XXXVI
Et la parole de rÉternel me fut adressée en ces termes : Fils d'homnie ! Tant que ceux de la maison d'Israël demeuraient dans leur pays, ils le souillaient par leurs faits et gestes : leur conduite me faisait l'effet de l'impureté des femmes'. Et je déversai sur eux ma colère, à cause du sang qu'ils avaient versé sur la terre, et des idoles dont ils l'avaient souillée. Et je les dispersai parmi les nations, et ils furent disséminés dans tous les pays : j'en fis justice selon
^0 Dans le texte original, le singulier se substitue ici tout à coup au pluriel, et, plus loin, le féminin au masculin. C'est que le discours s'adresse d'abord aux montagnes, puis à la montagne^ c'est-à-dire au plateau de Canaan considéré dans sod ensemble, enfin au pays, sans que le point de vue change. Nous n'avons pas cni nécessaire d'exprimer toutes ces variations. Le pays est représenté comme ayant enlevé (fait périr ou déporter) les enfants. La ruine des individus est la conséquence des crimes de la nation, et celle-ci est personnifiée en quelque sorte dans le pays. Peut-ôtre cependant suffira-t-il de ramener la phrase à cette simple idée : tu ne les verras plus périr. — D'autres y ont vu une allusion aux guerres incessantes qui dévoraient la population, et qui désormais feraient place à une paix étemelle.
1 ^ Leçon marginale, recommandée par le texte grec et exigée par ce qui précède. Le texte hébreu reçu lit : vous ne ferez plus broncher [tekas'lt pour tesiakll). Plus loin, cette phrase est reproduite sous cette même forme, et d'une manière très-oiseuse. Comme elle manque dans la version grecque , et qu'elle dérange même la tournure rhétorique de cette péroraison, nous la considérons comme une glose marginale destinée primitivement à remplir une lacune accidentelle dans les lignes précédentes, et ensuite insérée à un endroit mal choisi. Peutrêtre n'était-ce que l'indication de la variante que nous venons de signaler.
1 La promesse de la restauration est motivée par l'intérêt personnel qu'a Jébova de revendiquer son honneur, que les païens pouvaient croire compromis par la raine d'Israël. Celle-ci n'était pas l'effet de l'impuissance de Dieu, mais du péché des hommes. Il les fera donc rentrer en grftce et manifestera sa grandeur par leur restauration, mais les sanctifiera en même temps pour prévenir une rechute.
2 La menstruation sert souvent de terme de comparaison pour ce qui est dégoûtant BU point de vue moral, ou même pour le suprême degré de la misère (Lament. I, 9].
leurs actes. Et chez toutes les nations où ils vinrent, ils compromirent mon saint nom , en ce qu'on disait d^eux : cC'est là le peuple de laheweh, ils ont dû sortir de son pays!» Or, j'ai dû prendre en pitié' mon saint nom que compromettaient ceux de la maison d'Israël, chez les nations où ils étaient venus. Pour cela, va dire à ceux de la maison d'Israël : Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel : Ce n'est pas à cause de vous que je le fais ^, maison d'Israël I mais pour l'amour de mon saint nom que vous avez compromis chez les peuples où vous êtes venus. Et je veux glorifier^ mon grand nom compromis parmi les nations, et que vous, vous avez compromis parmi elles^ pour qu'elles reconnaissent que moi je suis l'Éternel (c'est le Seigneur, l'Éternel, qui le dit!) alors que je me serai glorifié en vous, à leurs yeux^. Et je vous recueillerai d'entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et vous ramènerai dans votre patrie. Et je répandrai sur vous de l'eau pure^^ pour que vous soyez purifiés de toutes vos souillures; et de toutes vos idoles je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai un nouvel esprit au-dedans de vous : j'ôterai ce cœur de pierre de votre corps, et je vous donnerai un cœur de chair ^. C'est mon esprit que je mettrai au-dedans de vous, et je
3 Locution qui sent un peu ranthropomorphisme. Le sens est : j'ai dû songer à sauvegarder l'honneur de mon nom (et voilà pourquoi j'ai pris la résolution de les ramener chez eux). Nous disons compromettre et non profaner y parce que le prophète ne veut pas faire des reproches aux Israélites au sujet de leur mauvaise conduite pendant Texil; mais qu'il veut insinuer que les païens ont très-mal jugé les événements.
^ La restauration sera donc un acte de la grâce et nullement l'effet d'un mérite. Mais pour que, par cet acte, la sainteté de Dieu ne soit pas compromise réellement, deux conditions sont posées, ou, si l'on veut, deux hienfaits octroyés à Israël. Il sera purifié des souillures non encore suffisamment expiées, et il lui sera donné un nouvel esprit pour lui rendre désormais l'obéissance facile. On reconnaît ici les éléments du point de vue évangélique, mais il conviendra aussi de remarquer que l'analogie a ses limites. Le prophète se renferme dans son horizon national, et nous n'avons pas le droit de séparer d'une manière trop absolue l'idée religieuse de son enveloppe plus substantieUe.
5 Réhabiliter. La langue hébraïque se sert du terme de sanctifier, parce qu'elle n'en a pas d'autre.
6 Le texte reçu dit : à vos yeux. Mais la variante, en tout cas préférable, est suffisamment recommandée par les anciens témoins.
'^ L'image est empruntée aux lustrations usitées dans le culte. Si l'auteur a songé à ceUes prescrites pour la consécration des prêtres, il exprimerait ici lïdée du sacerdoce universel. En tout cas, le rite plus récent du baptôme se fonde sur des passages comme celui-ci.
8 D'une substance moins dure, se laissant façonner par la main de Dieu.
A. T. 2- part. — II. 8
ferai en sorte que vous suiviez mes lois, et qae vous observiez mes commandements et les pratiquiez. Et vous demeurerez dans le pays que j'ai donné à vos pères, et vous deviendrez un peuple à moi, et moi je serai votre dieu. Et je vous délivrerai de toutes tos souillures "; j'appellerai le grain et je le multiplierai, et je ne vous imposerai plus de famine. Je multiplierai les fruits des arbres et les produits des champs, pour que vous n'ayez plus à supporter la honte de la famine parmi les nations *®. Et quand vous tous souviendrez de votre mauvaise conduite et de vos œuvres, qui n'étaient pas bonnes, vous éprouverez du dégoût pour vous-mêmes '\ au sujet de vos péchés et de vos infamies. Ce n'est pas à cause de vous que je le fois, dit le Seigneur, l'Étemel ; sachez-le bien ! Soyez honteux et confus de votre conduite, maison d'Israël! Voici donc ce que dit le Seigneur, l'Étemel : Lorsque je vous aurai purifiés de tous tos péchés, je repeuplerai les villes, et les raines seront rebâties, et cette terre désolée sera cultivée. Aulieu qu'elle est un désert aux yeux des passants, on dira : Ce pays-là, naguère si désolé, est comme le jardin d'Éden, et ces villes désertes^ dévastées et ruinées, sont fortifiées et peuplées. Et les nations qui resteront autour de vous reconnaîtront que c'est moi, l'Éternel, qui ai rebâti ce qui était ruiné, et replanté ce qui était ravagé. Moi, l'Éternel, je l'ai dit et je le ferai I Voici ce qne dit le Seigneur, l'Éternel : En ceci encore je me laisserai implorer** par la maison d'Israël, pour le leur accorder: Je les multiplierai, les hommes, comme un troupeau. Comme un troupeau consacré, comme le troupeau de Jérasalem au jour de ses grandes fêtes, ainsi seront ces villes désertes, remplies d'un troupeau d'hommes, et ils reconnaîtront que moi je suis l'Éternel " !
d Et des conséquences qu'elles ont eues pour vous, comme le fait voir la suite du discours.
10 Les dieux étant regardés comme les auteurs de la fécondité^ les païens pouvaient voir dans chaque famine en Palestine^ non un châtiment^ mais une preuve de Timpaissance du Dieu d'Israël, et se moquer à la fois de lui et de son peuple. — Le graio appelé et répondant à l'appel, est ici personnifié.
H Chap. XX, 43.
1® Litt.: rechercher. Cela revient à dire : je ferai ce qu'ils désireront.
13 Le dernier trait du tableau, c'est l'accroissement rapide et réjouissant d'une population aujourd'hui décimée et risquant de s'éteindre. Il est comparé à celai d'un troupeau de moutons dont la fécondité était proverbiale. Notre traduction serait plus claire^ s'il nous était permis de mettre à la place du mot troupeau, celui du texte, le bétail. Du bétail d'hommes^ ce sont des hommes semblables au bétail pour le nombre des naissances. De pareilles comparaisons choquent notre goût. Le troupeau eemacH, litt.: le bétail des rites sacrés, ce sont ces innombrables moutons immolés aux fêtes annuelles de Pâques. La comparaison porte encore sur le nombre et nullement sur U consécration.
XXXVIP.
La main de rÉternel me toucha et il m'emmena en esprit ^ et me plaça au milieu de la plaine^, et elle était toute remplie d'ossements. Et il m'en fit faire le tour, et je les voyais gisant en grand nombre sur le sol de la plaine, et ils étaient tout desséchés. Et il me dit : Fils d'homme I Ces ossements pourront-ils bien revivre ? Et je répondis : Seigneur, Éternel, c'est toi qui le sais ^ ! Pais il me dit : Prophétise sur ces ossements et dis-leur : Vous^ ossements desséchés, écoutez la parole de l'Étemel ! Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel, à ces ossements : Voyez, je vais faire entrer en vous un souffle, pour que vous viviez ; je mettrai sur vous des nerfs, et je vous recouvrirai de chair, et je vous envelopperai d'une peau, et je mettrai en vous un souffle, pour que vous viviez et que vous reconnaissiez que moi je suis TËternel. Et je prophétisai comme j'en avais reçu l'ordre, et il se £i un bruit pendant que je prophétisais, et voilà qu'avec fracas les ossements se rejoignirent les uns aux autres. Et quand je les regardai, je vis sur eux des nerfs, puis ils se couvrirent de chair^ et par-dessus la peau vint les envelopper, mais il n'y avait point de souffle en eux. Alors il me dit : Prophétise vers le souffle, prophétise, fils d'homme, et dis au souffle : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Viens, souffle, des quatre vents*, et souffle dans ces cadavres d'hommes tués, pour qu'ils revivent I Et je prophétisai, comme il me l'avait ordonné, et le souffle entra en eux, et ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds, une grande, grande multitude. Alors il me dit : Fils d'homme ! Ces
1 La restauratioD dlsraôl, symbolisée sous Timage d'une résurrection des morts, ou plutôt, pour ne rien introduire d'étranger au texte, d'un retour à la vie, par l'effet de la puissance miraculeuse de Dieu, des restes épars des corps d'une multitude qui avait péri d'une mort violente et qui gisaient sur le champ de bataille. Par cette dernière circonstance, tout aussi bien que par l'expUcation que le texte donne lui-mdme, on voit que rien n'était plus étranger à la pensée de l'auteur que de prédire la résurrection universelle, comme le veulent la théologie et l'exégèse traditionnelles.
2 II convient de rappeler qu'en hébreu un seul et môme mot [rouah] exprime les notions de souffle, vent, respiration (souffle vital], esprit et force divine. Dans une traduction moderne, on a tort de s'obstiner à s'en tenir à une seule do ces expressions.
3 Chap. III, 22.
4 Humainement parlant, c'est impossible; la toute-puissance divine est réservée.
^ Le sou/fie (vital) est un élément ou principe analogue au vent ; aussi bien vient-il des quatre vents ^ c'est-à-dire de toutes parts, et comme une portion de la masse totale de l'air ; comme Israël lui-môme reviendra de partout. Comp. d'ailleurs l'histoire de la création de Thomme, Gen. II, laquelle est directement rappelée au V. 4, où Jébova parle de son souffle qu'il inspire aux corps pour les faire vivre.
ossements-la, c'est ia maison d'Israël. Ils disent : nos ossements sont desséchés, notre espérance est minée, nous sommes perdus! Pour cela, prophétise et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur, TÉtemel : Voyez, je vais ouvrir vos tomheaux et vous en faire sortir, o mon peuple, et je vous ramènerai dans la terre d'Israël ; pour que vous reconnaissiez que moi je suis rËtemel, quand j'ouvrirai vos tombeaux et que je vous en ferai sortir, à mon peuple I Et je mettrai en vous mon soulBe, pour que vous reveniez à la vie, et je vous replacerai dans votre patrie, afin que vous reconnaissiez que moi, l'Étemel, je l'ai dit et fait : c'est la parole de l'Éternel !
XXXVIIP.
Et la parole de l'Éternel me fut adressée en ces termes : Toi, (ils d'homme^ prends une pièce de bois et écris dessus : «De Jada et des Israélites ses associés» ; puis, prends encore une pièce de bois et écris dessus : cDe Joseph, bois d'Éphraïm, et de tous les Israélites ses associés*.» Puis rapproche-les l'une de l'autre^ de manière que ce soit une seule pièce de bois, réunie en ta main. Et lorsque les enfants de ton peuple s'adresseront à toi pour dire : Explique-nous donc ce que cela doit signifier! tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Voyez, je prends le bois de Joseph', qui est entre les mains d'Éphraïm, et les tribus d'Israël ses associés, et je les mettrai avec le bois de Juda, pour en faire un seul bois, et pour qu'ils soient réunis dans ma main. Et en tenant dans ta main les pièces de bois sur lesquelles tu auras écrit, de manière qu'ils les voient, tu leur diras : Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel : Voyez,
^ La nation, ainsi restaurée et ramenée dans sa patrie, formera dès lors une unité sous un seul roi (XXXIV, 23). Ceci est encore représenté par un acte symbolique, malheureusement assez peu clair. Ézécbiel doit prendre deux pièces de bois, y inscrire les noms des deux portions du peuple^ séparées politiquement depuis des siècles, et les réunir. Mais on n'apprend rien sur la forme de ces bois, ni sur le mode de leur réunico, bien que celui-ci dépende de celle-là.
^ Joseph représente lunité des deux plus puissantes tribus du royaume septentrional, Éphraïm et Manassé ; ÉphraUn cependant est encore nommé k part, comme se trouvant d'ancienne date à la tête de la ligue. A côté de chacune des deux tribus prédominantes, il y en avait d'autres, ses associés. Avec Juda, par exemple, se trouvait Siméon et une partie de Benjamin. {De Juda, sous-entendez : Bois.)
' Le bois de Joseph, qui est entre les mains d'Éphraïm, ne peut pas être le morceau de bois que le prophète a en main, mais c'est le royaume représenté par celui-ci. De même le bois de Juda est l'autre royaume. La phrase cependant n'est pas bien clairemeot exprimée, le texte disant : je les mettrai sur lui (sur quoi?) avec le bois de Juda.
je vais prendre les enfants d'Israël de chez les peuples où ils sont allés, je les rassemblerai de toutes parts et je les ramènerai dans leur patrie^ et je ferai d'eux un seul peuple dans le pays, sur les montagnes dMsraël; un seul roi régnera sur eux tous, ils ne redeviendront plus deux peuples, et ne se diviseront plus en deux royaumes ; ils ne se souilleront plus par leurs idoles et leurs faux dieux et tous leurs péchés ; et je les délivrerai de toutes leurs transgressions^, par lesquelles ils se sont rendus coupables ; je les purifierai, et ils deviendront un peuple à moi et je serai leur dieu. Et mon serviteur David sera leur roi, et ils auront tous un seul berger; ils suivront mes lois, ils observeront mes commandements et les pratiqueront. Et ils demeureront dans le pays que j'ai donné à mon serviteur Jacob, et que vos përes ont habité aussi ; ils y demeureront, eux et leurs fils et leurs neveux à tout jamais, et mon serviteur David sera leur prince à tout jamais^. Et je ferai avec eux une alliance de salut ; ce sera avec eux une alliance éternelle, et je
les mettrai ^, et je les multiplierai, et j'établirai mon sanctuaire
au milieu d'eux à tout jamais. Ma demeure sera au-dessus d'eux ^, et je serai leur dieu, et ils deviendront un peuple à moi. Et les nations reconnaîtront que c'est moi, l'Éternel, qui sanctifie Israël, quand mon sanctuaire sera au milieu d'eux à tout jamais!