dans cette allégorie le sens propre (orgueil, cœur, les nations qui s'abritent, etc.,', se mêler incessamment aux éléments figurés. Ces derniers mêmes ne sont pas tous bien homogènes, par exemple^ il n'y a pas de voêles eaua sur le Liban, où croissent les cèdres*
^ Le texte est ici fort sujet à caution, et la traduction s'en tient au sens le plss conforme au reste. Les arbres de la campagne, qui sont censés recevoir leur eau do cèdre, sont les autres peuples dépendant des Assyriens.
^ Changement k l'égard des voyelles et de la coupe des versets.
outes les bêtes des champs venaient mettre bas à l'abri de son feuillage; à son ombre habitaient tous les grands peuples. Il était beau dans sa grandeur, dans la longueur de ses branches ; ses racines touchaient à des eaux abondantes. Les cèdres ne Téclipsaient pas dans le jardin de Dieu, les cyprès ne régalaient point pour les branches, les platanes n'avaient pas de feuillage comme le sien ; aucun arbre du jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté. Je Pavais fait beau par le grand nombre de ses branches ; tous les arbres d'Éden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie. Pour cela, voici ce qu'a dit^ le Seigneur, TÉternel : Parce qu'il s'est tant élevé en hauteur, et qu'il a poussé sa cime jusqu'aux nues, et que son cœur s'est enorgueilli de son élévation, je le livrerai à un chef ^ de nations, pour qu'il en fasse ce qu'il voudra : pour ses crimes je le repousse. Et les étrangers, les peuples les plus barbares, l'ont coupé et l'ont jeté là, ses branches jonchèrent les montagnes et les vallées, ses rameaux gisaient brisés dans tous les ravins du pays, et tous les peuples de la terre se retirèrent de son ombre et l'abandonnèrent. Sur ses débris * viennent s'abattre tous les oiseaux du ciel, et toutes les bètes sauvages courent à son feuillage — afin qu'aucun de ces arbres bien arrosés ne s'enorgaeillisse de son élévation, et ne pousse sa cime jusqu'aux nues, et que ces buveurs d'eau ne s'en remettent pas à eux-mêmes dans leur orgueil : car tous ils sont voués à la mort, au séjour souterrain, parmi les mortels descendus dans la fosse ^. Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Lorsqu'il descendit dans le S'eôl, je provoquai un deuil, je couvris l'onde à cause de lui, j'arrêtai ses courants, les grandes eaux furent retenues, je vêtis de noir le Liban, et tous les arbres de la campagne languirent à cause de lui ".
^ Nous mettons le prétérit, contre Tasage, car ce n'est pas aujourd'hui seulement que Dieu menace de ruine l'empire assyrien, qui n'existe plus depuis plus de trente ans. Beaucoup de commentateurs, préférant s'en tenir au présent, appliquent la prédiction aux Égyptiens, et quelques-uns vont même jusqu'à changer le texte de manière à en faire disparaître les Assyriens tout à fait. Le cèdre serait alors Pharaon.
^ L'auteur emploie un terme qui se traduit partout ailleurs par Dieu, Cela prouve que ce terme ne rend proprement que la notion de la force.
^ Ici l'image d'un arbre abattu se combine avec celle d'un cadavre.
"^ C'est ici l'application de la parabole. Les buveurs d^eau, c'est-à-dire les arbres qui ont le pied (la racine] dans une couche de terre infiltrée d'eau, représentent naturellement les rois. L'exemple du cèdre assyrien doit leur seryir d'avertissement. Ils sont mortels comme tout le monde, et leur orgueil n'est qu'une cause de plus de leur chute.
^ La catastrophe de l'empire assyrien eut naturellement un grand retentissement! Tout ce qui y tenait, de manière ou d autre, en ressentit le contre-coup. De là ce deuil dont parle le texte, h'ofide (qui nourrissait le cèdre) est couverte (de cilice !], c'est-à-dire arrêtée, tarie.
A. T. 2« part. — II. 7
98 ÉZÉCHIEL XXXI, 16-18. XXXII, i-4.
Par le bruit de sa chute je fis trembler les nations ; quand je le précipitai dans le S'eôl, auprès des habitants de la fosse et dans le séjour souterrain, tous les arbres d'Ëden se consolèrent, toat ce qu'il y avait eu de plus beau au Liban, en fait de buveurs d'eau ^. Eux aussi descendirent avec lui dans le S'eôl, auprès de ceux que Tépée avait tués, eux, jadis ses bras, et assis à son ombre au milieu des nations*®.
A qui ressembles-tu ainsi en gloire et en grandeur parmi les arbres
d'Éden**? Ainsi tu seras précipité, avec les arbres d'Édeo,
dans le soiiterrain : parmi les incirconcis ** tu seras jeté^ avec ceux que répée a tuésl Tel sera Pharaon et tout son monde, parole Au Seigneur, TÉternel.
Et la douzième année, le premier jour du douzième mois \ la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme! Fais entendre un chant plaintif sur Pharaon, le roi d'Egypte, et dislui : On te comparait à un jeune lion parmi les nations, et tu étais pareil au crocodile dans les fleuves', tu t'élançais dans les ondes, tu troublais les eaux avec tes pieds et tu t'ébattais dans leurs flots. Or, voici ce que dit le Seigneur laheweh : Je jetterai sur toi mon réseau, avec le concours de peuples nombreux, pour qu'ils te tirent dehors dans mon filet. Et je te laisserai là sur le sol, je te jetterai dans les champs, je ferai que tous les oiseaux du ciel
9 Bien d'autres rois avaient précédé TAssyrien dans le séjour des morts, comme victimes des farouches conquérants de Ninhre. Ils se consolent en vojrant le maître partager leur propre sort (comp. Ésale XIV, 9 suiv.). Le mélange continuel de limage des arbres et du sens propre, représenté ici surtout par le S'eôl, est très-gênant.
10 Nous n'affirmons pas que cette traduction soit à l'abri de toute objection. Si nous pouvons tirer un sens d'un texte très-obscur, sans le changer, il est question ici d'aatres rois, naguère les alliés et auxiliaires de l'Assyrien.
^^ La question du v. 2 est reprise. Bn apparence, elle ne reçoit pas de réponse. De fait, la réponse est donnée dans la parabole du cèdre. L'Egypte anra le sort de l'Assyrie.
12 Chap. XXVIII, 10.
1 Environ dix-huit mois après le sac de Jérusalem.
^ Il y a une antithèse entre les deux images. Le lion est un animal terrible, mais noble et digne d'admiration; le crocodile, tout aussi dangereux, inspire en même temp$ un sentiment de dégoût. Il hante les marécages et basses eaux, qu'il trouble par ses mouvements (comp. XXIX, 3]. On a tort de traduire: dans les mers. Le crocodile n'est pas un animal marin, et il est hors de propos de supposer l'auteur ignorant a cet égard. Toute vaste nappe d'eau (lac, Nil), s'appelle iam en hébreu.
s'abattent sur toi ; de toi je rassasierai toutes les bêtes sauvages, de ta chair je couvrirai les montagnes, et je remplirai les vallées de ton sang '. De Técoulement de ton sang j'abreuverai le sol des montagnes, et les ravins en seront remplis. Quand je déteindrai ^, je voilerai le ciel, j'envelopperai d'obscurité ses étoiles, je couvrirai le soleil d'un nuage, et la lune ne fera plus resplendir sa lumière. Oui, tous ces brillants flambeaux du ciel, je les envelopperai d'obscurité à cause de toi, et je couvrirai ton pays de ténèbres, parole du Seigneur, l'Éternel. Je porterai l'émotion dans le cœur de beaucoup de peuples, quand je ferai arriver chez eux la nouvelle de ta ruine, dans des pays que tu ne connais même pas ; et je mettrai de grandes nations dans la stupeur à cause de toi ; à cause de toi, leurs rois seront saisis de frissons, quand je brandirai mon épée devant leurs yeux, et ils trembleront à tout moment pour leur vie au jour de ta chute. Car voici ce que dit le Seigneur : L'épée du roi de Babel viendra contre toi ; c'est par des épées de guerriers que je ferai tomber ton monde ; eux tous, les plus barbares des peuples, détruiront la gloire de rËgypte et tout son train sera anéanti. Et j'y ferai périr tout son bétail des bords de ses grands fleuves, et ni le pied de l'homme, ni le sabot de l'animal n'en troublera plus les eaux. Alors je les ferai baisser, et ses fleuves couler comme de l'huile^ (parole du Seigneur, rËternel!), quand j'aurai fait du pays d'Egypte un désert, et qu'il sera dépouillé de tout ce qui le remplissait, quand j'aurai exterminé tous ses habitants, pour qu'on sache que moi je suis l'Éternel!
Voilà la complainte, et les filles des peuples la chanteront d'une voix plaintive ; elles la chanteront pour plaindre l'Egypte et tout son monde. C'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit!
s D'après les Septante. Le mot hébreu est inconnu. Les manuscrits varient et les commentateurs ont proposé tour à tour de mettre: vermine, cadavre, monceau.
^ Nouvelle image. Pharaon (la puissance égyptienne] est comparé à un astre brillant (Ésaîe XI Y, 12]. On n'a pas besoin pour cela de songer spécialement à la constellation du dragon. Car un dragon (serpent] n'est pas un crocodile.
^ On a voulu voir ici une promesse de restauration. Mais les eaux basses avec ce mouvement ralenti fout antithèse avec l'impétuosité d'un courant rapide et dévastateur, comme l'était l'Egypte conquérante.
100 ÉZéCHIEL XXXII, 17-23.
£t la douzième année, le quinzième jour de ce mois S la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme ! Entonne le chant funèbre sur ce monde égyptien, et précipite-le, lui et les filles des nations puissantes, dans le séjour souterrain, auprès de ceux qui sont descendus dans la fosse ' I Vaux-tu mieux que d'autres ' ? Descends I couche-toi parmi les incirconcis I Qu'ils tombent au milieu de ceux que Tépée a égorgés ! L'épée est tirée : ^ Entrainez-le avec tout son monde I Les princes guerriers s'entretiennent de lui, ayec ses auxiliaires, au fond du S'eôl, où sont descendus et couchés les incirconcis, égorgés par Tépée*.
Là est Ass'our avec toute sa multitude : ses tombeaux tout autour, tous ils sont égorgés, frappés par Tépée. On lui a assigné son tombeau au fond du gouffre *, et sa multitude est rangée à Tentour : tous ils sont égorgés, frappés par Tépée, pour avoir répandu la terreur dans le séjour des vivants.
1 Le mois n'est pas indiqué dans le texte, mais comme déjà le précédent morceau est daté du dernier mois de Tannée, on n'a pas besoin de supposer une lacune dans le texte. On n'a qu'à accentuer l'article.
^ Cette seconde complainte décrit poétiquement la descente dans le S'eôl, de la puissance égyptienne condamnée à périr, et qui y va rejoindre les filUs des autres puissantes nations (c'est-à-<Lire ces nations elles-mômesi personnifiées dans autant de femmes), déjà antérieurement descendues au tombeau. C'est le prophète lui-même qa doit y précipiter l'Egypte, c'est-à-dire proclamer l'arrêt divin qui a décidé la chose.
S Litt.: Plus que qui es-tu agréable? — La vivacité du dLsco^rs amène des changements fréquents dans le choix des personnes : tantôt la parole s'adresse directement à rfigypte, tantôt il en est question comme d'un tiers. Tantôt aussi le régime est au féminin (l'Egypte) « tantôt au masculin (Pharaon). Ceci se reproduit dans tout le morceau. Le texte est passablement obscur par suite de cette circonstance, et déjà U version grecque le présente sous une tout autre forme.
^ Litt.: $st donnée — savoir au roi de Babel, qui doit exécuter l'arrêt concernant l'Egypte. Les mots suivants sont adressés à ces mêmes exécuteurs, qui doivent entraf»er l'Egypte au S'eôl.
^ La chute de Pharaon met en émoi les habitants de S'eôl qui l'y ont précédé ;' panni eux, il y en a qui avaient été ses auxiliaires (XXX, 8). Ces rois païens (XX VIII, 10) s'intéressent naturellement au sort de leur collègue, et y trouvent une consolatioD (XXXI, 16).
^ Le texte dit simplement: au fond de la fosse. Mais ce terme de fosse, qui marque dans l'origine chaque trou pratiqué dans le sol pour recevoir un corps mort, est employé poétiquement pour le S'eôl. On remarquera aussi que les idées de tombeau et de S'eôl s'entremêlent conlinnellement.
ézÉCHIEL XXXII, 24-80. 101
Là est 'Êlam ^ avec tout sou monde, à Teutour de son tombeau : tous ils sont égorgés, frappés par Tépée ; incîrconcis ils sont descendus au séjour souterrain, pour avoir répandu la terreur dans le séjour des vivants : ils portent leur opprobre parmi les habitants du S'eôl. Au milieu des égorgés on lui a assigné sa couche, [avec tout son monde dont les tombeaux sont à Ventour^ incirconcis tous^ égorgés par l'épée: parce que la terreur était répandue par eux dans le séjour des vivants, ils portent leur oppobre parmi les habitants du S'eôL Au milieu des égorgés on a assigné... "]
Là est Més'ek-Toubal * avec tout son monde : ses tombeaux tout antour ; incirconcis tous^ égorgés par Tépée, pour avoir répandu la terreur dans le séjour des vivants I Mais ils ne reposent pas avec les guerriers tombés d'entre les incirconcis^ qui sont descendus au S'eôl avec leurs armes, et auxquels on a mis les épées sous la tète *^ : leurs crimes sont restés sur leurs ossements, parce qu'ils ont répandu la terreur dans le séjour des vivants. Et toi, tu es écrasé au milieu des incirconcis et couché avec ceux qui sont égorgés par Tépée" I
Là est Édom, ses rois et tous ses émirs, lesquels, malgré leur force^ ont été mis avec ceux que Tépée a égorgés : ils sont couchés avec les incirconcis, descendus dans la fosse.
Là sont tous les princes du nord ", et tous les Sidoniens, descendus parmi les égorgés, honteux malgré la terreur qu'inspirait leur force :
"7 'Élam n'apparaît point aiUenrs dans la Bible comme une puissance indépendante ; autrefois ce pays (le Khousistan actuel) formait une partie de l'empire assyrien (Es. XXII, 6]. Du temps de Jérémie (XLIX, 34), il est menacé par les Chaldéens. Vers la fin de l'exil, nous le trouvons en marche contre Babylone de concert avec la Médie (Es. XXI, 2).
^ Les phrases mises entre crochets font évidemment double emploi avec ce qni précède. Elles ne sont pas même régulièrement terminées et manquent dans les Septante.
9 Les peuples du Nord (XXVII, 13), communément appelés les Scythes. Il parait qne ces peuples avaient fait une invasion dans l'Asie sémitique, quelques dizaines d'années avant l'époque d'fizéchiel (Hérodote, I, 106). Gomp. l'introduction à Sopbonie.
^0 Cela doit sans doute revenir à dire que la ruine de ces peuples a été plus ignominieuse que celle des autres. La sépulture honorable, telle qu'eUe était réservée aux guerriers, auxquels on mettait les armes dans le tombeau, leur a été refusée, et le prophète y voit un surcroît de châtiment.
^^ Cette apostrophe serait adressée à Pharaon, d'après l'opinion traditionelle, de manière que la série des tableaux serait tout à coup interrompue. Nous ne voyons pas pourquoi ces paroles ne pourraient pas être adressées aux Scythes et à leur roi ?
1^ Comme il a déjà été question des peuples les plus septentrionaux connus alors, et que les princes du nord se trouvent ici associés aux Phéniciens, on supposera que l'auteur a songé aux voisins des Israélites dans cette même direction : aux Araméens de Damas.
102 ÉZÉCHIEL XXXII, 30, Si.
incirconcis ils sont couchés avec ceux que Tépée a égorgés, ils portent leur opprobre parmi les habitants du S'eôl.
Pharaon les verra et se consolera au sujet de son monde : Pharaon et toute son armée périront par Tépée l C'est le Seigneur, rÉternel, qui le dit. Oui, je lui ui permis de répandre la terreur dans le séjour des vivants, mais le voilà couché au milieu des incircoocis, avec ceux que Tépée a égorgés. Pharaon et tout son monde 1 C'est le Seigneur, TÉternel, qui le dit.
ÉZÉCfflEL XXXIII, 1-10. 103