CHAPITRE IV
Nous allons tenter un classement, encore bien imparfait, des Bibles historiaks complétées. Il a pour but de diriger le lecteur au milieu de la table des manuscrits qui suit cette dissertation. Même en opérant, comme nous avons fait, sur soixantedix Bibles historiaks, nous n'avons pu arriver à un classement rifoureux. Le lecteur en comprendra la raison. Ces Bibles sont presque toutes des manuscrits de cinq cents feuillets; elles sont divisées le plus souvent en deux volumes. De là mille causes de confusion et d'erreur. De là ces seconds volumes différant du volume I, ces textes commençant d'une manière et finissant d'une autre. Ainsi s'expliquent ces Psautiers qui généralement suivent le texte du premier volume et quelquefois celui du second. Des manuscrits aussi volumineux étaient fort exposés à être détériorés au commencement et à la fin des volumes; le copiste comblait la lacune avec le premier texte qui était à portée de sa main. C'est ainsi que, dans dix-neuf manuscrits seulement, la table qui est en tête est plus ou moins d'accord avec le texte qu'elle précède; dans trente manuscrits, au contraire, la table est absolument étrangère au livre lui-même. Les préfaces ne font pas toujours corps avec l'ouvragetrqu'elles introduisent. Quatorze Psautiers changent subitement de texte au psaume cxx, et cette lacune est comblée d'après trois textes différents, dont l'un est en vers. Dix-sept Apocalypses n'ont de gloses qu'à partir du chapitre XI. On voit par ces quelques exemples combien le classement des Bibles historiaks est difficile; nous allons néanmoins tenter d'y apporter noire contribution.
CLASSEMENT DES MANUSCIUTS. 2H
Voici sur quels éléments s'est basée notre recherche : dans tous les manuscrits dont nous avons eu connaissance, nous avons relevé un certain nombre de passages, partout les mêmes, choisis dans les différentes parties de la Bible ^^'. Quelques-uns de ces textes ont été recommandés à notre attention par les collations qu'avait faites M. Reuss; tous se distinguent par des variantes caractéristiques ou par de grossières fautes de copie : nous épargnerons au lecteur l'énumération de toutes ces variantes. Nous nous bornerons à mettre sous ses yeux, dans une note, quelques preuves de l'étrange incorrection de nos manuscrits ^^\
('' Les passages que nous avons coliationnés , outre les incipil et les crplicit, sont les suivants :
i" Les noms de Jérouuune et de Trêves dans les deux piclacos (voy. p. i r)g et 177);
■2° La Table (voy. p. 166) ;
3" Job , I, 1 et XLii, n, i5 et 16 (voy. p. 1 28 , loo et 21 1); 1
li" Les Psaumes i, xliv, i-G, li, ci, 1-8 et cxxxvi (ps. xu, lii,cii et cxxxvii des Bibles Ijébraïqucs et des Bibles prolestantes : voy. p. 1 2 et suiv., 300 et suiv., etc.);
5" Le premier mot des Cantiques et les saints locaux de la Litanie (voy. p. 190 et suiv.);
6° L'existence de prologues (voy. p. 196 et suiv.);
7° Les premiers mots du 1"' livre des Machabées (voy. p. i'Ss);
8" 1 Timotiiée, m, i5 (voy. p. 212);
9° Actes, I, 1 etxxviii, i3-i5 (voy. p. ihà et 211); 10° Apocalypse 1, 1 et 9 (voy. p. 80 et 83).
Eiilin et surtout nous avons noté l'ordre des livres et la composition des manuscrils.
'-j 1" (Job, XLii, ih) : «El vocavit nomen iinius Diein, el vomen secundae Cassimii, et nomen tertiae Cornu stibii.n La version du xiii° siècle [ms.fr. 899) rend ces Iroisnoms (voy. p. i3o) par Jor, Cassie et Pipe de corne. Cinq manuscrits seulement suivent cette orthographe ; celui de Saint-Pétersbourg écrit Pipe de cors, celui de Cambrai et le manuscrit /r. i56, Pipe de coronne; la Bible Harléienne (616), celle de Cambridge et trois Bibles bisloriales, Pape de coronne. Sept manuscrits {fr. 3, etc.) Iraduisent CorHH s(ï6m par Cor de huisine , un seul {fr. i5 SgS) par Voit (lebusine, la Bible Harl. /i38 1 écrit Corde de pusine ; douze Bibles [J'r. 2 , Bible du roi Jean, etc.) ont la leçon : Ur de puissance ou Ur de poissantes (Add. 18 85(3 : Lr de et tant puissantes ; Députés : Ur de plus pmssantes); cinq Bibles, dont le manuscrit fr. 1 ij9 (du duc de Berry), lisent : Vi de poissantes; la Bible imprimée par Jean de Rély reproduit cette leçon. Enfin cinq Bibles (J'r. 5 , etc. ) écrivent simplement Cornustibie, une seule {Ars. 5o56) : Cornusabii.
2° (Actes, xxviii, i3-i5) : «Devenimus Rhegium, el... venimus Puteolos,... usqnc ad Appii forum. n Les manuscrits 1 A xx(de i3i2), Ars. 50.^9 (de 1017) et
Nous prendrons pour cadre de notre essai de classement la plus ou moins grande étendue des textes. Ceux-ci peuvent, à cet égard, se partager en trois familles. Mais le critère que nous avons choisi ne s'applique qu'au volume I ou à la première moitié de la Bible historiale; c'est pourquoi nous intercalerons les seconds volumes, que nous possédons souvent isolés, au milieu des manuscrits dont leur texte semble les rapprocher le plus.
i" PETITES BIBLES HISTORIALES.
Ces manuscrits n'ont ni le Grand Job, nilesParalipomènes, ni les livres d'Esdras et de Néhémie. Le plus grand nombre d'entre eux ont la litanie parisienne en vers.
Brit. Mus., 1 A XX : volume II seulement, Bible du prisonnier, copiée à Paris en 1 3 1 2. Ce manuscrit est à peu près identique à celui qui va suivre.
Arsenal, 6069 : Bible de l'an iSi-y, ayant appartenu au connétable Charles d'Albret. Ce texte a bien des traits communs avec le texte picard de Guyart Desmoulins.
fr. iSa et douze autres traduisent : «Nous venismes a Roion,. . . a Puisiez,. . . desi au marchié au pain.» Le manuscrit du Vatican (Clirisline, 36) et un autre lisent : Prinsiez; le manuscrit Maz. 53a omet le nom de Pouzzoles. Autres variantes : Sainte-Geneviève, Af. 1 : au marchié et desi aupain;\cs manuscrits yi*. 2 et Pliillipps, 1906 : au inarchié de aupyé; 17 E vu : au marchié au pié;J'r. 5707 : au marchié deci au pyé; 19 D v : au 77iarchié et au pain; Bruxelles, gG3i : au marchié deci. Six manuscrits, dont trois (fr. iSg, Harl. 4383 elAshb., App., 7) ont appartenu au duc de Berry, écrivent, de même que l'édition de Jean de Rély, Voion au lieu de Roion; le manuscrity)'. 2 lit: Arrion, et le manuscrit Phillipps, 1906 : Arion. Vingt-six manuscrits (//■. 6, etc.) corrigent : «Nous venismes a Région,. . . a Puteol,» etc.
3° (ITimothée, m, i5). Le manuscrit du Vatican {Chr., 26), suivi par treize antres, écrit : «Se je tarderay, que tu saches comment il te convient converser en la meson Dieu. ^'Variantes : fr. 398 : «se je t'aiderai ;n/r. i5 871 : «se je tarde, pour ce que tu saiches comment il convient converser;» Genève, 1 : «se je tarde, que tu saches comment l'on doit converser;» Colton. Append., v : «se je tarderai,... comment l'en converse;» Rouen, A 68 : «se je aray tardé,. . . comment tu aras conversé.» Quatorze manuscrits, dont les trois manuscrits du duc de Berry cités plus haut et l'édition de J. de Rély suppriment le mot : «il te convient». Le manuscrit Maz. 68/1 et vingt et un auties lisent : «se je garderai, . . . comment il le convient converser.» etc.
Dibl. iiat.,fr. 160 : Bible à préface picarde, de la première
moitié du xiv" siècle, identique, sauf le Psautier, au manuscrit
précédent et semblable, pour les parties communes, aux deux
plus anciens manuscrits de Guyart Desmoulins, au manuscrit
fr. i55 pour les préfaces, au manuscrit yî'. i52 pour le reste.
Bibl. nat., fr. 8 : du xiv" siècle, identique pour l'Ancien Testament, excepté le Psautier, au manuscrit de 1817. Lacunes.
Genève, 2 (5 de M. Reuss) : du xiv*" siècle , identique au pré-
ce
îdent.
Sainte-Geneviève, A f . 2 : Bible d'Hervé de Léon, antérieure à i3/n. A peu près identique aux deux manuscrits précédents. Ces trois manuscrits reproduisent pour l'Ancien Testament, sauf le Psautier, le texte du manuscrit Arsenal, Boby et 5o58, et se rapprochent, pour la 2' partie, des Bibles à Prologues [ms.fr. 9, etc.).
Nouveau Testament imprimé à Lyon, en 1^77, par Julien Macho.
Mazarine, ko : manuscrit mutilé du xiv'' siècle.
Ashbumham, Barrois, 1 10 : volume I, du xiv'^ siècle.
Bibl. nat., fr. i5 892 : du xv" siècle.
Brit. Mus., 1 9 D IV et v : de la première moitié du xiv' siècle, d'origine anglaise : semble être identique , pour le premier volume, au manuscrit Ashbumham, Barrois, 110; le volume II et le Psautier ne paraissent j)as éloignés de la famille du manuscrit yr. 169.
Cottonian appendix, v : du commencement du xiv* siècle, avec une litanie qui paraît cistercienne; texte à part. La deuxième partie est parente du manuscrit Ars. 5o58.
Sainte-Geneviève, A f . i : Bible de Guillaume de la Baume, écrite au xiv" siècle; manquent Esaïe et Jérémie. La deuxième
partie est parente du manuscrit Ars. 5o58 et du g;roupe des manuscrits^'. 169, etc.
Bibl. liât., fr. 90 089 : Bible de Béraud de Clermont, xiv" siècle; texte analogue au manuscrit précédent.
Ecole de médecine de Montpellier, A 9 : ww" siècle, volume I seulement; identique au manuscrit précédent.
Genève , 1 (^4 de M. Reuss) : du xiv" au xv" siècle; les Psaumes sont à la fin.
Les sept derniers manuscrits énumérés ont l'Apocalypse glosée à partir du chapitre xi.