Tome I. t
Or Mofé avait quatre-vingt ans & Aaron quar tre-vingt trois , lorfqu'iîs parlèrent au Pharaon..,, Mofe & Aaron allèrent donc trouver le Pharaon, 6c ils firent comme Dieu avait ordonné. Aaron jetta fa verge , & elle fut changée en ferpent. Pharaon ayant fait venir les Sages Se les Magiciens , ils firent la même chofe par leurs eachantements.
Et le Seigneur dit à Mofé : je ne frapperai plus le Pharaon & l'Egypte que d'une plaie. Dis donc à tout le peuple que les hommes & les femmes demandent à leurs voifins & à leurs
voifmes tous leurs vafes d'or & d'argent ,
Se je mettrai à mort dans le pays tous les premiers-nés depuis le fils aine de Pharaon jufqu'à celui de l'efclave : mais parmi les enfans d'Ifraël on n'entendra pas même un chien aboyer ; afin qu'on voie par quel miracle Dieu fepare Ifraël de l'Egypte. (20).
plus que ceux de l'Egypte. Dieu pouvait , nous diton, ou donner l'Egypte à fon peuple , ou le conduire dans le défert fans tant de peine , ÔC lans tant de miracles. On eft furpris que le Dieu de la nature entière s'abaiffe à dilputer de prodiges avec des forciers. De tfages Théologiens ont répondu , que c'eft précifémenfc çarce que Dieu eft le maître de la nature qu'il accordait aux Magiciens Egyptiens le pouvoir de difpolèr de la .nature & qu'il bornait ce pouvoir à trois ■ ou quatre miracles. Cette réponfe ne fatisfait pas les incrédules } parce que rien de tout ce qui eft dans ce livre facré ne les contente. Ils trouvent fur-tout que Pharaon n'était point coupable } puiique Dieu prenait le foin luimême d'endurcir fon cœur. Enfin } ils nient toute cette hiftoire d'un bout à l'autre. Contra negantem principia non e(i dijcutandum. Nous prions Dieu de ne point endurcir ie«r cœur.
l 1 *? ), Les Critiques font encore plus hardis fur cette
t? E ï O D EJ m
Dieu dit auffi à Mofé & à Aarojû : parle à tout le peuple d'Ifraël , que chacun prépare le dix du mois un Agneau par famille ou un chevreau. On les gardera jufqu'au quatorze , &: .on les mangera le foir avec du pain fans levain Se des laitues fauvages. ... Je paiïèrai par l'Egypte , & je frapperai de mort tous les premiersnés des hommes 6c des bêtes , & je ferai juftice de tous les Dieux de l'Egypte j car je fuis 1© .Seigneur.
Vous mangerez pendant fèpt jours du pain azyme. Quiconque mangera du pain levé pendant ces lèpt jours périra de mort. Vous tremperez une poignée d'hyfbpe dans le fang de l'agneau , & vous mettrez de ce fang fur les poteaux & le linteau de votre porte ; car le Seigneur panera en frappant les Egyptiens. Et lorfqu'il verra ce fang lur les deux poteaux de vos
partie de l'hifloire facrée que fur toutes les autresJ Ils ne peuvent fouffrir d'abord , que Dieu recommanda ii fouvent Se fi expreflement de commencer par voler, ious les vafes d'or & d'argent du pays ; & enfuite^ gue Dieu , félon la lettre du texte ? égorge de fa propre main tous les premiers - nés des hommes & des animaux , depuis le fils aîné du Roi jufqu'au premier né du plas vil des animaux. A quoi bon , difent-dls » tuer auili les bêtes ? Et pourquoi fur - tout les enfan* à la mamelle qui étaient les premiers - nés des jeunes femmes ? pourquoi cette exécrable boucherie exécutée par la main du Dieu du Ciel Se de la Terre ? Le feul fruit qu'il en retire ert d'aller conduire & faire mouriç fôn peuple dans un déiext.
Nous avouons que la faible railbn humaine pouraiC s'effrayer de cette hiftoire , s'il fallait s'en tenir à la lettre j mais tous les pères conviennent que c'eft une figure de l'Eglife de Jéfus - Chritt ; & la Pâque , dont nous gilons parler ? en eft un£ preuve merveilleufe,
Jt32 L»E X ODE.
portes , il panera outre , & ne permettra pas à l'exterminateur d'entrer dans vos maiibns (21}. , Et fur le milieu de la nuit le (Seigneur égorgea tous les premiers-nés de l'Egypte , depuis le Prince , fils aîné du Pharaon aiiis fur fon trône , jufqu'au premier-né de l'efclave y & jusqu'au premier-né des animaux,... Pharaon s'étant donc levé la nuit , il y eut une clameur de défolation dans l'Egypte ; car il n'y avait pas maifon où il n'y eut quelqu'un d'égorgé.
Pharaon envoya vite chercher Moi'é & Aaron pendant la nuit , &. leur dit : Partez au plutôt vous 6k; les enfans d'ilrael. (22) Alors les enfans d'Iirael firent comme Mole leur avait en-
( 21 ) Il eu défendu de manger du pain levé pendant la femaine de Pâques fous peine de mort. Cette loi femble abrogée chez nous. L'Egiiie même ne commande plus qu'on mange l'agneau pafcalj de - même qu'elle n'ordonne plus qu'on mette du fang à fa porte. Ce fang était une marque pour avertir Dieu de ne point entrerdans la maifon & de n'y tuer pcrfonne.
il eft difficile de calculer le nombre des enfans que Dieu maifacra cette nuit. Les Hébreux qui s'enfuirent du pays de Geffen étaient au nombre de rix cent miiie combaUans 5 ce qui fuppofe lix cent mille familles. Le pays de GeiTen eft la quarantième partie de l'Egypte depuis Meroé jufqu'à Péiufe. On peut donc fuppofer que le relie de l'Egypte contenait vingt - quatre millions de famiiies , par la règle de trois : ainft Dieu tua de fa main ce nombre épouvantable de premiers-nés , & beaucoup pius d'animaux. Cela peut n'être regardé que comme une figure.
(zz) Alors donc le Pharaon fe laifTe fléchir , & permet aux Ifraèlites d'aller facrifier à leur Dieu dans le défert» Remarquons que les Egyptiens alors n'avaient pas le même Dieu que les Ifraëiites , puifqu'il eft dit que Dieu fit juftice de tous les Dieux de l'Egypte. On difpute liur ia nature de ces Dieux: étaient -ils des animaux , ou jdj qaauvais génies , ou de fimples ftatues '( la plus com~
feigne. Ils empruntèrent des Egyptiens des vafcs d'or & d'argent ; & étant partis de Ramef- {ès iis vinrent au nombre de fix cent mille hommes de pied ? une troupe innombrable fe joignit encore à eux , & ils avaient prodigieufement de brebis & de bêtes à cornes.
Le tems de la demeure des eiifans d'Ifraël dans l'Egypte fut de quatre cent trente ans.
Or Pharaon ayant ainfi laifle aller les Ifraëlites , Dieu ne voulut pas les conduire dans le Canaan par la terre des Paleftins ou Philiftins , qui efl toute voiilne ; (23) mais il leur lit faire un long circuit dans le defert qui efl fur la mer rouge ; & ils ibrtirent ainfi en armes de l'Egypte Or le Seigneur marchait devant eux ,
Ôc leur montrait le chemin pendant le jour par une colonne de nuée , & la nuit par une colonne de feu. {24).
rcmne opinion efl que les Egyptiens confieraient déjà des bêtes dans leurs Temples } ÔC même des légumes. Sanchoniaton , qui vivait longtems avant Moyfe ( comme Cumberland le prouve ) le dit expreffément } Ôc leur en fait un grand reproche.
( 23 ) U parait fort extraordinaire que Dieu ? ayant promis û fouvent la terre de Canaan aux Ifraëlites , ne les y meue pas tout droit , mais les conduife^ 'par un chemin oppofé dans un défert où il n'y a ni eau ni vivres. Calmet dit , que c'eiî de peur que les Cananéens ne les battiffent. Cette raifon de Calmet eft fort mauvaife 5 car il était auiH facile à Dieu d'égorger tous les premiers-nés Cananéens que les premiers - nés Egyptiens. Il vaut bien mieux dire que les delfeins de Dieu font impénétrables.
( 24 ) Les incrédules ont dit que cette colonne dej
nuée était inutile pendant le jour , & ne pouvait fervif,
qu'à empêcher les Juifs de voir leur chemin. C'eft une
. objection très frivole. Dieu même était leur guide ? &,
ils ne lavaient pas où Us allaient.
Or Dieu parla à Mofé , difant : dites aux enfans d'Ifraël qu'ils aillent camper vis-à-vis de Baal-féphon , fur le rivage de la mer ; car Pharaon va dire , ils font enfermés dans le défert, & j'endurcirai fon cœur (25)«
Pharaon fit donc atteler fon char, Bc prit avec lui tout fon peuple avec fix cent chars de guerre choifis (26) 6c tous les Chefs de l'armée ; car le Seigneur avait endurci le cœur du Pharaon roi d'Egypte. .. . & le Seigneur dit à Mofé : Pourquoi cries-tu à moi , dis aux enfans d'Ifraël qu'ils marchent; (27) &: Mofé
{ z$ ) Tous les Géographes ont placé Baal - féphon , ou Bel - féphon , au - deffus de Memphis fur le bord occidental de la mer rouée , plus de cinquante lieues au - demis de GeŒen , d'où les Juifs étaient partis. Dieu ïes ramenait donc tout au milieu de l'Egypte , au lieu de les conduire a ce Canaan tant promis ; mais c'était pour faire un plus grand miracle ; car il dit exprefTément : Je veux manitefter ma gloire en perdant Pharaon èc toute fon armée 5 car je fuis le Seigneur.
( %6 ) S'il y avait environ vingt - quatre millions de familles en Kgypte , l'armée de Pharaon dut être de vingt -quatre millions de combattans , en comptant un foldat par famille -, mais Dieu avait déjà tué le premierré de chaque famille : il faut donc fuppofer que tous les puinés étaient en âge de porter les armes pour former tout le peuple en corps d'armée.
A l'égard des chevaux , il eft dit que toutes les bêtes de fomme avaient péri par la fîxieme plaie , & que tous les premiers - nés étaient morts par la dernière ; mais il pouvait relier quelques chevaux encore.
. Les incrédules , & mêmes plufîeurs Commentateurs } Ont voulu expliquer ce miracle.
( 27 ) L'hiftorien Fiavien Jofephe le réduit à rien 5 en difant qu'il en arriva prefque autant au grand Alexan-* dre quand il Côtoya la mer de Pamphilie > &. dans la crainte que les Romains ne priûent le miracle du paifage
L'EXODE. I3j
ayant étendu fa main fur la mer , le Seigneur enleva la mer par un vent brûlant toute la nuit ; & la mer fut à iec , & l'eau fut divifée , & les ïfraelites entrèrent au milieu de la mer fechée ; car l'eau était comme un mur à leur droite & à leur gauche .... En ce jour les ïfraelites virent les corps morts des Egyptiens , & l'exécution grande que h main du Seigneur avait faite. Alors Mofé & les enfans d'Ifrael chantèrent un
Cantique au Seigneur Marie la prophé-
tefïè , fceur d'Aaron , prit un tambour à la main ; toutes- les autres femmes danCerent avec elle. (28).
de la mer rouge pour un menfonge & ne s'en moquaC fent , il dit , qu'il iaifle à chacun la liberté d'en croire ce qu'il voudra. Il faut bien qu'un hiftorien Iaifle à fou lecteur la liberté de le croire &C de ne pas le croire > de ï'aprouver ou d'en rire. On la prendrait bien fans lui. L'auteur facré eft bien loin d'employer les ménagemens & les fabterfuges du Juif Flavien Jofephe , d'ailleurs très refpe&able. Il vous donne le paflage des fix cent mille Juifs à travers les eaux de la mer fufpendues , Se tant de millions d'Egyptiens engloutis , comme un des plus fignalés prodiges que Dieu ait faits eu faveur de Ton peuple.
On a dit , qu'un autre prodige eft ; qu'aucun auteur Egyptien n'ait jamais parlé de ce miracle épouvantable j ni des autres plaies d'Egypte ; qu'aucune nation du monde n'ait jamais entendu parler ni de cet événement > m de tout ce qui l'a précédé ; que perfonne ne connut jamais ni Aaron } ni Séphora , ni Jofeph fils de Jacob , ni Abraham , ni Seth , ni Adam. Ils affirment que tout cela ne commença à être un peu connu que longtems après la traduction attribuée aux feptante > comme nous l'avons déjà remarqué. Les defleins de Dieu n'ont pu être accomplis que dans les tems marqués par fa Providence .
( z8 ) Les Critiques foi\t des difficultés fur ce Cmù?
Mofé étant parti de la mer rouge , les ï£raë-: Sites allèrent dans le défert de Sur , & ayant marché dans cette folitude ils ne trouvèrent point d'eau , & ils arrivèrent à M ara où Peau était extrêmement amere. Mofe cria au Seigneur , qui lui montra un bois , lequel ayant été jette dans l'eau elle devint douce.
Le quinzième jour du fécond mois depuis la fortie d'Egypte , le peuple vint au défert de Sin , entre Elim & Sinaï , & ils murmurèrent dans ce défert contre Mofé & Aaron ; ils dirent : plût à Dieu que nous Ridions morts dans l'Egypte par la main du Seigneur ; nous étions afîis fur des marmites de viandes , & nous mangions du pain tant que nous voulions. (25)).
que : ils difent qu'il n'eft gueres probable qu'environ trois millions de personnes , en comptant les vieillards > les femmes & les enfants , à peine échappés d'un iî grand péril , aient pu auflï -tôt chanter un Cantique , & que Mofé l'ait compofé dans i'inftant - même. Ils demandent en quelle langue était ce Cantique. Ils difent. qu'il ne pouvait être qu'en Egyptien. C'eft une objec-! tion bien frivole. Il y avait une remarque plus fingu- 3iere à faire : c'eft que l'ancien livre apocryphe de la Vie de Mofi dit que le Pharaon échappa j & alla régner à Ninive. On a raîfon de traiter cette imagination de ridicule.
Si vous en croyez Don Calmet > Manéthon dit que le Pharaon échappa de ce péril 5 mait Manéthon } dont on ne connaît quelque peu de paffages que par la réponfe de Fiavien Jofephe , ne dit point du tout que l'armée 4u Pharaon fut fubmergée dans la mer entr'ouverte ; il dit qu'un Roi d'Egypte nommé Aménophis ( qui n'a jamais exifté ! alla au- devant d'une armée de brigands Arabes établis en Paleftine, qu'il n'ofa en venir aux ïnains , Se qu'il fe retira en Ethiopie.
i.2.9) Les incrédules- ne çeffent de nous reproche?
Alors Dieu dit à Mofé : je vais leur faire
pleuvoir des pains du Ciel. ...... Et Mofé dit
à Aaron : dites à Paffemblée des enfans d'Ifrael qu'ils le préfentent devant le Seigneur. Et ils virent la gloire du Seigneur qui parut dans une nuée. Et Dieu dit à Mofé : dis-leur que ce foir ils mangeront de la chair , & demain matin ils feront raffafiés , & vous faurez tous que je fiïs le Seigneur votre Dieu. Et le foir donc tout le
jnfolemment que nous leur contons des fables abfurdes.' Ils ne peuvent pas comprendre que Dieu n'ait pas donné à fon peuple cet excellent pays de l'Egypte , où il n'y avait plus que des femmes & des enfans. » Pourquoi > s, difent-ils, Mofé, à l'âge déplus de quatre -vingt » ans , peut - il conduire dans le plus affreux des déy, ferts trois millions d'hommes , au iieu de les mener du s, moins dans le pays de Canaan en pafTant par l'Idu- 3, mée ? Les déferts de Sur , de Mara , d'Elim , de ■» Sin , de Raphidim , d'Oreb , de Sinaï , de Pharan , de 3> Cadèsbarné , d'Oboth > de Cadenoth , dans lefquelg a, ils errèrent quarante années , ne pouraient pas nourrir 3, trente voyageurs pendant quatre jours , s'ils ne por- 3> taient de l'eau & des proviiions. Il y a quelques fon- 3> taines , à la vérité , au mont Oreb ; mais tout le 3> relie eft fec & impraticable ; plufieurs Arabes y tom- 3> bent quelquefois morts de foif & de faim. Le pre- 3, mier devoir d'un Législateur , tel qu'on nous repréy> fente Mofé , eft de pourvoir à la fubliftance de fon 3> peuple « .
Nous avouons à ces incrédules , que félon les relies' de la prudence humaine un Général d'armée aurait tort de conduire fa troupe par des déferts. Mais il ne s'agit point ici de raifon , de prudence > de vraifernblance > de poilibilité phyfique. Tout eft au-defTus dans ce livre s' iout eft divin , tout eft miracle ; Se puifque les Juifs étaient le peuple de Dieu , il ne devait rien leur arriver de ce qui eft commun aux autres hommes. Ce qui paraîtrait abfurde dans une hiftoire ordinaire f eft admirable dans celle - ci.
camp fat couvert de cailles ; & le matin tous les environs furent chargés d'une rofëe qui refiembiait à la bruine qui tombe fur la terre. Et les enfans d'ïfrael ayant vu cela , fe difaient l'un à l'autre Manhu ; & Mofé leur dit : c'eft le pain que Dieu vous a donné à manger. ( 30 )j
(30) Diodore de Sicile Liv. 1. Chap. 12. raconta qu'un Roi d Egypte nommé Àctifan fit autrefois couper le nez à une troupe de voleurs , qui avaient inferlé de leurs brigandages toute l'Egypte' dans le tems des guerres civiles : qu'il les relégua vers- Rinocolure à l'entrée de tous ces déferts. Rinocolure en grec lignifie ner. toupé j (& apparemment ce mot fut depuis la traduction; du mot Egyptien ). Diodore dit qu'ils habitèrent le défert de Sin, & qu'ils firent des filets pour prendre des; cailles dans le tems qu'elles pafïent vers ces climats.
Les incrédules , abufant également du texte de Diodore & de celui de l'Ecriture fainte } croient appercevoir dans ce récit îa véritable hiftoire des Juifs. Ils difent que Les Juifs font des voleurs de leur propre aveu j qu'il eit très naturel qu'un Roi d'Egypte , foit Actifan i foit un autre , les ayant relégués dans un défert aprèsleur avoir fait couper le nez , leur race ait conçu une haine implacable contre les Egyptiens , & qu'elle ait continué le métier de brigands qu'elle tenait de fes pères.
Pour la manne ils n'y trouvent rien d'extraordinaire } fi ce n'eft qu'elle eft un purgatif : ils difent eue ce purgatif peut être moins fort que la manne de la Caiabre , & qu'on peut s'y accoutumer à la longue ; qu'on trouve encore de la manne dans ces déferts ; mais que c'eft une nourriture qui ne peut fuftenter personne i & enfin ils nient le miracle de la manne comme tous les autres. Ils prétendent qu'il était aufïï aifé à Dieu de les bien nourrir , que de les mal nourrir ; que fi les hommes , les femmes & les enfans , marchèrent trois jours entiers dans les fables brûlants du défert de Sin fans boire , les femmes & les enfans durent expirer darlafoif; que non feulement Dieu fe ferait contredit
L'EXODE, ï59
Cependant Amalec vint attaquer iiraël au Camp de Raphidim. Et Mole dit à Jofué: choififfez des combattans & fortez du Camp pour combattre Amalec ; demain je me tiendrai fur le haut de la montagne avec la Verge de Dieu dans ma main. Jofué fit comme Mofé l'avait dit, & il combattit contre Amalec. Or Mofé, Aaron , & Ur , s'en allèrent au haut de la colline ; & quand Mofé levait l'es mains en haut, Ifraël était vainqueur , mais quand il laiffait tomber un peu fes mains , Amalec l'emportait... Or Aaron &: Ur lui foutinrent les mains des deux côtés ; Jofué donc mit en fuite Amalec „ &c tua toute fon armée. Et Dieu dit à Mofé : écrivez cela dans un livre , & dites la choie I aux oreilles de Jofué ; car j'abolirai la mémoire d'Amalec fous le Ciel. (31).
lui - même en les conduifant ainfî lorfqu'il fe déclarait leur protecteur & leur père , mais qu'il était leur cruel homicide ; qu'il eft impoiïïble d'admettre dans Dieu tant de déraifon & tant de cruauté. Quelques raifons qu'on leur dite ils perfiftent dans leurs blafphêmes, & nous ne pouvons que les plaindre.
(31 ) Amalec était petit- fils d'Efaii , & il occupa Une partie de Tldumee. Ses defcendans devinrent la principale horde de l'Arabie déferte ; & l'on prétend que ce fut la horde dont defcendait Hérode , qu'Antoine fit Roi de Judée. Ces Amalécites furent trèslongtems fans avoir de villes ; mais leur vie errante endurciflbit leurs corps, & les rendait redoutables. Les critiques difent } que ce n'était pas la peine de faire mourir dans des déferts le peuple juif, de peur qu'ils ne fuflent attaqués par les Cananéens , puifqu'ils furent attaqués par des Arabes; & que cette bataille contre Amalec fut très-inutile , puifqu'aucun des Ifraëlites qui combattirent n'entra dans la terre promife } excepté deux
ï4o L'EXODE.
Au troifîeme mois depuis la fortie d'Egypte > ïes enfaas dlfraël vinrent dans le défert de Sinaï ; & Mole monta vers Dieu, & Dieu Pappella du haut de la montagne , & Dieu lui dit: va t'en dire aux enfans d'Ifraël , fî vous écoutez ma voix & fi vous obiervez mon pacte , vous ferez mon peuple particulier par-delïus les
autres peuples Je viendrai donc à toi dans
une nuée épaifïè , afin que ce peuple m'entende parlant à. toi , & qu'il te croie à jamais. Va
perfonnes : ils trouvent d'ailleurs que Mofé , Aaron êc Vx , le conduisirent en lâches , en le cachant fur une montagne pendant que leur peuple expolàit fa vie. Ils ne fongent pas que Mofé était un vieillard de quatrevingt .ans, & qu'Aaron en avait quatre-vingt trois 5 que d'ailleurs Mofé tenait fa Verge à la main , & qu'en levant les mains au Seigneur il rendait plus de fervïces que tous les- combattans enfemble.
Le Chevalier Folard , qui a fait graver toutes les batailles dont le Dictionnaire de Don Calmer eft orné , a deffiné la bataille d'Amalec , & a placé Mofé/ Aaron, Se Ur , fur le fommet du mont Oreb. On voit dans la Campagne des troupes difpofées à peu près comme elles ïe font aujourd'hui, des étendarcs femblables aux nôtres y & des cliariots dont les roues font armées de faulx j ce qui n'eil gueres praticable dans ce défert.
Le Texte nous appsend que Dieu ordonna à Mofé d'écrire cette bataille dans un livre ; il n'en faut point chercher d'autres que l'Exode même. C'eft toujours beaucoup qu'il nous foit relié deux livres auffi anciens que la Genefe & l'Exode. En quelque tems qu'ils aient été écrits , ce font des monuments très-précieux j les critiques ne peuvent empêcher qu'on y retrouve une peinture des mœurs antiques ôc barbares. Il eft à croire que fi nous avions quelques monuments des anciens Toicans j des Latins , des Gaulois , des Germains , nous les lirions avec la puriqfité la plus avide.
L'EXODE. ï4ï
donc vers ce peuple , & qu'aujourd'hui & demain il lave fes vêtemens. Et lorfqu'ils feront •prêts pour le troisième jour , Dieu defcendra eu préfence de tout le peuple fur le m'ont de Sinaï. Et m diras au peuple : gardez-vous de monter fur la montagne , 6c de toucher même au pied de la montagne ; quiconque touchera la montagne mourra de mort..... Le troifieme jour étant arrivé , voilà qu'on entendit des tonnerres , que les éclairs brillèrent > que la trompette fit un bruit épouvantable ; & le peuple fut épouvanté, t-c Mofé pariait à Dieu, & Dieu lui répondait , & Mofé étant defcendu vers le peuple "lui raconta tout , Se Dieu parla de cette manière. (32).
C 3 1 ) Nos Critiques remarquent d'abord que la bataille d'Amalec ne fut d'aucune utilité aux Juifs, & qu'il fembie que cette bataille , dont ils doutent y ne foit rapportée dans l'Exode que pour infpirer de la haine contre les Amalécites , qui furent leurs ennemis du tems des Rois, ils fondent leurs fentimens fur ce que Dieu même , en parlant à Mofé , ne lui dit pas un mot de c& prétendu combat , & qu'il ne lui parle que de ce qu'il 4 fait aux Egyptiens. On lui fait propofer , difent-ils } les conditions de fon pacte avec les Hébreux 3 de la même manière que les hommes font entr'eux des alliances. Ôa fait, defeendre Dieu au fon des trompettes , comme S, Dieu avait des trompettes. On fait parler Dieu comme on ferait parler un crieur d'arrêts. Et il faut fuppofer que Dieu parlait Egyptien ; puifque les Hébreux ne parlaient pas d'autre. langue, & qu'il çft dit dans le pfeaume quatre- -vingt , que les Juifs furent étonnés de ne point entendre ia langue qu'on parlait au-delà de la mer rouge. Toland aiTure ;, quil eft vifible que tous ces livres ne furent écrits que longtems après par quelque prêtre oifif, comme il y en a tant eu , dit-il , parmi nous au douzième } treizième? & quatorzième, ûecie > & qu'il n<? fau£
ï42 L'EXOD Ë.
Tu ne feras aucun ouvrage de fculpture , ni aucune image de tout ce qui eft dans le Ciel en haut , ni dans la terre en bas , ni dans les Cieux fous la terre
Je fuis ton Dieu fort , je fuis le Dieu jaloux , punifTant les iniquités des Pères jufqu'à/
pas ajouter plus de foi au Pentateuque qu'aux livres des Sibylles , qui furent regardés Comme facrés pendant des iîecïes.
Tous ces blafphêmes font horreur à toute ame perfuadée & timorée. Il n'eft pas plus furprenant que Dieu ait parlé fur le mont Sinaï au fon des trompettes } qu'il ne l'eft d'ouvrir la mer rouge pour faire enfuir fon peuple j Se pour fubmerger toute l'armée Egyptienne. Si on nie un prodige , on eft forcé de les nier tous. Or il n'eft pas poffible } félon les Commentateurs les plus accrédités } que tous ces livres ne foient qu'un tiffu de menfonges groffiers. Il eft vrai que les premières hiftoires théologiques des Bracmanes 3 des prêtres de Zoroaftre , de ceux d'Iiîs , de ceux de Vefta , ne font que des recueils de fables abfurdes j mais il ne faut pas juger des livres Hébreux comme des autres. On a beau dire que fi le Pentateuque fut écrit dans le défert il ne pouvait l'être qu'en Egyptien , & que les Hébreux n'étant point encore entrés dans le pays des Cananéens , ils ne. purent favoir la langue de ces peuples , qui fut depuis la langue hébraïque. En quelque langue que Mofé ou Moyfe ait écrit dans le défert , il eft aifé de fuppofer que le Pentateuque fut traduit après dans la langue de la Paleftine , qui était un idiome du Syriaque 3 puifqu'il fut traduit enfuite en chaldéen , en grec, en latin , & longtems après en ancien gothique. Les obje&ions des incrédules font récentes j & ce livre aurait zz90 ans d'antiquité 3 quand memé il n'aurait été compilé que du tems d'Efdras 3 comme les Critiques le prétendent. Il ferait prefque auiiî ancien que la république romaine établie après les Tarquins. Les incrédules! répondent ; qu'un livre , pour être ancien , n'en eft pas plus vrai 3 qu'au contraire prefque tous
L'EXODE. ï43
la troifieme & quatrième génération de tous ceux qui me haïiient , .faifant mifericorde en mille génération à ceux qui m'aiment
Tu ne monteras point à mon autel par des degrés ? afin de ne point découvrir ta nudité....
Si quelqu'un frappe fbn efclave ou ia fervante, & s'il meurent entre fes mains ? il fera coupable d'un crime ; mais fi fon efclave furvit un jour ou deux il ne ièra fujet à aucune peine , parce que Teiclave elt le prix de fon argent
Oeil pour ceii , dent pour dent , main pour main , pied pour pied. ....
Si un taureau frappe de fes cornes un homme , ou une femme , on lapidera le taureau ; &i on ne mangera point fa chair.....
Vous punirez de mort les magiciens , celui qui aura fait le coït avec une bête , celui quî •faciïRe aux Dieux
Tu ne diras point de mal des Dieux , & tu ne maudiras point les Princes de ton peuple. . . „
Tu ne différeras point d payer les dixmes.. . . (33).
les anciens litres étant écrits par des prêtres 3 Se étant extrêmement rares y chaque auteur fe livrait a fon ima^ gination , ÔC que la faine critique était entièrement inconnue. Cette manière de penier renverferait tous les fondements de l'ancienne hiftoire dans tous les pays dii monde 5 on ne ïaurait plus fur quoi compter. Il faudrait douter de l'hiltoire de Cyrus j de Créfus , de Pififtrate., de Romulus , de tout ce qui s'eit parTé dans las Grèce avant les Olympiades ; ,ÔC ce feepticilme univerfel' ne ferait qu'un chaos indébrouillable de toute l'an-, tiquité.
(33) Nous n'avons fpécifié ici de toutes les premières loix juives , que celles contre lefquelles nos adverfaires s'élèvent avec le^plus de téeiérité. Si on les
J'enverrai la terreur démon nom. au -devant de vous ; j'exterminerai tous les peuples chez lefquels vous irez. J'enverrai d'abord des rrêlons && des guêpes , qui mettront en fuite le Hévéen , le
Cananéen ,
en croit , la défenfe de faire aucune image n'a jamais été obfervée. Mofé lui-même fù fculpter des Chérabs , des Bœufs ou des Veaux , qu'il plaça fur l'arche arn- i iulatoire. Il fit faire un ferpent d'airain. Salomon mit ] des Veaux de bronze dans le Temple qu'il fit bâtir.
Les incrédules ne peuvent fouffrir que Dieu s'annon-'J ce'comme puiffanc & jaloux. Ils difent que rien ne rabais , ïe l'Etre tout puiffant , comme de lui faire dire toujours qu'il eft puïifant 3 & que c'eft bien pis de lui faire , dire qu'il eft jaloux ; que ce livre ne parle jamais de D'eu que comme d'une divinité locale qui veut l'emporter fur les autres divinités ; Se qu'on nous le représente comme les Dieux des G<recs4 jaloux les uns des autres.
La punition dont on menace la troisième & quatrième génération innocente d'un ayeul coupable , leur femble une injuftice atroce > &c ils prétendent que cette Vengeance exercée fur les enfants eft une des preuves que les Juifs n'ont jamais connu l'immortalité de Famé <&. les peines après la mort , que vers le tems des Pharifiens. C'eft l'opinion du Docteur Warbvirton , & de fdurleurs Théologiens qui ont abufé de leur fcience. ,Ar- naud dit positivement la même chofe , quoiqu'il n en tire pas les mêmes confcquences que TabfurJe Warburton.
La peine de mort contre les magiciens prouve que les Juifs croyaient à la Magie : & comment n'y auraient-ils pas cru , s'ils avaient vu les miracles des magiciens de Pharaon , & fî Jofeph avait fait des opéra-» j lions magiques avec fa talTe ?
On tire de la punition du coït avec les bêtes une preuve , que les Juifs étaient fort enclins à cette abomination.
On croit trouver de la contradiction entre l'ordre de mettre à mort ceux qui auront fecrifié aux Dieux , & ia défenfe de parler mal des Dieux.
L'EXODE, i4|
Cananéen , l'Héthéen. (34) Les limites de votre terre feront depuis la mer rouge jufqu'à la mer de la Palestine , & jufqu'au fleuve de l'Euphrate : je livrerai entre vos mains tous les habitans de la terre > ôc je les chaiïèrai de devant votre face... .. Quand tu feras le dénombrement des enfans d'Iiïael , ils donneront tout le prix de leur ame au Seigneur ; & il n'y aura point de plaie parmi eux quand ils auront été dénombrés ; ôc tous ceux qui auront été dénombrés donneront la moitié d'un ficle lèlon la
On prétend que l'ordre de payer exactement les décimes , avant qu'il y eût des Lévites & des décimes , <eft une preuve que cela fut écrit dans des tems pofté« rieurs par quelques prêtres intéreffés à la dixme,
La vengeance exercée fur la quatrième génération iemblerait abolie dans le Deutéronome ; tes pères ns mourront point pour leurs enfans > ni les enfans four leurs pères. La première loi eft une menace de Dieu ; &îa féconde eft une loi politive, qui fuppofe qu on ne doit, point faire pendre le fils pour le père. Mais cette loi n'empêche pas que Dieu ne foit toujours fuppofé punir; jusqu'à la quatrième génération.
La défenfe de dire du mal des Dieux peut s'entendre des juges êc des prêtres , qui font fouvent appelles Dieux 4ans récriture.
(34) Dieu ne cefle de promettre aux Juifs qu'il combattra pour eux , & que tout fuira devant eux. Il ajoute qu'il enverra des frelons & des guêpes pour leur, préparer la victoire. Ce n'eft point une figure dont fe fert l'auteur facré , car Jofué , avant de mourir , dit expreffément que Dieu a envoyé devant eux des frelons & des guêpes. Le livre de La fagefte le dit auffi^ longtems après. L'hiftoire ancienne parie en effet de piufieurs peuples d'Afie j qui furent obligés de quitter leur pays où ces animaux s'étaient excefiïvement multipliés. On a dit même que les peuples de la Chalcide avaient £té Charles par des mouches. On en a dit autant des peu2 Tome L K-
valeur du ficle du Temple. (3 5") Le ficle vaut vingt oboles ; & la. moitié du ficle fera offert au Seigneur.
Prenez des aromates , pour le poids de cinq cent ficles de Myrrhe , deux cent cinquante ficles de Cinamum, pour deux cent cinquante
pies de la Myfie. Il y a eu deux Provinces de Chalcide en Syrie. On ne iàit dans laquelle le fléau des mouches put chafïer les habitans. Il y a eu auflî plufieurs Myfies dans l'Afie mineure & dans le Péloponnefe. Il n'eft pas croyable que les peuples d'aucune de ces provinces le foient laifles chaiTer par des mouches. Mais ce qui eft fable dans la mythologie , peut devenir une vérité hiftorique dans les livres faints } parce que Dieu fefait pour fon peuple ce qu'il ne fefait pas pour des peuples profanes , qui lui étaient étrangers.
Dieu promet ici aux Juifs qu'il les rendra maîtres de tout le pays depuis la mer Méditerranée jufqu'à l'Euphrate ; or il y a vinpt degrés en longitude , dans la latitude du trentième degré , depuis la Méditerranée par la terre de Canaan jufqu'à l'Euphrate. Et quand on ne compterait que vingt lieues par degré , cela devait compofer un Empire de quatre cent lieues de long. Ii eft: démontré , difent les Critiques , que .les Juifs ont été bien loin de pofleder un fi vafte pays, Cela eft vrai : mais auffi Dieu tautôt promet } & tantôt menace ; Se il fe relâche de fes menaces , & il retranche de fes promeiTes , félon fa miféricorde ou fa juftice. Ainfi il ne faut pas prendre toujours à la lettre tout ce qui eft annoncé dans l'écriture , mais confîdérer que les prédictions font conditionnelles. Les Critiques ne feront pas contents de cette explication } qui eft pourtant la feule qu'on puiffe donner.
( 3 î ) On demande comment le ficle dans le défert peut être évalué par le ficle du Temple , qui ne fut bâti que cinq cent ans après , félon la Supputation hébraïque ? On croit qu'il y a ici un prodigieux anacb.ro-. iiifme , & que c'eft une nouvelle preuve que tous ces livres ne furent écrits qu'après que le Temple fut bi(£.
H.cles de Cannes * cinq cents fîcles de Cafïè % vous en ferez une huile félon Tart du parfumeur \ quiconque y touchera fera fan&iflé , & quiconque en fera de pareille , & en donnera à un étranger, fera exterminé. (36).
On répond , que par le mot du temple il faut ènten-t dre le tabernacle de l'arche de l'alliance : ôc fi les Critiques répliquent que l'arche d'alliance n'avait pas en-* core été conftruite , il eft aifé de dire qu'on parle ici par anticipation ; & alors on ne trouvera aucune con-< tradiclfon dans le texte
(3$) On fait des difficultés fur cette prodigieufê quantité de parfums , & fur leur nature. Le Cinamumv n'eft pas connu. On prétend que c'eft de la Cannelle ; mais plusieurs auteurs difènt que la Cannelle eft la Canne : d'autres difent que c'eft la CafTc , Calia , qu,jt eft la Cannelle véritable. La plupart de ces drogues viennent des Indes. On eft en peine de favoir comment les Juifs dans leur défert purent avoir tant de marchant dites précieufes ? La réponfe eft, qu'ils les avaient emportées d'Egypte. La peine de mort pour quiconque ferait une cornpofïtion de ces parfums, feulement pour avoir le plaifir innocent de les fentir, femble une loi înjufte . & barbare, mais c'eft, lans doute, parce que ces drogues étant deftinées uniquement pour le tabernacle qu'on devait faire , ne devaient point être pro-; fanées.
y, Les deux tables de pierre j écrites ou gravées par 5> le doigt de Dieu-même , ont donné lieu à d'étranges i> blaiphêmes. Dieu, a-.t-on dit, eft toujours repréfenté » dans ce livre comme un homme qui parle aux hom- » mes , qui va , qui vient , qui fe venge , qui eft jaloux", 1» qui donne des loix , ôc enfin qui les écrit 5 rien ne » paraît plus greffier & plus fabuleux : ces deux Tables 31 de pierre font une imitation des deux marbres fur » lefquels l'ancien Êacchus avait écrit les loix ; comme » le paffage de la mer rouge eft une imitation viiîble y> de la fable de Bacchus , qui paiTa la mer rouge à 33 pied fec pour aller aux Iijdes avec toute fon armés
ij& . L> E X O D E.
Dieu dit aufïi à Mofé : prends tous ces aromates , ajoutes-y du fïadté , de l'onyx , du gal-
banum , de l'encens Tout homme qui en
fera de femblables , pour en lèntir l'odeur , fera exterminé
Et le Seigneur ayant achevé tous ces difçpurs fur le mont Sinaï , donna à Mofé deux tables de pierre contenant fon témoignage , écrit avec le doigt de Dieu.
Or le peuple , voyant que Mofé tardait à def cendre de la montagne , s'aifembla autour d'Aaron , & dit : îeve-toi , fais - nous des dieux qui jnarchent devant nous ; car nous ignorons ce qui eft arrivé à cet homme qui nous a fait fortir de l'Egypte. Et Aaron leur dit : prenez vos boucles d'oreilles } & celles de vos fils & de vos
■» Les fables Arabe» font prodigieufement antérieure? » à celles de Mofé. Bacchus avait été élevé dans ces » déièrts avant que Mofé les parcourût. Il fit tous les a> miracles que les Juifs s'atribuent 3 & deux rayons y> lui fortaient de la tête comme à Mofé , en témoignas> ge de fon commerce continuel avec les Dieux : ils x portèrent tous deux ce nom de Mofé , qui lignifie a) échappé de l'eau. Les Juifs , qui n'ont jamais rien in- &•> venté , ont tout copié très tard. « C'eft ce que les Critiques objectent.
ïl eft vrai qu'on retrouve dans la fable de Bacchus beaucoup de traits qui font dans l'hiftoire juive depuis 3Voé jufqu'à Jofué 3 mais il vaut mieux croire que les 'Arabes & les Grecs ont été les copifles., que de peftfer que les Hébreux ne furent que des plagiaires. La fable de Bacchus ne fut pas d'abord donnée pour une hiftoire facrée 3 elle ne fut le fondement des loix ni en Arabie ;, ni en Grèce : au lieu que la loi de l'Exode eft encore celle des Juifs. Nous avouons que Bacchus fut adoré & eut des Prêtres : mais nous préférons un Miniftre du Dieu de vérité à ceux qui font devenus i££ £ieux du menfonge.
ailles ; & le peuple ayant apporté fès boucles d'oreilles , il en fit un veau d'or en fonte ; &
ils dirent : voila tes Dieux , O Ifraël Et
Aaron dreiTa un autel devant le veau; & dès le matin on lui offrit des holocauftes. Alors le Seigneur parla à Mofé , & lui dit : va , & def cends. (37) Et lorfque Mofé fut arrivé près du camp , il vit le veau & les danfes ; & de colère il jetta les Tables & les brifa , & prenant le veau qu'ils avaient fait il le mit au feu , ôt le
( 37 ) Le Texte hébreu porte : U fit un veau au burin , & il le jetta en fonte ; mais c'eft une tranfpofition ; on jette d'abord en fonte , & enfuit e on répare au burin , ou > pour parler plus proprement , au cifeau. Il e(t très vrai cm, il eft impoilibie de jetter un veau d'or en fonte , & de le réparer en une mut. Il faut au moins trois mois d'un travail allîdu pour achever un tel ouvrage ■■> &C il n'y a pas d'apparence que les Juifs , dans un défert ^ eulîcnt des fondeurs, d'or , qui ne fe trouvent que dans de grandes villes : il n'effc pas concevable que trois millions de Juifs , qui venaient de voir Se d'entendre Dieu lui-même au milieu des trompettes & des tonnerres , voukuTent fitôt , & en fa préience même , quitter fon lérvice pour celui d'un veau. Nous ne dirons pas r comme les incrédules 3 que c'eft une fable abfurde , imaginée après plufieurs fie* clés par quelque Lévite , pour donner du. relief à fes confrères , qui punirent fi violemment le crime des autres Ifraëlites. A- Dieu ne plaiiè que nous adoptions jamais de tels blafphêmes , quelque difficulté que nous trouvions à expliquer un événement fi hors de la nature. Nous ne pouvons foupçonner un Lévite d'avoir ajouté quelque chofe au tex»:e facré. Nous regardons feulement cette hiftoire prodigieufe comme les autres chofes encore plus prodigieufes que Dieu fit pour exercer fa juftice & fa miféricordë fur fon peuple Juif; le feul peuple avec lequel il habitait continuellement f •àélaiifant pour lui tous les autres peuples.
réduifit en poudre , & répandit cette poudre dans l'eau , & en donna à boire aux fils d'Ifraël. Puis Mofé fe mit à la porte du Camp , & dit : fi quelqu'un efl au Seigneur , qu'il fe joigne à moi ; & les enfans de Lévi s'afTemblerent autour de lui , & il leur dit : Voici ce que dit le Seigneur : allez , & revenez d'une porte à l'autre par le milieu du camp , & que chacun tue fon frère , ion ami , & fon prochain. (38).
( 38 ) Cet article n'eft pas le moins difficile dé la Stel Ecriture. Il faut convenir d'abord que l'on ne peut réduire l'or en poudre en le jettant au feu 5 c'eft une opération impoilible à tout l'art humain : tous les i'yC- Jtêmes , toutes les fuppofitions de plufieurs ignorants qui ont parlé aii hazard des chofes dont ils n'ont pas la moindre connairTance , font bien loin de réfoudre ce problème. L'or potable 3 dont ils parlent , c'eft de l'or qu'on à di flous dans de l'eau régale ; & c'eft le plus violent des poifons , à moins qu'on en ait affaibli la force 5 encore ne diflbut-on l'or que très imparfaitement ; Se la liqueur dans laquelle il èft mêlé eft toujours très corrofive : on pourait auiïi diiïbudre de l'or avec du fouffre ; mais cela ferait une liqueur déteftable , qu'il ferait impoilible d'avaler. Si donc on demande par quel art Mofé fit cette opération , on doit répondre que c'eft par un nouveau miracle que Dieu daigna faire y comme il en fit tant d'autres. Tout ce que dit là-deffus Don Calmet , eft d'un homme qui ne fait aucun principe de chymie.
Mofé fait ici une autre adion , qui n'eft pas abfoluinent impoilible ; il fe met à la tête de la tribu de Lévi , & tue vingt-trois mille hommes de fa nation , qui tous font fappofés être bien armés , puifm'ils venaient de combattre les Amalécites. Jamais un peuple entier ne s'eft laifTé égorçer ainfi fans fe défendre : il n'eft point dit que les Lévites faiîent ..exempts de la faute de tout le peuple 3 il n'eft point dit qu'ils enflent
L'EXODE. i;i
Le Seigneur frappa doue le peuple pour le crime du veau qu'avait fait Aaron ( 39) ; & le Seigneur parla donc à Mofe , & lai dit : va, pars de ce lieu , & entre dans le pays que j'ai jure de donner à Abraham , à ïfâàc , & à Ja-
un ordre exprès de Dieu de maftacrer leurs frères ; & un ordre exprès de Dieu femble néeeffaire pour jultifier cette boucherie incroyable. Le texte porte que les Lévites pafferent d'une porte du camp à l'autre : il ri'eft gueres poiïible que trois millions de perfonnes aient été dans un camp } & que ce camp eut des portes , dans un défert où il n'y eut jamais d'arbres j mais c'eft une faible remarque en comparaifon de la barbarie avec laquelle Mofé dit aux Lévites : vous avez confacré aujourd'hui vos mains au Seigneur ; chacun de vous a tué fon fils ou Ton frère afin que Dieu vous bénifie. Il eût été plus beau uns doute à Mofé de fe dévouer pour fon peuple , comme on le dit des Codrus & des Curtius. Adorons humblement les voies du Seigneur ; mais gardons-nous de louer la fureur abominable de ces Lévites , qui ne doit jamais être imitée pour quel-, que caufe que ce puifie être .
(39) Le texte dit exprefTément que Dieu frappa le peuple pour le péché d' Aaron ; & non feulement Aaron eft épargné , mais ii efl fait enfuite grand prêtre : ce n'eft poiiit là l'idée que nous avons de la justice ordinaire. Ce font des profondeurs que nous devons adorer. Flufîeuis théologiens ont obfervé , que les deux premiers Pontifes de i ancienne Loi & de la nouvelle ont tous deux commencé par une Apoftafie . Leur repentir leur a tenu lieu d'innocence ; mais ii n'eft point dit expreifément qu Aaron eût demandé pardon à Dieu de fon crime ; au lieu qu'il eft' dit que St. Pierre expia le lien par fes larmes , quoiqu'il fût infiniment moins coupa-, ble qu' Aaron.
Quelques-uns ont remarqué 3 ,. non fans malignité' J que Dieu dit d'abord qu'il enverra un ange pour chaffer les Cananéens , &c qu'enfuite il dit qu'il ira lui^ même ; mais il n'y a point là de contradiction j au conj
ïys V E X O D E.
cob ; St j'enverrai un ange pour chaiTer les Cananéens , les Amorrhéens , les Héthiens , les
Héve'ens , les Phéréféens , & les Jébuféens
Or le Seigneur parlait à Mofé face à face , comme un homme parle à fon ami Puis le Seigneur lui dit : je marcherai devant toi , & je
traire , c'efl peut-être un redoublement de bienfaits pour confoler le peuple de la perte des vingt - trois mille' hommes qu'on vient d'égorger.
Il n'eft pas li aile d'expliquer ce que l'auteur entend quand Mofé demande à Dieu de lui faire voir fa gloire. Il femble qu'il l'a vue affez pleinement , & d'aïïez près , quand il a converfé avec Dieu pendant quarante jours fur la montagne , qu'il a vu Dieu face à face , &c que Dieu lui a parlé comme un ami à un ami. Dieu lui répond : vous ne pouvez voir ma face , car nul homme ne me verra fans mourir. C'était en effet l'opinion de toute l'antiquité , comme nous l'avons vu, qu'on mourrait quand on avait vu les Dieux. S'il eft permis de joindre ici le profane au facré , on peut remarquer que Séméié mourut pour avoir voulu voir Zeus , que nous nommons Jupiter , dans toute fa gloire. Il faut fuppofer que quand Mofé parla à Dieu face à face , comme un ami à un ami, il y avait entr'eux une nuée pareille à celle qui conduifait les Hébreux dans le défert 3 autrement ce ferait une contradiction inexplicable ; car ici Dieu ne lui permet point de voir fa face fans voile, il lui permet feulement de voir fon derrière. Ces chofes font fi éloignées des opinions, des ufas;es , des mœurs qui régnent aujourd'hui fur la terre > qu'il faut , en lifant cet ouvrage divin , fe regarder comme dans un autre monde. Nous fommes bien loin d'ofer comparer les poëmes d'Homère à l'écriture fainte , quoi qu'Euftathe l'ait fait avec fuccès ; mais nous ofons dire que dans Homère il n'y a pas deux adions qui aient la moindre renemblance avec ce que nous voyons de nos jours ; &c c'eft cela même qui rend les poëmes d'Homère très précieux. L'ancien Teftament l'eft plus encore.
tç procurerai du repos Mofé repartit : faismoi voir ta gloire. Dieu répondit : je te montrerai tous les biens ; & en paifant devant toi , je te ferai voir ma gloire ; je crierai moi-même en prononçant mon nom ; je ferai miféricorde à qui je voudrai. Et il dit de plus : tu ne pourras voir ma face , car nul homme ne me verra fans mourir ; mais il y a une façon de me voir ; tu te mettras fur le rocher , & quand ma gloire parTera , je te mettrai dans une fente du rocher, & je te cacherai de ma main , tu verras mon derrière i maïs tu ne pourras pas voir mon vifage.
Lorfque Mofé fortait du Tabernacle , les Ifraëlites voyaient que fa face était cornue. (40)
(40) Les interprêtes entendent par rornue 3 des rayons. C'eft ici que plusieurs Commentateurs , & furtout Yoffius ■> Boehart & Huet , comparent ce qu'on dit de Bacchus avec ce qui eft vrai de Mofé. Nous avons déjà obfervé qu'il fortait des rayons du front de Bacchus : ils trouvent entre ces deux Héros de l'antiquité une refTembiance entière . Calmet pouffe le parallèle encore plus loin qu'eux. Il dit que Mofé, Bacchus } & Chofé Divinité Arabe , ne font qu'une même perfonne. Il eft confiant que Bacchus était une Divinité Arabe : il defcendait , dit-on , de Chus, & on Fappellait Bacchus ou Jacchus , ce qui lignifiait le Dieu Chus. Voyez notre remarque 36.
Pour conftruire l'arche d'alliance , qui était de bois de Céthim, de trois pieds & demi de long; , de deux pieds de large , ôc de deux pieds & demi de haut , le texte dit qu'on donna vingt-neuf talens & fept cent trente ficles d'or, & cent talents d'argent. Or le talent d'or eft évalué aujourd'hui à cent quarante mille livres , & le talent d'argent fix mille livres de france. ■Cela compofait la fomme exorbitante de quatre millions fix cent foixante & huit mille fept cent foixante
ïj4 L'EX OD E.
Mais il couvrait fon vifage quand il avait à leur
parler. ..... Tout l'or que l'on employa pour
les ouvrages du fancluaire , & tout ce qui fut offert par le peuple , fut de vingt-neuf talens fept cent trente ficles , félon l'évaluation du fancluaire. Et il fut offert , par tous ceux qui étaient au - deifus de vingt ans , la fomme de
cent talens d'argent On fit aufïl les vête-
mens dont Aaron devait fe revêtir , d'hyacinte , de pourpre , d'écarlate & de lin , & on lui fit lin Ephod d'or , d'hyacinte , de pourpre , délivres j fans compter les pierres précieufes 3 mais auffi il faut coniîdérer qu'il eft dit , qu'on entoura cette arche d'ornements d'or 3 que le chandelier était d'or } que tous les vafes étaient d'or, qu'il y avait un Autel des parfums couvert d'or , & que les bâtons qui portaient cet autel , ôc cette arche , étaient aufït couverts d'or , & que l'ouvrage furpaffait encore la matière. lues lecteurs font furpris de voir dans un Défert , où l'on manquait de pain & d'habits , une magnificence que Fon ne trouverait pas chez les plus grands Rois : c'eft encore un prétexte aux incrédules de fuppoferque la defcription de ce fuperbe Tabernacle fut prife en partie du Temple de Salomon , & qu'encore même le. iancluaire de ce temple ne fut jamais fi fuperbe , & que les Juifs ont toujours tout exagéré. Cependant , fi l'on accorde que les Juifs avaient volé tous les vafes d'or Se d'argent de la baffe Egypte , & qu ils avaient chez. eux d'excellents ouvriers formés à l'école des maîtres Egyptiens} alors l'impoffibilité phyfique difparaîtra. Et d'ailleurs , tout eft miraculeux , comme nous l'avons rdit, chez le peuple de Dieu. C'eft là le grand point} Se R les Philiftins dans la fuite ne prirent pas toutes ces richenes quand ils battirent le peuple de Dieu , & qu'ils prirent leur coffre facré, c'eft encore un grand miracle 3 car les Philiftins étaient auffi brigands que les Juifs- 3 & de plus le coffre facré Juif appartenait à leurs vainqueurs.
L'EXODE. ijf
carlate & de lin ,• & on coupa des feuilles d'or qu'on réduifit en fil d'or mince i & on tailla deux pierres d'onyx enchaîTées dans de l'or , fur leiquelles on grava les noms des enfans d'Ifraël. Le rational fut orné de quatre rangs de pierres précieufes enchafTées dans de l'or : fardoine , topafe , émeraude , efcarboucle , faphir , jafpe ? ligure , agathe , améthyfle , chryfolythe > onyx , & béril.
Le Seigneur parla encore à Mofé , & lui dit: Prends Aaron avec fes enfans , & aiïèmble tout ie peuple. Et Mofé pofa la tiare fur la tête d' Aaron , & lui mit fur le front la lame d'or facrée... & Mofé ayant égorgé un bélier , en mit le fang for le bouc de l'oreille d' Aaron & de fes fils & des autres prêtres , & fur les pouces de leur main droite , & fur les pouces de leur pied droit , & répandit le relie du fang autour de l'autel (41 ).
(41) Il ne f.tut pas s'étonner que Mofé ou Moyfe ïnftalle fon frère & le confacre , & qu'il fandlifie toutes ces cérémonies communes à toutes les nations. Car il n'y avait gueres alors que l'Inde , & la Chine inconnue , qui ne facrinaffent pas des animaux à la Divinité. Toutes les cérémonies des autres peuples fe reffemblaient pour le fond : les prêtres fe couvraient de fang ; ils faifaient l'office de bouchers , & ils prenaient pour eux la meilleure partie des bêtes immolées. Calmet dit fur cet article , que la confécration du Grand- Prêtre des Romains fe fefait avec des cérémonies encore plus extraordinaires. Ce Pontife , couvert d'un habit tout de foie } était conduit dans un fouter rain , où il recevait tout le fang d'un taureau par des trous faits à des planches &c. & il cite fur cela des vers de Prudence. Calmet prend ici la cérémonie du Taurobole pour la confécration du Pontifex Maximus. Jamais aucun prêtre chez les Romains ne porta un habit de foie : la foifr ne.
Dieu parla encore à Mole , & dit , va déclarer aux enfans d'Ilraèl , que voici de tous les animaux delà terre ceux qu'ils pourront manger Le lièvre eiï impur quoiqu'il rumine ,
parce qu'il n'a pas le pied fendu. Le cochon eit auffi impur , parce qu'ayant le pied fendu il ne rumine point. Vous ne mangerez ni aigle , ni griffon , ni vautour , ni chat-huant , ni milan , ni cormoran , ni onocrotal ; ce qui vole 6c marche fur quatre pieds vous fera en abomination.... vous ne mangerez point de fauterelles. (4.2).
commença à être un peu connue que fur la fin de l'Em^ pire d'Augufte.
( 4i ) Les Egyptiens furent } dit - on , les premiers qui firent cette diftinclion des animaux purs & des impurs , {oit par principe de fanté , foit par économie , ïoic par fuperftition. Le cochon était impur chez eux > non pas parce qu'il ne rumine point , mais parce qu'il eft fouvent attaqué d'une efpece de lèpre , &c que l'on crut qu'il était la première caufe de la pefte à laquelle l'Egypte eft fi fujette.
Le lièvre fut regardé comme impur chez les Juifs } ils te trompèrent en croyant qu'il rumine , & en prenant le mouvement de les lèvres pour l'action de ruminer.
La loi déclare abominable ce qui marche far quatre pattes & qui vole : il faut entendre que s'il y avait de tels animaux , ils feraient déclarés impurs : car nous ne connoinbns point de telles bête*. ïl n'y en a jamais eu que dans l'invention des peintres ÔC des fcuipteurs qui ont repréfenté des hiéroglyphes.
On ne fait pas pourquoi ia fauterelle- eft déclarée impure , puifque St. Jean Baptifte s'en nourriffait dans le défert.
Le texte parle encore de beaucoup d'animaux qu'on ne connaît point , comme du griffon > de l'ixion , qui font des animaux fabuleux.
Fin du Commentaire sur l'Exode.
IÈVÏTIQUE.
ïeu parla encore à Mofé & à Aaron , dï- Tant : tout homme dont la peau & la chair aura changé de couleur , avec des pullules comme luifantes , fera amené devant Aaror* le prêtre , ou à quelqu'un de fes enfans , lequel j quand il aura vu la lèpre fur la peau , & les poils devenus blancs , & les marques de la lèpre plus enfoncées que le relie de la chair , il jugera que c'eft la lèpre (i).
( i ) Il y a plus de trente maladies de la peau ; Se ïô nom de lèpre eft un nom général ; depuis la fimple graf ~ telle jufqu'au cancer , toutes ces maladies prennent de* noms différens. Les critiques ont trouvé étrange qu'on envoyât les lépreux aux prêtres } au lieu de les envoyer aux médecins ; ce qui fait voir , difent - ils , qu'il n'y; avait point de Médecin dans un pays aride , & dans un, climat mal-fain qui produit tant de maladies . Les Juifs fur-tout devaient être infe&és de diverfes fortes de lèpres dans des déferts de fables , ou l'on ne trouvait que quelques puits d'une eau bitumineufe & nitreufe , qui augmentait encore ces maladies dégoûtantes. Don Calmet , dans fa differtation fur la lèpre , prétend que ces maladies font caufées par de petits vert qui Je ghjfcnt entre cuir & chair. Calmet n'était pas médecin ; les œufs des vers , dont la terre eft pleine , fe mettent quelquefois dans les ulcères de la chair } mais ils n'en font pas la caufe.^ . . . Nous avons eu plufieurs charlatans , qui ont fait accroire que toutes les maladies étaient eau* fées par des vers } & que chaque efpsce d'animaux > étant dévorée par une autre efpece ; on pouvait faire rnanp-er les vers de l'apoplexie & de Fépilepfîe par des
Dieu parla encore à Mofé & à Aaron , dïfant : quand vous' ferez en Canaan , s'il fe trouve un bâtiment infecté de lèpre ? le maître de
la maifon en avertira le Prêtre fi la lèpre
perfévere & fi la maifon eft impure , elle lera détruite auiîi-fôt , & on en jettera les pierres , les bois & toute la pouffiere hors de la ville dans un endroit immonde, (s).
vers anti - apoplectiques & antî - épileptiques. Que de Charlatans de toute efpece ! Et que n'a-t-on pas inventé pour tromper les hommes , &c pour fe rendre maître de leurs corps & de leurs âmes !
( z ) Il faut pardonner à un peuple auffi greffier, Se auifi ignorant que le peuple Juif > cette imagination de de la lèpre des maifons. Il n'y a point de muraille qui ne change de couleurs <3c dans laquelle il ne fe loge quelques petits infectes. On voit même dans nos villes plufieurs de ces murs noircis , & remplis de ces animaux prefque imperceptibles , comme le font prefque tout nos fromages au bout d'un certain tems : car les œufs de tous ces petits animaux innombrables font portés par le vent , éclofent enfuite dans toutes les viandes , dans les fruits 3 dans l'écorce des arbres , dans les feuilles , dans les fables } dans les pierres , dans les caiiloux. Hien ne ferait plus ridicule que. de couper fes arbres , ôc d'abattre fes maifons , parce que ces petits animaux microfcopiques , qui vivent très peu de tems , s'y font cachés. Ce n'eit point d'ailleurs dans les pays chauds que les murailles fe couvrent quelquefois d'une moiflffure } à laquelle des infectes innombrables s'attachent j c'eft dans nos pays humides qu'une moufle imperceptible croît fur les vieilles murailles , & fert de logement & d'aliment à des infectes lefquels d'ailleurs ne font nullement dangereux.
L'idée de Don Caimet , que. l'efpece de lèpre la plus maligne était la vérole , & que Job en était attaqué 3 éft encore plus infoutenable : la vérole était incpnteftablement une maladie particulière aux lues de
L E V I T I Q U E. ij9
Si quelqu'un des enfans dlfraël veut prendre à la chaife quelque oifeau dont il eft permis de manger , qu'il en répande tout le fang , car l'ame de toute chair eft dans le fàng ; c'eii pourquoi vous ne mangerez le fang d'aucun animal , parce que Pâme de toute chair erl dans le fang ; & quiconque en mangera ? fera puni de mort (3 ).
l'Amérique fi longtems inconnues. Le Profeneur Âftruc l'a démontré.
C'eft une chofe plaifante de voir Calmet donner la torture à quelques anciens auteurs , pour leur faire dire ce qu'ils n'ont point dit ; il va jufqu'à vouloir trouve» la vérole dans ces vers de Juvenal
. . . '. Sed podice lœvi Cœduntttr tumidee medicp rideme marlca:
Il ne voit pas que ces "vers ne lignifient autre choie qu'une opération faite par un Médecin à un infâme débauché 3 dont l'anus avait contracté des équimofes par les efforts d'un autre libertin , qui avait bieiTé ce miférable en commettant le péché contre nature ; ce qui n'a pas plus de rapport à la vérole qu'un cors au pied. Il tord un partage de la 37e, ode d'Horace*
Contaminato curn grege turpium morbo virorum:
Horace peint ici CléOpatre accompagnée de fes Eu-j nuques , & ne prétend point du tout que cette Reine Si. fes eunuques euffent la vérole. Céfar & Antoine a auili débauchés qu'elle , n'en furent jamais foupçonnés.
( 3 ) Les Critiques difent qu'il eil impoiïïble d'obéir à cette loi. En effet, quelque foin qu'on prenne de faigner un animal , il relie néceflairement une grande partie de fon fang dans les petits vaiffeaux, laquelle n'a plus la force de pafler par les valvules , & qui , ne circulant plus , refte dans toutes les petites veines.
Une remarque plus importante eft , que l'ame eft ton-'
Les enfans d'Krael ne facrifieront plus d'ho£
ties
jours prife dans le Pentateuque pour la vie ; tout animal qui perd tout ce qu'il peut perdre de fon fang elfe mort. D'ailleurs l'ame de tous les animaux, & même celle de l'homme > étant toujours mife à la place de la vie , cela femble juftifier le fyftême audacieux de î'Evêque Warburton , que l'immortalité de l'ame était absolument inconnue aux premiers Juifs, Si ce fyftême était vrai > ce ferait une nouvelle preuve de la groffiéreté de ce peuple. Car toutes les nations puirTanies dont il était entouré > Egyptiens , Syriens , Chaidéens 3 Perfans > 'Grecs , pouffaient la créance de l'immortalité de lame jufqu'à la fupe.rftition. lis admettaient tous des réeompenfes & des peines après la mort , comme nous l'avons dit. C'eft le plus beau & le plus utile dogme de tous les législateurs. Ii eiï difficile de rendre raifon pourquoi les ioix portées dans i'Exode , dans le Lévitique , dans le Deutéronome , ne parlent jamais de ce dogme ter-, rible , qui feul peut mettre un frein aux crimes fecrets. "C'eft fur-tout cette ignorance de l'immortalité de l'ame , qui a fait croire à quelques Critiques que les Juifs n'avaient jamais rien fu de la Théologie Egyptienne , ÔC qu'ils n'en avaient vu que quelques cérémonies dans la fraffe Egypte orientale , vers le mont Cafîus & vers le lac Sirbon : que ces Juifs n'étaient originairement que des voleurs Arabes , qui , ayant été cnaifes , allèrent s'emparer avec le tems d'une partie de la Paleftine, & compoferent enfuite leur hiftoire comme toute hiitoire ancienne a été compose, c' eft- à- dire , très-tard , Se avec des fierions tantôt ridicules , tantôt atroces. Nous ïnfiftpns fur ceite idée ; parce qu'elle eft maiheureufement très répandue , & que de très favants hommes , abufant de leur feience &C de leur eiprit, ont rendu cette idée trop vraifembiabie à ceux qui ne font pas éclairés parla grâce. Cette opinion de tant de favants , furie malheureux peuple Juif, eft trop d.mgereufe à la Religion chrétienne pour que nous ne la réfutions pas. Il* difent que le Chriftianifme & le Mahométilme , étant fondés fur le. Judaïjme ? fent des eofan| fuperftitieux
d'un
L Ë V ï T I Q U E, ini-
ties aux velus avec lefquels ils ont forniqué (4)* Si vous ne m'écoutez point , fi vous n'exécutez pas mes ordres ...... voici ce que je voua
ferai. Je vous affligerai de pauvreté ; je vous donnerai des fluxions cuifantes fur les yeux. . . . ,
Si après cela vous ne m'obéinez pas j je vous
d'un père plus fuperflitieux encore ; que Dieu le créa-.' teur <Sc le père de tous les hommes n'a pu ie commua hiquer familièrement à une horde d'Arabes voleurs > & abandonner fi lorigtems le relie du ^enre humain j ils croient que c'efl offenfer Dieu de penfer qu'il par-», la continuellement à des Juirs , &c qu'il fit un paéle avec eux. Nous renvoyons ces incrédules aux preuves convaincantes que nous ont données tous les pères ; ÔC parmi les modernes aux écrits des Sherlock , des Abadie } des Jaquélot , des Houteville.
( 4 ) G'eft ici un des paffages de la fainte écriture des plus délicats à commenter. On entend par les velus j. les boucs auxquels on facrifiait dans le Nome de Men<~ dès en Egypte. Oh ne doute pas que pluiîeurs Egyptiennes n'aient adoré le bouc de Mendès , & n'aient pouïTé leur infamie fuperftitieuie jufqu'à foumettre leurs corps à des boucs, taridis que les hommes commettaient le pécha d'impureté avec les chèvres. Cette dépravation a été fort commune dans les pays chauds , où les troupeaux de chèvres font gardés par de jeunes gens ou par de jeunes filles*' Toute l'antiquité a cru que ces eonjonélions abominables produilïrent les Satyres , les Epypans , les Faunes. St. Je-*' rôme n'en doute pas j & on ne tarit point fur des hiftoires de Satyres. Il n'eft pas impoiïible qu'un homme avec une chèvre , & une femme avec un bouc , aient produit des monftres, qui n'auront point eu de pollérité. Oit peut révoquer en doute i'hiltoire du Minotaure- de Pa-i iîphaé , & toutes les fables femblables : mais on ne peut douter de la copulation de quelques femmes juives avec des bêtes. Le Lévidque en parle plus d'une fois 3 & défend ce crime fous peine de mort.
On a cru que l'antique adoration du bouc de Mendès fut la première origine que nous appelions encore chez