LA BIBLE ANGLO-NORMANDE
Nous citerons, d'après i'Evangile de saint Matthieu, le commencement du Discours sur la montagne et le Notre Père :
r^E il adecertez voiaunt les poeples ascendist en une mountaigne. Et corne il y assist , ces disciples luy aproscherent. Et il , overaunt sa bouche, lour ensegna, disaunt : Benoitz soient les poveres de espirit, car lour est le règne de ciel. Benoitz soient les debonaires, car il averont la terre. Benoitz soient cil qe weimentent, car il serrount confortés ... v
«Nostre Pierre qi es en ciels, seintifîez soit toun noun. Aviegne toun rengne. Soit faite ta volentee, si come en ciel, et en terre. Nostre pain colidien donetz a nous huy. Et laiz a nous nos dettes , si come nous lessoms a nos dettours. Et ne nous menez en temptacioun, mais nous deliverez de mal. Soit il fait. 55
Le Prologue de l'Evangile selon saint Luc manque.
Le quatrième Evangile commence ainsi : «Al comencement estoit Parole, et Parole estoit envers Dieu, et Dieu estoit Parole. Ceo ert el comencement vers [Dieu]. Totes choses sount par luy faites, et sauns luy n'est nule chose faite. . . 55
Les Actes des apôtres se trouvent, ainsi que nous l'avons fait remarquer, dans deux manuscrits. Nous allons en transcrire les premiers mots d'après le manuscrit yr. 9569 :
«0 tu'^^ Théophile, jeo fis adecertes paroles de totes choses lesqueux Jhesu comence a faire et enseigner, tant qe al jour qe cist Jhesu '-^ comaundaunt as^^' Apostles, lesquex ^*^ il eslust, par le Seint Espirit , est '^^ mountee. Asquex il dona soi mesmes vifs par quaraunte jours après sa passioun en moltz de argumentz apparissaunt a eux ^^K . . 55
Nous avons dit qu'on lit, dans le manuscrit de Reading, une traduction particulière des Prologues de saint Jérôme. Que faut-il en penser? Ces prologues font-ils partie de la version primitive? Voici les premiers mots de ces prologues; nous les reproduisons sans toujours les comprendre :
C Ms. //•. 1 : 0 lu primes. — (-' Et quel il. — « A ses. — '''' Qe. — ^^> Il est. — '"' Apparisaunlz a eux, pa[r] xl [jours].
«Ci comence l'epislle de Jerom a Paulinum le chapellain, de louz les livres de divine estorie.
«Frères Ambros, a moi portaunt tes petitz douns, porta ensenient et très sweses letres lesqueles du comcncement des amistez avaunt portoient la foi de foi provée et les noveles choses de anciene amitee ...»
Deuxième Prologue : f^Jeo ai reseu les letres covertez de moun désir. . . 5?
«Prologe 5? des livres des Rois: «La langge adecertes des Greux et des Caldeuv . , . w
«Prolonge» des Paralipomènes : «[S'jil a demoustraunce de ssessaunte et dis intrepretizours. . . » Il n'y a pas de prologue aux livres de Josué, de Ruih et des Juges, ni aux autres.
Ces Prologues sont traduits en un langage inférieur à toute idée. Ils ne sont pas même écrits entièrement en français. En effet, on trouve fréquemment dans les deux premières préfaces des mots anglais placés dans le texte à côté des mots français : (fol. 1 v°) « . . . et aumaile abnays (?) de Seintes Escriptures. . . » On rencontre ainsi les mots sond, hlunl, harkmgs, a spit, stangcs, spackes, nameth, etc. Peut-être ces mots anglais ne sont-ils pas du tout destinés à expliquer le mot français, peut-être le traducteur a-t-il simplement glissé le mot anglais dans le texte, en attendant qu'il eût trouvé le mot français qu'il semble avoir d'abord laissé en blanc. Cette hypothèse semble recommandée par l'étude du manuscrit. Nous avons peut-être ici l'humble essai de traduction française d'un moine de Reading. Quoi qu'il en soit, la traduction des Prologues est une œuvre misérable et de la plus basse époque.
Revenons au texte lui-même. Il suit, en s'en séparant quelquefois, la division des chapitres usitée depuis i 226. Au reste, le njanuscrit de Reading corrige, en ])articulier pour la Genèse, la division fautive du manuscrit de Paris. Quant au détail du texte, nous n'en pouvons rien dire: ce n'est certainement pas, en général, sinon pour la division des chapitres, le texte de