‹ La Bible (volume 4)Chapitre 1 sur 52 · La Bible · texte numérisé non relu

La Bible

En abordant Tétude des livres mosaïques, nous devons avant tout expliquer et justifier le titre que nous donnons à cette partie de notre ouvrage. Au point de vue de Téglise chrétienne, ï Histoire sainte, c*est Tensemble des faits compris dans les récits bibliques, depuis la création du monde jusqu*à la fin du siècle des Apôtres, et si nous nous étions proposé d'écrire un livre de théologie, nous nous garderions bien de donner à un terme aussi généralement usité une signification différente de celle qui est familière à tout le monde. Mais nous écrivons une histoire de la littérature hébraïque et apostolique, et dans chacune des deux parties dont se compose notre travail nous tenons à nous mettre au point de vue des temps et des générations qui ont produit les documents dont nous avons à nous occuper successivement. Or, pour la Synagogue, la notion de Fhistoire sainte s'applique à une série de faits beaucoup plus lestreinte que celle qui intéresse Téglise chrétienne. Elle n*embrasse pas même, tant s'en faut, la totalité des événements racontés dans les livres de Tancienne alliance. Cette notion a été assez lente à se former et, à vrai dire, elle n'est entrée dans la conscience religieuse du peuple israélite qu'à une époque comparativement récente. Les premières traces s'en trouvent dans les anciens monuments de la littérature hébraïque, c*est à dire dans les écrits des prophètes du huitième siècle, qui

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n'évoquent que très-rarement les souvenirs des hauts faits de l'âge héroïque de leur nation , mais qui reviennent plus fréquemment aux traditions relatives à la servitude d'Egypte et aux patriarches. Cependant ce ne fut que bien plus tard, après qu'on eut institué les lectures publiques et régulières de la Loi, que le peuple se familiarisa de plus en plus avec ces antiques traditions et les prescriptions morales et rituelles qui s'y rattachaient. Elles formaient le cadre de l'enseignement officiel, du seul qui fût accessible aux masses jusqu'au siècle des Ptolémées et des Séleucides. Or, on sait que , dans le commencement et pendant bien longtemps , ces lectures ne comprenaient que les livres qui racontent l'histoire de l'âge primordial, de Moïse, de l'émigration et des débuts de la conquête de Canaan , jusqu'à la mort du prophète législateur. Nous avons sous les yeux la preuve irrécusable de ce fait , non seulement dans les affirmations des docteurs talmudiques, mais encore dans plusieurs textes de l'Ancien Testament même, notamment dans certains psaumes des plus récents, dont les auteurs s'appliquent à condenser dans quelques strophes la substance de ces récits (Ps. CV ; GXXXVI ; LXXVIII; GVI ; CXXXV ; comp. Néh. IX). S'ils dépassent ce cercle, ce n'est que par quelques allusions générales , sans noms et sans couleur. L'histoire merveilleuse des origines de la nation , élue d'avance dans la personne des patriarches, devint ainsi la nourriture presque quotidienne de tous les Israélites, et nous serons bien autorisé, soit par la nature même des faits qu'elle comprend, soit par le respect tout exceptionnel dont on honorait le volume qui les attestait, à donner aux récits contenus dans celui-ci le nom de l'Histoire sainte. Jamais les destinées ultérieures de la nation, la période des Juges, des Rois et des Prophètes, n'ont fixé au même d^ré l'attention du public non lettré. Lorsque bien plus tard on commença à en faire également usage dans le culte par le moyen de la lecture sabbatique, ce ne fut que dans une mesure restreinte , et d'après un choix de péricopes détachées. Ce seul fait suffit pour prouver qu'on n'accordait pas au recueil complémentaire, aux livres dits prophétiques, une importance égale à celle qu'on attribuait à la partie principale, c'est à dire au Code, et à l'histoire qui lui servait de cadre.

Ceci nous suggère une autre observation encore, qu'il ne sera pas hors de propos de faire avant d'aborder les textes mêmes. C'est que les deux éléments dont nous venons de parler, la narra-

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