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La Bible

Le présent volume sera consacré tout entier à un ouvrage qui se distingue à plusieurs égards de ceux que nous avons étudiés dans la première partie de notre travail. Nous l'avons signalé d'avance à nos lecteurs, en leur soumettant un aperçu préalable de toute la littérature historique des anciens Hébreux^. Nous avons émis l'opinion que cet ouvrage, de même que celui qui a fait l'objet de nos études antérieures, se compose de plusieurs parties communément séparées dans nos Bibles, et que nous serions dans le cas de lui trouver un titre mieux approprié à sa véritable nature que les diflérents noms traditionnels qui en consacrent le fractionnement et qui ne servent qu'à nous désorienter. A côté de la grande Histoire de la théocratie, ou du peuple de Dieu ^, se placera donc la Chronique ecclésiastique de Jérusalem, On le voit, il ne s'agira plus ici des destinées de toute la nation, mais plutôt de celles d'une ville : le récit commencera à l'époque même où cette ville va occuper la principale place dans l'horizon géographique et politique d'Israël et où elle s'apprête à devenir le centre de la vie religieuse de la nation ; et ce ne seront pas même les affaires politiques qui préoccuperont le narrateur, mais les institutions qui ont dû sauvegarder des intérêts d'un ordre plus élevé et leur servir de base et de régulateur.

1 Voyez Ancien Testament, 1'* partie, page 89 suiv. * Pentateuipie, Josué, Juges, Samuel, Rois.

k. T 4' part. 1*

Dans toutes les Bibles chrétiennes, anciennes et modernes, cet ouvrage se trouve divisé en trois parties considérées comme indépendantes Tune de Tautre, et connues sous les noms des Livres des Chroniques, d'Esdras et de Néhémie. De plus, la première de ces trois parties, qui est de beaucoup la plus étendue, y est subdivisée en deux livres. Il n'en a pas été ainsi dès Torigine. Il est vrai que nous ne possédons plus d'exemplaire dans lequel les trois parties soient confondues de manière à former un seul corps d'ouvrage. Mais nous pouvons constater aujourd'hui encore que les docteurs juifs n'ont pas connu toutes ces divisions. Car dans une note, imprimée dans les Bibles hébraïques à la fin du livre dit des Chroniques, ils averlissent les copistes que le milieu de cet écrit se trouve dans la phrase qui, d'après notre manière de compter, se lit au v. 25 du vingt-septième chapitre du premier livre actuel, et de même le milieu du livre d'Esdras-Néhémie, réputé unique (et attribué par le Talmud à un seul auteur, Esdras), est marqué au chap. III de Néhémie, v. 32. Cette méthode de considérer les deux pièces nommées en dernier lieu comme un seul tout, s*est conservée assez longtemps. Les plus anciens manuscrits existants de la Bible grecque ne mettent pas de titre spécial au livre de Néhémie. Chez les Pères de l'Église qui font le relevé du nombre des livres bibhques, Esdras et Néhémie sont toujours comptés pour un seul. Et lorsqu'on prit l'habitude de les séparer, on les désigna par le nom du premier et du second livre d'Esdras, ce qui prouve encore que le nom de Néhémie n'y figurait pas antérieurement. Voilà ce qui résulte de l'histoire du canon. Quant à notre opinion, d'après laquelle la critique doit aller plus loin et reconnaître l'unité primitive de toutes les parties, les arguments à faire valoir en sa faveur seront développés plus bas.

Ces divers écrits ont aussi changé de place dans le code sacré, en passant de la Synagogue à l'Église. Dans les Bibles hébraïques ils sont les tous derniers de la série mais, par un arrangement assez bizarre, Esdras et Néhémie précèdent la Chronique. Les Grecs, et après eux les Latins et les modernes, les ont joints aux autres livres historiques, et cela de manière que l'ordre naturel

indiqué par le contenu se trouve rétabli, c'est-à-dire qu'Esdras et Néhémie ne viennent qu'après la Chronique.

Le nom spécial du livre des Chroniques a été introduit par S. Jérôme, l'auteur de la traduction latine devenue officielle dans l'Église catholique. Les Grecs en avaient inventé un autre moins bien choisi. Ils appellent cet ouvrage les Paralipomènes, c'est-à-dire les choses omises, parce que, ayant constaté qu'il renferme un certain nombre de faits non relatés dans les livres historiques plus anciens et notamment dans ceux de Samuel et des Rois, avec lesquels il a le plus de rapports, ils s'imaginèrent qu'il avait été destiné à servir de supplément à ces derniers. Nous verrons bientôt combien peu ce jugement est fondé. Les Juifs eux-mêmes y ont mis un titre qui signifie à la lettre : Affaires des jours (ou des temps), ce qu'on peut très-bien traduire soit par le terme d'Annales, soit par celui choisi par S. Jérôme. Seulement il faut se défaire de l'idée qu'il s'agit d'une relation exactement chronologique et tenant à raconter année par année tous les événements dignes d'être mentionnés.

Quant aux livres d'Esdras et de Néhémie, leurs titres proviennent sans doute du préjugé que ces deux hommes célèbres en sont les auteurs. Nous verrons tout à l'heure sur quel fondement ce préjugé repose et jusqu'à quel point il peut se justifier.

Voici maintenant d'abord un résumé succinct du contenu de tout l'ouvrage. Il débute, comme nos chroniques du moyen âge, par la création du monde ; seulement, au lieu de reproduire à ce sujet les relations de la Genèse, il se borne à la nomenclature des hommes qui, d'après ce même livre, et quelques autres textes, représentent les générations qui se sont succédé depuis Adam jusqu'à David. A l'occasion de l'un ou de l'autre personnage il introduit aussi les branches collatérales, mais, à bien peu de choses près, toute cette partie de l'ouvrage (chap. I à IX) ne contient absolument que des noms propres. Le P^ chapitre énumère les générations depuis le premier homme jusqu'au patriarche Jacob, avec une digression relative aux différentes tribus des Édomites. Le second chapitre la continue de Jacob à David, en s'étendant longuement sur les clans et familles qui constituaient

la tribu de Juda. Le troisième chapitre s'occupe de la famille de David et contient la généalogie des Isaïdes, par toute la série des rois de Jérusalem, et leurs descendants jusqu'au quatrième siècle avant Jésus-Christ. Puis viennent les chapitres IV à VII, avec la nomenclature générale (et topographique) des clans des douze tribus, en recommençant par celle de Juda. Cette liste est incomplète en ce qu'il y manque deux tribus ; elle a en outre cela de particulier, que la tribu de Lévi y est représentée avec le plus de détails. Enfin, les chapitres VIII et IX énumèrent les familles établies à Jérusalem même et aux environs, et à ce propos ils font, à certains égards, double emploi avec des listes précédentes. Nous aurons à revenir sur ces tableaux généalogiques pour diverses raisons. Pour le moment nous nous bornons à constater qu'ils servent de préambule à ime relation historique qui doit commencer à l'avènement de David, le véritable fondateur de Jérusalem, capitale de son royaume, laquelle, du temps de notre historien, était la métropole du judaïsme. Tout ce qui a précédé le règne du fils d'Isaï n'est représenté ici que par cette sèche statistique dont nous venons d'esquisser le cadre, et qui ne nous doit apprendre qu'une chose, c'est que toutes les familles juives, reliées entre elles par des liens de parenté, rattachaient leur origine au premier homme par une filiation documentée dans des textes authentiques.

La narration elle-même commence au chap. IX, v. 35, par le récit de la mort de Saûl, précédé de nouveau de la généalogie spéciale de sa famille déjà insérée antérieurement parmi toutes les autres. De là, l'auteur passe immédiatement à la proclamation de David, appelé au trône par la volonté unanime de la nation. Après cela il poursuit l'histoire de la monarchie, de manière à s'occuper du royaume de Jérusalem seul, à l'exclusion de celui dit des dix tribus, jusqu'à la destruction de Jérusalem. Il est superflu d'entrer ici dans de plus amples détails. Les événements, quant à leurs contours généraux, sont suffisamment connus par le livre des Rois, et pour ce qui est des nombreuses difllérences entre les deux textes, nous aurons à nous en occuper tantôt. Ajoutons seulement, pour orienter les lecteurs, que les chronologistes mettent la ruine du premier temple à l'an 588 av. J. G.

Le récit du livre d'Esdras commence à l'an 536, à ce qu'op appelle vulgairement la fin de l'exil, lorsque le roi Cyrus autorisa les Juifs à rebâtir leur temple. Les six premiers chapitres

donnent des détails sur cette reconstruction, gênée et interrompue à la suite des intrigues des voisins et enfin conduite à bonne fin sous le règne de Darius, en 516. Après cela il y a dans l'histoire une lacune d'une soixantaine d'années jusqu'à l'arrivée d'une seconde colonie conduite par le prêtre Esdras ('Ezrâ), sous le règne d'Artaxerce-Longuemain, en 458. Les quatre derniers chapitres (VII à X) s'occupent de l'activité de ce nouveau chef et organisateur, sans en terminer la relation.

Avant de la reprendre, le texte introduit un autre personnage qui occupa dans la colonie une position tout autre qu'Esdras. C'est Néhémie, envoyé comme gouverneur par le même roi, treize ans plus tard (445). Tout en travaillant aussi à l'amélioration de l'état social de la communauté et au redressement d'un certain nombre d'abus dont souffrait la chose publique, son principal soin fut de mettre la ville à l'abri d'un coup de main de la part des populations et autorités plus ou moins hostiles du voisinage. Ces faits remplissent les sept premiers chapitres du livre qui porte aujourd'hui son nom. Ensuite Esdras reparaît sur la scène, promulguant la loi de Moïse, et présidant à l'assermentation du peuple qui promettait de l'observer fidèlement (chap. VIII à X). Viennent ensuite de nouvelles notices sur la population de Jérusalem, surtout aussi sur les familles de la caste sacerdotale, ainsi que le récit de la fête célébrée lors de la consécration du nouveau mur d'enceinte de la ville (chap. XI et XII). Le livre se termine par une courte note sur l'activité de Néhémie lors d'un second voyage qu'il fit à Jérusalem en 432.

Cette légère esquisse du cadre de l'ouvrage suffit pour le moment. Nous reviendrons sur la plupart des éléments dont il se compose, au fur et à mesure que nous aborderons les diverses questions qu'un examen plus détaillé du contenu fera surgir

La première question que nous aurons à traiter, c'est celle de la connexité existant entre les trois livres que nous venons d'analyser et qui se trouvent séparés dans les éditions usuelles, comme étant autant de compositions indépendantes, et dues à des auteurs différents. En d'autres termes, puisque nous les réunissons ici sous im titre commun que la tradition ne connaît pas,

nous avons à justifier cette innovation. Et qu'on veuille bien le remarquer, nous ne prétendons pas signaler seulement l'identité du point de vue auquel se seraient placés trois écrivains (comme cela pourrait se dire de la plupart des écrits prophétiques), nous ne nous bornons pas même à attribuer à un même auteur les trois documents qu'il aurait rédigés successivement ; nous soutenons la thèse que nous possédons là des pièces de rapport qui ont appartenu primitivement à un ouvrage unique et que le caprice seul des gens d'école a séparées.

Commençons par quelques observations générales. Il est facile de constater que ce qui est raconté dans le livre d'Esdras et de Néhémie se rapporte exclusivement, soit à la restauration du temple, soit à la réglementation du culte qui s'y rattachait et à la discipline ecclésiastique, soit enfin aux intérêts matériels de la cité de Jérusalem et de ses habitants. Qu'on n'objecte pas que cela va sans dire et que ce cadre était donné à l'auteur. Gela n'est pas du tout le cas. Ce cadre est librement tracé par lui ; car la population de Jérusalem formait alors une très-petite minorité de la nation israélite, dont une bien plus grande portion occupait le reste de la Palestine ou était établie à l'étranger, surtout à Babylone. L'auteur ne s'intéresse qu'à cette minorité, qu'il considère évidemment comme le noyau de la nation, comme la souche de ce judaïsme qui, à l'époque où il écrivait, étendait déjà son influence au loin et était devenu une espèce de puissance^. Eh bien, il circonscrit son cadre d'une manière analogue dans sa première partie, dans le livre des Chroniques. Il y avait là certainement bien des choses à dire, et des plus importantes, qui y sont omises à dessein, quoique l'auteur dépende, à n'en pas douter, de sources qui en parlaient. C'est qu'il n'a en vue que Jérusalem, son temple et son culte. Il commence avec David qui, selon lui, a fondé le sanctuaire autour duquel se groupera la nation et sur les parvis duquel elle apprendra à connaître et ses devoirs et ses véritables destinées. Les victoires de ce monarque illustre et surtout les mémorables aventures de sa jeunesse sont passées sous silence ou à peine effleurées dans de maigres extraits, tandis que tout ce qui dans son règne se rapporte aux affaires religieuses, au culte, à la hiérarchie, est soigneusement enregistré. Il en est de même pour son successeur. Après

* Voir notre Résumé de Hiistoire des Israélites, dans la première partie, p. 51 suiv.

Salomon et le schisme, c'est la royauté de Jérusalem seule qui intéresse l'auteur ; le reste ne semble pas exister pour lui. Et dans rhistoire des rois Isaïdes ce sont encore les choses de l'église (comme nous dirions aujourd'hui) qui ont le privilège de le préoccuper. Il s'arrête avec un soin particulier aux règnes qui, à cet égard, lui paraissaient mériter de préférence l'attention de la postérité. S'il touche à des faits militaires et pohtiques, c'est toujours de manière à les mettre dans un rapport intime avec les tendances religieuses des princes qui y sont engagés. Ainsi d'un bout à l'autre de l'ouvrage on trouve une série de descriptions prolixes de fêtes et de cérémonies ^ ; les prêtres et les Lévites sont les membres les plus importants de la communauté dans tout le cours de l'histoire, et c'est avec un plaisir non méconnaissable qu'il énumère leurs classes et indique leurs diverses fonctions. Et ce ne sont pas seulement les plus hauts dignitaires de la caste qu'il met en scène nominativement ; il n'y a pas jusqu'aux musiciens, chantres, trompettes et portiers qui ne trouvent une large place dans son récit, à tout autre égard sec et succinct*^. Nous mentionnerons encore les nombreux discours religieux insérés dans le texte et qui font également voir que la même main a été à l'œuvre dans toutes les parties ^.

Si l'intérêt de l'écrivain se porte de ce côté-là, il n'est pas trop difficile de découvrir le but moral de son ouvrage. Comme ses prédécesseurs, les anciens historiens d'Israël, il ne veut raconter que pour instruire. Lui aussi veut prêcher l'obéissance à la loi de Dieu, comme le seul et unique moyen du salut national et du bonheur individuel, et faire voir que toute déviation de ce devoir suprême conduit inévitablement à la ruine. Seulement il y a entre son point de vue et celui des prophètes, dont il est séparé par des siècles, une différence qu'il importe de relever ici. Il est le disciple et l'avocat de la loi écrite, laquelle est pour lui le seul

î Translation de l'arche sainte, 1 Chron. XV, XVI ; consécration du temple de Salomon, 2 Chron. V-VII ; réforme de Hizqiyah, chap. XXIX-XXXI ; Pâques de los'ijab, cbap. XXXV ; inauguration de l'autel de Zeroubbabel, Esdr. III : et du second temple, cbap. VI ; fôte des tabernacles, Néb. VIII ; consécration des murs de Jérusalem, Néb. XII.

«1 Cbron. V, 27-VI, 66; IX, 10-34; XV, 1-27; XXIII-XXVI. 2 Chron. XXXI ; XXXIV ; XXXV. Esdr. II ? UI ; X. Néb. VII ; X-XII.

8 1 Chron. XVII ; XXII ; XXVIII ; XXIX. 2 Chron. VI ; VII : XXIX. Esdr. VIII, IX. Néb. IX.

critère de la valeur des hommes et des choses, la seule source de la vérité et du devoir, depuis que la voix de la prédication vivante, de l'inspiration personnelle, ne retentit plus. ¥à comme cette loi ménageait la plus large place aux formes du culte, son esprit n'a pas manqué de dominer, à cet égard, et le choix des matériaux de Thistorien et la couleur sous laquelle ils nous sont présentés.

L'unité de la rédaction se manifeste encore par une série d'autres faits également faciles à constater. Nous ne nous arrêterons pas aux remarques qu'on pourrait faire sur les idiotismes du langage, l'emploi fréquent de certains termes propres à l'écrivain et qui se rencontrent dans les trois parties. Elles ne sont certes pas sans jeter un poids dans la balance de la critique ; mais nous renonçons à les faire valoir, parce que cela nous mènerait à des détails philologiques qui ne sauraient intéresser la majorité de nos lecteurs, ni être contrôlés par eux. Mais nous signalerons le goût extraordinaire du rédacteur pour les tables généalogiques et statistiques ^ qui pour nous aujourd'hui rendent si fastidieuse la lecture d'une grande partie de cette composition, autrement assez intéressante, en tant qu'elle éclaire tant soit peu la période la plus obscure, mais non la moins importante de l'histoire du judaïsme. Ces notices sont pour le rédacteur une affaire capitale, à tel point qu'il ne recule pas devant des répétitions ou doubles emplois'^. Mais voici quelques faits spéciaux qui sont davantage encore de nature à déterminer notre jugement.

Dans l'état actuel du texte, le livre des Chroniques se termine par la mention de l'ordre donné par Cyrus au sujet de la reconstruction du temple. Cet ordre se rattache très-bien à ce qui était dit immédiatement auparavant de la prophétie de Jérémie, qui menaçait le sol de la Judée d'un chômage de soixante-dix ans, cette menace se trouvant accomplie et la période écoulée à l'avénement des Perses. Mais le texte de la proclamation de Cyrus s'arrête au beau milieu d'une phrase, et le livre, par ce fait, n'a pas de fin. Cela est si évident, que nous n'avons pas même besoin

1 1 Chron. I-IX; XXIII -XX VII. Esdr. II; VII; VIII ; X. Néh. VII; X-XII.

* Comp. 1 Chron. VIII, 29 suiv. avec IX, 35 suiv. — 1 Chron. V, 34 suiv. avec VI, 35 suiv. et Esdr. VII, 1 suiv. — 1 Chron. IX avec Néh. XI. — Esdr. II avec Néh. VII, etc.

de faire remarquer qu'un auteur qui connaissait Tédit de Cyrus, et qui, comme nous le prouverons de reste, a écrit longtemps après le règne de ce roi, ne pouvait pas convenablement s'arrêter là sans dire quelles avaient été les conséquences de ce retour de fortune.

Mais voilà que notre livre d'Esdras actuel commence par recopier cet édit en le reproduisant cette fois-ci en entier. De plus, il rapporte, ce qui manquait tout à l'heure, les mesures prises par les Israélites de Babylone pour profiter de la faveur qui leur était accordée. D'où peut venir ce singulier arrangement? S'il est déjà difficile d'admettre que le Chroniqueur se soit arrêté à la mention de Tédit du roi de Perse sans dire ce qui en advint, il est moins probable encore qu'il ait déposé la plume sans achever au moins sa phrase. Nous croyons donc être autorisé à voir là une preuve directe de l'ancienne cohérence des deux parties. Il est vrai qu'il n'est pas aisé de dire comment on devra s'expliquer l'origine de ce double emploi des quelques lignes qui forment aujourd'hui la fin des Chroniques et le commencement du livre d'Esdras. Faudra- t-il l'attribuer à la maladresse de celui qui a fait la séparation, ou à l'embarras d'un copiste qui aurait eu sous les yeux deux sortes d'exemplaires? Nous l'ignorons: le fait subsiste. On sera peut-être tenté de dire que le livre d'Esdras a existé d'abord, et a par conséquent un commencement convenable, et que le rédacteur des Chroniques, écrivant plus tard, a voulu rattacher son Histoire ancienne à celle de son prédécesseur et l'a ainsi terminée à dessein par les premiers mots de celui-ci. Mais cette hypothèse est écartée d'avance par le fait incontestable que toutes les parties aujourd'hui séparées sont dues à un seul et même rédacteur.

Elle l'est de plus par un autre fait non moins curieux. Nous possédons encore, outre la version grecque alexandrine, dite des Septante, un fragment d'une seconde traduction grecque de l'ouvrage, dont il sera spécialement question dans le dernier paragraphe de la présente introduction. Ce fragment commence par le 35° chapitre du second livre des Chroniques, il ne contient î'édit de Cyrus qu'une seule fois, comme cela va sans dire ; il comprend tout le livre d'Esdras, il y joint quelques versets du livre de Néhémie, et s'arrête au milieu de la description d'une fête (Néh. VIII, 12). Il est clair que l'auteur de cette traduction

avait devant lui un texte hébreu qni ne connaissait pas la division de l'ouvrage en trois livres.

Voici d'autres arguments encore à produire en faveur de notre hypothèse. La généalogie des grands-prêtres du sanctuaire de Jérusalem, depuis Moïse jusqu'à Alexandre-le-Grand, se trouve aux deux bonis de l'ouvrage. Une première série de noms se lit 1 Ghron. V, 30 suiv., le reste est inséré au douzième chapitre de Néhémie, v. 10 suiv. Ces deux textes, rédigés dans la même forme, se complètent et trahissent non-seulement la même main, mais un rapport plus intime entre les parties auxquelles ils sont incorporés.

L'histoire d'Esdras est tout à fait incomplète dans le livre qui porte son nom. Il est impossible que le rédacteur auquel nous le devons se soit arrêté à ce qui en forme aujourd'hui la fin. Mais cette histoire est continuée, et pour la partie la plus importante, dans ce qu'on lit aujourd'hui au chap. VIII et suiv. du livre dit de Néhémie. Ajoutez à cela que la traduction juive, et même celle des premiers siècles chrétiens, ne savent rien d'un livre de Néhémie, mais regardent ce que nous appelons ainsi comme une partie intégrante du livre d'Esdras, ou parlent lout au plus de deux livres d'Esdras comme on parle de deux livres des Chroniques, de Samuel et des Rois. Il résultera de tout cela que la division, telle qu'on l'a adoptée vulgairement, n'est pas le fait du rédacteur primitif, mais celui d'un travail d'école plus ou moins mal inspiré.

Si maintenant on demande par quel motif la séparation de l'ouvrage en plusieurs — disons deux — parties distinctes a pu être faite, la réponse ne sera pas non plus trop difficile. On voudra bien remarquer que dans le Gode hébreu la fin du livre (Esdras-Néhémie) , ce que quelques-uns ont voulu appeler l'Appendice de la Chronique, a reçu sa place avant la partie principale, qui du moins est la plus étendue. Cela n'aurait pas le sens commun, si l'on n'avait pensé, à un moment donné, que l'histoire de la restauration écrite, comme on pouvait le croire, par les chefs mêmes de la communauté, serait un complément très-utile des anciennes Annales nationales. Esdras et Néhémie étaient bien les derniers héros du passé, à l'époque où, après avoir définitivement arrêté le canon sacré (Loi et Prophètes), on songea à recueillir ce qui restait encore de monuments littéraires des siècles précédents. L'autre partie de l'ouvrage pouvait sembler n'avoir pas la même importance, parce que tout ce qu'il

contenait d'essentiel était suffisamment connu par les livres déjà insérés au recueil des Prophètes, notamment ceux de Samuel et des Rois, lesquels, à certains égards, étaient même plus riches et plus complets. Cependant on finit par se raviser et la Chronique, c'est-à-dire la partie du grand ouvrage que nous désignons sous ce nom, eut son tour. C'était après tout un manuel d'histoire très-utile, peut-être même plus conforme à l'esprit du temps que ceux que nous venons de nommer, et qui parlaient beaucoup plus de batailles que de prêtres et de cérémonies religieuses. Par ces interminables catalogues de noms propres, qui nous paraissent à nous si peu édifiants, il intéressait à un haut point une génération qui se trouvait là en pays de connaissance, et il devint bientôt le catéchisme d'histoire le plus approprié aux besoins de l'enseignement à cette époque.

La séparation en deux de la partie qui raconte l'histoire de la restauration s'explique assez facilement par le fait que les extraits des Mémoires de Néhémie sont introduits sous un titre spécial, soit que ce titre ait été simplement transcrit par le rédacteur qui l'empruntait à sa source, soit que celui-ci ait jugé à propos de l'y ajouter pour son compte, parce qu'il interrompait ainsi sa relation des actes d'Esdras, qu'il ne reprend que plus tard.

Passons maintenant à une question sur laquelle aujourd'hui tout le monde à peu près est d'accord. A quelle époque cette chronique a-t-elle été écrite? Cette question peut être résolue indépendamment de celle qui vient de nous occuper. Que nous ayons raison ou tort d'affirmer la connexité des trois livres, nous arriverons à un même résultat pour le tout comme pour les parties.

Nous constaterons d'abord que l'auteur a eu sous les yeux et à sa disposition toute la littérature ancienne et notamment le Pentateuque qui, de son temps et de mémoire d'homme, était le code civil et ecclésiastique officiel. Le langage qu'il parle est celui de la décadence ; il se rapproche de celui des livres de Daniel, de l'Ecclésiaste, d'Eslher. Il y a plus, le rédacteur exploite même des ouvrages antérieurs lesquels ne sont déjà plus écrits en hébreu, mais dans un idiome araméen qui se rapproche de celui qu'on parlait en Palestine du temps de Jésus.

En deux endroits, des listes généalogiques dépassent de plusieurs générations l'époque d'Esdras et de Néhémie, c'est-àdire le milieu du cinquième siècle. Dans Néh. XII, 10 suiv., nous trouvons la nomenclature des grands -prêtres qui ont succédé à celui qui fut avec Zeroubbabel à la tête de la première colonie lors du retour de la captivité. Le troisième de la série a été contemporain de Néhémie. Ces trois générations remplissent donc tout juste un siècle. Si nous en comptons autant pour les trois générations suivantes (et l'on pourrait même en tirer une quatrième des v. 22 suiv.), nous arrivons à l'époque d'Alexandrele-Grand. Encore supposons-nous, en nous y arrêtant, que le pontife qui clôt la liste était encore en exercice lors de la rédaction de l'ouvrage, bien que cela ne résulte pas nécessairement du texte (v. 22).

Dans un autre passage (1 Ghron. III, 19 suiv.), nous trouvons la liste des descendants de David. Le passage est un peu obscur et le texte probablement fautif. Nous l'avons traduit avec la plus scrupuleuse exactitude pour en faire mieux ressortir la difficulté. Quoi qu'il en soit, en s'en tenant à l'hébreu tel qu'il se lit dans nos éditions, on y découvre également six générations (au moins) après Zeroubbabel. Les traducteurs grecs, par un léger changement qui fait disparaître l'obscurité, y énumèrent jusqu'à onze générations, ce qui nous ferait descendre bien au-delà de l'époque indiquée tout à l'heure.

Voici cependant une observation qui paraît devoir venir à l'appui de cette dernière combinaison. On lit dans le passage de Néhémie cité plus haut que les chefs des familles lévitiques ont été enregistrés du temps des grands-prêtres Élyas'îb, loyada', loUanan et laddoua*, et les prêtres sous le règne de Darius le Persan. L'auteur semble parler de ces personnages comme appartenant au passé. Or, nous venons de trouver, par un calcul approximatif, que laddoua* a dû être contemporain de la conquête macédonienne (ce que d'ailleurs Josèphe affirme explicitement). Nous en concluons que le Darius mentionné dans notre texte est Godman, le dernier des Achéménides, le roi vaincu par Alexandre, et comme l'auteur l'appelle le Persan, cela semble prouver que l'empire persan n'existait plus, car autrement cette qualification aurait été bien superflue.

Avec cela, nous arrivons au moins à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou au commencement du troisième. Mais

c'est tout ce que l'ouvrage nous révèle sur l'époque de son origine. Il ne contient rien qui nous conduirait plus loin. En tout cas, des passages comme Néh. XII, 26 et 47, prouvent péremptoirement que pour le rédacteur l'époque d'Esdras et de Néhémie appartenait à un passé déjà assez éloigné.

Pour ce qui est de l'auteur, nous ne savons rien sur sa personne, si ce n'est qu'il faudra probablement le chercher dans la caste sacerdotale même, à laquelle il prend le plus vif intérêt, et à l'égard de laquelle il montre une prodigieuse connaissance des familles et des parentés. Autrefois on s'arrêtait à Esdras, auquel les Juifs déjà attribuaient volontiers une activité littéraire des plus étendues. Dans les écoles modernes on s'est borné à lui réserver la rédaction de la partie qui porte son nom, comme on l'a fait également pour Néhémie et le livre dont celui-ci est le principal héros. Nous verrons tout à l'heure dans quel sens et jusqu'à quel point ces opinions reposent sur un fondement solide.

Comme la plus grande partie de l'ouvrage raconte l'histoire d'une période qui fait aussi le sujet des livres de Samuel et des Rois, on est naturellement amené à examiner le rapport qui existe entre les deux relations. Or, cette étude ne tarde pas à faire reconnaître tantôt une coïncidence qui va quelquefois jusqu'à l'identité absolue des textes, tantôt des additions ou des omissions d'éléments plus ou moins notables, de la part du dernier rédacteur, tantôt enfin des différences qui vont jusqu'à la contradiction directe.

Ces faits ont été diversement appréciés. Les anciens ne les relèvent pas et paraissent ne pas même les avoir aperçus, ou n'y avoir pas attaché une grande importance. Les modernes en ont jugé autrement, et ont conçu, au sujet de la véracité, et en général de la méthode de l'auteur de la Chronique, une opinion assez défavorable, au point de traiter de falsifications intentionnelles toutes les différences constatées par la comparaison avec les textes plus anciens, et de pure invention presque tout ce qui est étranger à ceux-ci. On revient aujourd'hui de ce jugement sommaire et précipité. Un examen plus calme et plus approfondi l'a déjà beaucoup modifié et l'on reconnaît que, malgré la grande

distance qui sépare Tauteur des événements qu'il raconte, il contribue dans une certaine mesure à compléter, d'une manière digne de foi, les données, d'ailleurs si fragmentaires, que nous possédons sur l'histoire des Israélites. C'est surtout depuis qu'on s'est fait à l'idée que les livres d'Esdras et de Néhémie sont tout simplement la continuation de ce que les Grecs ont appelé si improprement les Paralipomènes, qu'il s'est fait un revirement dans l'opinion des savants, parce que ces deux appendices sont plus particulièrement de nature à nous initier à la manière dont le rédacteur a travaillé.

Au point de vue de la science actuelle, la question de la valeur historique de l'ouvrage el de la crédibihté de ses récits se lie intimement à celle des sources qui peuvent avoir été à la disposition de l'auteur. En tout cas, c'est par cette dernière qu'il faudra commencer pour arriver à une solution impartiale de l'autre. Nous allons donc à notre tour nous livrer à l'examen de l'ouvrage pour en trier les éléments et pour découvrir les procédés de la rédaction. Ce travail sera comparativement long et difficile ; mais il est aujourd'hui indispensable. Nous tâcherons d'y apporter toute la clarté possible, et à cet effet nous commencerons par la partie à l'égard de laquelle la critique arrive, avec le moins de peine, à des résultats positifs, c'est-à-dire par l'histoire de la restauration et de la nouvelle communauté de Jérusalem. La division de cette histoire en deux livres, division qui trèscertainement n'est pas le fait du rédacteur, et qui tout aussi peu doit nous faire songer à deux auteurs différents, n'a pu que désorienter la critique. Nous n'en tiendrons aucun compte.

Le récit porte sur deux époques, séparées l'une de l'autre par un intervalle d'environ soixante ans, comme nous l'avons déjà fait observer plus haut : d'un côté l'établissement de la première colonie d'émigrés, de l'autre, la réformation dirigée par Esdras et Néhémie. Ce n'est que sur la seconde époque qu'il nous est donné des renseignements plus précis. L'auteur pouvait profiter ici de deux ouvrages contemporains dus à la plume des principaux acteurs eux-mêmes, des mémoires d'Esdras et de Néhémie, dont il nous donne des extraits. Ces extraits nous intéressent d'autant plus que ce sont les seules pages, de toute la littérature historique des Hébreux, qui proviennent d'écrivains contemporains des événements qu'ils racontent, à moins qu'on ne veuille porter en ligne de compte les écrits des prophètes qui pourraient aussi

être rangés dans cette catégorie. Il est seulement à regretter que Tusage qui est fait ici de ces mémoires, ait été sans doute la principale cause de leur perte. Il est arrivé à leur égard ce que rhistoire de la littérature ancienne constate si souvent : l'habitude d'abréger les compositions plus étendues, pour en mettre la substance à la portée du grand nombre, finissait par faire disparaître les originaux, qui nous seraient bien plus précieux. que les rédactions populaires qui nous sont restées ^ .

Ces regrets nous sont surtout inspirés par les fragments des mémoires de Néliémie, insérés dans la partie de la Chronique qui est désignée aujourd'hui par le nom de ce personnage. Ils portent à un haut point le cachet de l'originalité et excitent l'intérêt du lecteur autant par la vivacité du style et par la nature des faits qu'ils relatent, que par le caractère de l'écrivain même qui s'y dessine de la manière à la fois la plus nette et la plus naïve ^. Ces fragments authentiques et simplement copiés par le Chroniqueur, dans la source la plus limpide qu'il avait à sa disposition, se lisent dans la rédaction actuelle Néh. I, 1 - VII, 5; XII, 27-42; XIII, 4-31. Il n'est pas difficile de constater que ces trois textes ne peuvent pas s'être suivis de près dans l'original, et que ceux qui les séparent aujourd'hui ont été puisés à d'autres sources.

Les extraits textuels des mémoires d'Esdras sont beaucoup moins étendus dans le livre qui porte cet autre nom. Ils sont surtout moins intéressants. La première trace directe se rencontre à la fin du septième chapitre (v. 27), à partir duquel endroit, jusqu'à la fin du neuvième chapitre, Esdras parle à la première personne. Il n'y a ici que les deux derniers versets du huitième chapitre qui paraissent être une intercalation du rédacteur. Mais rien ne nous empêche de supposer qu'une partie des faits relatifs à Esdras, et contenus tant dans le dernier chapitre du livre de ce nom, que dans les chap. VIII et suivants du livre de Néhémie, ont pu être puisés à la même source, bien qu'ici nous n'ayons en général que la rédaction du Chroniqueur et non plus le texte original. Que cet auteur ne se soit pas appliqué à une bien rigou-

1 On a cru pouvoir inférer d'un passage du deuxième livre des Maccabées (chap. II, 13} que les Mémoires de Néhémie existaient encore vers le commencement de l'ère chrétienne. Mais le texte n'est pas assez positif pour établir ce fait.

* Voyex par ex. Néh. Xni, 14, 23, 31 .

A. T. 4« part. 2

reuse exactitude, même dans des détails d'une certaine importance, cela se voit par divers exemples très-frappants, dont nous ne voulons relever provisoirement qu'un seul, qui suffira pour prouver qu'Esdras n'a pas écrit tout le livre de sa propre main. D'après la généalogie insérée parle rédacteur au chap. VII, 1 suiv., Esdras, vivant au milieu du cinquième siècle, et au moins jusqu'à 430, aurait été le fils d'un prêtre tué lors du sac de Jérusalem (588, comp. 2 Rois XXV, 18. 1 Cliron. V, 39 suiv.), tandis que le prêtre en chef de la première colonie (536) est déjà le petit-fils du même individu (Esdr. III, 2. 1 Ghron. V, 41).

Mais il y a encore un autre passage où l'écrivain parle à la première personne du pluriel, tout en nommant explicitement Néhémie à la troisième. C'est le récit de la promulgation officielle de la loi (Néh. X). On ne peut guère se défendre de penser que ce morceau est également tiré des mémoires authentiques d'Esdras. Celui-ci est introduit, dans les pages précédentes, comme le personnage le plus en évidence dans la communauté et comme présidant à la cérémonie dont la description est due, quant au début, à la plume du rédacteur, tandis que celui-ci, à ce qu'il nous semble, finit par reproduire textuellement, et sans y rien changer, une portion de la relation primitive. Si cette supposition est fondée, nous en tirerons deux conséquences également importantes. Il en résultera d'abord une preuve nouvelle et éclatante de l'unité de toute la composition, en ce que des extraits des mémoires d'Esdras se trouvent aussi dans ce que nous appelons mal à propos le livre de Néhémie, et, ce qui plus est, intercalés entre des extraits des mémoires de celui-ci. Mais ceci n'intéresse que la critique littéraire et ne fait que confirmer une observation déjà suffisamment établie par d'autres arguments. En voici une seconde, d'une portée beaucoup plus grande. Si Esdras, dans ses propres mémoires, constate que la loi a été lue au peuple pour la première fois, dans son ensemble, en présence de Néhémie, c'est qu'elle l'a été au plus tôt quatorze ans après l'arrivée d'Esdras à Jérusalem, et la seule explication possible de ce retard, c'est que P la loi n'était pas connue à Jérusalem avant cette époque; 2^ qu'Esdras ne l'apporta pas toute rédigée de Babylone ; 3° qu'il lui a fallu une série d'années pour la mettre en ordre. Car le texte affirme de la manière la plus explicite que la leclure et la connaissance de cette loi (écrite), telle qu'on la présentait au peuple, était chose nouvelle pour les

auditeurs, el que jamais, depuis les temps de Josué, on n'avait ainsi réglé les cérémonies religieuses (qui pourtant elles-mêmes n'étaient pas chose nouvelle) sur la lettre d'un paragraphe du code. Cette notice est d'autant plus curieuse, que le rédacteur, qui puise ici à une source contemporaine (Néh. VIII, 17), donne en même temps un démenti à ce qu'il avait dit ailleurs de sa propre autorité (Esdr. III, 4j. C'est qu'à l'époque où il écrivait on croyait naïvement que la loi dite mosaïque (c'est-à-dire le Pentateuque rédigé par Esdras) avait existé, telle quelle, dès avant la prise de possession de Canaan.

Outre les deux mémoires dont nous venons de relever les traces, et dont l'insertion partielle dans la Chronique donne à celle-ci une valeur toute particulière, nous signalerons une autre source encore dans laquelle le rédacteur a puisé une certaine partie de ses matériaux. C'est un ouvrage écrit en dialecte araméen et devant, par cela même, être considéré comme plus récent que l'époque d'Esdras, à moins qu'on ne veuille prétendre qu'il a été composé à Babylone, ce qui serait bien hors de propos. Notre auteur lui emprunte quelques détails sur la reconstruction du temple et sur les intrigues des voisins qui voulaient l'empêcher et qui plus tard encore réussirent à faire défendre la restauration des murs de Jérusalem (Esdr. IV, 8 -VI, 18). Nous ignorons quelle peut avoir été l'étendue de cet ouvrage, dont il ne nous est donné que quelques fragments détachés. Dans ces extraits la chronologie est embrouillée d'une manière presque inextricable, au point qu'on a pu soupçonner l'auteur (c'est-à-dire le dernier compilateur) d'avoir placé le règne de Darius après ceux de Xerxès et d'Artaxerce. Si un second fragment araméen (Esdr. VII, 12-26) est tiré du même ouvrage, celui-ci aurait aussi compris l'histoire d'Esdras. Quoi qu'il en soit, nous n'avons aucun moyen de contrôler ce récit ; nous nous permettrons seulement de dire qu'à la vérité les faits racontés n'offrent rien d'invraisemblable et ne provoquent point la critique (si ce n'est pour le redressement de la suite chronologique des détails), mais qu'il en est un peu autrement quant aux décrets des rois de Perse qui appartiennent à cette partie. On conçoit à la rigueur que ces documents aient été oflGiciellement traduits dans un idiome parlé en Palestine, ou du moins connu dans les provinces occidentales de Tempire, ou enfin que le rédacteur du livre araméen les ait traduits lui-même; mais ce qui est moins probable, c'est que les rois de Perse se

soient servis, ]pour parler du dieu des Israélites, des termes que nous y lisons. Gela ne nous rappelle que trop le style des édits analogues dont parle le livre de Daniel, ce qui certes ne plaide pas pour leur authenticité.

Un mot encore au sujet d'un troisième élément du texte, à l'égard duquel le rédacteur n'a dû travailler qu'en sous-œuvre. Nous voulons parler des documents statistiques et des généalogies qu'il insère de côté et d'autre dans cette dernière partie de son ouvrage, comme il Ta d'ailleurs aussi fait en conimençant la première. Nous n'avons aucun motif de douter de l'authenticité de ces listes, en faisant nos réserves sur les innombrables variantes dans les noms propres et surtout dans les chiffres ^ Gomme les listes fournies par les livres d'Esdras et de Néhémie se rapportent d'un côté à une population établie sur un territoire fort peu étendu, et de l'autre à une caste très-intéressée à conserver ses titres, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elles aient existé, et qu'elles aient été à la disposition du rédacteur. Nous y rattacherons cependant quelques remarques spéciales. Néhémie lui-même raconte (chap. VII, 5) qu'il a trouvé la liste des premiers colons revenus autrefois de Babylone, avec le nombre des individus de chaque famille et de chaque endroit, et il insère cette liste dans ses mémoires (chap. VII, 6-73). Le rédacteur, à ce qu'il paraît, a connu cette liste indépendamment des mémoires de Néhémie et l'a transcrite, dans sa propre relation, à l'endroit même où elle avait sa place naturelle dans l'ordre chronologique (Esdr. II, 1-70), tout en la laissant ensuite subsister aussi à l'autre place. Nous croyons pourtant que tous les deux se sont trompés sur la portée de cette liste. Elle doit avoir été rédigée d'après un recensement plus récent qu'ils ne semblent le croire. Gela résulte non seulement des chiffres, mais encore du fait que Jérusalem et un grand nombre d'autres endroits y sont nommés comme existant déjà, c'est-à-dire comme reconstruits et repeuplés dans une assez forte proportion, tandis que Néhémie encore est obligé (chap. XI, 1) d'organiser une espèce de conscription pour augmenter le chiflfre de la population de Jérusalem. On comprend qu'une fois l'impulsion donnée, il survenait toujours de nouveaux colons.

^ Plusieurs de ces listes sont reproduites itérativement, voyez ci-dessus page 10, note, 2 et la note sur Esdr. II, 64.

Dans le chap. XI de Néhémie on rencontre une autre liste des familles de Jérusalem et des environs qu'on a quelquefois regardée comme un fragment des mémoires de ce gouverneur. Elle n'a rien de commun avec celle dont nous venons de parler, mais, en revanche, elle se lit aussi dans le chap. IX du premier livre des Chroniques, avec un grand nombre de variantes que nous estimons être dues à la négligence des copistes. Gela fait voir que dans ce dernier passage elle ne se rapporte pas à Tépoque de David, comme on a bien voulu le croire. Enfin, une liste insérée au chap. XII du même livre est dite (v. 23) être tirée d une chronique écrite du temps du grand-prêtre qui a succédé au contemporain de Néhémie.

De tout cela il résulte que pour cette partie de son travail Fauteur de la Chronique ecclésiastique de Jérusalem s'est appliqué à mettre à profit des sources contemporaines, ou du moins des ouvrages plus rapprochés des événements que le sien propre. Nous pourrons même y ajouter encore une preuve négative de ce fait. C'est que nous n'apprenons rien sur les destinées ultérieures des deux réformateurs. L'un disparaît complètement de la scène après les fêtes de la promulgation de la loi et de la consécration des murs. Son œuvre à lui est achevée ; il rentre dans l'obscurité. Probablement ses mémoires n'en ont rien dit de plus, et aucune tradition, qui aurait pu les compléter, n'est venue à la connaissance de notre historien. Quant à l'autre, la dernière page, copiée encore textuellement de son autobiographie, constate seulement le fait que lors d'un second voyage à Jérusalem, douze ans après le premier, il trouva de nouveau des abus à corriger, et la manière énergique dont il s'acquitte de cette tâche (sans qu'il soit question de la présence d'Esdras) nous prouve qu'ici, comme partout ailleurs dans ce bas monde, il a fallu du temps et des efforts soutenus pour faire triompher la règle, stricte et sévère, de la force d'inertie ou du mauvais vouloir, comme diront les uns, ou, comme diront les autres, du besoin de liberté. Car après tout il ne s'agissait pas là de morale, mais de pohce et d'administration, choses qui (il ne faut pas l'oublier) se trouvaient également placées sous la sanction religieuse et réglées par une législation théocratique. Le livre finit sans nous édifier le moins du monde sur la réussite plus ou moins prompte des mesures prises par le zélé gouverneur.

Pour en finir avec ce qu'il y a à dire sur les sources de

rhistoire de la restauration, on pourrait encore signaler une autre trace de la pluralité de celles que le rédacteur paraît avoir exploitées. Le chef-gouverneur de la première caravane d'émigrants est appelé S'es'baççar dans le premier chapitre du livre d'Esdras ; partout ailleurs il se nomme Zeroubbabel, sans que l'auteur trouve nécessaire de s'expliquer sur l'emploi successif de ces deux noms, qui pourtant doivent désigner le même personnage. Ne serait-ce pas là un nouvel indice que la rédaction ne nous offre guère que des extraits et qu'elle a emprunté ce qu'elle dit des origines de la colonie à deux relations, dont Tune désignait ce chef par son nom hébreu, l'autre par son nom chaldaïque?

Si tout ce que nous avons pu découvrir sur les sources de l'auteur est de nature à nous prévenir en faveur de l'authenticité de son récit, en revanche, la manière dont il agence et relie ses matériaux ne trahit pas une grande habileté. Nous avons déjà relevé l'imbroglio chronologique du quatrième chapitre d'Esdras, à propos duquel quelques critiques ont même pu parler d'une étonnante ignorance. Nous avons aussi signalé plus haut la contradiction manifeste entre deux passages relatifs à la célébration de la fête des tabernacles (Esdr. III, 4, et Néh. VIII, 17). Voici maintenant un autre exemple qui prouvera que le rédacteur, malgré les documents qu'il avait à sa disposition, n'est pas toujours arrivé à nous donner une relation complètement satisfaisante. Les mesures prises au sujet des mariages mixtes reviennent à plusieurs reprises, et le fait qu'elles ont dû être renouvelées à différentes époques (Esdr. IX. Néh. XIII, 23 suiv.) n'a rien d'étrange, parce qu'on comprend que des règlements de police qui prétendent s'immiscer dans les relations de famille les plus intimes, rencontrent une forte opposition et s'exécutent difficilement. Mais l'auteur ne dit pas cela. Tout au contraire, il suppose que la chose s'est arrangée avec l'assentiment général et n'a rien laissé à désirer (Esdr. X. Néh. XIII, 3). Y a-t-il ici encore quelque interversion chronologique, ou dirons-nous que l'auteur s'est exagéré les résultats immédiats de l'ordre donné ? Autre exemple : Après avoir relaté avec tous les détails comment la Loi fut promulguée, lue, jurée par toute la population, et signée par les chefs, il parle à une autre occasion (Néh. XIII, 1) d'une lecture pareille (qui devait naturellement se répéter de temps à autre), à Toccasion de laquelle on découvrit qu'il ne devait pas y avoir de Moabiles ni d'Ammonites dans la ville ;

il a soin d'ajouter qu'on s'empressa d'agir en conséquence. Pourtant l'histoire authentique d'Esdras (chap. IX, 1 suiv.) constate que cela avait déjà été fait autrefois, et celle de Néhémie (chap. XIII, 23) paraît affirmer le contraire. Est-ce qu'il y a ici encore une confusion chronologique, ou l'auteur a-t-il considéré comme un fait accompli ce qui n'était qu'un ordre, une injonction ?

Mais ce qu'il y a de plus caractéristique dans toute celte partie du récit, c'est qu'on n'arrive pas à se faire une idée bien nette de la position respective de Néhémie et d'Esdras. Du fait du rédacteur ils ne sont nommés, comme se trouvant simultanément à Jérusalem, que deux fois (Néh. VIII, 9; X, 2), et cela de manière qu'on pourrait se demander, et qu'on s'est demandé en effet, s'il était bien renseigné. Nous écartons ce doute, en nous fondant sur le témoignage de Néhémie lui-même (chap. XII, 27 suiv.), mais il n'en reste pas moins vrai que les rapports entre ces deux hommes ne se dessinent pas très-nettement. Il y a plus : tandis qu'Esdras est partout représenté comme légiste, c'est-àdire comme agissant d'après les statuts d'un code officiel qu'il n'a qu'à faire valoir, Néhémie n'invoque jamais ce code, et agit presque comme s'il n'avait à prendre conseil que de lui-même et d'une certaine tradition considérée comme faisant loi (chap. XIII, 11, 18, 26).

Passons maintenant à la Chronique proprement dite. Ici la question concernant les sources, et par suite la valeur historique du récit, est plus compliquée et présente des difficultés d'une nature tout exceptionnelle.

Nous dirons d'abord quelques mots sur les neuf premiers chapitres et leurs tableaux généalogiques et statistiques. Il y en a un certain nombre qui sont extraits de la Genèse et auxquels nous n'avons pas besoin de nous arrêter ici. Les notes jointes à la traduction signaleront les passages de ce livre auxquels le rédacteur a emprunté les éléments de son résumé. Après la Genèse, les autres livres mosaïques, ainsi que ceux de Josué, des Juges et de Samuel, ont pu, à leur tour, servir à compléter ces listes, quoique les innombrables variantes dans les noms propres, dues sans doute en partie à la négligence des copistes, rendent quelquefois moins clairs les rapports entre la présente rédaction et

ces sources plus anciennes. On se convaincra sans peine que ces textes n'ont plus pour nous un intérêt tel, qu'il faille leur consacrer une étude bien approfondie. Aussi les observations dont nous les accompagnerons se borneront-elles au strict nécessaire. Il en est cependant quelques-unes de plus générales auxquelles nous nous arrêterons dès à présent, parce qu'elles serviront à nous faire connaître les procédés du rédacteur.

La première, et à notre point de vue moderne la plus importante, c'est qu'ici, comme déjà dans les anciens textes, les familles, les clans, les tribus même, sont enregistrées comme autant d'individus, et que cette personnification s'étend jusqu'à des noms de lieux. A cet égard, notre auteur est dans la dépendance des anciennes traditions (ou plutôt formules) ; mais il lui arrive parfois de s'embrouiller et de se contredire (voyez par exemple les notes sur les chap. II et IV).

Tous les noms qu'il insère dans ses listes ne se trouvant pas dans les textes que nous pouvons consulter, il faudra bien admettre qu'il en avait encore d'autres à sa disposition, car nous n'avons aucun motif de supposer que ses renseignements ne se fondent pas sur des autorités auxquelles il devait penser pouvoir se fier. Mais, avant d'examiner cette question, en voici une autre encore qui se combinera avec la première. En face de l'énumération des tribus et de leurs nombreuses subdivisions, on se demande à quelle époque ces catalogues se rapportent ? Il y a là , sans doute, quelques séries généalogiques dans le sens actuel de ce terme, par exemple celle des rois Isaïdes (chap. III) et celle des prêtres Aharonides ou Çadoqides de Jérusalem (chap. V). Mais dans la plupart des cas nous ne pouvons nous empêcher de croire que ces interminables noms de fils, de frères, de cousins à divers degrés, représentent tout simplement les familles coexistantes des habitants d'un district, à une époque donnée. Comme toutes ces généalogies précèdent l'histoire de David, on s'est accoutumé à y trouver les contemporains de ce roi. Mais c'est là positivement une erreur. A cet égard nous n'avons pas besoin de nous livrer à des conjectures. Pour quelques tribus on ne nous donne que le petit nombre de noms qui se lisent déjà dans les anciens textes; mais à propos de celle de Gad, il est dit (chap. V, 17) qu'on en a fait le recensement du temps de lotam roi de Juda, et de larobe'am roi d'Israël, c'est-à-dire au huitième siècle ; et comme ces deux rois n'ont pas été contemporains et

n'ont pu posséder, Tun comme l'autre, le territoire de Gad que par droit de conquête, il y a même lieu de songer à des recensements réitérés, si Ton veut s'en tenir à l'assertion de l'auteur. Le recensement des habitants de Jérusalem (chap. IX) est expressément rapporté à une époque postérieure à la restauration, tandis que celui de la tribu de Yiç^akar est assigné au temps de David (chap. VII, 2).

Cela suffirait au besoin pour nous autoriser à dire que le rédacteur de la Chronique a eu sous sa main des documents statistiques qu'il n'a fait que transcrire. Mais cette hypothèse est confirmée par une autre circonstance encore. Nous voulons parler de ce fait curieux, que les mêmes tableaux se reproduisent quelquefois avec des variantes qui ne sont pas toujours des fautes de copistes, mais qui constituent de véritables contradictions. Nous en concluons que le rédacteur a consciencieusement copié ce qu'il avait eu sous la main, sans s'inquiéter autrement des divergences. On comparera à cet effet la nomenclature des trois branches des Lévites (chap. VI, 1-15) avec celle qui suit immédiatement (v. 18-32). Puis celle des fameux chantres de David, qui apparaissent tantôt comme Judéens (chap. II, 6), tantôt comme Lévites (chap. VI, 18 suiv.). L'énumération des familles Benjaminites au chap. VIII, 13 suiv., est toute différente de celle du chap. VII, 6 suiv. Dans un seul et même chapitre (chap. II, 18, 42, 50) il y a jusqu'à trois listes différentes des Kalébides. Dans le même chapitre il y a une généalogie de la Iribu de Juda, toute différente de celle du chap. IV. Comparez encore chap. I, 53, avec chap. IV, 13, etc. La même conclusion se tirera de la discordance des listes de la Chronique avec celles qui se trouvent dans d'autres livres. Comme exemples nous citerons d'abord la généalogie de Samuel, dont on fait ici un Lévite (chap. VI, 18), contrairement à ce qui est dit dans les premières pages du livre qui porte son nom, et dont les ancêtres sont autrement groupés dans Exode VI, 21 suiv. Puis celle de Zeroubbabel (chap. III, 19, comp. avec Esdr. III, 2); celle des Siméonites (chap. IV, 24, comp. avec les données des livres mosaïques cités à propos de ce passage), etc. Ces divergences prouvent, mieux encore que tout autre argument, que le Chroniqueur s'est contenté de compiler ses listes et qu'il n'a pas même cherché à les faire accorder entre elles. Leur existence, à n'importe quelle époque antérieure, depuis les premiers essais d'organisation

administrative du pays, n'a rien qui doive nous étonner. Mais le fait que tout ce qui se rapporte à Juda et à Lévi est traité avec une attention et une richesse de détails toute particulière, est de nature à nous faire croire que ces éléments datent plus ou moins des temps de la restauration. Et si Ton peut être enclin à penser que la descendance lévitique d'un Samuel, d'un Hêman, d'un Etau est, non un fait historique, mais le produit d'un intérêt de caste, la tradition qui la consacre s'était sans doute formée avant la composition de la Chronique et notre auteur n'en est pas responsable.

Jusqu'ici nous avons pu constater deux faits : dans les différentes parties de l'ouvrage sur lesquelles nous avons porté notre attention, l'auteur a eu entre les mains, sans les désigner nominativement, une série de documents, dont quelques-uns d'une grande importance pour l'histoire, et dans plusieurs circonstances il n'a pas même pris la peine de rédiger pour son compte les éléments qu'il y puisait, mais il s'est contenté de les copier. En abordant maintenant son histoire de la monarchie des Isaïdes (ou, si l'on veut, de Jérusalem et de son temple), depuis sa fondation par David jusqu'à sa destruction par les Ghaldéens, nous rencontrons d'autres faits non moins intéressants, en apparence* plus précis même, mais au fond assez énigmatiques, pour que la science ne soit pas parvenue encore à les élucider complètement. En effet, tandis que quelques savants ont pu penser que le Chroniqueur n'a fait que reproduire, dans cette partie, le contenu de nos livres de Samuel et des Rois, en le façonnant à son gré, laissant de côté ce qui ne rentrait pas dans son cadre, et modifiant le reste selon son point de vue personnel, d'autres au contraire sont arrivés à nier qu'il ait seulement connu ces livres, et l'ont très-énergiquement défendu contre le soupçon d'une construction arbitraire de l'histoire.

Le fait est qu'il cite un grand nombre d'ouvrages auxquels il renvoie ses lecteurs pour plus ample information, là où il ne donne que des résumés plus ou moins succincts de l'un ou de l'autre règne, comme nous l'avons vu faire aussi au rédacteur du livre des Rois. Mais celui-ci ne mentionne, outre une histoire de Salomon, que ce qu'il appelle, selon le cas, les Annales des rois d'Israël ou de Juda, tandis que notre auteur énumère, en

difTérents endroits de son ouvrage, une littérature historique, antérieure à son époque, tellement riche, qu'elle a de quoi nous étonner. Il est nécessaire que nous commencions par en faire le relevé.

1® Déjà à propos des listes de recensement il est question d*un

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