PSAUME LI
Purqùei te glories tu en malice i chi poanz ies en felunie ? Tùte jùrn torcéunerie pensât la tue langue,* sicum novâcle agii fesi's tricherie. Tu amas malice sur benignitét : felunie plus que parler ôeltét. Tu amas tûtes les paroles de trebuchement, langue tricherùse. Pur icé Deus destruirât téi en fin f esracerât téi é forsmeterat téi de tabernacle i e la tiie racine de la terre des vivànz. Verrunt li juste écrendrûntf é sur lui rirunt. e dirrunt t Astetei li huém chi ne posât Déu son ajuedùr. Mais espérât en la multitudine de ses richéises f é miélz valût en sa vanitét. Mais je sicume olive fruit portant en la maisun Déu i je espérai en la miséricorde Déu en parmanabletét é en siècle de siècle. Je regchirâi â téi en siècle kar tu fesis; é atenderâi le tuén numf Kar est bone chose éa l'esguardemént de tes sâinz.
PSAUME Cl.
Sire, exoi la méie oreisûn f é la mei'e clamôr â téi viénged. Ne desturnér tu ta face de raéï J en quelquûnques jûr sûi travaillé , encline â méi la tûe oreille. En quelquûnques jur je apelerâi téi.* ignclmcnt exoi méi. Kar dcfi'strcnt sicume fûms li mien
jûr î é li mien os sicume cretùn secchérent. Trenchiéz sùi sicume fai'n. é assecliit li miens cuérs i Kar je obliai amangier mon pain. Dé la voiz del mien gémissements aérst mun os a la méie carn. Scmblânz faiz sùi ai pélican de soltivetédf fâiz sùi sicume fresâie en maisuncéle. Je veillai i é faiz sùi sicume passer sultis en maisun
PSAUME CXXXVL
Sur les flùms de Babilône ilùec séimes é plorâmesf deméntres que nùs recordiùms de Syon. Es sâlz el milli'u deli. suspendîmes noz organes. Kar ilùec demandèrent nùs chi chaitis menèrent nùs i paroles de cânz. E cbi menèrent nus Loénge cantéz a nùs i des cânz de Syôn. Cumént canterùm nus le cânt del Segnorf en estrânge terre? Si je oblierài téi, Jérusalem, a obliànce séit dunée la méie déstre. Aérde la méie langue as méiesjodes, si méi ne rememberrâ de téi. Si je ne proposerai Jérusalem i el cumencemént de la méie ledéce. Remembrére séiesSire, des filzEdomf el jùr de Jérusalem. Chi dient : Voidéz, voidéz i désque al fundamént en li. Fille de Babilône caiti've; beneuréz cbi redunrâd a téi la tùe gueredunânce la qùele tu regueredunâs a nùs. Beneuréz chi tendra i é esgenerâ les tues enfânz a la pierre.
L'examen des Cantiques qui terminent le Psautier de Montebourg et l'appréciation de la langue dans laquelle il est écrit trouveront leur place après la description des autres manuscrits. Parmi ces manuscrits nous devons mentionner d'abord le Psautier de Corbie, celui de Munich, le manuscrit Cottonien, qu'on j)ourrait aussi appeler Psautier de Shaftesbury, le fragment Vik'lhtis de la même bibliothèque, et le Psautier Arundel ou de Norfolk, sans parler de manuscrits moins importants, tels que les deux Psautiers de la bibliothèque de Harley, n" 1770 (Psautier de kirkham) et n" 0102, et peut-être beaucoup d'autres.
Le manuscrit de Corbie provient de Colbert; il forme un
volume de dimensions moyennes, qui est conservé au fonds latin delà Bibliothèque nationale, sous le numéro 768; il est mutilé en plusieurs endroits. Lo Psautier est écrit sur deux colonnes, le latin occupant toujours la première colonne et le français la deuxième. Le texte français des psaumes y est contenu pour les versets 7 à 2 /t du psaume lxviii (ce passage a échappé à l'éditeur de 1860) et depuis le verset 1 1° du psaume lxxi jusqu'au psaume xciv, vers. 2, ainsi que du psaume xcviii, vers, a , à la fin. L'écriture est du commencement du xiif siècle plutôt que de la fin du xii", et en tête se trouve un calendrier dont l'écriture est contemporaine du manuscrit ; les grands saints qui y sont marqués en bleu ou en rouge sont saint Ouen, sainte Foy, saint Martin et saint Thomas de Canterbury. On a voulu, sur l'autorité de ces noms, attribuer notre manuscrit à Sainte-Foy de Longueville ; le culte de sainte Foy était trop répandu dans les possessions normandes pour qu'il nous soit permis de conclure ainsi. Le calendrier a été augmenté, sans doute au xiv" siècle, d'un grand nombre d'anniversaires qui paraissent appartenir h (îorbie. Le Psautier de Corbie est assez négligemment copié; bien des mots sont oubliés; la langue en est un peu moins pure que celle du manuscrit de Montebourg.
Le manuscrit Cottonien et celui de Munich se rapprochent davantage du texte de Montebourg.
Le Psautier qui est conservé sous le numéro 16 à la bibUothèque royale de Munich porte la noie : « Conscripti LuteUe, A° Dom. MCC.55 Mais le nom de saint Louis, qui est dans la litanie, les ornements et, paraît-il, l'écriture du manuscrit, qui semble ne pas être antérieure au xiv" siècle, doivent plutôt nous faire reconnaître dans ce beau Psautier la copie d'un manuscrit parisien de l'an 1200. Le latin est partout écrit sur la page de gauche, le français, en regard, sur la page de droite. Le calendrier qui occupe les premières pages contient les noms d'un grand nombre de saints anglais; ceux de saint Nicolas, de sainte Catherine et de sainte Marguerite y sont marqués en or, ainsi que le martyre et la translation do saint Thomas Becket.
La litanie de la fin est également anglaise. De nombreux blasons, parmi lesquels on reconnaît les armes d'Angleterre et de France, ornent ce précieux manuscrit. Le Psautier commence ainsi : « Benurez li ber qui ne alat el conseil des feluns . . , V Son texte tient de fort près à celui du manuscrit Gotlonien.
Les manuscrits de sir Robert Cotton étaient partagés, le lecteur ne l'ignore pas, en quatorze catégories, qui portaient les noms des douze Césars, de Faustine et de Cléopâtre. Notre Psautier Gottonien a pour numéro Ncro, C. IV. C'est un volume de grandeur moyenne, qui, comme le grand Psautier de Paris, est précédé d'un recueil d'images de la Bible, accompagnées de titres en français, assez analogues, pour la couleur, à celles de notre célèbre Apocalypse (fr. /io3) et de tout point admirables. Le catalogue manuscrit attribue ce beau volume à la fin du xif siècle; les peintures du commencement sont en effet de ce temps, mais le calendrier qui les suit et le Psautier qui forme avec lui un même manuscrit, écrit à peu près de la même écriture, sont quelque peu plus récents. Le calendrier contient, d'après une note au crayon due à M. Bond, les saints de l'abbaye de femmes de Sbaftesbury. Il est probable que l'examen de la litanie latine qui est au folio 182 indiquerait le même couvent. Le Psautier est écrit en deux colonnes, dont la latine est toujours la première. Le texte Cottonien commence par ces deux mots , différents du Psautier de Montebourg : «Beonuré li barun. . . ??, mais, à part ce solécisme, qui marque un texte déjà un peu vieilli, les variantes sont de fort peu de cbose, et le langage n'est sans doute pas beaucoup moins pur que celui de notre texte classique; toutefois, la rudesse de l'ancien langage y est déjà quelque peu atténuée et l'on voit les formes anglaises s'y introduire.
La collation des manuscrits Cottonien et de Corbie est publiée dans l'édition de M. F. Micbel.
Le fragment conservé sous le numéro VitelUus, E. IX, ne peut pas servir beaucoup à la critique. Ce ne sont que quelques misérables débris d'un manuscrit qui a été détruit, le 28 octobre
1781 , par l'incendie de la hibliolhoque Gottonienne. L'écriture paraît, au plus tard, de la fin du xif ou du commencement du xiif siècle. Le français est écrit , verset par verset , au-dessous du latin. Dans la litanie, dont il ne reste qu'un fragment, on remarque le nom de saint Alban, qui suffit à attester l'origine anglaise du manuscrit. Nous en savons assez pour pouvoir affirmer que le texte était à peu près celui du manuscrit de Montebourg ; il est probable que le manuscrit se terminait par un recueil de prières françaises analogues à celles qui se trouvent dans le Psautier Cottonien.
Le Psautier Arundel 280 semble, au premier moment, avoir une importance exceptionnelle. Ce volume, qui est entré tardivement au Br disk Muséum , et auquel le nom de manuscrit de Norfolk pourrait convenir, était au xvii" siècle dans la bibliothèque du duc de Norfolk. Il est décrit exactement dans le catalogue de Forshall , et M. Meyer en a parlé dans le Jahrbuch fur romanische und englische Philologie, Vil, 1866, p. 87. Le format en est petit; l'écriture, qui est de plusieurs mains, est du xif siècle. En tête est un calendrier d'origine anglaise où le nom de saint Guthlac est marqué en vert. Le Psautier est précédé d'un prologue en vers , qui commence par ces mots :
Ces vers sunt de salu Del riche rei Jhesu.
Le Psautier lui-même est écrit en latin, et porte sur ses lignes une glose française qui n'est conservée qu'à partir du psaume iv, V. 3, et qui a été complétée au siècle dernier d'après le Psautier d'Eadwin. Mais il reste (chose fort singulière), en marge du titre du premier psaume , les premiers mots de l'ancienne glose : c^Li benurez huem. . . 5? écrits deux fois de la même main. Le latin et le français sont certainement de la première main; le français existait avant que les rubriques fussent peintes.
Voici maintenant le problème que soulève le manuscrit Arundel. Ce manuscrit reproduit très exactement le texte du Psautier de Montebourg, avec très peu de différences; l'ordre seul des
mots est changé, co qui n'a rien qui doive étonner, car ici le texte est écrit mot à mot, en glose; dans tous les autres Psautiers, au contraire, la version française est écrite dans l'ordre de la syntaxe et disposée pour la lecture courante. Or il n'est pas possible de ne pas se demander si le Psautier Arundel , le plus ancien peut-être de tous les Psautiers gallicans, et le seul qui soit écrit en glose sur le latin, ne représente pas la forme primitive et authentique du texte gallican. Ce texte, en effet, tout le monde le sent , a dû être d'abord écrit en glose sur les mots latins. Empressons-nous de dire que le Psautier Arundel n'a pas cette importance. Il suffit d'une comparaison quelque peu attentive du français avec le latin pour donner la certitude que l'un et l'autre texte ne concordent pas parfaitement, et que la glose française a été simplement transportée sur un Psautier latin qui contenait un texte un peu différent. Ce fait est confirmé par certaines répétitions, par certaines fautes et par les lacunes que présente le texte dans les Cantiques. Dans cet appendice, en effet, le latin, qui est plus étendu que la traduction de Montebourg, n'est plus traduit à partir du moment où Jinit le manuscrit normand. Il n'en faut pas plus pour refuser au manuscrit Arundel tout autre caractère que celui de la copie démembrée d'un texte déjà une fois retourné.
J'aurai bientôt passé en revue les autres manuscrits anglais qui se rangent à la suite de nos principales autorités. Le manuscrit Harléien 1770 appartient au xiv" siècle; il provient du monastère de Kirkham, au comté d'York. C'est un recueil de plusieurs manuscrits différents ; il ne contient pas moins de trois Psautiers; le deuxième est accompagné d'une traduction interlinéaire en vers anglais. Le Psautier latin-français est écrit en deux colonnes, dont la première est toujours latine; le français paraît d'une autre main que le latin , qui est écrit en lettre de forme. Le manuscrit, incomplet au commencement et en plusieurs endroits, montre un langage plus moderne et moins pur que le manuscrit de Monlebourg, auquel il se rattache du reste; les Cantiques sont les mêmes que dans le manuscrit Cottonien.
Le Psautier Harléien 5 102 est un des plus beaux que l'on puisse voir. Il contient, sur les vingt-cinq premiers psaumes du Psautier latin, une glose française; le copiste ne s'est nullement inquiété de mettre au-dessus de chaque mot sa traduction française; le texte est à peu près exactement celui de Montebourg. Ce qui fait la valeur de ce manuscrit, ce sont les peintures qui l'accompagnent; deux d'entre elles représentent, on n'en peut douter, le meurtre et la sépulture de Thomas Becket; l'architecture est romane, les meurtriers portent le costume de la première moitié du xiif siècle; telle paraît également la date du manuscrit, qui, on le voit, présente un véritable intérêt historique.
Si l'on voulait énumérer ici tous les textes qui appartiennent à la famille du manuscrit de Montebourg, il faudrait commencer parla Bible qui forme le manuscrit fr. 5, continuer par le Psautier, unique par sa beauté, du duc de Berry {Jr. 18091) et passer en revue le petit manuscrit^-. 2/181, le Psautier de Ludlow i^Harl. a-yS), le Psautier glosé de la Mazarine et celui qu'accompagne la glose de Pierre Lombard (/r. 92892). (^e ne serait encore que le commencement de la recherche, et si je ne craignais de commencer un travail comme celui-ci par des conclusions hâtives, je dirais qu'il n'existe pas de texte dont les dérivés soient plus nombreux que ceux du Psautier de Montebourg, et que cette traduction a exercé une influence plus étendue que l'on ne croit sur la littérature religieuse française. C'est ce qui justifie le soin qui va être apporté, dans les chapitres qui vont suivre, à comparer entre eux, dans leurs parties secondaires, les divers manuscrits des Psaumes, et à procéder, par voie de rapprochement, à la recherche de l'origine même du Psautier normand.