‹ La Bible (volume 2)Chapitre 90 sur 93 · CINQUIÈME SIÈCLE AVANT JÉSUS-CIIRIST · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SIÈCLE AVANT JÉSUS-CIIRIST

Le plus petit écrit de rAncien Testament a donné lieu à une des plus interminables controverses critiques entre les savants hébraîsants, et il est très-peu probable que le problème, dont nous allons soumettre les éléments à nos lecteurs, reçoive jamais une solution généralement satisfaisante. Le personnage auquel Tinscription attribue les quelques versets qu*on va lire, nous est absolument inconnu. Les anciens déjà n*en savaient rien, car, outre le nom propre, cette inscription ne nous fournit pas le moindre ren seignement, et ce nom même est incertain, en tant qu'il s*agit de sa véritable prononciation. Dans les écoles râbbiniques, auxquelles nous devons notre texte dans sa forme reçue, on s'est décidé à le prononcer 'Obadyah ; les Grecs, c'est-à-dire les traducteurs juifs d'Alexandrie, ont lu 'Abdiyah, et c'est sous cette dernière forme, tant soit peu hellénisée, qu'il a passé dans les bibles latines et françaises. Ce qui divise les érudits, c'est la question, chronologique, l'incertitude relativement à l'époque à laquelle il faudrait assigner la rédaction du seul oracle que nous possédons de ce prophète. A cet égard, les opinions sont on ne peut plus divisées. Pour les uns, *Obadyah est le plus ancien de tous les prophètes qui ont laissé des écrits ; pour d'autres, au contraire, il serait le tout dernier : le neuvième et le quatrième siècle sont ainsi les termes extrêmes d'une longue série de combinaisons contra-

dicloires, et ceux-là même qui se renferment avec leurs hypothèses dans un cercle moins étendu, ne peuvent s'accorder sur un point capital, à savoir, si le discours est antérieur ou postérieur à la ruine de Jérusalem. Il est vrai que le rang réservé à 'Obadyah par les rédacteurs du canon, le classe parmi les anciens prophètes, mais c'est là une combinaison comme une autre et la critique a plus d^une fois établi que les savants de la synagogue ont été sujets à se tromper comme d'autres mortels.

En présence d'une telle variété d'opinions, émises tour à tour par les représentants les plus autorisés de la science, il serait téméraire de promettre d'emblée une explication qui emporterait tous les suffrages. Il est même évident que les arguments décisifs font défaut à tout le monde. Il convient donc d'exposer avant tout les causes de ces hésitations et de ces divergences, sauf à essayer ensuite de faire pencher la balance des probabilités d'un côté de préférence à l'autre.

L'oracle de 'Obadyah est une menace contre les Édomites. Le prophète débute en disant que Jéhova a envoyé un héraut chez les nations païennes pour organiser une levée en masse contre .ce peuple qu'il a résolu de châtier, et qui se prévaut en vain de sa position en apparence inattaquable dans les gorges de ses montagnes. Malgré tout son savoir faire, il sera vaincu, pillé, massacré, pourchassé (v. 1-9). Puis l'auteur arrive à signaler les causes de cette explosion de la colère divine. C'est qu'Édom s^est associé aux ennemis d'Israël quand ceux-ci se sont emparés de Jérusalem. Quoique frère de Jacob, il a voulu avoir sa part du butin au moment de la détresse de Juda, et s'est réjoui des malheurs de celui-ci (v. 10-14). Mais le grand jour de la rémunération vengeresse est proche. Ce que les nations païennes ont fait à Israël, cela leur sera rendu avec usure : elles ont festoyé sur la sainte montagne , elles videront le calice à leur tour (v. 15, 16). Le peuple de Dieu reprendra le dessus et la race d'Ésaîi sera anéantie. Juda et Benjamin s'empareront de son territoire et en général de tous les pays voisins, parmi lesquels sont expressément nommés Éphraïm et G'ile ad, et à eux viendront se joindre ceux qui avaient été retenus captifs à l'étranger (v. 17-21).

Les Édomites, soumis autrefois par David, reconquirent leur indépendance du temps du roi Joram, vers 890 av. J.-C. (2 Rois VIII, 20). Subjugués de nouveau par Amaçyah et *Ouzziyah, vers

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la fin du neuvième siècle (2 Rois XIV, 7, 22), ils secouèrent définitivement le joug deis Israélites du temps d'Âhaz, vers 740 (2 Rois XVI, 6. 2 Ghron. XXVIII, 17). Nulle part, dans les notices historiques, du reste extrêmement succinctes, relatives à ces faits, il n'est question d*une prise de Jérusalem par les Édomites, ni d^une participation à une pareille conquête amenée ou dirigée par quelque autre ennemi (2 Rois XIV, 13. 2 Ghron. XXI, 16 ; XXV, 23). L'hypothèse que le morceau que nous allons lire pourrait se rapporter à Tune des catastrophes mentionnées dans ces derniers passages, ne repose donc sur aucune donnée positive, sur aucun témoignage explicite de l'histoire. Elle a été provoquée par des raisons d'un genre différent. D'un autre côté, il paraît certain que les Édomites profitèrent des guerres des Gialdéens sous Neboukadreççar, lesquelles amenèrent finalement la destruction de Jérusalem, pour assouvir leur haine invétérée et leur soif de pillage sur les malheureux Israélites. Les auteurs contemporains en parlent itérativement dans ce sens (Lament. IV, 21. Ézéch. XXXV. Ésaïe XXXIVj, et le souvenir de ces hostilités se conserva longtemps, peut-être pendant des siècles (Psaume GXXXVII, 7), et cela d'autant plus facilement, que les Édomites continuèrent à occuper une bonne partie de l'ancien territoire de la tribu de Juda.

Or, parmi les auteurs qui menacent Édom de la vengeance du ciel, se trouve aussi Jérémie, dans le livre duquel il y a un morceau dont l'analogie frappante avec une portion du texte de 'Obadyah a été la cause principale des embarras de la critique (Jér. XLIX, 7 suiv.). En effe^, il est impossible de méconnaître, nous ne dirons plus même une grande analogie, mais une véritable identité entre certaines parties des deux textes. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à mettre à côté des v. 1-6 et 8 de 'Obadyah, les versets de Jérémie dans l'ordre suivant : 14, 15, 16, 9, 10, 7. Tout le monde reconnaît donc qu'il y a là un rapport de dépendance ; mais on se divise sur la question de savoir de quel côté est l'originalité. Plusieurs critiques plaident pour la priorité de Jérémie, un plus grand nombre pour celle de 'Obadyah. Nous avouons que si la question se posait dans des termes aussi simples, cette dernière opinion nous semblerait préférable. Jérémie a l'habitude de tirer parti de ses lectures. On n'a qu'à comparer, par exemple, le chapitre immédiatement précédent (XL VIII), l'oracle contre Moabj avec les chap. XV et XVI d'Ésaïe, et l'on trouvera un rapport du

même genre. Ici» les emprunts qu'il est censé avoir faits à *0badyali se présentent comme des lambeaux de texte, des phrases isolées, utilisées çà et là selon Toccasion, tandis que dans leur source présumée ces mêmes phrases forment une suite parfaitement simple et logique. On peut faire valoir encore en faveur du même point de vue plus d'une observation de détail, qu'il serait trop long d'énumérer ici. Cependant à Tégard de quelques éléments communs aux deux textes, un jugement opposé peut être rendu plausible aussi. Les faits ne sont donc pas absolument décisifs, bien que, nous le répétons, la plus grande somme des arguments soit pour la priorité de 'Obadyah. Mais cette manière de voir se heurte contre une difficulté majeure. Le discours de Jérémie est positivement antérieur à la destruction de Jérusalem, tandis que celui de 'Obadyah semble parler de celle-ci comme d'un fait accompli. Ceci est en contradiction flagrante avec le résultat de la comparaison des deux textes, tel que nous venons de le formuler, et ne peut que dérouter davantage la sagacité des historiens.

Les termes du problème ainsi posés, il nous semble qu'il n'y a qu'un seul moyen de les concilier, moyen assez hardi, il est vrai, et ne pouvant avoir d'autre valeur que celle d'une conjecture plus ou moins plausible, mais enfin tel, qu'il écarte les principales difficultés. Qu'on veuille bien remarquer que les rapports entre Jérémie et 'Obadyah se bornent aux huit premiers versets de celui-ci. De tout le reste, et notamment de tout ce qui se rapporte à la catastrophe de Jérusalem déjà consommée, il n'y a pas un mot dans le premier de ces deux prophètes. Nous devons en conclure que ce que Jérémie a eu sous les yeux, ce n'était pas le texte complet de *Obadyah, tel qu'il existe aujourd'hui. Ensuite il est à observer que dans la seconde partie de ce texte (v. 10-21), dont il n'y a pas de trace dans Jérémie, on rencontre un assez grand nombre d'éléments qui se trouvent aussi dans Joël (chap. IV), des mots, des phrases, des idées, dont le parallélisme évident ne saurait être l'efTet du pur hasard. Par là, notre prophète semble se caractériser suffisamment comme compilateur, et nous admettrons sans trop de peine, que dans la première partie aussi il aura utilisé quelque prophétie plus ancienne (trèd-ancienne peut-être) contre les Édomites, laquelle était aussi connue de Jérémie, qui se Tétait déjà appropriée d'une manière plus libre. Si l'on ne voulait pas expliquer les rapports entre les deux textes

par cette supposition d'un troisième plus ancien, devenu la source commune des deux autres, il faudrait bien nécessairement admettre, malgré les apparences, que Jérémie lui-même a été la source directe de *Obadyah.

Mais voici encore une considération à l'appui de notre hypothèse. Les différentes parties du texte de 'Obadyah ne paraissent pas trop bien s'accorder entre elles. En effet, dans celle qu'il a en commun avec Jérémie, la destruction d'Édom est représentée comme le fait des nations païennes, mandées exprès par Jéhova pour accomplir cette œuvre de vengeance. Dans l'autre partie, au contraire, c'est Israël lui-même qui est chargé de cette besogne, et à cet égard on peut même découvrir une idée analogue dans le texte correspondant de Joël (IV, 8).

Nous ne pouvons donc voir dans l'écrit de 'Obadyah qu'une œuvre de seconde main, une imitation sans grand mérite littéraire. Mais nous irons plus loin. Nous n'hésitons pas à exprimer l'idée qu'il n'a pas été rédigé sous l'impression immédiate des événements auxquels il fait allusion. La ruine de Jérusalem semble déjà appartenir à un passé plus ou moins éloigné. Le texte n'en peint pas les horreurs. Il ne reste que le sentiment de haine, le besoin de revanche, entretenu par des souvenirs devenus déjà un peu vagues. Et qu'on le remarque bien, cette haine s'adresse non aux Chaldéens, les véritables auteurs de la catastrophe, mais aux Édomites, qui n'y ont joué qu'un rôle secondaire. Nous en concluons que le compte des Chaldéens était réglé par la conquête de Cyrus, tandis que les Édomites occupaient toujours une partie du territoire et provoquaient ainsi constamment le patriotisme israélite. D'autres ont fait des remarques analogues, mais on pensait que l'auteur, vivant lui-même dans l'exil, pourrait avoir perdu de vue les Chaldéens maîtres du pays. Nous croyons que notre explication est plus conforme aux textes. Jérusalem aura déjà été rebâtie, les vainqueurs étaient anéantis à leur tour ; il ne restait que ces voisins, odieux et incommodes à la fois, dont la présence ravivait sans cesse les vieux griefs. Le Psaume GXXXVII, que nous avons déjà cité, prouve que ces sentiments subsistaient dans toute leur énergie, bien plus tard encore. Ils s'enracinèrent même tellement dans l'esprit des Juifs, que le nom d^Édom finit par désigner, dans la littérature des âges suivants, tout ce que le judaïsme haïssait le plus dans l'étranger, et notamment Rome et les Romains.

A. T. 2< port. — 11. 24

Ce n'est pas tout. Immédiatement après avoir comparé la maison de Jacob à un feu et la maison de Joseph à une flamme, qui dévoreront la maison d'Ésaû comparée à du chaume, c està-dire après avoir dit qu'Israël dans sa totahté détruira les Édomites, l'auteur annonce que Juda s'emparera des champs d'Éphraïm et de Samarie, et Benjamin de G'ile'ad. Ce passage est très-significatif. On a pu y voir les traces de la rivalité entre les deux royaumes, et partant une preuve que 'Obadyah aurait vécu et écrit du temps des anciens rois; nous y voyons au contraire une preuve de plus, que pour lui les tribus de Juda et de Benjamin représentent la nation, dépossédée de la plus grande partie de son territoire, et circonscrite, depuis la restauration de son temple, dans des limites très-étroites qu'un temps meilleur seul devra étendre de nouveau. Il ne s'agirait donc plus de l'époque de l'exil proprement dit, de la déportation babylonienne, et s'il y a encore des Israélites retenus de force au dehors et dont on espère le retour, c'est ailleurs qu'il faudra les chercher.

Vision de 'Obadyah.

Voici ce que dit le Seigneur, rÉternel, au sujet d'Édom*

Un message nous est arrivé de la part de rÉternel,

Un héraut a été envoyé parmi les peuples : Levez-vous 1 Mettons-nous en route pour le combat'!

Vois-tu 1 Je te fais petit parmi les peuples, Tu seras méprisé, on ne peut plus.

L'orgueil de ton cœur fa trompé.

Toi qui^ demeurant dans les gorges des rochers.

Établi bien haut^, Disais dans ton cœur : Qui me mettra à bas ? Quand tu élèverais ton aire comme Taigle, Quand tu la placerais entre les étoiles. Je t'en ferais descendre, parole de TÉtemel!

1 Cette première ligne est une espèce de suscription qui indique sommairement le sujet de l'oracle. Elle se sépare nettement de ce qui suit par la différence évidente du style, qui est ici celui de la plus simple prose. Tout de même, c'est Tauteur lui-même qui a dû l'écrire, puisque le nom d'Ëdom, qui est indispensable pour Tintelligence du reste, n'est pas reproduit dans les strophes qui suivent. Voyez une transition semblable, ci-dessus Zach. IX, 1 .

^ La ruine des Ëdomites doit être amenée par une attaque guerrière, pour laquelle Dieu lui-même mande les nations. Le prophète en parle comme ayant entendu l'appel adressé à celles-ci.

3 Litt.: la hauteur de ton siège, c'est-à-dire : lesquelles sont ton siège élevé. En hébreu, les pronoms passent de la seconde à la troisième personne, ce qui a dû être changé dans la traduction.

Sout-ce des voleurs qui sont entrés chez toi? Sont- ce des brigands nocturnes?

Comme tu es ruiné*!

Ils ont bien emporté assez!

Sont-ce des vendangeurs qui sont entrés chez toi? Ils ont bien laissé de quoi grapiller !

Comme 'Ésaw a été fouillé!

Comme ils ont été recherchés, ses trésors cachés ! Jusqu*à la frontière ils t'ont chassé

Ceux qui avaient été tes alliés ; Ils font trompé^ ils t'ont fait violence^

Ceux qui avaient été tes amis ; Ceux qui avaient été tes commensaux Ont mis le piège sous tes pieds :

C'en est fait de ta sagesse ^ !

Oui, en ce jour- là, dit rÉternel, Je ferai disparaître d'Édom les habiles, Et la sagesse des montagnes de 'Ësaw, Et tes guerriers, ô Téman, seront dans l'épouvante^

Pour que le dernier homme périsse Dans les montagnes de 'Ësaw, dans le carnage

^ La ruine d'Édom, tout à Theure prédite comme décidée et imminente, est représentée ici comme consommée. Tout de même, le sens de cette strophe, ainsi que celui de la suivante, est plus ou moins incertain. Nous exprimons ici la pensée que la catastrophe est telle, qu'on pourrait la comparer au spectacle que présenterait une maison dévalisée par des brigands, ou une vigne après les vendanges. Le poète a Tair de se récrier au sujet de l'état des choses qu'il entrevoit. D'autres cependant traduisent: Si ç 'avaient été des voleurs, ou des vendangeurs, ils auraient laissé quelque chose. Ici rien ne reste ! Mais, dans ce cas, il faut considérer la phrase : comme te es rmné! comme une parenthèse qui interrompt le discours.

5 Les obscurités de l'original sont ici telles, qu'on a de la peine à accepter le texte comme tout à fait authentique. Aussi bien notre traduction est-elle un peu libre et en partie conjecturale. On voit bien que les Édomites sont représentés comme un peuple riche et puissant, et vivant aujourd'hui en parfaite sécurité par suite de ses relations politiques et commerciales avec ses voisins. Mais cela changera. Ces alliés se toumeront contre eux, et la sagesse si renommée de la nation (1 Rois Y, 10] lui fera défaut au moment où elle aurait été le plus nécessaire. Pour trouver le sens que nous exprimons, nous avons dû introduire dans le texte un mot qui ne s'y trouve pas. Après les hommes de ton alliance (tes alliés] et les hommes de ta paix (tes amis), nous mettons les hommes de ton pain (tes commensaux]. Si l'on ne veut pas admettre cette ellipse, il faut traduire: Ton pain, ils en ont fait un piège sous toi, et le pain serait le symbole de la confraternité.

C'est à cause du crime contre ton frère Jacob *

Que la honte te couvrira, Et que tu seras anéanti à jamais !

Le jour où tu prenais position contre lui ^, Le jour où les ennemis emportaient son bien, Où les étrangers envahissaient ses portes Et jetaient le sort sur Jérusalem * —

Toi aussi, tu étais du nombre!

Mais ne te repais pas ^ de la journée de ton frëre^

De la journée de son désastre ; Ne te réjouis pas au sujet des enfants de Juda,

Au jour de leur ruine ; N'ouvre pas la bouche si grande,

Au jour de leur détresse.

Ne vas pas envahir la porte de mon peuple,

Au jour de son malheur.

Ne te repais pas, toi aussi, de son revers^

Au jour de son malheur.

Ne porte pas la main sur son bien.

Au jour de son malheur^ Ne te poste pas dans le carrefour,

Pour massacrer ses fuyards.

Ne livre pas ce qui en reste.

Au jour de la détresse 1

Car elle est proche, la journée *<* de TÉternel sur tous les peuples : Ce que tu as fait, te sera fait.

Tes actes retomberont sur ta tète I

c AUusion directe à un fait historique, ob. les Édomites se sont joints aux ennemis de Juda, pour donner le coup de gr&ce au royaume des Isaîdes. D'après la généalogie ethnographique de la Genèse *Ésaw (Ëdom) et Jacoh étaient frères. La ruine prochaine d'Édom sera donc la revanche pour celle de Juda. Comp. Jodl IV, 19.

"^ Cette ligne et la dernière de la strophe ne s'accordent pas bien ensemble au point de vue logique ou sjntactique. En s'arrêtant à la description de l'invasion ennemie, l'auteur oublie qu'il a commencé sa phrase à un autre point de vue.

8 Comp. Joôl IV. 3.

0 Le fait reproché aux Édomites appartenait au passé. Le poëte se le représente comme actuel ou permanent. On comprend que ce qu'il a l'air de leur interdire, lui était dicté par le souvenir de la réalité historique. Le passage est un peu monotone à force de répétitions.

10 Du jugement rémunérateur. Comp. Joël IV, 14, 4, 7.

Oai, comme vous vous êtes mis à boire sur ma sainte montagne, Ainsi on fera boire à toutes les nations sans répit ' * ; Elles boiront, elles s'enivreront**, Elles seront comme si elles n'avaient jamais été.

Mais sur la montagne de Sion il y aura un reste sauvé;

Elle sera sacrée*', [possessions.

Et ceux de la maison de Jacob s'empareront de leurs** Et la maison de Jacob sera un feu, Et la maison de Joseph *^ une flamme, Et la maison de 'Ësaw du chaume :

Ils les allumeront et les dévoreront.

Il ne restera rien de la maison de clsaw : C'est l'Éternel qui le dit.

Et ceux du midi** s'empareront des montagnes de 'Ësaw, Et ceux de la plaine du pays des Philistins ;

11 II 7 a ici un jeu de mots facile à saisir. Le temple a été profané par les festins et les excès des vainqueurs ; la punition consistera en ce que Jéhova leur fera vider la coupe de sa colère, au fond de laquelle ils trouveront leur ruine complète et définitive.

1^ Mot de sigûification douteuse; on l'interprète du tapage que font les gens ivres. L'étymologie permettrait de l'entendre du mouvement de la langue qui aspire et lèche la dernière goutte.

18 Désormais inaccessible aux ennemis du peuple de Dieu. Le reste, qui survit et qui formera la souche de Tlsraël de l'avenir, nous rappelle ce qui a été dit plus haut de massacres et de captivité. Joél III, 5 ; IV, 17.

l'^ n est difficile de déterminer le sujet de ce pronom. L'auteur veut-il parler déjà ici de la conquête du pays d'Ëdom par les Israélites, ou veut-il parler de la rentrée de ceux-ci dans leur patrie ?

^^ La restauration préalable de la nation tout entière rentre dans le cercle des idées et des espérances des prophètes. Joseph représente le royaume d'Éphralm. Cependant il ne serait pas impossible que, dans ce passage, les deux noms propres fussent absolument synonymes et qu'il ne fClt pas question des tribus du nord. Voyez v. 19.

1^ Le territoire de Juda se divisait naturellemeut.en plusieurs districts : la montagne, au centre; la plaine, à l'ouest ; la lande, à l'est, et le négUb (probablement: pays sec], au midi. Le prophète veut dire que Juda se fortifiera de manière que les habitants de chaque district franchiront leurs frontières et s'empareront du territoire le plus voisin. Dans cette supposition. Benjamin représenterait la portion du peuple occupant la partie orientale du territoire et franchissant désormais le Jourdain, et la portion non nominativement désignée (ils prendront possession}, ce seraient ceux qui s'étendraient vers le nord, pour occuper ce qui avait autrefois formé le royaume d'Éphralm ou de Saœarie. Si l'on ne veut pas exclure les Éphralmites de la participation au bonheur de Ta venir, il faut les comprendre dans ce mot : ils, qui représenterait alors plutôt la totalité de la nation. Mais dans l'introduction nous avons donné une autre explication.

Ils prendront possession des champs d'Éphraïm,

Et des champs de S'omerôn, Et Benjamin s'emparera de G'ile'ad.

Et les déportés de cette armée d'Israélites, Qui sont [parmi] *' les Cananéens jusqu'à Çarpat, Et les déportés de Jérusalem

Qui sont en Sparad,

S'empareront des villes du midi.

Et des libérateurs '^ s'élèveront sur la montagne de Sion,

Et domineront sur les montagnes d'Éphraïm,

Et l'empire sera à l'Éternel.

1'' Correction conjecturale, d'après le parallélisme, d'an texte passablement obscur. Il parait que l'auteur voulait dire que ces conquêtes ne seront pas faites seulement par et pour le reste sauvé (v. 1*7], mais que ceux-là aussi y auront part, qui ont été les victimes de la catastrophe et qui alors reviendront dans leur patrie. Çarpat est une ville phénicienne dont il est fait mention dans l'histoire du prophète Élie (1 Rois XVII, 9), tout au nord de la Palestine. Quant à Sparad, c'est un lieu absolument inconnu. Les Juifs appliquent le nom à l'Espagne ou au Bosphore ; d'autres ont pensé à Sparte ou à Sardes, capitale de la Lydie, dont on croit avoir reconnu le nom dans les inscriptions cunéiformes, sous la forme de Çprd,

1^ Des héros, pareils aux anciens juges d'Israël, également ainsi désignés.

(Malachie)

Nous arrivons enfin au dernier de cette longue série d'écrivains dont l'esprit supérieur et la parole austère avaient pris, durant quatre siècles, la direction du peuple Israélite, et dont les ouvrages ont fini par être réunis en faisceau par la pieuse reconnaissance d*une génération mieux disposée à leur égard que celles auxquelles ils s'étaient adressés directement. Le prophète dont nous allons nous occuper est bien certainement le dernier de tous dans l'ordre chronologique, et nous ne lui ferons pas tort en signalant, dans les quelques pages qu'il nous a laissées , les indices précurseurs de l'avènement d'une tendance qui, tout en consolidant l'œuvre de cette illustre phalange des hérauts de Jéhova, rendait en même temps superflues les formes traditionnelles de leur activité.

Mais avant d'entretenir nos lecteurs de l'écrit même qui nous reste à étudier, nous devons justifier la manière dont nous l'introduisons, et qui n'aura pas manqué d^étonner la plupart d'entre eux. Nous leur annonçons encore une fois un prophète anonyme, et pourtant toutes nos bibles, anciennes et modernes, sans en excepter le texte original, nous donnent ici le nom de Malachie (Maîeaki), un nom qui, d'ailleurs inconnu, ne saurait

380 ANONYME (mALACHIB).

éveiller les soupçons de la critique, comme cela a pu être le cas pour une partie des livres d'Ésaïe et de Zacharie. Tout de même le doute, bien qu'il n'ait jamais pu l'emporter sur la tradition, est presque aussi ancien que celle-ci, et nous n'hésitons pas, pour notre part, à le regarder comme parfaitement autorisé.

En effet, le mot hébreu Maleaki signifie tout bonnement : mon messager, ou bien encore: ma manifestation ^ et il nous est impossible d'admettre qu'un pareil nom ait pu être donné à un enfant nouveau-né, d'autant plus que dans le second des sens indiqués il ne s'applique jamais qu'à Dieu. Aussi bien un grand nombre de commentateurs, surtout de nos jours, pensent que ce n'est là qu'une abbréviation de la forme complète du nom, qu'on suppose conservée dans la bible grecque, et transmise de là aux versions latines et françaises : Maleak-yah (Malachias), ce qu'on traduit par messager de Dieu. Mais ici la même objection se reproduit, peut-être avec plus de force encore. Ajoutez à cela que dans la suscription même du livre, où l'original dit : Parole de rÉter7iel adressée à Israël par T organe de Maleaki, la version grecque porte : par r organe de son messager; ce qui prouve clairement que dès l'époque de l'origine du recueil on n'était pas suffisamment édifié sur la personne et le nom de Tauteur. Plus tard encore, la paraphrase chaldaïque nomme Esdras comme auteur, et regarde l'autre nom comme un titre honorifique donné à ce personnage. Nous devons donc nous demander s'il y a moyen de savoir d'où vient un nom si singulier, et que les plus anciens témoins déjà avaient de la peine à prendre pour un nom propre.

Pour répondre à cette question, il faut d'abord remarquer que dans la collection des prophètes, telle qu'on la possédait sans doute dès le second siècle avant notre ère, c'était là le seul ouvrage resté anonyme. Car les textes de différents auteurs qu'on avait ajoutés au volume d'Ésàïe (dont le livre était placé dans l'origine après ceux de Jérémie et d'Ézéchiel), avaient fini par être regardés comme appartenant également à cet auteur. De même, les deux opuscules anonymes placés à la fin du quatrième volume des prophètes, de ce qu'on appela plus tard le recueil des petits prophètes, ou plus simplement les Douze, finirent par être considérés comme une partie intégrante du livre de Zacharie. A une certaine époque il n'y avait donc plus que ces quelques pages qui font l'objet de notre discussion actuelle,

qui manquassent encore d'un titre comme Importaient toutes les autres parties du recueil, et l'on comprend que les docteurs de la synagogue songeassent à remédier de manière ou d'autre à cet inconvénient. Or, on connaît la coutume des écoles juives, de désigner soit des livres entiers, soit aussi des chapitres ou sections, par des mots pris dans les textes mêmes, ordinairement, mais pas nécessairement, par les premiers. Ceci nous donnera la clef de l'énigme dont nous cherchons la solution. Le petit écrit du dernier des prophètes, autrement de fort peu d'importance pour les générations suivantes, contenait un passage qui, phis que tout le reste, attirait l'attention des lecteurs : nous voulons parler de la seule prédiction positive qui s'y trouve, dans l'ordre des idées d'avenir, qui n'avaient jamais cessé de préoccuper les prophètes et qui bientôt devinrent le centre des aspirations religieuses de la nation. Voyez, dit notre auteur, y^ vais envoyer mon messager (chap. III, 1) ; et plus loin (v. 24), dans un passage qu'on aimait à combiner avec l'autre, ce messager recevait même le nom d'Élie. On sait par les récits évangéliques quel rôle a joué cet Élie précurseur dans le drame des évolutions finales dont le siècle apostolique nourrissait son imagination . Nous n'examinerons pas ici si la traduction par : mon messager, est la plus juste ou la seule admissible, ou s'il ne s'agit pas plutôt d'une manifestation personnelle de Dieu , comme c'est le cas dans les anciens livres historiques, quand ils se servent du même terme. Il nous suffira de constater que les Juifs ont adopté la première explication, et nous comprendrons sans peine que le passage en question, le passage du Maleaki, a fourni le terme technique pour désigner l'écrit anonyme, un écrit qui, placé tout à la fin du volume sacré dans sa plus ancienne forme (loi et prophètes), et avant qu'on y ajoutât le recueil des livres dits Hagiographes, montrait pour ainsi dire du doigt l'avènement désiré d'un nouvel ordre de choses. De là, à l'opinion que c'était un nom d'auteur, il n'y avait plus qu'un pas.

Jetons maintenant un coup d'œil sur le livre lui-même. Tout petit qu'il est, il se compose de cinq morceaux différents, la plupart très-courts et ne pouvant guère être appelés des discours. Le premier est le plus long de tous (chap. I, 1- II, 9). C'est une invective assez violenle, dirigée d'abord contre le peuple de Jérusalem en général, ensuite tout spécialement contre les prêlres et les Lévites, auxquels le prophète reproche d'amener à

382 ANONYME (mALAGHIE).

Tautel des bêtes tarées, au lieu de yictimes de choix, telles qu'.elles convenaient aux rites sacrés et qu'elles étaient prescrites par la loi. Dès ce début, nous nous étonnons de voir une pareille énergie de langage dépensée pour un intérêt si infiniment moins élevé que ceux pour lesquels les anciens déployaient la généreuse audace de leur polémique. Une seconde réprimande plus courte, mais plus obscure dans l'énoncé des détails, concerne deux autres coutumes blâmables des contemporains, les mariages mixtes, de Juifs avec des femmes païennes, et Thabitude du divorce (cbap. II, 10-16). Suit une allocution d'ime portée plus générale (chap. II, 17 -III, 6), laquelle, en formulant une série de griefs contre les deux éléments de la population, annonce la venue de Dieu pour le grand jugement. Le quatrième morceau (chap. III, 7-12) parle en termes amers des fraudes commises à l'égard de la dlme et des autres oblations légales. Enfin, l'écrit se termine (chap. III, 13-24) par l'annonce d'un triage que Jéhova fera entre les hommes rebelles à sa volonté et mécontents de son gouvernement, et ceux qui sont restés fidèles à ses commandements et confiants en ses promesses. À ceux-ci luira le soleil du salut et le prophète Élie viendra inaugurer parmi eux l'ère de la paix et du bonheur.

On voit par ce rapide résumé que l'auteur a vécu à une époque où il n'était plus nécessaire de prémunir les esprits faibles contre les séductions du polythéisme. Il est encore question d'égarements moraux, mais la principale préoccupation du prophète, ce sont les transgressions relatives à la partie plus ou moins matérielle de la loi mosaïque, nous dirions volontiers les délits politiques. L'organisation de la hiérarchie, le paiement des redevances, l'observation régulière des rites, et la séparation plus stricte d'avec l'étranger, étaient devenues la base de l'ordre des choses établi dès avant la fin du premier siècle après la restauration du temple. Car c'est bien à cette époque que nous devrons rapporter la composition de cet opuscule. Il n'y a pas de doute : le temple dont Aggée et Zacharie avaient poussé les travaux, existait maintenant (I, 10; III, 1, 10), et son culte est censé fonctionner régulièrement. La loi était connue et promulguée, car il y est fait allusion en plusieurs endroits. Mais le peuple, pauvre et découragé, parce que les promesses fantastiques dont on l'avait nourri ne s'étaient pas accomplies, se montrait peu exact à remplir ses devoirs religieux, qui dès lors

consistaient avant tout à entretenir la caste sacerdotale, à laquelle, si nous ne nous trompons fort, notre anonyme appartenait lui-même. On est surtout frappé de Tidentité des plaintes consignées dans son écrit au sujet des dîmes et des mariages mixtes, avec celles que formule, avec non moins d'énergie, le gouverneur Néhémie dans ses mémoires (chap. XIII), lequel cependant sut leur donner une sanction bien autrement efScace que celle d'une stérile parole. Ces différentes données nous portent à placer la rédaction du livre après la promulgation de la loi par Esdras (458 suiv.), et avant le dernier séjour de Néhémie à Jérusalem (432). On pourrait même faire valoir en faveur de cette hypothèse la circonstance que l'auteur parle d'un gouverneur (I, 8), de manière que ce que Néhémie dit de lui-même (Néh. V, 14 suiv.), semble prouver qu'il s'agit de quelqu'un d'autre.

Avec notre anonyme, nous sortons donc de «la sphère de l'antique prophétisme généralement si enthousiaste et si poétique, et nous commençons à respirer l'air de la prosaïque et positive légaUté. Les généreuses illusions des grands hérauts de l'avenir avaient perdu leur prestige en face des petites misères de la réalité, et surtout parce qu'elles avaient trop peu tenu compte des conditions naturelles des événements d'ici-bas, trop peu demandé aux hommes et au temps, et trop attendu de Dieu et de son action immédiate, soudaine et décisive. L'horizon du prophète-prêtre est singulièrement rétréci. S'il ose encore jeter un regard au-delà des limites des intérêts du moment, cela nous apparaît plutôt comme l'effet de l'habitude, comme la conséquence de la règle tracée, que commele fruit d'une inspiration coulant de source. Cette actualité tout à fleur de terre, cette polémique toute bourgeoise à propos d'affaires de ménage et de perception, déteint nécessairement sur le style. La foi n'est pas entamée, mais le ton a baissé ; la critique est encore pleine de vivacité, mais les moyens rhétoriques semblent épuisés, ou bien ils manquent leur effet par la monotonie de l'usage.

Malgré tout cela, ce n'est pas sans un sentiment de profonde sympathie qu'on contemple ce dernier et pâle reflet du soleil couchant du prophétisme hébreu. Si l'énergie de l'espérance, qui autrefois soutenait les conducteurs spirituels de la nation dans les circonstances les plus difficiles, en face de l'opposition qui frémissait autour d'eux et des catastrophes qui menaçaient du

384 ANONYME (mâLACHIe).

dehors, était faite pour commander notre admiration, pouvonsnous la refuser à la fidélité qui savait conserver le dépôt sacré dans une situation où Tindifférence et Tégoîsme des hommes et les mesquines proportions des choses devaient jeter le découragement dans l'esprit du patriote ? Eh bien, le dernier accent que nous entendons dans cette sphère est encore un appel à Tavenir ; c'est encore la gloire de la nation régénérée et non l'intérêt des individus qui provoque un effort suprême de sa part. Nous voyons le prophète inspiré par la grande idée que son peuple est destiné par la Providence à sauver, pour le bien de l'humanité, un trésor de vérités dont il a si rarement profité lui-même, et nous ne pouvons oublier qu'il lui était réservé aussi le sort tragique de mourir à la tâche en l'accomplissant.

Déclaration de la parole de TÉteroel adressée à Israël par Torgane

de Maleaki.

Je vous ai aimés, dit rÉternel; et si vous dites : Comment est-ce que tu nous as aimés ? 'Ésaw n'est-il pas frère de Jacob ? dit rÉternel ; cependant j'ai aimé Jacob et j'ai haï 'Ésaw ; j'ai changé ses montagnes en une solitude et son héritage a passé aux chacals du désert. Si Ëdom dit : Nous avons été écrasés, mais nous rebâtirons les ruines I — voici ce que dit laheweh Çebaôt : Eux ils bâtiront, et ipoi je détruirai; leur nom sera Territoire du crime et Peuple du courroux de Dieu, à tout jamais. Vos yeux le verront et vous direz : l'Éternel est grand sur le territoire d'Israël * I

Un fils honore son père '*, et un serviteur son maitre : or, si je suis père, moi, où est mon honneur? et si je suis maitre, où est le respect? dit laheweh Çebaôt, à vous, prêtres, qui méprisez mon nom'!

1 Cet exorde fait évidemment aliasion à une catastrophe qui a dû récemment frapper les Édomites, les descendants de *£saw, le frère de Jacob, d'après les généalogies de la Genèse, où les individus représentent des peuples. Ce fait est signalé par le prophète comme une preuve de la prédilection toute libre et gratuite de Jéhova pour les Israélites issus de l'autre frère (Rom. IX, 13). — Les chacah sont sujets à caution, le mot ne se trouve qu'ici, et est différemment traduit par les modernes. — Leur nom sera, etc., le nom étant censé être en rapport avec la réalité, celui qui leur est donné ici, indique donc et leurs actes et leurs destinées.

^ La transition peut paraître brusque, au point de faire regarder le morceau suivant comme indépendant du précédent. Cependant la liaison s'établit assez naturellement par l'antithèse. Les actes d'Israël ne sont point en rapport avec les avances de Jéhova, et dès l'abord, en demandant : comment donc Dieu nous a-t-il aimés, le peuple fait voir son ingratitude.

^ C'est aux prêtres que le discourô s'adresse ici de préférence. Ils sont accusés de mépriser le nom de Dieu. Le prophète, pour expliquer ce reproche, semble tourner d'abord dans un cercle, sans rien préciser. Mais on voit bientôt qu'il s'agit de victimes ayant des défauts, et telles que la loi les proscrivait, telles encore qu'un simple supérieur laïque ne les accepterait pas comme redevance. En se permettant de pareilles contraventions, les prâtres montrent bien qu'ils font peu de cas de la dignité de celui auquel sont offerts les sacrifices, et qu'ils regardent l'autel comme une table profane et ordinaire.

A. T. 2- part. — II. 25

386 ANONYME (mal. I, 7-14).

Et si VOUS dites : Comment est-ce que nous avons méprisé ton nom? C'est en mettant sur mon autel de la viande profane. Et si vous dites : Comment est-ce que nous t'avons profané ? C'est en disant : La table de TÉtemel est méprisable. Eh I quand vous amenez un animal aveugle pour l'immoler, il n'y a pas de mal à celai? et quand vous en amenez un boiteux ou malade, il n'y a pas de mal à cela ? I * 0£frez-le donc à votre gouverneur ! sera-t-il content de vous, ou vous sera-t-il bien favorable? dit l'Éternel. Or donc, allez implorer Dieu, pour qu'il ait pitié de vous * I De vos propres mains vous faites de telles choses — sera-t-il bien favorable à l'un de vous ? dit l'Éternel. Ah I que quelqu'un de vous fermât les portes ^, et que vous n'allumiez plus vainement le feu de mon autel I Je ne prends pas plaisir à vous, dit l'Éternel, et je ne veux point de l'offrande de vos mains. Car du levant au couchant mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu on brûle de l'encens à mon nom et des offrandes pures *. Car mon nom est grand parmi les nations, dit l'Éternel, mais vous le profanez, en disant : La table de l'Éternel est profane et son produit est méprisable [sa chère] ^. Et si vous dites : Ah, quelle fatigue 1 et si vous le dédaignez, dit l'Étemel, et si vous amenez ce qui a été ravi, et ce qui est boiteux et malade, et si vous m'apportez cela comme offrande, est-ce que je l'accepterai bien de vos mains? dit l'Éternel. Et maudit le trompeur, qui, ayant un mâle dans son troupeau, voue et immole au Seigneur une mauvaise femelle' I Car je suis un grand roi, dit laheweh Çebaôt, et mon nom est craint parmi les nations. Or donc, prêtres, à vous

4 Le but des sacrifices étant toujours de s'assurer la grftce de Dieu, il n*est pas nécessaire de s'enquérir ici du motif spécial de cette prière, comme s'il s'agissait de quelque fait particulier. Toute cette partie du discours est d'ailleurs ironique, ce que nous avons pu rendre plus sensible par l'emploi des signes d'exclamation et d'interrogation.

^ Les portes de la cour où se trouvait Tautel des sacrifices. L'auteur veut dire: De la façon dont vous agissez, autant vaudrait faire cesser le culte tout à fait.

0 On demande dans quel sens il faut entendre cette assertion. Est-ce use pure prédiction ? s'agit-il des Juifs fidèles dispersés dans le monde entier t ou bien l'auteur reconnaitrait-il dans les religions païennes mdmes un élément de vérité, une profession instinctive, qu'il opposerait aux profanations de ceux qui devraient être les plus parfaits ?

'^ Nous sommes enclin k penser que ce dernier mot n'est qu'une glose pour expliquer le premier. Autrement la construction syntactique de la phrase originale serait très-embarrassée. D'après la note sur le v. 6, le sens est: que les prêtres ne savent point respecter la sainteté de la table de Dieu à laquelle ils participent ; et qu'an lieu de s'en faire un honneur, ils n'y voient qu'un travail fastidieux.

s Les prêtres ne sont donc pas les seuls coupables que le prophète a en vue.

ANONYME (mal. II, 1-9). 387

ce mandement : Si tous n'écoutez pas, et si vous ne prenez pas à cœur de donner gloire à mon nom, dit rÉternel, je lancerai contre vous la malédiction, et je maudirai vos bénéfices^, ou plutôt, je les ai maudits, puisque vous ne le prenez point à cœur. Voyez 1 je vous enlèverai Tépaule *^ et vous jeterai la fiente au visage, la fiente de vos victimes, et Ton vous y jetera à votre tour *', et vous reconnaîtrez que j'ai lancé contre vous ce mandement, pour qu'il devienne mon pacte avec Lévi*', dit rÉternel. Mon pacte avec lui, c'avait été la vie et le bonheur; je les lui avais proposés comme un motif d'obéissance", et il me craignit, et respecta mon nom. Un enseignement fidèle était dans sa bouche, et il n'y avait point de mensonge sur ses lèvres. Il marchait avec moi en droiture et intégrité, et nombreux étaient ceux qu'il ramenait du péché. Car les lèvres du prêtre doivent garder la connaissance'^, pour qu^on vienne chercher l'instruction de sa bouche : car il est le messager'^ de l'Éternel. Mais vous, vous vous êtes écartés du chemin; vous en avez fait broncher beaucoup d'autres par votre enseignement; vous avez annullé le pacte de Lévi, dit l'Éternel. Et moi aussi, je vous rends méprisables et vils pour tout ce peuple, puisque vous ne gardez pas mes voies et que vous êtes partiaux dans vos arrêts^*.

^ Les revenus en nature, soit de l'autel, soit de la dîme, etc. D'autres traduisent i vos bénédictions (dont vous bénissez le peuple). Mais alors ce ne seraient pas les prêtres coupables que frapperait la malédiction.

10 D'après les Septante. Il s'agit de l'épaule de la victime, qui revenait au prêtre sacrificateur comme son bénéfice. Le texte hébreu fait dire au prophète la semence (téra * pour teroa *), ce qui ne donne pas de sens plausible.

1 ^ Sens douteux. La menace faite aux prêtres, qu'ils seront eux-mêmes jetés sur le fumier, est bien crue et dure.

I^ Â la place de l'ancien pacte fait au Sinaî. Cet ancien pacte est décrit dans les lignes suivantes, et les deux rapports, ainsi opposés l'un à l'autre, caractérisent d'autant mieux la profonde décadence de la caste sacerdotale. La description de l'ancien pacte commence par les résultats qu'il avait, ou devait avoir, pour Lévi, et arrive plus loin seulement à Ténumération des devoirs à remplir et effectivement remplis.

^3 Litt.: de crainte ; mais on voit qu'il s'agit de la crainte de Dieu dans le sens moral et pratique. — Un enseignement fidèle, est celui qui est conforme a la volonté de Dieu.

14 II doit être le dépositaire des commandements de DieU| MWir ce qu'il convient que les autres apprennent par lui.

15 Aggée I, 13.

lOMich. 111, il.

388 ANONYME (mal. II, 10-16).

N*avoDs-DOus pas tous un même përe? N'est-ce pas uu même Dieu qui nous a créés? Pourquoi donc manquons-nous de foi Van à l'autre, de manière à violer le pacte de nos pères? Juda manque à sa foi, et une chose abominable se fait en Israël et à Jérusalem : Juda a profané le sanctuaire de TÉternel, que celui-ci a aimé^ et a épousé la fille d'un dieu étranger. A celui qui fait cela^ que rÉternel extermine^ des tentes de Jacob, quiconque veille et parle, quiconque apporterait des offrandes à laheweh Çebaôt. Et voici une seconde chose que vous faites : vous couvrez de larmes l'autel de rÉternel, de pleurs et de sanglots, de manière qu'il ne regarde plus Toffrande, et qu'il n'accepte plus de dons de vos mains. Et si vous dites : Pourquoi cela? C'est que TÉternel a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse, à laquelle tu manques de foi, bien qu'elle soit ta compagne, la femme unie à toi par un pacte. Nul n'a fait cela, qui ait eu un reste de bon sens. Et que fit l'un ? il cherchait la progéniture de Dieu I Vous donc, prenez garde à votre vie, et ne manquez pas de foi à la femme de votre jeunesse. Car je hais le divorce, dit l'Éternel, le Dieu d'Israël ; et celui qui charge son vêtement d'un crime, dit laheweh Çebaôt. Vous donc, prenez garde à votre vie, et ne manquez pas à votre foi*.

1 Ce morceau présente des difficultés très-grandes et en partie insormontables. Le discours procède par allusions, plutôt qu4l n'expose le sujet d'une manière précise. On peut bien se rendre compte, d'une manière générale, de l'intention du prophète : mais l'interprétation de plusieurs détails est sujette à caution (v. 11. 12], et en plusieurs endroits il y a lieu de suspecter l'intégrité du texte (v. 15, t6). Les anciennes versions déjà sont de nature à constater soit la défectuosité, soit l'obscuriti de celui-ci. Voici cependant quelques remarques qui pourront orienter le lecteur. Les V. 10-16 se détachent de ce qui les précède et les suit, de manière à former un discours ou un fragment particulier. Il y est question de deux faits (v. 13> voici une seconde chose} que le prophète trouve à critiquer sévèrement chez ses contemporains : 1** La coutume d'épouser des femme§ païennes, coutume contraire à la loi (Exod. XXXIV, 11 ss. Deut. VII, 1 ss.) et devenue l'objet de mesures de rigueur de la part d'Esdras et de Néhémie (Esdr. IX; X. Néh. XIII, 23 ss.), c'est-à-dire vers l'époque même que nous assignons à notre auteur. La femme païenne est appelée h fille d'un dieu étranger, comme les Israélites sont en quelque sorte les enfants de Jéhova. Le rapport filial n'est que l'image ou le symbole du rapport religieux. Par de telles unions, Israël profane le «anc/tkitre de Jéhova, ce qui s'applique moins au temple, qui n'est pas en cause à ce propos,' qu'à la nationalité, le peuple étant consacré à son Dieu (Esdr. VIII, 28; IX, 2} ; de plus, 11 manque à sa foi^ il viole le pacte que ses pères ont fait avec Jéhova, au Sinaî, et d'après lequel ils devaient former une commanauté à part, sans mélange profane. Et en considération de la solidarité de tous les membres de la nation, solidarité qui est la conséquence naturelle de ce pacte, cette

ANONYME (mal. Il, 17. III , l). 389

Vous avez fatigué TÉternel par vos discours ^ Et si vous dites: Comment est-ce que nous Tavons fatigué? C'est en disant : Quiconque fait le mal plait à TËternel ; c'est en de pareilles gens qu'il prend plaisir ! Ou bien : Ou est-il, le Dieu du jugement ? Voyez! Je vais envoyer mon messager* pour qu'il me prépare le

violation du pacte avec Dieu, (<st en môme temps un manque de foi mutuelle, une dissolution des liens par lesquels la nation subsiste et sans lesquels ses éléments se séparent nécessairement. C'est cette solidarité que le prophète met en avant dès le début, dans les questions placées en tôte du discours. Le v. .12 formule un vœu menaçant de Torateur justement irrité. Des unions de ce genre ne doivent pas assurer la conservation de la famille. La phrase : quiconque veille et parle (d'ailleurs trèsdiversement traduite), parait avoir été une locution proverbiale, pour dire : tous les vivants. — 2** Le second fait que le prophète relève, c'est la mauvaise habitude des gens de répudier leurs femmes, sans doute pour des motifs futiles, car, en thèse générale, la loi le permettait. Nous n'apprenons pas, si entre les deux torts il y avait quelque connexité. Le texte considère ce second tort au point de vue de ses effets et conséquences pour les malheureuses personnes jetées ainsi sur la rue et réduites à une condition misérable et digne de pitié. Comme le mariage n'était pas dans ces temps-là un acte religieux, la mention de Dieu comme témoin doit être prise dans un sens général : l'union conjugale une fois contractée doit être sacrée ; elle engage la parole de l'époux et Dieu venge le parjure. — Le v. 15 fait le désespoir des commentateurs et nous avouons que notre propre traduction ne nous satisfait guère plus que les nombreuses autres de nos prédécesseurs. On s'accorde généralement à dire que le divorce s'excusait par l'exemple d'Abraham (Vun, serait ce patriarche. Ëz. XXXIII, 24. Es. LI, 2), et que le prophète l'explique en disant que celui-ci, dans la circonstance bien connue, agissait dans le but d'avoir un héritier des promesses divines (une progéniture de Dieu). Mais il est facile de voir que cette explication est hors de propos. Abraham ne divorça pas avec sa femme légitime, il renvoya l'Égyptienne. Il faudrait donc dire que le prophète raisonne dans ce sens, qu'Abraham répudia Hagar, parce qu'il ne voulait avoir et reconnaître d'autre fils que celui qui pouvait être appelé une progéniture de Dieu (Isaac) ; de môme, les Israélites actuels devraient renvoyer les femmes étrangères, mais garder celles de leur nation. Mais cela aurait dû ôtre dit d'une manière plus intelligible. — Celui qui charge (couvre) son vêtement d*un erime^ est encore une façon de parler fort peu transparente, et telle, qu'on est allé jusqu'à dire que le vêtement représente ici la femme elle-même ! Nous estimons que dans ces deux derniers versets le texte est profondément altéré.

i Comme dans les morceaux précédents, le début de ce nouveau fragment est abrupt. Mais gn voit par la suite, que les discours dont il est question sont des plaintes relatives à la situation du moment, laquelle, au point de vue matériel et social, laissait beaucoup à désirer. (Voyez surtout plus bas v. 5.) On commençait à désespérer de la justice de Dieu. C'est le fait de cette plainte si peu confiante en la Providence, qui amène la promesse du jugement.

^ Le passage parallèle v. 23 nous fait préférer cette traduction et, par conséquent, adopter le dédoublement des ptsrsonnes. Autrement rien ne s'opposerait à ce qu'on vit plutôt dans ce mot une manifestation personnelle de Dieu, comme c'est le cas dans la ligne suivante.

390 ANONYME (mal. III, 1-9).

chemin, et soudain il arrivera à son palais, le Seigneur que vous cherchez; le révélateur de Talliance', que vous désirez, voyez, il vient I dit laheweh Çebaôt. Mais qui supportera le jour de sa venue, et qui restera debout à son apparition ? Car il sera pareil au feu du fondeur, à la lessive du foulon ^ ; il se mettra à fondre et à purifier Targent, il purifiera les enfants de Lévi et les affinera comme Tor et Targent, afin que désormais ils apportent à rÉternel leurs offrandes avec justice, et que l'offrande de Juda et de Jérusalem soit agréable à TËternel, comme autrefois, et comme dans les années de jadis. Oui, j'arriverai vers vous pour le jugement, et sans retard je porterai témoignage^ contre les sorciers et les adultères et les parjures, et contre ceux qui vexent l'ouvrier à cause de son salaire, et la veuve et Torphelin, et ceux qui font tort à l'étranger sans me craindre f dit laheweh Çebaôt. Car moi, l'Étemel, je n'ai point changé, et vous, enfants de Jacob, vous n'avez point cessé de l'être*.

Depuis les temps de vos pères, vous vous êtes écartés de mes commandements et ne les avez point observés : revenez à moi, et je reviendrai à vous I dit l'Éternel. Et si vous dites : Comment est-ce que nous devons revenir?... L'homme doit-il tromper Dieu? car vous prétendez me tromper 1 Et si vous dites : Comment est-ce que nous t'avons trompé?... A Tégard de la dime et des oblations*. Vous

^ Le révélateur [litt.: la manifestation) de l'alliance: c'est, d'après le paralléliame, Dieu même, ce Seigneur-juge que vous réclamez ; il vient à son palais, proprement dans sa grande salle d'audience, où les rois ont l'habitude de rendre justice. ïa'alliamft est mentionnée exprès, comme une espèce d'épithète, pour rappeler que Jéhova fera ce qu'il promet ici en vertu du pacte qu'il a fait avec Israôl. (Beaucoup de traducteurs mettent ici : Vange de l'alliance, et identifient ce prétendu ange avec le messager du V. 1 , en le distinguant du Juge.)

4 Deux images pour une seule et même notion, celle du triage des individus, à li suite duquel la nation sera pure.

^ Jéhova, tout en restant juge, est représenté comme téntoin, parce qu'il sait tout.

^ Cette dernière phrase est très-obscure. Si Jéhova affirme qu'il n'a pas changé, c'est qu'on avait douté de sa justice (II, 17). D'après cela, le prophète pourrait avoir voulu dire en terminant, que le peuple (non pas les méchants, mais ceux qui réclamaient la justice) est également toujours le même, c'est-à-dire l'objet des égards ie son Dieu. (D'autres traduisent : Vous n'avez pas encore péri, c'est-à-dire, il faut que je vous punisse.) En tout cas, le verbe n'est pas au futur.

1 On voit par les explications du texte mÔme, que le prophète n'a point ici en vue la condition morale de ses contemporains, mais des transgressons matérielles relatives à des redevances lévitiques. Comme il se sert du mot de tromptr, il est clair qu'on fraudait sur la dîme , en donnant trop peu , et qu'on ne donnait pas du tout les prémices, ou premiers-nés, etc. Comp. Lév. XXVII, 30. Exod. XXX, 13. Nomb. XV, 19 ; XVIII, 26, etc.

ANONYME (mal. III, 10-16). 391

êtes maudits de ma malédiction *, et c'est moi que vous prétendez tromper, vous, le peuple tout entier? Apportez toute la dîme au magasin, pour qu'il y ait de quoi manger dans ma maison; et mettez-moi à Tépreuve par là, dit TÉternel. Certes, je vous ouvrirai les fenêtres du ciel et je répandrai sur vous une bénédiction surabondante^. Je chasserai loin de vous le rongeur^, pour qu'il ne dévaste pas le produit du sol, et la vigne de vos campagnes ne vous privera pas de son fruit, dît rÉternel. Et tous les peuples vous féliciteront, car vous serez un pays de délices I dit rÉternel.

Vos discours * ont été violents contre moi, dit l'Éternel. Et si vous dites : Qu'est-ce donc que nous avons dit entre nous contre toi? c'est que vous avez dit : cServîr Dieu n'aboutit à rien ; qu'avonsnous gagné à observer ce qu'il veut qu'on observe, et à aller en habits de deuil à cause de laheweh Çebaôt'. Désormais nous féliciterons les rebelles ' : les méchants prospèrent, ils défient * Dieu, et échappent.» Alors, ceux qui craignaient Dieu ayant ainsi parlé les uns aux autres, l'Éternel prêta l'oreille et écouta ; et un mémoire fut écrit devant lui pour ceux qui craignaient Dieu et qui avaient égard

s La suite fait voir qu'il s'agit de stérilité, de mauvaises récoltes et d'autres calamités de ce genre, qui devaient être un avertissement pour le peuple de ne pas négliger ses devoirs religieux.

3 Litt.: tant qu'il n'y aura plus d'espace suffisant (pour conserver les provisions).

4 La sautereUe. Je chasserait litt.: Je gronderai.

I La suite fait voir qu'il s'agit encore de plaintes et de doutes relativement à la justice de Dieu. Comp. II, 17.

^ Les habits de deuil représentent ici tous les actes de contrition et de repentir auxquels on a pu s'astreindre dans l'occasion. Le sens est : ni l'accomplissement de nos devoirs, ni les démonstrations ascétiques, dans le cas d'une transgression, n'ont amélioré notre position.

3 Ou orgueilleux; c'est-à-dire ceux qui ne prennent conseil que d'eux-mêmes, ne se souciant ni de Dieu, ni des hommes. Nous voyons qu'ils réussissent tout de même ; à quoi bon se charger de devoirs inutiles ?

4 Ils prospèrent, ils défient...., Utt.: ils sont bfttis (opposé de ruinés), et ils tentent ^ mettent à l'épreuve, comme pour voir si ces menaces sont bien sérieuses. Il est de toute évidence que les hommes qui tiennent de pareils propos ne sont pas eux-mêmes les rebelles ; ils ont le tort de douter et de se décourager, mais quant à leurs antécédents, il faut bien qu'ils aient été dans les bonnes voies. D'un autre côté, le prophète est autorisé à appeler de pareils discours violents, parce qu'ils méconnaissent la justice de la Providence.

à son nom ^ I Ils seront ma propriété, dit rÉternel, pour le jour que je vais faire, et j'aurai pitié d'eux, comme un homme a pitié de son fils qui le sert. Et vous verrez de nouveau la différence qu'il y a entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu, et celui qui ne le sert point. Car voyez, le jour va venir brûlant comme un fourneau, et tous les rebelles, et quiconque est méchant, ils seront de la paille, et le jour qui va venir y mettra le feu, dit TÉternel, et ne leur laissera ni racine ni rameau^. Mais pour vous, qui craignez mon nom, il se lèvera un soleil de salut, apportant la guérison dans ses rayons^, et vous sortirez et bondirez comme de jeunes bœufs relâchés de Tétable. Et vous foulerez les impies, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au jour que je vais faire, dît rËternel. Souvenez-vous do la loi de mon serviteur Moïse, que je lui ai prescrite sur le Horeb, comme statuts et commandements pour tout Israël®. Voyez, je vous enverrai le prophète Élie', avant que ne

^ Cette phrase, rédigée en style de narration historique, a déroaté les commentateurs. On a cru que le prophète parle ici de personnes différentes de celles qu'il a fait parler dans les lignes précédentes. Voici la seule explication admissible de cette tournure assez incommode pour le lecteur moderne. Les pieux Israélites, en botte k toute espèce de vexations et de calamités, commencent à murmurer et à douter de la justice de Dieu. Le prophète veut leur promettre de nouveau (comp. v. 1] la prochaine intervention du juge suprême, dans la bouche duquel l'annonce du jugement se placera immédiatemeut après (v. 17 suiv.). Pour introduire cette déclaration, il intercale use espèce de vision, une scène céleste, où Dieu prend note des plaintes des pieux. On écrit sous ses yeux un livre mémorial^ contenant soit les noms, soit les actes de ceux qui doivent recevoir une compensation pour leurs souffrances actuelles. Cela revient à dire que, malgré les apparences, ils ne sont pas oubliés.

G Nouvelle image, étrangère à celle de la paille. C'est maintenant un arbre qui est jeté au feu et brûlé tout entier.

''Le «a/»/ (litt.: la justice). Il ne s'agit ni d'un attribut de Dieu, ni d'une qualité morale de l'homme, mais de l'arrêt du juge qui déclare et reconnaît exempts de peines ceux qui lui ont été fidèles. Cela résulte encore du mot de guériêon, qui se rapporte aux maux actuels. Au lieu de rayons^ le texte met ailei (Ps. CXXXIX, 9], ima^e hardie et gênante dans une traduction moderne.

^ La plupart des réprimandes exprimées dans les discours du prophète se rapportent à des prescriptions formelles de cette loi. Il est donc naturel qu'il termine en la rappelant d'une manière générale comme la norme du devoir religieux.

® On demande si cette promesse doit être prise au pied de la lettre ou non. Le^ Juifs l'ont entendue ainsi de tout temps (Sir. XLVIII, 10. Marc IX, 4. Apoc. XI, 3. Talmud, pastim). L'immense réputation dont jouissait le Tisbite, et qui se reflète dans les récits du livre des Rois, sa présence au mont Horeb (1 Rois XIX], le mythe àe son enlèvement au ciel, en faisaient facilement un second Moïse. Cependant il ne serait pas hors de propos de le considérer ici comme un type, comme un idéal, d'autant plus glorieux qu'il appartenait à une époque plus reculée, et dont la reproduction, dans un

ANONYME (mal. III, 23,24). 393

vienne le grand et redoutable jour de rÉternel. Il ramènera le cœur des pères vers les fils, et le cœur des fils vers leurs pères *®, pour que je ne vienne pas frapper la terre de malédiction.

prophète de Tavenir^ serait l'un des symptômes d'une action plus puissante, plus décisive de l'esprit de Jéhova sur un monde aujourd'hui si pauvre et si déshérité à cet égard. Il convient toutefois de remarquer que le texte met l'article le prophète Élie, ce qui semble favoriser la première interprétation.

10 La mission spéciale du prophète Élie est exprimée en termes assez vagues et obscurs. Tout de même il est évident que les pères et les fils, dont parle le texte, avaient également besoin d'être ramenés les uns vers les autres. Il ne peut donc pas être question de deux catégories différentes, l'une d'hommes parfaits et pieux (les patriarches qui ressusciteraient), l'autre de Juifs actuels ou contemporains du nouvel Elie. La forme de la pensée doit avoir été suggérée à l'auteur par ce qu'il avait sous les yeux; il parait donc faire allusion aux dissensions intérieures qui affligeaient la communauté, et dans lesquelles les jeunes et les vieux étaient divisés de points de vue et d'intérêts, comme cela arrive si fréquemment. La réconciliation universelle, la paix cimentée par le triage préalable de la population, voilà ce qu'amènera l'intervention d'un prophète, en comparaison duquel le nôtre se sentait bien petit et bien faible.

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(non achevé.)

1 Les auteurs catholiques sont marqués d'un astérisque.

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