‹ La Bible (volume 2)Chapitre 73 sur 93 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fib d'homme I Prophétise contre les bergers d'Israël! Prophétise, et disleur, à ces bergers : Voici ce que dît le Seigneur, l'Éternel : Malheur aux bergers d'Israël, qui se sont repus eux-mêmes ! Ne sont-ce pas les brebis que les bergers doivent paître? Le lait*, vous vous en nourrissez ; la laine, vous vous en habillez ; la bête engraissée, vous la tuez ; mais les brebis, vous ne les paissez pas I Celles qai étaient infirmes, vous ne les soutenez point ; celle qui était malade, vous ne la guérissiez point; celle qui était blessée, vous ne la pansiez point ; celle qui était égarée, vous ne la rameniez point ; celle qui était perdue, vous ne la cherchiez point; c'est avec violence que vous les gouverniez et avec dureté I Aussi bien se sont-

0 Ici il s'agit des déportas, voisins du prophète. Eux aussi n'ont point les dispositions propres à les conduire au salut. Les avertissements d'Ézéchiel excitent lenr curiosité, mais leurs cœurs ne sont pas touchés par ses paroles. — Le long des wturs, à l'intérieur, sur les divans.

'7 Ces mots ne se rattachent è rien dans la phrase, les Septante les omettent, et le texte paraît avoir souffert.

1 Contre les mauvais bergers du troupeau. L'allégorie est l'une des plus fréquentes de l'Ancien Testament (comp. surtout Jér. XXIII) et se retrouve chez d'antres peuples. Les bergers ne sont pas exclusivement les rois, mais tous ceux dont le devoir aurait été de veiller à la prospérité de la nation. Ils auraient dû pattre les brebis, se dévouer aux intérêts de tous ; ils n'ont songé qu'aux leurs propres, pour se rtpaiire eaxmdmes.

' Leçon des LXX {kalab pour kéleb). La graisse ferait double emploi.

elles dispersées, fante de berger; et en se dispersant, elles sont devenues la pâture de toutes les bêtes sauvages. Mes brebis errent par toutes les montagnes, sur tous les coteaux élevés ; par tout le pays' mes brebis sont éparses^ et personne ne les recherche et personne ne s'en enquiert. Pour cela, vous, bergers, écoutez la parole de rÉternel I Par ma vie, dit le Seigneur, TÉternel, je vous le jure, puisque mes brebis ont été ravies, et qu'elles sont devenues la pâture de toutes les bêtes sauvages, faute de berger, et que mes bergers ne se sont point enquis de mes brebis, mais qu'ils se sont repus

eux-mêmes, au lieu de paître mes brebis ^ pour cela, vous,

bergers, écoutez la parole de TÉternel I Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Voyez, j'en veux à ces bergers, c'est d'eux que je réclamerai mes brebis ; je leur ôterai la conduite du troupeau, pour qu'ils cessent de se repaître eux-mêmes ; je sauverai mes brebis de leur gueule, pour qu'elles ne leur servent plus de pâturé. Car voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Eh bien 1 moi-même je veux m'enquérir de mes brebis et les inspecter. Comme un berger inspecte son troupeau, lorsqu'il se trouve au milieu de ses brebis éparses, ainsi j'inspecterai mes brebis, et je les retirerai de tous les lieux où elles ont été dispersées, au jour de l'orage et des ténèbres. Je les recueillerai d'entre les peuples, je les rassemblerai dans tous les pays et je les ramènerai dans leur patrie, pour les faire paitre sur les montagnes d'Israël, dans les ravins, et dans toutes les «demeures du pays^. C'est dans un bon pâturage que je les ferai paître; c'est sur les hauteurs du plateau d'Israël que sera leur pacage ; là, dans de belles prairies elles se reposeront, et elles brouteront de grasses herbes sur les montagnes d'Israël. Moi-même je veux paître mes brebis, moi je veux leur assigner la place du repos, dit le Seigneur, rÉternel. Celle qui se perdra, je la chercherai ; celle qui s'égarera, je la ramènerai ; celle qui se blessera, je la panserai ; celle qui sera

^ Le pays et non la terre. Le premier terme est conforme à l'allégorie, le second parlerait directement de Texil.

^ L'arrêt menaçant avait été introduit par une formule de serment, et l'arrangement sjntactique de cette tirade doit nous faire envisager le 10* verset comme le conséquent on complément du 8*. Mais l'antécédent s'allongeant dans le but de donner plus d'emphase au discours, la phrase finit par s'interrompre, et la reprise de l'exorde amène une autre tournure.

^ L'allégorie, dès l'abord très-transparente, prend de plus en plus les formes du discours propre, et l'on voit clairement qu'il s'agit d'une restauration d'Israfil. Le jour de Vorage (litt.: du nuage), c'est la catastrophe politique qui a englouti le trône des Isaîdes et le temple de Jérusalem. Les demeures ne peuvent être que des villes et des villages. Avec ces termes, on sort du bercail ,* on y est ramené avec les coteaux et les ravins.

108 ÉZÉCfflEL XXXrV, 16-25.

malade, je la soutiendrai ; mais les grasses et les puissantes, je les exterminerai, je les paîtrai avec justice'. Quant à vous, mes brebis, voici ce que dit le Seigneur^ l'Éternel : Voyez, je vais faire justice en faveur d'une brebis contre l'autre, contre les béliers et les boucs. Est-ce trop peu pour vous, de brouter le bon pâturage, pour foaler encore avec vos pieds le reste de votre pâture ? et de boire Teau reposée, pour troubler encore ce qui reste avec vos pieds? de sorte que mes brebis doivent manger ce que vos pieds ont foulé^ et boire ce qu'ils ont troublé? Pour cela, voici ce que vous dit le Seigneur, rÉternel : Voyez, je vais faire justice en faveur de la brebis maigre contre la brebis grasse. Puisque vous avez beurté du côté et de répaule, et frappé de vos cornes toutes les brebis faibles, jusqu'à ce que vous les eussiez chassées dehors, moi je viendrai ai^ secours de mes brebis, pour qu'elles ne deviennent plus votre proie, et je ferai justice en faveur de l'une contre l'autre'. Et j'établirai sur elles un berger unique qui les paîtra : mon serviteur David ^. C'est lui qui les paîtra, c'est lui qui sera leur berger. Et moi, l'Éternel, je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera prince au milieu d'elles : c'est moi, l'Éternel, qui le dis I Et je ferai avec elles une

0 Ici rallégorie prend une tournure moins naturelle. Les brebis grasses qui doivent être mabnenées par la justice du berger, sont les Israélites qui se sont engraissés aux dépens des autres, dont la maigreur (effet de la misère et gage de l'humilité] est pour le bon berger un motif de prédilection. Avoir pu prospérer dans le malheur général, est un crime à punir. Dans la phrase suivante, il faut bien observer que les brebis sont divisées en deux catégories, les maigres et les grasses (dans le sens qui vient d'être indiqué, comp. v. 20), et que les boucs et béliers (les chefs et riches] sont tous placés d'un môme côté. Notre traduction s'est appliquée à faire ressortir ce rapport par le choix des prépositions, qui sont trop décolorées en hébreu.

"^ L'allégorie devient ici très-pittoresque, tout en perdant de son coloris par le mélange déjà signalé des termes propres et figurés. Nous assistons à une scène champdtre, où les brebis les plus fortes, et surtout les mâles, s'emparent de la meilleure partie du pâturage et se pressent les premiers autour du bassin, gâtant l'herbe et l'eau avant que les faibles et les jeunes qui surviennent puissent en avoir leur part On remarquera d'ailleurs que l'allégorie est changée en ce sens, que les personnes menacées du jugement sont ici des boucs et des brebis grasses, après avoir été des bergers. Le mot de proies dans la dernière ligne, nous fait sortir tout à fait de l'image. Plus le discours avance, plus les brebis sont remplacées par les hommes ; ce qui se fait voir aussi par le singulier mélange du masculin et du féminin, que notre traduction a dû effacer en partie. Le roi, la fécondité des arbres fruitiers, le joug brisé, les railleries des nations, tout cela n'a plus rien à faire avec le troupeau, quoique Vaatear n'oublie pas celui-ci tout à fait, si bien qu'il finit par où il avait conunencé.

S Non pas certes celui de l'histoire, auquel ont pensé plusieurs commentateurs, mais un second David (comp. Os. III, 5. Jér. XXX, 9}. Il sera Vmiçue berger, l'ancienne séparation des tribus devant cesser.

alliance de salut, et je ferai disparaître du pays les bêtes sauvages, poor qu'elles demeurent dans la campagne et dorment dans les bois en toute sécurité. Je les établirai tout autour de ma montagne ^, j'y ferai tomber la pluie en son temps ; ce seront des pluies de bénédiction. Les arbres de la campagne donneront leurs fruits, et la terre donnera ses produits, et ils seront en sécurité dans leur patrie, et ils reconnaîtront que moi je suis TËternel, quand je briserai les bois de leur joug et que je les délivrerai des mains de leurs tyrans. Ils ne seront plus la proie des peuples^ ni la pâture des bêtes sauvages ; ils demeureront en sécurité et nul ne viendra les effrayer. Et je leur ferai une végétation de renom, pour qu'ils ne soient plus enlevés par la famine, et qu'ils n'aient plus à supporter les railleries des Dations. Et ils reconnaîtront que moi, TÉternel^ leur dieu, je suis avec eux, et qu'eux, la maison d'Israël, sont mon peuple. C'est le Seigneur^ TÉternel, qui le dit. Et vous, mes brebis,' troupeau de mou pâturage, vous êtes des hommes, moi je suis votre dieu *® : c'est le. Seigneur, TÉternel, qui le dit.

Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homme 1 Dirige tes regards sur les montagnes de Sé'îr', et prophétise contre elles I Dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur laheweh : Voyez I c'est à vous que j'en veux, montagnes de S'éîrl je vais

^ Texte des Septante. Le texte hébreu semble dire : Je ferai d'eux et des alentours de ma montagne une bénédiction. Ce dernier mot pourrait s'être glissé ici mal à propos, et n'appartenir qu'à la ligne suivante, où il est à sa place.

^^ Cette dernière phrase est assez singulière. Il est impossible de se figurer que lauteur ait éprouvé le besoin de dire à ses lecteurs qu'il entendait parler d'hommes et non de bêtes ; tout au plus on pourrait supposer qu'il veut faire une antithèse entre les hommes et Dieu, pour accentuer davantage la grftce condescendante de celui-ci. Nous inclinons cependant à biffer le mot hommes, avec les Grecs qui traduisent simplement : Vous êtes mes brebis, les brebis de mon pftturage, et moi, etc.

^ Prophétie en deux tableaux concernant les montagnes des Ëdomites et ceUes des Israélites, dont la destinée ultérieure et définitive est toute différente. A son tour, Ezéchiel s'occupe des griefs de sa nation contre ses voisins méridionaux, après avoir effleuré le sujet en passant (XXV, 12). Ils avaient servi d'instruments à la justice vengeresse de Jéhova, en coopérant à la ruine de Juda, mais cela même était un motif de plus pour que leur tour vint aussi.

^ Les montagnes de Se 'ir sont la chaîne rocheuse qui s'étend de la mer morte à la mer rouge, et qui forme la lisière orientale de la presqu'île du Sinaî. Ces montagnes sont personnifiées ici, parce qu elles représentent le peuple qui y est établi.

étendre ma main contre tous et faire de vous on désert et une solitade. Vos villes, je les réduirai en ruines, et vous-mêmes yom serez un désert, pour que vous sachiez que moi je suis rÉternel! Parce que vous gardez une inimitié éternelle, et que vous avez livré à répée les enfants d'Israël, à Theure de leur ruine, au moment da crime final ', pour cela, par ma vie, dit le Seigneur, je vous mettrai à sang, et le sang vous poursuivra * : vous n'avez pas eu horreur do sang, le sang vous poursuivra. Je ferai des montagnes de Sé'ir ud désert et une solitude, j'en exterminerai tout allant et venant. Je joncherai leurs hauteurs de cadavres : vos collines, vos vallées, tons vos ravins seront encombrés d'hommes égorgés par Tépée. Je ferai de vous un désert étemel, vos villes resteront inhabitées, pour que vous sachiez que moi je suis TÉternel I Parce que vous disiez : cCes deux peuples, ces deux pays, c'est à nous qu'ils seront, nous en prenons possession 1> bien que laheweh fût là^, pour cela, par ma vie, dit le Seigneur, je vous traiterai selon votre rage et vo^e envie avec laquelle vous avez agi contre eux dans votre haine, et je me ferai connaître parmi eux ', lorsque je vous jugerai. Et vous saurez que moi, l'Éternel, j'ai entendu toutes les insultes que vous avez proférées contre les montagnes d'Israël, en disant : «Elles soot ruinées, c'est à nous qu'elles sont données en pâture!» Et comme vous avez fait les insolents contre moi avec vos discours, et comme vous avez tenu contre moi propos sur propos, moi j'ai tout entendu! Voici donc ce que dit le Seigneur lahevreh : Quand la terre entière se réjouira, de vous je ferai un déserti Comme vous avez triomphé de ce que l'héritage d'Israël était ravagé, je vous traiterai de même: vous serez un désert, montagnes de Sé'îr, et tout Édom, pour qu'on sache que moi je suis l'Éternel I

3 Chap. XXI, 80. C'est celui qai comble la mesure et qui amène le châtiment.

4 Le sang d'Israfil qui demande yengeance. Les Septante omettent la ligne suivante, qui est une redite assez oiseuse et qui pourrait bien n'être qu'une glose. La répédtioa fréquente du mot sang [dam] doit faire allusion au nom à'Édom (le roux), seloo quelques interprètes. Cependant ce dernier nom ne se trouve que dans la secoode moitié de ce morceau.

& Il est plus que probable qu'après la ruine de Juda, les Édomites s'empazèreot d'une partie de son territoire, à louest de la mer morte; le prophète paraît £ùre allusion à ce fait, et y trouve un second motif de récrimination contre ce peuple, ^ osait empiéter sur le territoire de Jéhova. En disant les éêus pays (Ëphraïm et Jnda). l'auteur tient moins compte des faits que des prétentions.

^ Parmi les Israélites qui auront lieu d'applaudir à cet acte de vengeance. Les VSS cependant mettent : parmi vous, et cette leçon parait préférable.

Mais toi, fils d'homme, prophétise à Tégard des montagnes d'Israël ^ et dis : Montagnes d'Israël, écoutez la parole de TËternel ! Voici ce que dit le Seigneur, TÉtemel : Puisque Tennemi a dit à votre sujet : «Ha ! ha 1 et ces antiques hauteurs S elles sont notre propriété à nous I » pour cela prophétise et dis : Voici ce que dit le Seigneur, TËternel : Attendu et parce que Ton vous tombe dessus avec avidité ' de toutes parts, pour que vous deveniez la propriété du reste des nations, et qu'on vous fait passer par la bouche des gens et leurs mauvais propos, pour cela, montagnes d'Israël, écoutez la parole du Seigneur, l'Éternel! Voici ce que dit le Seigneur aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées, à ces ruines désolées, et à ces villes abandonnées^ qui sont devenues la proie et la risée du reste des peuples à l'entour.... pour cela, voici ce que dit le Seigneur, rÉtemel : Pour sûr 1 c*est dans l'ardeur de ma jalousie <fbe j'ai parlé contre le reste des peuples et contre Édom tout entier, qui se sont adjugé mon pays comme propriété^ de gaité de cœur et dans l'insolence de leur âme, pour le livi-er au pillage. Pour cela, prophétise sur la terre d'Israël, et dis aux montagnes et aux collines, aux ravins et aux vallées : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Voyez I c'est dans ma jalousie et dans ma colère que j'ai parlé, parce que vous avez dû supporter l'opprobre des nations. Pour cela, voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Je lève ma main et je le jure : Les nations à l'entour de vous, elles aussi supporteront leur opprobre ! Et vous, montagnes d'Israël, vous pousserez vos rameaux, et vous porterez vos fruits pour mon peuple d'Israël, car ils sont près de revenir! Car voyez, je viens à vous, je me tourne vers vous, et vous serez cultivées et ensemencées ; je multiplierai sur vous les hommes, la maison d'Israël tout entière ; les villes seront repeuplées, les ruines seront rebâties. Je multiplierai sur vous hommes et bêtes, ils seront nombreux et féconds, je vous repeuplerai comme dans les anciens temps, et je vous ferai du bien, plus encore qu'autrefois, pour que vous reconnaissiez que moi je suis l'Éternel. Je ferai venir vers vous des hommes, Israël, mon peuple, pour qu'ils

"^ Ce morceau ne doit pas être séparé du précédent^ dont il fait la contrepartie. Les montagnes d'Israël sont personnifiées à leur tour, et les promesses qui leur sont faites complètent les menaces lancées contre celles d'Édom.

^ C'est aux principales hauteurs du pays qae se rattachaient les grands souvenirs do la nation. Dans la bouche des ennemis, il y a donc ici une ironie ; dans celle du prophète, une assurance. Les promesses de Jéhova sont immuables comme ces montagnes.

^ Les verbes hébreux expriment Vidée d'une chasse à outrance (relancer, de manière ù être essoufflé soi-même). Il faut oublier que cela s'adresse à des montagnes.

112 ÉZÉCHIBL XXXVI, 12-19.

prennent possession de vous, et vous deviendrez son héritage et vous ne leur enlèverez plus leurs enfants ^^. Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Parce qa*on dit de vous : Anthropophages et infanticides que vous êtes I pour cela^ vous ne dévorerez plus d^ommes et vous n'enlèverez plus les enfants ^^ de votre peuple : parole du Seigneur, rÉternel! Je ne vous ferai plus entendre les insultes des nations, et vous n'aurez plus à supporter Topprobre des peuples [et vous ne ferez plus broncher votre peuple] : c'est le Seigneur, TÉternel, qui le dit!

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