Tome h , Q
fraude, de la terre des Hébreux, Se j'ai éié^
mis dans une citerne.
Le Grand Panetier dit à Jofeph : j'ai eu auftl un fbnge. J'avais trois paniers de farine fur ma tête; & les oifèaux font venus la manger. Jolèph lui répondit : les trois corbeilles figaifient trois jours , après quoi Pharaon te fera pendre , Se les oifeaux te mangeront.
Trois jours après arriva le jour de la naiiTance de Pharaon : il fit un grand ferlin à fes Officiers , 6c fe relïbuvint à table de fon Grand Echanfon Se de fon Grand Panetier. Il rétablit l'un pour lui donner à boire , Se fit pendre l'autre , afin de vérifier l'explication de Jofeph. Mais le Grand Echanfon , étant rétabli , oublia l'Interprète de fon rêve.
Deux ans après , Pharaon eut un fonge. Il crut être fur le bord d'un fleuve dont fortaient fèpt vaches belles Se gralïès , £c enfuite fept maigres Se vilaines j 6c ces vilaines dévorèrent les belles. Il fe rendormit , Se vit fept épis trèsbeaux à une même tige , Se fept autres épis defïechés qui mangèrent les autres épis. Saifi de terreur , il envoya dès le matin chercher tous les Sages Se tous les Devins ; nul ne put lui expliquer fon rêve. AIots le Grand Echanfon fè îbuvint de Jofeph; il fut tiré de prifon par ordre du Roi , Se préfenté à lui , après qu'on l'eût rafé 6c habillé.
jofeph répondit : les deux fonges du Roi lignifient la même chofè. Les fept belles vaches Se les fept beaux épis fignifient fept ans d'abondance. Les fept vaches maigres & les fept épis defïechés fignifient fept années de flérilité. Il faut donc que le Roi choififïè un homme fage 6s
habile qui gouverne toute la terre d'Egypte <> & qui établiiïè des prépofés qui gardent chaque année la cinquième partie des fruits. Le confeil plut à Pharaon <k à fes Minirires. Le Roi leur dit : où pouvons-nous trouver un homme auffi rempli que lui de l'eiprit de Dieu ? Et il dit à Joièph : puifque Dieu t'a montré tout ce que tu m'as dit , où pourai-je trouver un homme plus fage que toi & femblable à toi ( 14.1 ) ? Il lui donna ion anneau , le vêtit d'une robe de lin lin , lui mit au cou un collier d'or , le fie monter fur un char ; & un héraut criait : Que tout le monde fléchiiïè le genou devant le Gou» verneur de l'Egypte. Il changea auffi fon nom 9 il l'appella Zaphna-paneah, & lui fit époufer Azeneth fille de Putiphar , qui était auffi Prêtre d'Héliopolis.
Avant que la famine commençât , Jofeph eut deux fils de fa femme Azeneth fille de Puti* phar. Et il nomma l'aîné Manafle, & l'autr© Ephraïm (142)
( 141 ) Le Pharaon déclare ici deux fois que l'efclav© Hébreu^ft infpiré de Dieu : il ne dit pas , de fon Dieu particulier ; il dit de Dieu } en générai. Il iemble donc ici que , malgré toutes les fuperftitions qui dominaient , malgré la magie & les forcelleries auxquelles on crovait, le Dieu univerfel était reconnu à Memphis comme dans la famille d'Abraham , du moins au tems de Jofeph. Mais comment favoir ce que croyaient des Egyptiens \ Ils ne le favaiént pas eux - mêmes.
On fait une autre queftion moins importante. On deJmande comment fept épis de bled en purent mangée, fept autres. Nous n'entreprenons point d'expliquer ce; repas.
( i4z ) Ceci eft lingulier. Jofeph, petit - fils d'Abraham , époufe Azeneth , fille de la femme d'un Eu-
ïbo GENESE,
Or Jacob , ayant appris qu'on vendait du bïed en Egypte , dit à fes enfans : allez acheter en
Egypte du bled. . . Ils vinrent donc fe
préienter devant Jofeph. Jofeph , les ayant reconnus , les frères ne le reconnurent pas , quoi-, qu'il les eût bien reconnus ; Se il leur dit : vous êtes des efpions. Ils répliquèrent : nous fommes douze frères &: vos ferviteurs , tous enfans d'an même père , & l'autre n'efl: plus au monde. Allez , allez , leur dit Jofeph ; vous êtes des etpions. Envoyez quelqu'un de vous chercher votre petit frère , & vous refierez en priibn , jufqu'à-ce que je fâche fi vous avez dit vrai ou faux. Il les fit donc mettre en prifon pour trois jours , & le troifieme jour il les fit fortir & leur dit , qu'un fèul de vos frères demeure dans les liens en prifon ; vous autres allez-vous en , ck emportez le froment que vous avez acheté $ mais amenez-moi le plus jeune de vos frères * afin que je voie fi vous m'avez trompé , & que vous ne mouriez point. Et ayant fait prendre Siméon, il le fit lier en leur préfence. 11 ordonna à iks gens d'emplir leurs facs de bled, ôc de
nuque qui l'avait mis dans les fers ! Quel était le père .d'Azeneth ? Ce n'était pas l'Eunuque Putiphar. L'alcoran , au Sura Jofeph , conte d'après d'anciens auteurs Juifs, que cette Azeneth était un enfant au ber- 'ceau lorfque la femme de Putiphar aceufa Jofeph de l'avoir voulu violer. Un domeftique de la maifon dit qu'il fallait s'en rapporter à cet enfant qui ne pouvait encore parler : l'enfant parla. Ecoutez , dit - elle à ! "Putiphar ;- fi ma mère a déchiré le manteau de Jofeph par devant , c'elî une preuve que Jofeph voulait la prendre à force ; mais iî ma mère a pris & déchiré le manteau par - derrière ; ç'eft une preuve qu'elle courai| agrès lvû. ' i i
GENESE. ioï
remettre dans leurs facs leur argent, & de- lear donner encore des vivres pour leur voyage. Les frères de Joieph partirent donc avec leurs ânes chargés de froment. Et étant arrivés à l'hôtellerie ( 143 ) , l'un d'eux ouvrit fan fac pour donner à manger à ion âne ; & il dit à fes frères : on m'a rendu mon argent, le voici dans mon fac; & ils furent tous faifis d'étonnement (144).
( 143 ) Les Critiques afîlirent qu'il n'y avait point encore d'hôtelleries dans ce tems - là. Ils ajoutent cstre objection à tant d'autres , pour faire voir que Moyfe n'a pu être l'auteur de la Genefe. *Il eft vrai que nous ne connaiflbns point d'hôtelleries chez les Grecs i & qu'il n'y en eut point chez les premiers Romains.' On conjecture que l'uiage des hôtelleries était auffi inconnu chez les Egyotiens que dans la .Paleftine. Mais on n'en a pas de preuves certaines. Il n'eft pas impof. fible que des marchands arabes enflent établi quelques hangards , quelques cabanes , comme depuis on a établi des caravanferails. Il eft même vrailemblable que des rois d'Egypte , qui avaient bâti des pyramides } n'avaient pas négligé de cpnltruire quelques édifices en faveur du, négoce.
Ç 144 ) On dit que fi les Patriarches chargèrent leurs ânes ) iï eft à croire qu'ils marchèrent à pied depuis le Canaan jufqu'à Memphis : ce qui fait un chemin d'environ cent lieues. On infère delà qu'ils étaient fort pauvres , ne poiTédant aucun domaine confîdérable , & nevivant que commes des Arabes du défert , voyageant fans cefle , &c plantant leurs tentes où ils pouvaient. Cependant le pillage de Sichem devait les avoir enrichis*' La feule difficulté eft de favoir comment Jacob & fes onze enfans avaient pu être foufferts dans un pays où ils avaient commis une action fi horrible ., & où toutes; les hordes Cananéennes devaient fe réunir pour les exterminer. Au refie fi la famine forçait les enfans d'Ifraëi d'aller à Memphis , tous les Cananéens , qui manquaient de bled, devaient y aller auiïï.
toa GENES E.
Etant arrivés chez leur père en la terre de Canaan , ils lui contèrent tout ce qui leur était arrivé. Jacob leur dit : s'il eft néceiTaire que j'envoie mon fils Benjamin , faites ce que vous voudrez. Prenez les meilleurs fruits de ce pays-ci dans vos vafès , un peu de réfirie , de miel , de #orax, du térébinthe & de la menthe; portez. aufïi avec vous le double de l'argent que vou» avez porté à votre voyage, de peur qu'il n'y
ait eu de la mépriie. «
Ils retournèrent donc en Egypte avec l'argent. Ils le préiènterent devant Joieph , qui , les ayant vus & Benjamin avec eux, dit. à fon maître d'hôtel : faites les entrer , tuez des viétimes ; préparez un dîner : car ils dîneront avec moi à
midi ( 14 J ) • i Joieph ayant levé les yeux
& ayant remarqué fbrf itère utérin , il leur de-
(145) Les Egyptiens avaient en horreur tous les Etrangers , & fe croyaient fouillés s'ils mangeaient avec eux. Les Juifs prirent d'eux cette coutume inhofpitaïiere &c barbare. L'Eglife grecque a imité en cela les Juifs a au point qu'avant Pierre le Grand il n'y avait pas un Rufle parmi le peuple qui eût voulu manger avec un Luthérien , ou avec un homme de la Communion romaine. Auffi nous voyons que Joieph en qualité d'Egyptien fit manger fes frères à une autre table que ïa fienne ; il leur parlait même par Interprète. La difïVrence du culte , en ne reconnaifFant qu'un même Dieu j paraît ici évidemment. On immole des vidimes dans la maifon même du Premier Miniftre , & on les fert fur, table. Cependant il n'eft jamais queiïion ni d'Ifis , ni !d'01iris , ni d'aucun animal confacré. Il efl bien étrange que l'auteur hébreu de l'hiftoire hébraïque , ayant été élevé dans les feiences des Egyptiens , femble ignorer entièrement leur culte. C'eft encore une des raifons 'qui ont fait croire à plufieurs Savans que Mofé, qu §iojfe } ne psut être l'auteur du Pentateuauf^
manda : eft-ce là votre petit frère dont vous m'avez parlé ? Et il lui dit : Dieu te favorife , mon fils. Et il fbrtit promptement , parce que fes entrailles Étaient émues fur fon frère , & que fes larmes coulaient.
On fervità part Jofeph, 8e les Egyptiens qui mangeaient avec lui , & les frères de Jofeph aufli à part : car il eii défendu aux Egyptiens de manger avec des Hébreux: ces repas feraient regardés comme profanes. Les fils de Jacob s'affiïent donc en préfence de Jofeph , félon l'ordre de leur naiffance , & ils furent fort furpris qu'on donnât une part à Benjamin cinq fois plus grande que celles des autres
Or Jofeph donna ordre à fon Maître d'hôtel d'emplir les facs des Hébreux de bled, & de mettre leur argent dans leurs facs , & de placer à l'entrée du fac de Benjamin non feulement fon argent , mais encore la coupe même du premier Miniftre. On les laiffa partir le lendemain matin avec leurs ânes} puis on courut après eux ; on fit ouvrir leurs Tacs , & on trouva la Coupe & l'argent au haut du fac de Benjamin. Le maître d'hôtel leur dit: ah., quel mal avezvous rendu pour le bien qu'on vous a fait ! Vous avez volé la taffe dans laquelle Monfeigneur boit, fa taffe divinatoire dans laquelle il prend fes augures (146).
C i4i5 } Quoiqu'en dife Grotius , il eft clair que le texte donne ici Jofeph pour un Magicien : il devinait l'avenir en regardant dans fa taiïe. C'eft une très-ancienne fuperftition , très commune çhez.d-es Chaldéens ÔC chez les Egyptiens : elle s'eil même confervée jusqu'à nos jours. Nous avons vu phifieurs Charlatans Se plufieurs femmes employer ce ridicule fortilege. Boye*
Jofeph ne pouvait plus fe retenir devant ls inonde ; ainfi il ordonna que tous les affiliants fortifient dehors , afin que perfonne ne fût té-, tnoin de la reconnaifPaiice qui allait iè faire. Et élevant la voix, avec des gémifïernens que les Egyptiens & toute la maifon de Pharaon entendirent , il dit à fes frères : Je fuis Jofeph. Mon père vit-il encore ? Ses frères ne pouvaient répondre > tant ils furent faifîs de frayeur, Mais i\ leur dit avec douceur; approchez-vous de moi; $ç lors ils s'approchèrent. Oui , dit- il , je fuis votre frère Jofeph que vous avez vendu en Egypte. Ne craignez, rien; ne vous troublez point pour' m'avoir vendu dans ces contrées. C'efl pour votre falut que Dieu m'a fait venir avant vous en Egypte. Ce n'eft point par vos 4efïèins que j'ai été conduit ici , mais par la volonté de Dieu qui m'a rendu le père , le fau-
'^Bandol;, dans la Régence du Duc d'Orléans , mit cette ffotife à la mode : cela s'appellait lire dans le verre. On •prenait un petit garçon ou une petite fille , qui pour quelque argent voyait dans ce, verre plein d'eau tout «ce qu'on vouloit voir. Il n'y a pas là grande finerTe.; Les tours les plus greffiers ïuffifent pour tromper les hommes , qui aiment toujours à être trompés Les tours Se les impoftures des Convulfionaires n'ont pas été plus adroits } <Sç cependant on fait quelle prodigieufe vogue ils ont eue longtems. Il faut que la çharlatanerie foit tien naturelle , puis qu'on a trouyé en Amérique & jufques chez les Nègres de l'Afrique ces mêmes extrar Vagances „ dont notre ancien Continent a toujours été rempli.
Il eft très - vraifemMable que fî Jofeph fut vendu par fes frères en Egypte , étant encore enfant , il prittoutes les coutumes & toutes les fuperftitions de l'Es g7pteè ainfî qu'il en, aporit la Langue.
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veur du Pharaon , & qui m'a fait Prince de toute la terre d'Egypte. Hâtez-vous d'aller trouver mon père ; dites lui ces paroles : Dieu m'a rendu le maître de toute l'Egypte ;. venez & ne tardez point (147).
Vous demeurerez dans la terre de Gefïèn , ou Goiïèn : car il refie encore cinq années de famine. Je vous nourirai , de peur que vous ne mouriez de faim , vous & toute votre famille, yos yeux & les yeux de mon frère Benjamin
{ 147 ) Ce morceau d'hiftoire a toujours parfé pour ftn des plus beaux de l'Antiquité. Nous n'avons rien d-ms Homère de fi touchant. C'eft la première de toutes les reconnaifiances dans quelque Langue que ce puiiTe être. Il n'y a ?ueres de théâtres en Europe où cette hiftoire n'ait été repréfentée. La moins mauvaife de: toutes les tragédies qu'on ait faites fur ce fujet intéreflant., eft , dit - on , celle de l'Abbé Geneft , jouée (ht le théâtre de Paris en 171 1. Il y en a eu une autre depuis par un Jéfuite , nommé Arthus , imprimée en 1749 ; elle eft intitulée ; La Reconnaijfance de. Jofeph , ou Benjamin , tragédie Chrétienne en trois affes en vers, qui peut fe représenter dans tous les Collèges , Com- •munautès & Maifons bourgeoifes. Il eft fingulier que l'auteur ait appelle tragédie chrétienne une pièce dont le fujet eft d'un fiecle iî antérieur à Jefus - Chrift.
Prefque tous les romans que nous ayons eus , foit anciens , foit modernes , & une infinité d'ouvrages dramatiques , ont été fondés fur des ReconnairTances. Rien n'eft plus naïf que celle de Jofeph & de fes frères. Les Critiques y reprennent quelques répétitions : ils trouvent mauvais que les onze Patriarches , étant venus deux fois de fuite de la part de Jacob , Jofeph leur demande fi fon père vit encore. Cette cenfure peut paraître outrée 3 comme le font prefque toutes les cenfures. La piété filiale peut faire dire .à Jofeph plus d'une fois : mon père eft ~ il encore en vie ? ne reverrai - je pas mon père l
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font témoins que ma bouche vous parle votre Langue. Et il baifa Benjamin & tous fes frères qui pleurèrent , & qui enfin oferent lui parler. Le bruit s'en répandit par-tout dans la Cour du Roi. Les frères de Jofeph y vinrent. Le Pharaon s'en réjouit ; il dit à Jofeph d'ordonner qu*ils chargeaient leurs âfies > & qu'ils amenafïènt leur père & tous leurs parens : je leur donnerai , dit-il , tous les biens de l'Egypte ( 148) , 6c ils mangeront la moelle de la terre. Dites qu'ils prennent des voitures d'Egypte pour amener leurs femmes Se les petits enfans ; car toutes les richefTes de l'Egypte feront à eux.
ïiraël , étant parti avec tout ce qui était à lui, vint au puits du jurement. Et ayant immolé des victimes au Dieu de fon père Ifaac , il entendit Dieu dans une vifion pendant la nuit > lequel lui dit : Jacob , Jacob ! Et il répondit : me voilà. . Dieu ajouta : Je fais le très-fort , le Dieu de ton père ; ne crains point , defeends
( 148 ) Il eft étonnant que le Pharaon dife : je donnerai à ces Etrangers tous les biens de l'Egypte. Mr. Boulanger foupçonne que toute cette hiitoire de Jofeph ne fut inférée dans le Canon juif que du tems de Ptolémée-Evergete. En effet , ce fut fous ce Roi Ptolémée qu'il y eut un Jofeph Fermier -Générai. Boulanger imagine que le Roi de Syrie., Antiochus le Grand, ayant fait brûler tous les livres en Judée , & les Samaritains ayant abjuré la Secte juive , on ne traduifît un exemplaire de l'Ancien Teftament en grec que longtems après , & non pas fous Ptolémée - Philadelphe ; qu'on inféra l'hiftoire du Patriarche Jofeph dans l'exemplaire hébreu & dans la tradudion ; qu'alors les Samaritains, ftdevenus demi - Juifs , l'inférèrent dans leur Pentateuque. Cette conjecture téméraire paraît destituée de tout fondement.
en Egypte : car je te ferai père d'un grand peuple ; j'y defcendrai avec toi , Se je t'en ramènerai (140).
Tous ceux qui vinrent en Egypte avec Jacob & qui fbrtirent de fa cuilïè , étaient au nombre de foixante & fix , fans compter les femmes de {es enfans.
Jacob étant arrivé , Jofeph monta fur fon chariot, vint au devant de fon père & pleura en l'embrafïant. Et il dit à fes frères & à toute la famille de fon père : lorfque le Pharaon vous fera venir & qu'il vous demandera quel eii votre métier , vous lui répondrez : nous fommes des parleurs ; vos ferviteurs font nourris dans cette profeiïion dès leur enfance , nos pères y ont été nourris ; & vous direz tout cela , afin que vous puiïliez habiter dans la terre de GeiTen. Car les Egyptiens ont en horreur tous les pafteurs de brebis' (150).
( 149 ) Les mêmes Critiques , dont nous avons tant parlé } prétendent qu'il y a ici une contradiction , & que Dieu n'a pas pu dire à Jacob : Je te ramènerai ; puifque Jacob & tous fes enfans moururent en Egypte. On répond à cela que Dieu le ramena après la mort. C'était une tradition chez les Juifs que Moyfe , en partant de l'Egypte > avait trouvé le tombeau de Jofeph } Se l'avait porté fur fes épaules. Cette tradition fe trouve encore dans le livre hébreu , intitulé De la vie & de la mort de Moyfe. Traduit en latin par le favant Gaumin.
C ijo) Les Critiques ne ceiïent de dire qu'ii n'y a pas de raifon à confeiller à des Etrangers de s'avouer pour palteurs , parce que dans le pays on dételle les pafteurs ; & qu'il fallait au contraire leur dire : gardezvous bien de lai/Ter foupçonner que vous (oyez d un métier qu'on a ici en exécration. Si une colonie de Juifs venait fe préfenter pour s'établir en Efpagne , on lui <iirai fans doute : gardez - vous bien> d'avouer que vous
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Le Roi dit donc à Jofeph : votre père & voé frères ibnt venus à toi ; toute la terçe d'Egypte eft devant tes yeux. Fais-les habiter dans le meilleur endroit , & donne-leur la terre de Geiïen : & fi tu connais des hommes entendus , donne-leur l'intendance de mes troupeaux (15 1 ) .
êtes Juifs , & fur- tout que vous avez de l'argent : car rinquiiîtioii vous ferait briller pour avoir votre arpent.
On demande enfuice pourquoi les Egyptiens détef-' taient une claiïe auffi utile que celle des Pafteurs l C'eft qu'en effet on prétend que les Arabes - Bédouins , dont les Juifs étaient évidemment une Colonie , & qui viennent encore tous les ans faire paître leurs moutons en Egypte , avaient autrefois conquis une partie de ce pays.' Ce font eux qu'on nomme les Rois Pajteurs , & que Ma^ nethon dit avoir régné cinq -cent ans dans le Delta. On a cru même que cette irruption des voleurs de l'Arabie-pétrée & de l'Arabie déferte, dont les Juifs^étaient defcendus , avait été faite plus de cent ans avant la naïlTance d'Abraham. Cette chronologie ne cadrerait pas avec celle de la Bible , & ce ferait une nouvelle difficulté à éclaircir. Il faudrait que ces pafteurs eiifîent régné en Egypte avant le tems où nous plaçons le déluge univerfel. La Genefe compte la naiffance d'Abraham de Tannée deux -mille du monde, félon la Vulg.ite. Jacob arrive en Egypte l'an deux - mille deuxcent quatre - vingt , ou environ . Si les Arabes s'emparèrent de l'Egypte cent ans avant la naiffance d'Abraham, ils avaient donc régné environ 380 ans. Or ils furent les maîtres de l'Egypte cinq- cent ans ; donc ils régnèrent encore cent -vingt ans depuis l'arrivée de Jacob. Donc ,■ loin de détefter les pafteurs , les Maîtres de l'Egypte devaient au contraire les chérir ,- puifqu'iis étaient pafteurs eux - mêmes. Il n'eft gueres poffibie de débrouiller ce chaos de l'ancienne chronologie. ( iji) Ce Roi, qui offre l'intendance de fes troupeaux , femble marquer qu'il était de la race des Rois- Pafteurs : c'eft ce qui augmente encore les difficultés que nous avons à réibudre ; car u* ce Roi a des trou-
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Après cela Jofeph introduifit fon père devant le Roi , qui lui demanda : quel âge as-tu ? Et ii lui répondit: ma vie a été de cent -trente ar^s, èz je n'ai pas eu un jour de bon (152).
Jofeph donna donc à fon père & à Ces frères la poffeffson du meilleur ^endroit appelle Ramefses , & il leur fournit à tous des vivres : car le pain manquait dans tout le monde. Et la faim deiolait principalement l'Egypte & le Canaan.
Jofeph aiaht tiré tout l'argent du pays pour du bled : mit cet argent dans le tréfor du Roi, Et les acheteurs , n'aiant plus d'argent , tous les Egyptiens vinrent à Jofeph: donnez— nous du pain;; faut-il que nous mourions de faim , parce que nous n'avons point d'argent ? Et il leur répondit : amenez - moi tout votre bétail , & je vous donnerai du bled en échange. Les Egyptiens amenèrent donc leur bétail (i$3) > & il
peaux , & û tout fon peuple en a auflt , comme il eft dit après , il n'eft pas poffible qu'on déteftât ceux qui en avaient foin.
( if 2 ) Cette réponfe } qu'on met dans la bouche 'de Jacob , efl d'une trifte vérité ; elle eft commune à , tous les hommes. La vulgate dit: mes années ont été cÛ^tP^i ifzAtnnSc courtes 8ç mauvaifes. Prefque tont le monde en peut •>* -ft * dire autant ; & il n'y a peut - être point de pafiage ? *r *"
dans aucun auteur »j plus capable de nous faire rentrer en nous-mêmes avec amertume. Si on veut bien y faire réflexion } on verra que tous les Pharaons du mon-' de , & tous les Jacob 3 & tous les Jofeph , & tous ceux qui ont des bleds & des troupeaux> & fur-tout ceux qui n'en ont pas, ont des années très malhcureufes , dans lefquelles an goûte à peine quelques momens de confolation & de vrais plaiîîrs.
( 153 ) Ceci fait bien voir la vérité de ce que nous Venons de dire , que les hommes mènent une vie dure & malheWeufe dans les plus beaux pays de la terre.
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leur donna dequoi manger pour leurs chevaux^ leurs brebis , leurs bœufs & leurs ânes.
Les Egyptiens étant venus l'année fuivante 9 ils dirent : nous ne cacherons point à Moniéigneur que n'ayant plus ni argent > ni bétail , il ne nous refte que nos corps & la terre. Faudrat-il que nous mourions à tes yeux ? Prens nos perfbnnes & notre terre , fais-nous efclaves du Roi , & donne-nous des fèm ailles : car le cultivateur étant mort , la terre fe réduit en folitude. Jofeph acheta donc toutes les terres & tous les
Mais auffi les Egyptiens paraiffent peu avifés de fe défaire de leurs troupeaux pour avoir du Med. Ils pouvaient fe nourrir de leurs troupeaux & des légumes qu'ils auraient femés ; & en vendant leurs troupeaux , ils n'avaient plus de quoi jamais labourer la terre. Jofeph femble un très mauvais Miniftre , à ce que difent les Critiques, ou plutôt un Tyran ridicule & extravagant, de mettre toute l'Egypte dans l'impolEbilité de iemër du bled. Ce qui eft plus furprenant , c'eft que l'auteur ne dit pas un mot de l'inondation périodique du Nil ; & il ne donne aucune raiibn pour laquelle Jofeph empêcha qu'on ne femât & qu'on ne labourât la terre.
C'eft ce qui a porté les lords Herbert & Bolinp'brocke , les Savans Freret & Boulanger , à fuppcïer témérairement que toute l'hiftoire de Jofeph ne peut être qu'un roman : il n'eft pas pojfible , difent - ils , que ïe Nil ne fe foit pas débordé pendant lept années de fuite. Tout ce pays aurait changé de face pour jamais ; H aurait fallu que les cataractes du Nil euffent été bou* chées , & alors toute l'Ethiopie n'aurait été qu'un vafte marais. Ou fi les pluies qui tombent régulièrement chaque année dans la zone torride avaient cefle pendant îept années , l'intérieur de l'Afrique ferait devenu inhabitable. Nous répondons que les pluies cefîerent tout auffi aifément , qu'Eiie ordonna depuis qu'il n'y aurait pendant fept ans ni piuie ni rofée , & que l'un n'eft pas plus diff,çil.e que l'autre.
GENESE. m
habitai» de l'Egypte d'une extrémité du Royaume à l'autre , excepté les feules terres des Prêtres qui leur avaient été données par le Roi. Us étaient en outre nourris des greniers publics ; c'eft pourquoi ils ne furent pas obligés de vendre leurs terres. Alors Jofeph dit aux peuples ; vous voyez que le Pharaon efl le maître de toutes vos terres & de toutes vos perfonnes. Maintenant voici des femailles; enfemencez les champsj afin que vous puiffiez avoir du bled & des légumes. La cinquième partie appartiendra au Roi : je vous permets les quatre autres pour fèmer & pour manger , à vous 6c à vos enfans. Et ils lui répondirent : notre falut eft en tes mains' ; que le Roi nous regarde feulement avec bonté, & nous le fervirons gaiement (154).
C ij4 ) C'eft ici que les Critiques s'élèvent avec plus de hardieife. Quoi ! ( difent - ils ) ce bon Miniftre Jofeph rend toute une nation efclave. Il vend au Roi toutes les perfonnes Se toutes les terres du royaume î C'eft une action auffi infâme & auifi puniiTable que celle de fes frères qui égorgèrent tous les Sichémites, Il n'yi a point d'exemple dans l'hiftoire du monde , d'une pareille conduite d'un Miniftre d'Etat. Un Miniftre , qui propoferait une telle loi en Angleterre , porterait bientôt fa tête fur un échaffaud. Heureufement une hiftoire fi atroce n'eft qu'une fiction. Il y a trop d'abfurdité à s'emparer de tous les beftiaux t lorfque la terre ne produirait point d'herbe pour les nourrir. Et fi elle avait produit de l'herbe , elle aurait pu produire auffi du bled. Car 3 de deux choies l'une : le terrein de l'Egypte étan* de fable , les inondations régulières du Nil peuvent feules faire produire de l'herbe ; ou bien ces inondations manquant pendant fept années } tous les beftiaux doivent avoir péri. De plus on n'était alors qu'à la quatrième année de la ftérilité prétendue. A quoi aurait fervi de donner au peuple des femailles pour ne rien produire
m GENES E,
Jofeph , après la mort de Jacob , ordonna aux Médecins Tes valets de l'embaumer avec leurs aromates ; & ils employèrent 40 jours à cet ouvrage. Et toute l'Egypte pleura Jacob pendant foixante & dix jours. Et Jofeph alla enterrer fort père dans le Canaan , avec tous les chefs de là Maifon du Pharaon , toute fa maifon & tous fes frères , accompagnés de chariots & de cavaliers en grand nombre. Et ils portèrent Jacob dans la terre de Canaan.; & ils l'enlèvelirent dans la caverne qu'Abraham avoit achetée d'Ephron TEthéen , vis-à-vis de Mambré (155).
Jofepîï
pendant trois autres années l Ces fept années de ftérilité ( ajoutent-ils ) font donc la fable la plus incroyable que l'imagination orientale ait jamais inventée. Il femble que fauteur ait tiré ce conte de quelques Prêtres d'Egypte, lis ibnt les feuls que Jofeph ménage : leurs terres font libres , quand la nation eft efclave , ôc ils font encore nourris aux dépens de cette maîheureufe nation.- Il faut que les Commentateurs d'une telle fable foientauffi ab fur de s & auffi lâches que fon auteur.
Ceft ainfî que s'explique mot-à-mot un de ces téméraires. Un feul mot peut les confondre. L'auteur était fnfpiré ; & i'Eglife entière , après un mûr examen } a* reçu ce livre comme facré.-
(ij.ï) On voit par-là que les embaumemens , lt •fameux dans l'Egypte } étaient en ufa^e depuis très longtems. La plupart des drogues qui fervaient à emî)aumer les Morts ne croinent point en Egypte : il fallaitles acheter des Arabes , qui les allaient chercher aux Indes à dos de chameau , & qui revenaient par i'ifthme de Suez les vendre en Egypte pour du bled. Hérodote êc Diodore rapportent qu'il y avait trois fortes d'emî)aumemens , &c que la plus chère coûtait un talent d'Egypte } évalué il y a plus de cent ans à deux -mille &x-> cent quatre - vingt - huit livres de France , ÔC qui par gpnféquent en vaudrait aujourd'hui à peu 'près le double; ' ~ ©a?
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jofeph revenu dans l'Egypte avec toute la îtiaifon de fon père , il vit Ephraïm ôc lés enfans d'Ephraïm & ceux de Manaffé Ton autrd £ls , jufqu'à la troifieme génération ; & il mou-* rut , âgé de cent-dix ans , & on l'embauma , 8e on mit fon corps dans un coffre en Egypte (i5Ï)«
On ne rendait pas cet honneur àù pauvre peuple; Aved quoi l'aurait - il payé ? Sur-tout dans ce tems de famine ?; Les Rois & les Grands voulaient triompher de la uiorfi même ; ils voulaient que leurs corps durafTent éternel^ lement. Il eft vraifembiable que les pyramides furent inventées dès que la manière d'embaumer fut connueJ Les Rois } les Grands , les principaux Prêtres , firenE d'abord de petites pyramides pour tenir les corps féche-* ment dans un pays couvert d'eau ôc de boue pendant quatre mois de l'année. La fupefftition y eut encore autant de part que l'orgueil. Les Egyptiens Croyaient qu'iis avaient une ame , & que cette ame reviendrait animer leur corps au bout de trois mille ans , comme! nous l'avons déjà dit* Il fallait donc précieufement con-< feryer les corps des grands Seigneurs , afin que leurs. âmes les fetrouvaiïènt ; car pour les âmes du peuple or| fie s'en embarralfe jamais ; on le fit feulement travailler aux fépulcres de fes Maîtres, C'eft donc pour perpétuer les corps des Grands qu'on bâtit ces hautes pyramides* qui fubiîftent encore , & dans lefquelies on a trouvé de! nos jours plufieurs momies.
Il eft de la plus grande vraifefttblance que plufieurs pyramides exiftaient lorfqu'on embauma Jacob ; & il eft étonnant que l'auteur n'en parle pas j & qu'il n'eri foit jamais fait la moindre mention dans l'Ecriture. Le! feul Flavien Jofephe , hiftorien juif, dit que le Pharaon fefait travailler les Hébreux à bâtir les pyramides.
(15:^) Non-feulement on dépotait les corps dans" les pyramides ; mais on les gardait lonotems dans les. maifons , enfermés dans des coffres ou cercueils dé bois de cèdre ; enfuite on les portait dans une pyramide £bit petite , foit grande. Les petites ont été détruites par le tems ; les §gan.4?$, ont réfifté, L'auteur De tnïtn°*