‹ La Bible enfin expliquéeChapitre 9 sur 19 · L'E X O DE." 1Ï · texte numérisé non relu

L'E X O DE." 1Ï

ennemis , & qu'après nous avoir vaincus ils ne fortent de l'Egypte (3).

il établit donc fur eux des Intendants de leurs travaux , & il leur Ht bâtir les Villes de Phitorc &c de Ramefïès. (4) Le Roi parla aufïi aux accoucheules des hébreux , dont l'une étoit appellée Séphora , & l'autre Phua ; & il leur corn, manda ainfi ; Quand vous accoucherez les femmes des hébreux , tuez l'enfant fi c'efè un mâle ; fi c'eiï une fille qu'on la conierve. Ces fa* ges-femmes craignirent Dieu & n'obéirent point au Roi j mais elles conferverent les mâles. Le R.oi les ayant appellées leur dit : Qu'avez-vous fait ? vous avez confervé les garçons. Elles répondirent : Les Ifraëlites ne font pas comme les Egyptiennes , elles ont la fcience d'accoucher , & elles enfantent avant que nous foyons venues. (5) Alors le Pharaon commanda à fon peuple difant : que tout ce qui naîtra maiculin

( 3 ) Ce Roi tient là un fingulier difcours. Il ferru ble qu'au lieu de craindre que les Ifraëlites vainqueurs ■nef s'en aliaffent , il devait craindre qu'ils ne reftaffent, & qu'ils ne regnafient à fa place: on ne s'enfuit gueres d'un beau pays dont on s'eft rendu le maître.

( 4 ) Apparemment que la Ville de Ramefles tira fon nom de L'endroit où il ell dit que Jofeph avait établi les frères.

C%'), On peut remarquer que lei femmes Ifraëlites furent exceptées en Egypte de la malédi&ion pronon-; cée dans la Genefe contre toutes les femmes condamnées à enfanter avec douleur. On a dit que deux accoucheufes ne fuffifaient pas pour aider toutes les femmes en mal d'enfant , & pour" tuer tous les mâles; On fuppofe que ces deux fages femmes en avaient dJau5 ttês- fous elles.

jig L' E X O D E.

foit jette dans le fleuve ( 6 ) ; confervez le féminin.

Après cela un homme de la famille de Lévi fe maria ; fa femme conçut & enfanta un fils , & voyant que cet enfant était beau , elle le tint caché pendant trois mois \ mais voyant qu'elle ne pouvait pas le cacher plus longtems , elle prit une corbeille de joncs , l'enduiiit de bithume & de poix réfine , & l'expoia au milieu des rofeaux fur le bord du fleuve ; ôc elle dit à la fceur de cet enfant de fe tenir loin , & de voir ce qui arriverait. La fille du roi étant venue pour fe baigner dans le fleuve , fes fuivantes marchant fur la rive , elle apperçut la corbeille , & elle apperçut l'enfant qui pouffait des vagiffements. Elle en eut pitié : c'eft fans doute un des enfants des hébreux. Sa fœur , qui était- là > dit à la princeflè : voulez-vous que j'aille chercher une femme des hébreux pour le nourrir ? elle répondit : allez-y. Et la fille fit venir la mère, qui nourrit fon fils , & qui le rendit à la princeflè quand il fut en âge. (7 ).

( 6 ) Si la terre de Geffen était dans le Nome Arabique entre le mont Cafius & le défert d'Ethan, comme on l'a prétendu , il ne laifle pas d'y avoir loin delà au Nil ; il fallait faire plufîeurs lieues pour aller noyer les enfans.

( 7 ) Les critiques ont dit , que la fille d'un roi ne pouvait fe baigner dans le Nil , non - feulement par bienféance, mais par la crainte des Crocodiles. De plus , il eft dit, que la Cour était à Memphis audelà du Nil. Et de Memphis à la Terre de Geflen il y a plus de cinquante lieues de deux mille cinq cent pas. Mais il fe peut que la PrinceiTe fut venue dans ces quartiers avec fon père.

JL'auteur de l'ancienne vie de Moyfe en trente, £u£

L'EXODE. ïi£

Mofé étant devenu grand alla voir les hébreux fes frères , & ayant rencontré un Egyptien qui outrageait un hébreu , il tua l'Egyptien èc l'enterra dans le fable. Le lendemain , craignant d'être découvert & que le Roi ne le fit mourir ,

articles , laquelle parait écrite du tems des Rois ; ait y que foixante ans après la mort de Jofeph 3 le Pharaon vit en longe un vieillard tenant en main une balance. Tous les habitans de l'Egypte étaient dans la balance , & dans l'autre il n'y avait qu'un enfant dont le poids égalait celui de tous les habitans de l'Egypte. Le Roi appella tous Ces Mages. L'un d'eux lui dit , que fans doute cet enfant était un hébreu qui ferait fatal à fon Royaume. Il y avait alors en Egypte un Lévite nommé Amran , qui avait époufé fa fceur utérine appellée Jocabed. Il en eut d'abord une fille nommée Marie ; enfuite Jocabed lui donna Aaron 3 ainfï appelle parce que le Roi avait ordonné de noyer tous les enfans hébreux. Trois ans après ,il eut un fils très beau , qu'il cacha dans fa maifon pendant trois mois.

L'auteur raconte enfuite l'avanture de la Princene qui adopta l'enfant & qui l' appella Mofé 3 fauve des eaux 5 mais fon père l'appella Chabar , ia mère l'appella Jécothiel } fa Tante Jared. Aaron le nomma Abizanah , Se enfuite les Ifraëlites lui donnèrent le nom de Natkanaël. Mofé n'avait que trois ans lorfque le Roi fe maria & qu'il donna un grand feftin ; fa femme était à fa droite , & fa fille était avec le petit Mofé à fa gauche 5 cet enfant en fe jouant prit la couronne du Roi , & fe ia mit fur la tête. Le Mage Balaam Eunuque du Roi lui dit : Seigneur 3 fouvienstoi de ton rêve ; certainement l'efprit de Dieu eft dans cet enfant. Si tu ne veux que l'Egypte foit dé-i truite , il faut le faire mourir. Cet avis plut beaucoup au Roi.

|&*On était prêt de tuer le petit Mofé , lorfque Dieu envoya l'ange GabrieL , qui prit la figure d'un des princes de la Cour de Pharaon , & dit au Roi : je n§

ïlô L'EXODE.

il s'en fut dans le pays de Madian , & s'aflît auprès d'un puits. (8)

crois pas qu'on doive faire mourir un enfant qui n'a pas encore de jugement , mais il faut l'éprouver ; préfentons-lui à choiiir d'une perle ou d un charbon ardent ; s'il choifit le charbon , ce fera une preuve qu il eft fans raifon , & qu'il n'a pas eu mauvaife intention en prenant la couronne royale ; mais s'il prend la perle , ce fera Une preuve qu'il a du jugement ; & alors on pourra le tuer. Auffi - tôt on met devant Mofé un charbon ardent , & une perle 5 Mofé allait prendre la perle ; mais l'ange lui arrêta la main iub-. tilement , $c lui fit prendre le charbon qu'il porta luimême à fa langue. L'enfant fe brilla la langue ôc la main 5 & c'eft ce qui le rendit bègue pour le reftede fa vie.

L'h ftorien Fiavien Jofephe avait lu fans doute l'auteur Juif que nous citons i car il dit dans fon Livre ifecond , chapitre cinq, qu'un des Mages Egyptiens, un des grands prophètes du Pharaon , lui dit qu'il y avait un enfant parmi les hébreux , dont la vertu ferait un prodige , qu'il relèverait fa nation & qu'il humilierait l'Egypte entière. Enfuite Fiavien Jofephe raconte comment le petit MoXé à l'âge de trois ans prit le Diadème du Roi & marcha deifus , & comment un prophète du Pharaon confeilla. au Roi de le faire mourir.

Toutes ces différentes leçons ont fait dire aux fà- Vants , qu'il en a été de l'hiftoire facrée de Moyfe , comme de l'hiftoire profane d'Hercule à quelques é-> gards , & que chaque auteur qui en a parlé y a mis beaucoup du lien , en ajoutant à la fainte écriture des avàntures dont elle ne parle pas.

( 8 ) L'auteur hébreu cité ci-denus dit au contraire > que Mofé alla en Ethiopie , étant alors âgé do treize ans, mais grand, bienfait, & vigoureux. Qu'il combattit pour le Roi d'Ethiopie contre les Arabes a '& qu'après la mort du Roi d'Ethiopie Necano , la veuve de ce Monarque époufa Mofé, qui fut élu Roi, £îe jeune homme > dit l'auteur, honteux de coucher;

Or il y avait à Madian un prêtre qui avait fept filles , qui vinrent au puits pour prendre de ï'eau & abreuver les troupeaux de leur père. Il furvint des parleurs qui chaiïèrent ces filles. Mofé prit leur défenfe Ôc abreuva leurs brebis. . , .

avec la Reine dont il avait été le domeftique & le foldat , n'ofa jamais prendre la liberté de lui rendre le devoir conjugal , fâchant d'ailleurs que Dieu avait défendu aux Ilraëlites d'époufer des étrangères. Il eut toujours la précaution de mettre une épée dans le lk entre lui &C la Reine , afin de n'en point approcher. Ce manège dura quarante ans. Et enfin , la Reine ennuyée d'un mari qui mettait toujours une grands épée entre lui & elle , réfoiut de renvoyer Mofé 6c de faire couronner le fils qu'elle avait eu du Roi Nécano. Les grands du Royaume affembiés renvoyèrent Mofé avec quelques préfents , & il fe retira alors chez Jéthro dans le pays de Madian. Fiavien Jofephe raconte cette hiftoire tout autrement ; mais il afTure que Mofé fie la puerre en Ethiopie , & qu'il époufa la fille du Roi.

Remarquons feulement ici , que l'auteur Juif cité ci-demis rapporte beaucoup de miracles faits en Ethiopie par Mofé, & par les deux fils du Mage Balaam nommés Jannés ÔC Mambrés dont il eft parlé dans l'écriture. Remarquons encore que ce Jannés ôc ce Mambrés étaient les enfants d'un Eunuque ; ce qui était le plus grand des miracles. Nous en verrons bientôt d'auffi incompréhenfibles & de plus reipe&ables. N'oublions pas d'obferver que Fiavien Jofephe fait arriver Mofé dans le Madian fur le rivage de la mer rouge. Mais il eft difficile de prouver qu'il y ait eu Un pays nommé Madian fur cette mer. La fainte écriture ne parle que du Madian fîtué à l'orient du lae Alphaltide , ou lac de Sodome , qui eft en effet l'un des déferts de l'Arabie pétrée. Ce fut là que Mofé Roi d'Ethiopie arriva feul à pied après une marcha de trois cent lieues, s'il était parti d'Ethiopie.

us. L'EXOD E.

(9).... Leur père donna du pain & une de les filles nommée Séphora en mariage à Mofé. Séphora enfanta Gerfon , & enfuite enfanta Eliéfer.. ..

Longtems après , le Roi d'Egypte mourut. Or Mofé paiflàit les brebis de Jéthro fon beaupere près de Madian. Et ayant conduit fon troupeau dans le défert , il vint jufqu'à la montagne de Dieu nommée Oreb. (10). Dieu lui apparut en forme de flamme au milieu d'un buifïon ; & Mole voyant que le buiiTon était enflammé

&; ne brûlait pas Dieu l'appelle du milieu

du buiiïôn , & lui dit : Mofé , Mofé ! & il répondit, me voilà. N'approche pas , dit Dieu; 6 te tes fouliers, ( 11 ) car cette terre effc fainte.

( 9 ) Tous les héros de l'antiquité marchent à pied quand ils n'ont pas de chevaux ailés , ÔC prennent toujours la défenfe des fiiies , qu'on leur donne fouvent en mariage. On croirait que les auteurs de ces romans auraient copié les vérités hébraïques , s'ils avaient pu les connaître. Nous avons déjà remarqué une grande conformité entre l'hiftoire facrée du peuple de Dieu, ôc les fables profanes.

(10) On fait qu'Oreb n'eft, pas le mont Sinaï ; mais qu'il en eil fort proche ; qu'il n'y a point d'eau au mont Sinaï , mais qu'au mont Oreb il y a trois fontaines : nous nous en rapportons aux voyageurs qui ont été dans ces pays affreux'. Il efl trifte qu'ils fe contredirent prefque tous. Flavien Jofephe ne parle point de cette apparition de Dieu dans le buifïon ardent. Il fupprime ou il exténue fouvent les miracles que les livres faints rapportent j & nous croyons aux livres faints plus qu'à lui.

(11) On n'entrait point dans les Temples avec des fouliers en Afie & en Egypte s c'eft une coutume qui s'eft confervee dans tout l'orient. Quelques critiques infèrent encore detà que ce livre fut écrit après que

Je fuis defcendu pour délivrer les Ifraëlites de la main des Egyptiens , & je les amènerai dans une terre bonne Ôc fpacieuïè où coulent le lait & le miel , dans le pays des Cananéens , des Héthé'ens , des Amorréens , des Phéréféens , des Hévéens , & des Jébuféens. (12).

les Juifs eurent bâti un Temple ; car, difent - ils , qu'importait à Dieu que Mofé marchât chauffé ou nudpied dans l'horrible défert d'Oreb. H ne confidérent pas que c'eil delà , peut-être , qu'eft venu l'ufage dans les pays chauds d'entrer dans les temples fans fouliers.

( iz ) Nous ne demandons pas ici comme les impies , pourquoi Dieu ne donne pas la fuperbe & fertile Egypt£ à fon peuple chéri , mais ce petit pays affez mauvais , où il eft dit qu'il coule des fleuves de lait & de miel, & qui, tout petit qu'il eft , n'a jamais été poffédé ni entièrement , ni paifiblement par les Juifs , où même ils furent efclaves à plufieurs reprifes l'efpaee de cent quatre ans , félon leurs propres livres. Nous n'avons pas la criminelle infolence d'interroger Dieu fur fes deffeins. Nous produirons feulement ici la lettre de Saint Jérôme à Dardanus , écrite l'an 414 de notre Ere ; c'eft la lettre 85. Voici la tradudion fidèle faite par les Bénédictins de Saint Maur.

,> Je prie ceux qui prétendent que le peuple Juif a» après fa fortie de l'Egypte prit poffeflion de ce pays , » de nous faire voir ce que ce peuple en a poffédé. >, Tout fon domaine ne s'étendait qae depuis Dan jufi) qu'à Berfabé , ( cinquante trois lieues de long. ) J'ai y> honte de dire quelle eft la largeur de la terre proy> mife. On ne compte que quinze lieues depuis Jopy> pé jufqu'à Bethléem, après quoi on ne trouve plus » 'qu'un affreux défert habité par des nations bar-

» bares Vous me direz peut-être, ô Juifs, que

3> par la terre promife on doit entendre celle dont 3> Moyie fait la defcription dans le livre des Npm-

» bres ; mais vous ne l'avez jamais poffidée Se

» on me promet à moi dans l'évangile la poffeflion » du Royaume du Ciel t dont il n'eft fait aucune

Viens donc , & je t'enverrai à Pharaon.".. .. Mofé répondit : j'irai vers les ehfans d'ïiraël , & je leur dirai, le Dieu de vos pères m'envoie, vers vous ; mais s'ils me demandent quel eft fonjiom, qu>e leur dirai- je ? Dieu dit à Mofé, je m'appelle fcheich. Tu diras aux enfans d'Ifraël : Eheich m'envoie à vous, (13 ) Dieu dit

» mention dan? votre ancien Teftament Vous

» êtes devenus cfclaves de tous les peuples que vous 3> avez eus pour voitins.

Nous pouvons ajouter à la lettre de Saine Jérôme , «jue nous avons vu plus de vingt voyageurs qui ont été à Jérulalem } & qui nous ont tous auuré que ce pays eft encore plus mauvais qu'il ne f était du tems de Saint Jérôme , parce qu'il n'y a plus perfbnne qui le cultive , & qui oorte de la terre fur les montagnes arides dont il eft hériffé, pour y planter de la Vigne comme autrefois.

Nous avons peine à concevoir comment un Docteur anglican nommé Sha'w ■> qui n'a fait que paner à Jérusalem , peut être d'un avis contraire a Saint Jérôme qui demeura vingt ans à Bethléem , ÔC qui était d'ailleurs le plus favant des Pères de l'Eglife. Il ofat oppofer'les fidtions de Pietro délia Valle , au témoignage irréfragable de Saint Jérôme. Si ce Shaw avait bien vu, il ne chercherait pas à s'appuyer des menfonges d'un voyageur tel que Pietro délia Valle.

Tout ce que nous pouvons dire fur la Judée , c'eft que les Juifs , à force de foins & des plus pénibles travaux , parvinrent à recueillir du vin , de l'orge , du feigle , des olives & des herbes odoriférantes 3 qui -le plaiient dans les pays chauds & arides. Mais dès que cette terre a été rendue à elle - même , elle a repris fa première ftériiité ; il s'en faut beaucoup qu'elle vaille aujourd hui la Corfe , à laquelle elle reflemble parfaitement.

( 13 ) Les Critiques reprennent Mofé d'avoir demandé à Dieu fon nom. Ils difent que puifqu'ille rèconnahTait pour ie Dieu du Ciel & de la terre , il ne devait p« fuppofer qu'il eût un nom appellatif } eomme on en a

L'EXÔD E. U$

encore à Mofé , tu diras aux enfans -d'Ilraël : le Dieu d'Abraham d'ïfaac & de Jacob m'a envoyé à vous. Ce fera là mon nom à jamais dô g înération en génération. Ils écouteront ta voix, & tu iras avec les anciens d'Ifraël' devant le Roi

donné aux hommes & aux villes. Que Dieu ne s'appelle ni Jean , ni Jacques ; & que les Ifrae'lites ne l'auraient pas plus reconnu à ce nom de Eheich qu'à tout autre nom. Ce mot de Eheich eft enfuite changé en celui de Jehovah qui lignifie , dit - on , deftru&eur , ÔC que quelques-uns croient lignifier Créateur, Les Egyptiens le prononçaient Jaou j &. quand ils entraient dans ie Temple du foleil ils portaient un phila^lere fur lequel Jaou était écrit. Origene , dans fon premier livre contre Celfe , dit qu'on fe lèrvait de ce mot ppur exorcifer les elprits malins. Saint Clément d'Alexandrie, dans fon cinquième livre des Aromates , allure qu'il n'y avait qu'à prononcer c£ mot à l'oreille d'un homme pour le faire tomber rqide mort , & que Moyfe l'ayant prononcé à l'oreille de Nechefie Roi d'Egypte , ce Monarque en mourut fubî~ îement.

Ce mot Jaou lignifiait Dieu chez \&> anciens Arabes -9 êc c'eft encore le mot facré dans les prières des Mahometans. Sanchoniaton , le plus ancien des auteurs dans cette partie du monde , écrit Jévo. Crigene <Sc Jérôme veulent qu'on prononce Jao. Les Samaritains , qui s'éloignaient en tout des autres Juifs , prononçaient Javé. C'eft delà que vient le nom de Jovis > Jovifpiter, Jupiter, chez les anciens Tofcans & chez les Latins. Les Grecs firent de Jéhova leur Zeus-> qui était le premier des Dieux, le gFand Dieu. C'eftainii qu'ils prononcèrent Theos , les Latins Deus , £c nous Dieu ; c'eft ainfi que les allemands prononcent Gott, les peuples delà Scandinavie Gud , les Anglais God. Origene eft fermement perfuadé qu'on ne peut faire aucune opération magique qu'avec le nom de Jéhova. Il affirme que fi on fe fert de tout autre nom , il fera impoifible de produire aucun endwi- |ement,

i26 L'EXODE.

d'Egypte , Se tu lui diras : le Dieu des hébreux nous a appelles , ik. il faut que nous allions à trois journées dans le défert pour facriiier au Seigneur notre Dieu 5 (14) mais je fais que le Roi d'Egypte ne permettra point qu'on y aille fi on ne le contraint par une main forte.... Chaque femme demandera à (a voifine ou à ion hôteffe des vafes d'argent & d'or , & de beaux habits , dont elles revêtiront leurs fils & leurs filles ; & ainfi elles dépouilleront l'Egypte. (15) Mofé répondit à Dieu , ils ne me croiront pas ,

(14) Plufîeurs Commentateurs difputent ici fur la prefeience , fur la liberté, & fur le futur contingent. Dieu fait politivement que Pharaon n'écoutera point Mofé ; & cependant le Pharaon fera libre de l'écouter. On a fait un très grand nombre de volumes fur cette queftion , qu'on a toujours creufée & dont on n'a pas encore apperçu le fond. Il luffit de favoir que Dieu eft tout puiffant , & que l'homme eft libre pour mériter ou démériter. Qu'on foit libre , ou qu'on ne le foit pas , les hommes agiront toujours comme s'ils l'étaient.

(15) Les critiques difent qu'il y a dans cette conduite un vol manifefte. Le Curé Meilier , & Woolfto» après lui , reprochent aux Juifs que tous leurs ancêtres font des voleurs : qu'Abraham vola le Roi d'Egypte & le Roi de Gérar en leur fefant accroire que Sara n'était que fa feeur } 6c en extorquant d'eux des présents : qu'Ifaac vola le même Roi de Gérar par la même fraude : que Jacob vola à fon frère Efaii fon droit d'aineife : que Laban vola Jacob fon gendre , lequel vola fon beau-pere : que Rachel vola à Laban fon père jufqu'à fes Dieux : que tous fes enfans volèrent les Su chémites après les avoir égorgés 5 que leurs defeendans volèrent les Egyptiens, & quenfuite ils allèrent voler les Cananéens. On ferme la bouche à ces détracteurs , par ces feuls mots : Dieu eft le maître de nos biens & de nos- vies. C'eft en vain qu'ils répondent j <jue tous les voleurs de la terre en pouraient

sis me diront que tu ne m7es point apparu ; 6c Dieu lui dit , que tiens-tu là à la main ? Il répondit , c'eft ma verge. Dieu dit , jette ta verge en terre ; il jetta fa verge , & elle fut changée fur le champ en couleuvre. (16) Mofé s'enfuit de peur. Dieu dit encore à Mofé , mets ta main dans torrièin , il la mit dans fon fein , 8c il l'en retira toute couverte d'une lèpre blanche comme la neige. Et Dieu dit : û les Egyptiens ne croient pas à ces deux fignes, ôc s'ils n'écoutent pas ta voix , prends de l'eau du Nil , 6c elle le convertira en fang.

Mais , dit Mofé à Dieu , j'ai un empêchement de langue , tu fais que je fuis bègue ; 6c tout ce que tu me dis me rend plus bègue encore. Envoie , je te prie , un autre que moi. Dieu fe mit alors en colère , 6c lui dit : eh bien, j'enverrai Aaronton frère , qui n'a point d'empêchement à la langue ; je ferai dans fa bouche 6c dans la tienne ; il parlera pour toi au peuple , iî

dire autant j Dieu n'a pas infpiré les voleurs j mais il a infpiré les Juifs.

Oh connaît d'ailleurs alTez l'hifloire apocryphe du procès que les Egyptiens fixent aus Juifs par devant Alexandre lorfqu'il pana par Gaza. Les Juifs redemandaient le payement des corvées qu'ils avaient faites, pour bâtir les pyramides, & qu'oïl ne leur avait point payées. Leurs adverfaires redemandaient aux Juifs tout ce qu'ils avaient volé en s'enfuyant d'Egypte. Alexandre jugea que l'un irait pour l'autre , & les renvoya hors de Cour & de procès , dépens compenfés.

( 16 ) Tous les Magiciens , ou ceux qui palferent pour tels, eurent une Verge. Les Magiciens de Pharaon avaient la leur. Tous les joueurs de gobelets ont leur Verge. C'eft par-tout le ligne cara&eriftique des forciers. On voit que le menfonge imite toujours # vérité, . .

fera ta bouche , & tu Pinflruiras de tout ce qui regarde Dieu. Reprends ta verge.

Mofé s'en alla donc chez fon beau-pere Jethro. Il lui dit : je m'en vais en Egypte. Jéthrc* lui dit , allez en paix. Dieu parla encore à Mofé , 6c lui dit : va t'en donc en Egypte , car tous ceux qui voulaient te faire mourir font morts. ( 17 )

. Mofé , ayant donc pris fa femme & fes enfalns , les met fur fon âne , & marche en Egypte avec fa verge. Dieu lui dit en chemin : ne manque pas de faire devant le Pharaon tous les prodiges que je t'ai ordonné de faire. Car j'endurcirai fon cœur , & il ne laiffera point allermcwï peuple. Or Mole étant en chemin , Dieu le rencontra dans un cabaret , & voulut le tuer ;

mais

( 17 ) Il y a ici quelques petites difficultés. Mofé > au lieu d'obéir à Dieu , & d'aller en Egypte , s'en vadans le Madian chez fon beau-pere. Et Dieu qui lui avait commandé de faire trembler le Roi d'Egypte en fon nom j va lui dire en Madian que ce Roi elt mort &. qu'il peut aller en Egypte en fureté. C'était donc à un nouveau Roi que Moyfe devait porter içs ordres de Dieu. Mais le texte ne nous apprend ni le nom du Jvoi dernier mort , ni celui de fon fuecelTeur. Quelques Commentateurs ont dit que ce fuecelTeur était Améno-* phis , mais ils n'en donnent aucune preuve ; & c'eft ce qui leur arrive affez fouvent.

Il eft vrai que Mofé aurait rifqué fa vie en allant en Egypte 5 il était coupable du meurtre d'un Egyptien , c'était un crime capital dans un Iïraëlite. Il aurait pu être exécuté fi Dieu ne l'avait pas pris fous fa protection , dont il femblait pourtant fe défier malgré les miracles de la verge changée en couleuvre , & de Jamain lépreufe. C'elt encor un beau miracle que Dieu veuille tuer Mofé dans un cabaret.

i'EXOD E. ï2£

mais Séphora lui fauva la vie en coiïpâût ïe prépuce de fon fils avec une pierre aiguë. (iS).

Mofé & ;Aaron allèrent fe préfenter au Pha~ îaon & dirent : voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Iiraël ; laine aller mon peuple afin qu'il me facrifie dans le délèrt. Le Pharaon répondit : qui eitdonc ce Seigneur pour que j'entende ia voix ? (19) Je ne laifferai point partir ifraël :

( 18 ) Nos Critiques ne ceifent de s'étonn«r quai .ï'Ambaffadeur de Dieu > qui va faire le deftin d'un grand Jempire } marche à pied fans valet, -& mette toute fa famille fur une bourique. Ils font révoltés que Dieu; dife , j'endurcirai le cœur de Pharaon. Cela leur paraît, 4'un génie malfaifant plutôt que d'un Dieu. Le Lord ïBolingbroke s'en explique aigrement dans fes œuvres pofthum.es. Dieu ■> qui rencontre Mofé dans un Cabaret ^ & qui veut le tuer parce qu'il n'a pas circoncis fon fils J 'excite toute la mauvaife humeur de Bolingbroke , d'autant; plus que nul Juif ne fut circoncis en Egypte > &qu'il n'efî idit nulle part que Mofé eut le prépuce coupé. Ce Lord avait un grand génie ; on lui reproche d'avoir ufa à l'excès <le la liberté de fon pays , & d'avoir été plus fouvenfc »u cabaret que l'auteur facré n'y fait aller Dieu,

( 19 ) Il eft évident ici que l'Egypte ne reconnai/Taiô plus le Dieu des Hébreux. On croit qu'en ce cas Plia-.: .taon n'eil point coupable de dire : qui eft donc cefe .Dieu ? Il ne devient criminel que lorfque les miracles- «le Mofé & d'Aaron , fupérieurs aux miracles de fes Mages , ne purent le toucher. Cependant , quand onfonge que ces Mages d'Egypte changent leurs Verges en fsrpents , Se toutes les eaux en fang , tout auffi bien «que les AmbarTadeurs du vrai Dieu , quand ils font naître des grenouilles ainfi qu'eux , on eft tenté de pardonner à l'embarras où fe trouva le Roi. Ce ne fut que quand les deux Hébreux firent naître des poux , que les r«Mages commencèrent à ne pouvoir plus les imiter. On pourait donc dire que le Roi crut , avec quelque apparence , que tout cela n'était qu'un combat entre des jVIagiciens , & que Uf enchanteurs hébreux en favaieni;

Page 1