‹ La Bible (volume 4)Chapitre 30 sur 52 · EXODE XXXI, 13-18. XXXII · texte numérisé non relu

EXODE XXXI, 13-18. XXXII

VOUS et moi, d'âge en âge, pour vous faire reconnaître que c'est moi, rÉternel, qui vous consacre; observez le jour férié, il doit être pour vous chose sacrée. Celui qui le profanera sei-a mis à mort; quiconque travaille ce jour-là, cette personne devra être exterminée du milieu de son peuple. Durant six jours on pourra travailler, mais le septième jour c'est le sabbat, le jour férié, consacré à l'Éternel. Quiconque travaillera le jour du sabbat, sera rais à mort. Ainsi les enfants d'Israël observeront le sabbat, en le fériant d'âge en âge : c'est un pacte perpétuel, un signe à perpétuité entre moi et les enfants d'Israél. Car en six jours l'Éternel a fait le ciel et la terre, et le septième jour il a cessé et s'est reposé.

" Et quand il eut achevé de parler à Moïse sur le mont Sinaï, il lui remit les deux tables de la loi, des tables de pierre, écrites du doigt de Dieu*.

* Or, comme le peuple voyait que Moïse tardait à descendre de la montagne, il s'attroupa autour d'Aharôn et lui dit : Allons ! fais-nous un dieu qui nous conduise * : car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir d'Egypte — nous ne savons ce qu'il est devenu. Alors Aharôn leur dit : Enlevez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi. Et tous ôtèrent les anneaux qu'ils portaient aux oreilles et les apportèrent à Aharôn. Celui-ci les prit de leurs mains, les jeta dans un moule ', et en fit un taureau en fonte. Et ils dirent : Voilà, ô Israël, le dieu qui t'a fait sortir du pays d'Egypte. Aharôn, à cette vue, érigea un autel devant lui et fit proclamer pour le lendemain une fête pour l'Éternel. Et le lendemain de bonne heure ils vinrent offrir des holocaustes et apporter des offrandes d'actions de grâces, et le peuple s'assit pour manger et pour boire, puis ils se levèrent pour danser.

1 Cette phrase se rattache à chap. XXIV, l2, 18. — Les chap. XXXll à XXXIV appartiennent à la composition jéhoviste.

^ Le récit de ce qu'on appelle vulgairement lliistoire du veau d*or ne se rattache pas au reste du texte. On n'expliquera jamais comment le prêtre Aharôn^ après ce qai vient d'être dit de lui, aurait pu agir à rencontre du premier article du décalogue, et encore moins comment il aurait pu garder tous ses privilèges après. De plus, on ne voit pas pourquoi Vabsence de Moïse a pu tout à coup inspirer au peuple l'idée de se faire fabriquer un autre conducteur. Ces choses ne se tiennent pas, et la tradition relatée ici doit être regardée comme absolument indépendante du reste. L'idée fondamentale en est la proscription d'une forme de culte qui était populaire en Israël jusqu'au huitième siècle : Jéhova représenté sous la figure du taureau.

3 Traduction purement conjecturale. D autres mettent : il mit l'or dans une bourse. D'autres: il fit une forme avec le ciseau. La tradition parlait positivement d'un objet en fonte, le ciseau (la lime, ou un autre instrument] pouvait servir à achever le travail.

' Cependant l'Éternel dit à Moïse : Va descendre, ton peuple, qvte tu as fait sortir du pays d'É^rypte, commet un «rrand pêclié: ils se sont bien \ite écartés de la voie que je leur ai prescrite; ils se sont fait un taureau en fonte devant lequel ils se prosteroenU et auquel ils font des sacrifices, et ils disent : Voilà, ô Israël, le dieu qui t'a fait sortir du pays d'É^pte. Et TÉtemel dit à Moïse : Je vois ce que c'est que ce peuple; il a le cou raide; or, laisse-moi faire : que ma colère s'enflamme contre eux et que je les anéantisse, mais de toi je ferai une grande nation. Alors Moïse apaisa* rÉtemel son dieu et dit : Pourquoi, ô Éternel, t'irrites-tu contre ton peuple que tu as fait sortir d'Egypte à grande force et avec ta puissante main? Pourquoi les Égyptiens diraient-ils: C'est pour leur malheur qu'il les a fait partir, pour les faire périr dans les montagnes, pour les exterminer de la surface de la terre? Reviens de ton emportement et change de dessein relativement au mal dont tu menaçais ton peuple ! Souviens-toi d'Ahraham, d'Isaac et d'Israël, tes seniteurs, auxquels tu as juré par toi-même, et auxquels tu as dit : Je rendrai votre race nombreuse comme les étoiles du ciel, et je lui donnerai tout ce pays-ci dont j'ai parlé, pour qu'elle le possède à jamais. El l'Éternel changea de dessein relativement au mal dont il avait menacé son peuple '.

" Cependant * Moïse s'en alla et descendit de la montagne, ayant en mains les deux tables de la loi. C'étaient des tables portant de l'écriture des deux côtés, de çà et de là. Et ces tables étaient TœuvTe de Dieu et l'écriture était l'écriture de Dieu gravée sur les tables. Et Josué entendit les clameurs du peuple comme il criait, et dit à Moïse : On entend des cris de guerre au camp. Mais il répondit : Ce ne sont ni des cris de vainqueurs, ni des cris de vaincus ; moi j'entends le bruit de chants. Kt quand il se fut approché du camp il vit le taureau et les danses. Alors Moïse, enflammé de colère, jota les tables et les brisa au pied de la montagne. Puis il prit le taureau qu'ils avaient fait, et le brîila *, et le broya de manièiv à le

1 Litt. : il dérida la face.

2 Le morceau qu'on va lire a élé primitivemeut étranger au reste du texte. Tout à l'heure c'était Jéhova qui apprenait ù Moïse ce qui se passait au camp, celui-ci intercédait et Dieu se laissait lléchir. Nous allons lire la môme histoire sous une forme dilK-reute. Le nom de Dieu change et nous reconnaissons un fragment de l'ancienne relation élohiste combinée avec celle du Jéhoviste.

'^ Ceci se rattache an v. 0. MoLse est accompagné de Josué [chap. XVII, î>], et ne sait rien de ce qu: se passe au camp. Sa colère subite s'explique parfaitement s'il est surpris lui-môme inopinément par Faspect de Tidole.

^ D'après cela on doit peut-être se figurer l'idole comme une figure de bois (plaquée?;.

réduire en poudre, et le répandit ainsi dans Teau qu'il fit boire aux Israélites.

'* Alors Moïse dit à Aharôn : Que t*a fait ce peuple pour que tu lui aies laissé commettre un si grand péché? Et Aharôn répondit : Que mon seigneur ne se fâche pas ! Tu sais que ce peuple est enclin au mal. Ils me disaient : Fais-nous un dieu qui nous conduise, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d'Egypte — nous ne savons ce qu'il est devenu. Alors je leur ai dit : Que ceux qui ont de l'or s'en désaisissent! Et ils me le donnèrent, et je le jetai dans le feu, et il en est sorti ce taureau * . Moïse voyant que le peuple était sans frein, Aharôn lui ayant lâché la bride, et qu'il devenait le jouet de ses adversaires ', se plaça à la porte du camp et s'écria : A moi, quiconque est pour laheweh! Et tous les Lévites se rassemblèrent autour de lui. Alors il leur dit : Voici ce que vous commande l'Éternel, le dieu d'Israël : Que chacun se ceigne de son épée, puis passez et repassez d'une porte du camp à l'autre et égorgez tout, frères, amis et prochains*! Et les Lévites agirent selon l'ordre de Moïse, et il périt e jour-là environ trois mille hommes du peuple. Et Moïse disait* Gonsacrez-vo\is aujourd'hui à l'Éternel, serait-ce contre vos fils et vos frères, afin d'attirer sur vous aujourd'hui une bénédiction *.

1 L'excuse d 'Aharôn est on ne peut plus pauvre. Toute la faute est au peuple ; lui, il n'a rien fait ; il a demandé de l'or sous un prétexte quelconque, il a jeté cet or au feu, et le hasard a voulu qu'il en sortit un taureau !! Ou bien le rédacteur aurait-il voulu raconter que, par un miracle, le peuple devait apprendre que les figures de Dieu sont indignes de sa majesté ?

3 II est assez difficile de dire ce que l'auteur a eu en vue en écrivant ce mot, d'un sens d'ailleurs douteux. Les autres peuples se moqueraient-ils d'un dieu-taureau ? Mais ils n'avaient pas mieux eux-mômes. Ou bien cette idolâtrie serait-elle la cause d'une faiblesse relative qui livrerait Israôl à ses ennemis?

3 Litt. : Chacun son frère, etc. Le sens est : sans ménagement aucun, sans distinction de personnes. — Si nous nous en tenons à la lettre du texte, les Lévites seuls se seraient tenus à l'écart lors de la transgression (et Aharôn?], et c'est pour cela qu'ils auraient été choisis de préférence pour le service du sanctuaire.

4 Nous mettons l'imparfait, car ce n'est pas un nouvel ordre que Moïse donne aux Lévites.

s Ce paragraphe n'est pas de Tauteur qui a écrit les v. 7-14, où Moïse demande grâce pour le peuple ; il n est pas davantage do la main de celui qui représente (v. 20j Moïse comme se contentant d'une punition beauc(»up moins cruelle, qui parlera plus loin (v. 33 suiv.) d'une punition émanée directement de Dieu, et qui (v. 32] lui met de nouveau dans la bouche une demande de pardon, absolument inconciliable avec la fureur qu'il déploie dans notre texte.

90 EXODE xxxn, 30-35. xxxni, 1-6.

'^ Puis ' le lendemain Moïse dit au peuple : Vous avez commis un grand péché. Or, je vais monter vers TÉternel : peut-être le rendrai-je propice à Té^^ard de votre péché. Alors Moïse retourna auprès de rÉternel et dit : Hélas ! ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait un dieu d'or*. Puisses-tu pardonner leur péché! sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit*. L'Éternel répondit: C'est celui qui a péché contre moi que j'effacerai de mon livre. Mais maintenant va conduire le peuple là où je t'ai dit; je me manifesterai en marchant à votre tète ^, mais au jour donné je leur demanderai compte de leur péché*.

'* Ainsi l'Éternel frappa le peuple pour avoir fait le taureau qu'avait fabriqué Aharôn^.

* L'Éternel dit à Moïse : Va partir d'ici, toi et le peuple que tu as emmené du pays d'Egypte, vers la terre au sujet de laquelle j'ai fait serment à Abraham, à Isaac et à Jacob (en disant: C'est à votre race que je la donnerai. Je ferai marcher devant vous une manifestation', et je disperserai le Cananéen, l'Émorite, le QiHite, le Çiwwitc et le lebousite), vers un pays ruisselant de lait et de miel. Mais je ne veux pas y aller au milieu de vous, puisque vous êtes un peuple au cou raide : je vous anéantirais en chemin *. Quand le peuple apprit cette parole sinistre, il en fut très-affligé et personne ne songea à mettre sa parure. Alors l'Éternel dit à Moïse : Dis aux enfants d'Israël : Vous êtes un peuple au cou raide. Si je marchais au milieu de vous un seul instant, je vous anéantirais. Or, ôtez vos parures et je verrai ce que j'aurai à faire ^. (C'est à partir du mont

^ A rattacher au v. 20. Ce qui suit Ferait inconcevable après le massacre, lequel évidemment appartient à un récit tout dilFérent.

^ Plus haut., c'était Dieu qui apprenait cela à Moïse.

^ C'est le livre qui contient les noms de ceux qui appartiennent a Jéhova ; ce qu'on a nommé dans la suite le livre de la vie.

» Chap. XXIII, 20.

•'' Litt. : Au jour où je regarderai, je regarderai après leur péché. En d*autre5 termes : Je me réserve d'y revenir ; jusque-là je suspends le châtiment.

^ Cette phrase doit avoir terminé primitivement le récit du massacre et se rattache au v. 2U.

"' Voyez les notes sur chap. XXI II, 27, 28. Le sens est manqué, quand on veut voir ici une nouvelle promesse, pour arriver à distinguer le prétendu ange de la personne de Dieu.

^ La présence immédiate de Dieu porte la mort au pécheur. Il ne veut pas cependant abandonner Israël et manquer ù sa promesse. Il se contentera donc de manifester sa présence hors du camp, à distance, et ù son prophète seul.

^ Ceci paraît devoir être pris pour un signe de contrition et de repentir.

Horeb que les Israélites se dépouillèrent de leur parure.) *. 'Et

Moïse prendra la tente et la dressera hors du camp, loin du camp, et rappellera le tabernacle de communication, et quiconque voudra consulter rÉternel, ira au tabernacle de communication hors du camp. Et quand Moïse sortira pour aller à la tente, tout le peuple se lèvera et chacun se tiendra à l'entrée de la sienne et regardera après Moïse jusqu'à ce qu'il soit entré dans la tente, et quand Moïse entrera dans la tente la colonne de nuée descendra et restera à l'entrée de la tente, et parlera avec Moïse. Et quand le peuple verra la colonne de nuée s'arrêter à l'entrée de la tente, il se lèvera et chacun se prosternera à l'entrée de la sienne. Et l'Éternel parlera à Moïse face à face, comme un homme parle à un autre, et quand il rentrera au camp, son serviteur le jeune Josué fils de Noun ne quittera pas l'intérieur de la tente *.

*' Moïse dit à l'Éternel : Vois donc! tu me disais: Fais marcher ce peuple, et pourtant tu ne m'as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi, et pourtant tu as dit : Je te connais personnellement et tu es dans mes bonnes grâces. Or donc, si je suis dans tes bonnes grâces, fais-moi connaître tes desseins pour que je te connaisse, afin de mériter tes bonnes grâces, et considère que cette nation est ton peuple '. ** Et il répondit : Ma personne sera présente à la

1 Nous supposons ici uue lacune. Voir la note suivante.

2 On ne peut manquer de s'apercevoir qu'il est ici question de tout autre chose que do tabernacle longuement décrit chap. XXV suiv. Mais comme la tente de notre texte porte le même nom, nous on concluons que nous avons là un fragment d*une relation parallèle à l'autre, mais d'origine différente. Ici point de salles, ni de meubles; c'est Moïse qui s'y rend et non Ahardn et ses fils ; et c'est un Éphralmite, Josué, qui y reste à poste fixe. La tente se trouve hors du camp, le tabernacle se trouve au milieu du camp (Nomb. II, M). Le caractère fragmentaire de notre texte se révèle par la présence de l'article défini par lequel le récit commence. La plupart de nos traductions n'ont pas fait remarquer la différence absolue des deux relations, mais elles vont même jusqu'à changer arbitrairement, contre les règles de la syntaxe, l'ordre de Dieu [Moïse prendra) en une narration {il prit). Nous avons tâché d'avertir le lecteur de la différence, autant que cela était possible, en nous servant ici du terme de tente, partout où le génitif n'y était pas ajouté dans l'original. — On remarquera que la nuée est ellemême Dieu et parle avec MoTse.

3 Cette partie du texte est un peu obscure et embrouillée. Cependant il n'est pas trop difficile de reconnaître ce que l'auteur veut raconter. Jéhova vient d'ordonner à Moïse de conduire le peuple dans la Terre promise, mais de sa personne il ne sera ni à la tête ni au milieu du peuple. Sa place sera hors du camp et ce n'est que là qu'il se manifestera à Moïse seul. Moïse (v. 12) réclame; il ne lui suffît pas d'ôtre sûr, personnellement, de la faveur de Dieu, il voudrait aussi avoir une direction céleste pour la marche de la caravane. Dieu répond qu'il tiendra sa promesse, qu'il la fera arriver à son lieu de repos. Litt. : ma face marchera [avec vous], sous-entendu : mais pas visi-

marche, et je te procurerai le repos*. Et Moïse lui dit: Si ta personne n'y est pas présente, ne nous fais pas partir d'ici. A quoi donc reconnaîtrait-on que je suis dans tes bonnes grâces, moi et ton peuple? Certes, c'est en ce que tu marches avec nous, afin que nous soyons distingués, moi et ton peuple, d'entre tous les peuples de la terre. *' Alors l'Éternel répondit à Moïse : Ce que tu viens de demander, je le ferai également. Car tu es dans mes bonnes grâces et je te connais personnellement. Et il dit : Eh bien, laisse-moi voir ta gloire ' I Et il répondit : Je ferai passer devant ta face toute ma beauté, je prononcerai devant toi le nom de laheweh : je fais grâce à qui je veux, et j'aime qui je veux. '® Et il ajouta : Quant à ma personne, tu ne pourras la voir, car aucun mortel ne peut me voir et vivre. Et l'Éternel dit : Voici une place près de moi ; place-toi sur ce rocher, et quand ma gloire y passera, après que je t'aurai placé dans le creux du rocher, je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé; alors je retirerai ma main et tu me verras par derrière : mais ma personne est invisible.

* Alors l'Éternel dit à Moïse : Taille-toi deux tables de pierre comme les premières, pour que j'écrive sur ces tables les paroles qui se trouvaient sur les premières que tu as brisées. Et sois prêt demain, pour monter dès le matin sur le mont Sinaï : tu t'y présenteras devant moi sur le sommet de la montagne. Personne ne montera avec toi, personne ne doit même se montrer sur toute la montagne ; et le bétail même, gros ou menu, ne doit pas aller paître vers celte montagne. Et Moïse tailla deux tables de pierre comme les premières, et le lendemain matin il monta au mont Sinaï, comme l' Étemel le lui avait ordonné, emportant les deux tables de pierre.

blement. Moïse réplique : Si nous ne voyons pas la face (si nous n'avons pas la preuve visible de ta présence protectrice), il vaut mieux ne pas partir. Dieu le rassure en se manifestant à lui, dans la mesure qu'un homme mortel peut supporter.

^ Soit dans le pays do Canaan, soit dans le trajet, par ma présence.

* La personne divine dans toute sa majesté. La réponse équivaut a ceci : Pour mes bien aimés je fais tout ce que je puis. Je mettrai devant tes yeux ma beauté' {ce que l'homme peut voir de Dieu), et en piême temps je prononcerai mon nom, pour que tu saches que c'est moi qui me trouve auprès de toi. Le mortel ne voit pas la f<Btce do Diea (rètre en lui mOrae), il ne le voit que par derrière (par ses œuvres, par toutes ses manifestations, d'une manière indirecte et médiate). Cette scène sur le sommet du Sinaï est le pendant du beau mythe relatif à Ëlie (1 Rois XIX). — Du reste, ce qui est ici appelé la personne (la face) de Dieu, était nommé dans l'autre relation la manifettatioM (et non : l'ange).

* L'Étemel descendit dans la nuée et se plaça là près de lui * en prononçant le nom de laheweh. Et l'Éternel passa devant lui et s'écria : laheweh, l'Éternel, est un dieu débonnaire et miséricordieux, lent à s'irriter, plein de grâce et de fidélité', gardant sa grâce à des milliers, pardonnant l'iniquité, la désobéissance et le péché, mais ne laissant pas le coupable impuni et punissant la faute des pères sur les fils et les petits-fils, et sur la troisième et la quatrième génération.

• Alors Moïse se hâta de s'incliner et de se prosterner à terre. Et il dit : Seigneur, si tu veux m'accorder ta grâce, qu'il te plaise de marcher au milieu de nous, car c'est là un peuple au cou raide : pardonne-nous nos fautes et nos péchés, et fais de nous ta propriété. Et il répondit : Eh bien, je fais un pacte ' : à la face de tout ton peuple je ferai des miracles, tels qu'il n'en a point été fait sur la teiTe et chez aucune nation, afin que tout le peuple, au milieu duquel tu te trouves, voie l'œuvre de l'Éternel ; ce que je veux faire pour toi est extraordinaire. Prends bien garde à ce que je te commande aujourd'hui : Vois-tu, je chasse devant vous * l'Émorite, le Cananéen, le Qittite, le Perizzite, le Çiwwite et le lebousite. Prenez bien garde à ce que vous ne fassiez pas alliance avec les habitants du pays dans lequel vous allez entrer, pour que cela ne devienne ua piège ^ au miUeu de vous. Mais vous renverserez leurs autels, vous briderez leurs monuments, vous abattrez leurs idoles. Vous ne vous prosternerez pas devant un autre dieu ; car l'Éternel, dont le nom est le Jaloux, est un dieu jaloux. Ne faites point alliance avec les habitants du pays, de peur qu'on n'aille s'attacher à leurs dieux, et que, s'ils font un festin à leurs dieux et vous y invitent, vous ne mangiez à leur festin, et que vous ne fassiez épouser leurs filles à

1 Sur le rocher dont il avait été parlé v. 21 suiv.

^ Cette phrase devint une formule liturgique très-usitée (Ps. LXXXVI, 15; CIII, 8; CXLV^ 8.] Ce qui suit rappelle le texte de chap. XX, 5, 6. Mais il faut convenir que la rédaction, telle qu'elle se prononce ici^ parait impliquer une certaine contradiction, par suite de l'omission des motifs relevés dans l'autre passage. L'auteur a voulu dire que l'être divin se recèle à la fois dans sa miséricorde et dans sa justice. En tout cas, les paroles mises ici dans la bouche de Dieu doivent faire reconnaître sa nature, en tant que l'homme peut la comprendre.

' Ce pacte consiste en ce que Jéhova promet sa protection miraculeuse à condition qu'Israël obéisse à ses commandements. Mais ce pacte était fait depuis longtemps (chap. XIX, 5).

-4 Nous mettons le pluriel, parce qu'il est hors do doute que le discours s'adresse au peuple et n'in à Moïse. Ce qui suit est à considérer comme le texte d'un petit code, comme la rédaction du pacte en question.

5 Chap. X, 1 ; XXIII, 33.

VOS fils, et que leurs filles restant attachées à leurs dieux n'y débauchent vos fils à leur tour*.

*' Vous ne vous ferez point de dieu de fonte '.

*® Vous observerez la fête des pains azymes: durant sept jours vous mangerez du pain non fermenté, comme je vous l'ai prescrit pour l'époque du mois Abîb. Car c'est au mois Abîb que vous êtes sortis d'Egypte '.

*^Tout ce qui sort d'abord du sein maternel est à moi; de votre bétail, tout premier-né mâle, bœuf ou mouton. Quant au premierné de l'âne, vous le rachèterez par une pièce de menu bétail, et si vous ne le rachetez pas, vous lui casserez le cou. Tout premier-né de vos fils, vous le rachèterez, et vous ne paraîtrez pas devant moi les mains vides*.

'* Durant six jours vous travaillerez, et le septième jour vous vous reposerez. Vous cesserez le travail et lors du labourage et dans la moisson *.

•* Vous ferez la fête des semaines , avec les prémices de la moisson du froment, et la fête de la récolte quand l'année sera révolue *.

*' Trois fois chaque année, toutes les personnes mitles d'entre vous se présenteront devant le seigneur l'Éternel, le Dieu d'Israël. Car je chasserai les nations devant vous, et quand j'aurai élargi les limites de votre territoire, personne ne pourra le convoiter quand vous

1 Premier commandement. Interdiction du polythéisme cananéen sous toutes ses formes ; reproduction du premier commandement du premier décalogue (chap. XX, 3) ; comp. avec chap. XXI II, 24, 32, 33. — Il y a dans ce texte deux expressions qui demanderaient une explication détaillée. Pour Tune, qui nomme Tadoration des faux dieux une prostitution, nous renvoyons nos lecteurs au commentaire sur le premier chapitre d'Osée, ainsi qu aux chap. XVI et XXIII d'Ezéchiel. Nous n'avt»ns pas voulu conserver la traduction littérale qui donnerait lieu à des malentendus. — Plus haut, nous avons rendu le mot héhreu As'érah par idole ; au sujet de ce terme, on consultera le commentaire sur le livre des Juges (chap. III, 7 et chap. VI).

'^ Second commandement. Interdiction de l'idolâtrie en général, même des figures du vrai Dieu (Ex. XX, 4).

^ Troi>ième commandement, étranger au premier décalogue, mais formulé dès le chap. XIII. La fête de Pâques était la principale de tout le cycle, et certainement U plus ancienne.

4 Quatrième commandement, relatif à la primogéniture. Voyez les divers textes, chap. XIII, 2, 12 suiv. ; XXII, 28; comp. aussi chap. XXIII, 15.

*> Cinquième commandement , reproduction du quatrième du premier décalogue (chap. XX, 8).

^ Sixième commandement. Les deux autres grandes fôtes, appelées ailleurs fêtes de la moisson (Pentecôte) et des tabernacles. Comp. chap. XXIII, t6, où cependant les expressions sont un peu différentes.

monterez pour vous présenter devant TÉternel votre dieu, trois fois par an * .

"Dans vos sacrifices vous ne vei'serez pas le sang de la victime sur du pain levé, et la chair de l'agneau pascal ne restera pas jusqu'au lendemain*.

'*Vous apporterez à la maison de l'Éternel votre dieu, comme prélèvement, les prémices de vos champs.

Vous ne ferez pas cuii*e le chevreau dans le lait de sa mèie^.

^'Puis l'Éternel dit à Moïse: Mets ces commandements par écrit, car c'est sur la base de ces commandements cpie je fais un pacte avec toi et avec Israël *, Et il resta là avec l'Ëtemel quarante jours et quarante nuits, sans rien manger ni boire, et il écrivit sur les tables les articles du pacte, les dix commandements*.

'• Or, lorsque Moïse descendit du mont Sinaï, en portant les deux tables de la loi, il ignorait que la peau de son visage rayonnait * parce qu'il s'était entretenu avec l'Éternel. Et quand Ahàron et tous les enfants d'Israël aperçurent Moïse, voilà que la peau de son visage

^ Septième commandement. Les trois pèlerinages. Comp. Ex. XXIII, 17. Jéhova promet à Israël une entière sécurité pour l'époque de ces pèlerinages, en disant que les indigènes auront été préalablement chassés du pays. Il n'est rien dit ici d'un sanctuaire unique. Nous concevons cependant quelques doutes au sujet de l'authenticité de la fin du Y. 24. En se servant du terme de monter, le rédacteur parait avoir songé à Jérusalem.

^ Huitième commandement. Traduction d'après le sens plutôt que d'après la lettre, chap. XXIII, 18. (A la lettre, ce serait : Vous n'immolerez pas sur du pain levé le sang de mon sacrifice, et le sacrifice de la f§te de Pâques ne restera pas, etc.)

3 Neuvième et dixième commandement. Chap. XXIII, 19.

^ D'après un autre récit, cette rédaction des articles du pacte a déjà été faite, chap. XXIV, 4.

^ n se présente ici une grave question. De quels dix commandements cet auteur a-t-il voulu parler ? Est-ce de l'ancien décalogue (chap. XX] ou des dix qui précèdent immédiatement? Il nous semble qu'il faut s'en tenir à cette dernière explication : 1° Plusieurs articles du décalogue sont reproduits ici. 2° L'auteur dit que le pacte se basera sur ces commandements (qui précèdent), et que Moïse les écrivit sur les tables. Il existait donc une histoire mosaïque dans laquelle la série des dix commandements était toute diflérente de celle que nous appelons le décalogue, et le rédacteur a combiné tant bien que mal les deux récits, en faisant inscrire sur les secondes tables un autre texte qud sur le^ premières. Les 40 jours se trouvaient déjà chap. XXIV, 18. Aussi bien d'autres textes (Deut. IX ; X) admettent-ils que Moïse a passé deux fois 40 jours sur la montagne (voyez du reste Tlntrod., p. 66 suiv.).

^ Comme les Hébreux se servent d'un même mot pour le rayon (du soleil) et la corne (d'un animal), la Vulgate a doté Moïse de cornes, que les peintres n ont pas manqué de lui laisser.

rayonnait et ils craignaient de s'approcher de lui. Mais Moïse les appela, et Aharôn et tous les chefs de la communauté revinrent à lui et Moïse s'entretint avec eux. Et après cela tous les enfants d'Israël s'approchèrent, et il leur prescrivit tout ce que l'Éternel lui avait commandé sur le mont Sinaï. Et quand Moïse eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage. Et toutes les fois que Moïse entrait* devant Dieu pour s'entretenir avec lui, il ôtait le voile jusqu'à ce qu'il sortît. Puis il sortait et disait aux enfants d'Israël ce qui lui avait été ordonné. Et quand les enfants d'Israël voyaient que la peau du visage de Moïse rayonnait, il remettait le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il rentrât pour s'entretenir avec l'Étemel'.

* Alors Moïse fit assembler toute la communauté des enfants d'Israël et leur dit : Voici les choses que l'Éternel vous ordonne de faire : Durant six jours on pourra travailler, mais le septième jour, ce sera pour vous le sabbat, le jour férié consacré à l'Éternel ; quiconque travaillera ce jour-là sera mis à mort'. Vous n'allumerez point de feu le jour du sabbat, dans aucune de vos demeures.

* Et Moïse s'adressa à toute la communauté des enfants d'Israël en ces termes * : Voici ce que l'Éternel a ordonné * : Apportez de chez vous une offrande à l'Éternel. Tous ceux que leur cœur y disposera apporteront cette offrande à l'Étemel : de l'or, de l'argent, de l'airain, de la pourpre violette et rouge, du cramoisi, du lin, du poil de chèvre, des peaux de bélier teintes en rouges, des peaux de n^inati, du bois d'acacia, de l'huile pour le candélabre, des parfums pour l'huile de l'onction et pour l'encens odorant, des pierres d'onyx et des pierres à cnchîisser pour Téfod et le pectoral.

*°Que quiconque d'entre vous est artiste vienne faire ce que l'Éternel ordonne, la demeure, son tabernacle, sa couverture, ses crochets, ses planches, ses traverses, ses colonnes et ses supports; l'arche et ses barres, et le couvercle, et le rideau de draperie; la

1 Au tabernacle.

2 Ce récit relatif à la face rayonnante de Moïse suppose une autre conception que celle qui a donné lieu au mythe du chap. XXXIII, 22.

3 Reproduction pure et simple de chap. XXXI, 15. On regarde ordinairement ces quelques lignes comme destinées à maintenir la loi du sabbat même pour les travaux du tabernacle. Mais il est au contraire exphcitement question des travaux domestiques, et le caractère fragmentaire do la rédaction se manifeste encore ici (voyez Tlntrod., p. 246,'. On peut juger, par ces nombreuses reproductions de la loi du sabbat, de la difficulté que les chefs de la communauté éprouvaient à la faire accepter et strictement observer.

* .\ partir d'ici, nous avons lu ré[)étition de ce qui n été dit aux chap. XXV et .<;uiv. sur la ccm^truction du tubcrnaclo, etc. C'est tantôt une copie textuelle, tautOtune rédaction légt'rement raccourcie (Introd., p. 218 suiv.).

^> Chap. XXV, 2-7.

laljle avec ses barres et ses ustensiles, et le pain de présentation ; et le candélabre du luminaire avec ses ustensiles et ses lampes, et riiuile pour le luminaire ; et Taulel de Tencens avec ses barres, et l'huile de Fonction, et les parfums odorants, et la draperie de l'entrée de la demeure; et Tautel de l'holocauste avec son grillage d'airain, ses barres et ses ustensiles ; le bassin avec son support, les tentures de la cour, avec ses coloimes et leurs supports, et la draperie de la porte de la cour, les pieux de la demeure et les pieux de la cour avec leurs cordages; les vêtements d'office pour fonctionner dans le sanctuaire, les vêtements sacrés pour le prêtre Aharôn, et les vêtements de ses fils pour officier.

•"Alors toute la communauté des enfants d'Israël se retira d'auprès de Moïse. Et tous ceux que leur cœur y portait et dont l'esprit était de bonne volonté, vinrent apporter des offrandes à l'Éternel pour l'œuvre du tabernacle de communication et pour tout son service et pour les vêtements sacrés. Et ils vinrent, hommes et femmes, quiconque était de bonne volonté, et apportèrent, qui une agrafe, qui un anneau de nez, qui un cachet, qui une boucle, toutes sortes d'objets d'or: quiconque voulait consacrer une offrande d'or à l'Éternel, ou qui se trouvait avoir chez lui de la pourpre violette ou rouge, du cramoisi, du lin, des poils de chèvre, des peaux de bélier teintes en rouge ou des peaux de manati, les apportait; quiconque voulait présenter une offrande d'argent ou d'airain, l'apportait pour l'offrir à l'Éternel; et quiconque se trouvait avoir chez lui du bois d'acacia, rapportait pour tous les ouvrages à faire pour le service. Et toutes les femmes exercées à cet art filèrent de leurs mains et apportèrent ce qu'elles avaient filé, de la pourpre violette et rouge, du cramoisi et du lin*. Et toutes les femmes que leur cœur y portait et qui savaient le faire, filèrent du poil de chèvre. Et les chefs apportèrent des pierres d'onyx et des pierres à enchâsser pour l'éfod et le pectoral, ainsi que les parfums et l'huile pour le candélabre, et pour l'huile d'onction, et pour les parfums odorants. Tous, hommes et femmes, des enfants d'Israël que leur cœur portait à contribuer à l'œuvre que l'Éternel avait ordonné de faire par le ministère de Moïse, vinrent l'apporter volontairement à l'Éternel.

'<> Alors Moïse dit aux enfants d'Israël ' : Voyez, l'Éternel a appelé nominativement Iteçaleël, le fils d'Ourî fils de Hour, de la tribu de Juda, et l'a rempli d'un esprit de Dieu quant à la sagesse, l'intelligence, le savoir pour toutes sortes d'ouvrages, à l'efïet de concevoir

^ Des fils et non des tissus. Le lia est ici partout la matière, en diverses couleurs. 11 n'est pas question de laino.

•i Chap. XXXI.

A. T. 3« part. — 11. 1

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