LA BIBLE ANGLO-NORMAÎNDE
l'interprétalion de leurs noms, usuelle au moyen âge et qu'on rapportait à saint Jérôme. Cette interprétation, que nous avons déjà rencontrée en particulier dans le Psautier d'Eadwin, est accompagnée d'une traduction anglaise. Le texte tout entier est étrangement embrouillé et paraîtrait indéchifFrabie, si M. A. Darmesteter n'en avait démêlé l'écbeveau avec sa pénétration ordinaire, en l'accompagnant d'un commentaire qui est fort instructif^''. Le manuscrit s'interrompt au milieu du treizième chapitre de l'Epître aux Hébreux.
Le manuscrit i C m du British Muséum est beaucoup plus récent; il est écrit dans la cursive anglaise du xv*" siècle et appartenait, au même siècle , aux moines cloîtrés de Reading. C'est un volume petit in-folio qui ne comprend que les premiers livres de la Bible, de la Genèse à Tobie. Si incomplet qu'il soit, ce manuscrit se recommande par deux caractères : d'abord, il est certainement plus correct et d'un meilleur langage que la grande Bible de Paris; puis on y trouve une version fort curieuse des Prolo'gues de saint Jérôme, dont nous aurons à parler un peu plus tard.
Enfin le livre des Actes des apôtres se retrouve, en un texte un peu différent de celui que conserve le manuscrit yr. i, dans une Histoire de la Bible écrite en belle cursive anglaise de la deuxième moitié du xiv* siècle, dans le manuscrit /r. goGa.
Passons à l'étude du texte même de cette curieuse version. Nous la citerons, pour le commencement, d'après le manuscrit de Reading.
La Bible commence ainsi : «Al comencement créa Dieu ciel et terre. La terre adecertes ert vaine*'-' et voide, et ténèbres estoient sur la face de abisme , et l'esperit de Nostre Père '-'' estoit portée '*' sur les eawes. Et dist Dieu : Soit fait lumere. Et fait est lumere. Et Dieu vist lumere f^' qe ele fust ''^' bone , et devisa lumere de ténèbres. Et apella lumere jour et ténèbres nuit. Et fait est vespre et matin, un jour. Donqe dist Dieu : Soit le
(') Revue des études juives , 1882, p. aSg. — (-' Variantes du manuscrit//, i : estoil vain. — ''> De Dieu. — (*' Porté. — '^' Om. : lumore. — ^"^ Fu.
firmaruent fait en my lieu des eavves, et soient les eawes devisez '^' des eawes. Et Dieu fist le firmament et dissevcri les eawes '-' qe estoient soutb '-'^ le firmament ^'^ de ceies qe estoient sur le firmament. Et issint est il fait'^^ Et donqe apella Dieu '''^ le firmament ciel. Et vesprc et matin est fait el secound jour*"*, v
(Décalogue) : c^Jeo sui le Seignor toun Dieu, qe toi mcsna de la terre de Egipte , de la maisoun de servage. Tu ne avéras point altriens dieus devaunt moi. Tu ne feras a toy mahonerie, ne totc la semblaunce qe est el ciel la sus ne *^' qe est en la terre par aval ^^\ ne de cens qe sount es eawes south terre. Tu ne aliour[er]as pas cestes choses ne lion[ou]reras ^^^^; quar Jeo sui toun fort Dieu gelons, visitaunt la iniquitee des pères es filz, en la teerce et la quarte generacioun'^^* [de yceux] qe moi haïrent, et fesaunt mercy en millers a cens qe moi aiment et gardent mes comaundementz. Tu ne prendras en vain le noun del Seignor toun Dieu, car Nostre Seignor ne avéra celui innocent qe '^-' avéra pris le noun del Seignor soun Dieu en vain. Remembres que tu seintifies le jour de sabbat. Tu oeveras par sis'^^' jours et feras totes tes '^^^ oevereignes. Le septisme jour adccertes de sabbat del Seignor toun Dieu , ne feras chescun *'^' oevereigne, tu et '^''' toun filz et'^'^ ta fille, ne toun serf, ne ta ancelle,'^^' toun jument, ne ly estrange qe est desuz "^' tes portz. Car par sis jours fist Dieu ciel et terre, la meer et totes choses qe en eux sount, et le'-^^ septisme jour reposa. Por ceo benesquist Nostre Seignor le jour de sabbat et le '-*' seintifia. Honures toun père et ta meer, qe tu soies de longe âge sur terre laquele toun Dieu toi dorrai '-'-*. Tu ne occieras. Tu ne feras liccherie '-^'. Tu ne feras larcine, ne ne parleras contre toun proesme faux tesmoigne. Tu ''-*^ ne covei-
''> Et départe euwes, — '•-'> Euwes. — (^' Sous. — '*' Les sept mots suivants sont omis. — '^) Et isi est fait. — <''' Et Dieu apella. — ''' El fait est v. et m. le second jour. — ^^^ Principales variantes du manuscrit fr. i : et. — ''' Par dehors. — ('"' Cultifieras {om. : ne). — '"' Et quarte partie de yceux. — <'-' Avéra innocent a femme (sic). — ''^' Sept. — '"'' Toutes tes. — <'^' Ce mot man(|uc dans le manuscrit /r. i ; il est ajouté après coup dans le manuscrit de Reading.
— ('«) Et omis.— (") Ne. — C**) Ne.— ('■'' Entrée.— ^-"1 Le omis. — '-') Ly.
— (2'i) Dorra. — ''■'^' I\o occies, ne no Iras leccherie. — '^^' Tn omis.
LA r.llîLK ANC.LO-NOllMANDE. 233
teras la inaisoiin clo touii proesine, ne tu ne desirras sa l'ennne, nicnl"^ soun serl", ne sa ancellc, ne boef ne asne, ne tôles choses {|e de luy soiint. 5)
(1 Bois, ih) : f<:Et l'enfaunt Samuel'-^ ministra a Nostre Seignor devaunt Ilely, et la |3arole de *^' Nostre Seignor estoit preciouse a yceux jours, n'estoit visioun aperte. Por ceo est il''^ fait en un jour [que] Hely jiist en un '^' lieu et ses oels escliaufercnt '^', ne il peut veer la launterne Dieu si la qe ceo fut desteint ''''. Lors dormi Samuel el temple de '^^ Nostre Seignor, ou l'arche Dieu estoit ''^^ Et Nostre Seignor apella Samuel, lequel respoignaunt dist : Voi jeo oie, et il currust'^"^ a Hely, et dist : Voi moy cy, quar tu moy apellas f^^^. Lequel dist : Jeo ne toy apelloi. Iieturne tu, si dormes. . . Et s'U toi avéra apellee altrefoiz ^'"', tu dirras : Paroles, Seignor, quar ton serf oist'^^'. . . Et Samuel dist : Parole, Seignor, quar ton serf oiet '^''. w Le premier livre des Rois (ou de Samuel) commence par ces mots : K Un hier fust de Ramathaïm Sophim "^', dei mount de Effraym , et son noun fust Helcana . . , w
Le livre de Joh commence ainsi '^''^ : «Un homme estoit en la terre de Hus, Job par noun, et cil homme estoit simple et juste, et Dieu doutant , et departaunt de mal ... 75
Le Psautier est le seul livre de la Bible anglo-normande dont nous puissions retrouver les origines. R parait descendre du texte de Montebourg par l'intermédiaire de recensions telles que celles des manuscrits yr. 2/181 et aâSy-j. La singularité de certains mots ne doit pas nous détourner des ressemblances profondes qui existent entre ces divers textes.
(Psaume i) t.^Bcneit soit le hier qe ne foreie el consail des
0) Ne. — (■-' Ms./r. 1 : Et Samuel l'enfaunt. — (>' De omis. — <''' Lors ert il. — ^^'1 Ely just en son. — (°' Comcncerent enveuglir. — ('' On a vu pins haut, p. .^7, l'explication de ce singulier non-sens. — '■' De omis. — ''' Ou il estoit en Tarche Nostre Seignor. — '"*' Voy jeo y sni, el currust. — '"^ Voy jeo y sui, car lu me appellasles. — <'-' Et si ceo (e appelle des ore en avaunt. — C^' Le oist. — '"'' Parlez, Seignor, car Ion serf lo oie. — *'^' Ms.fr. 1 : de Uamallia en Sepliym. — ''"' Nous ciloiis deïoi'mai.^ d'après le manuscrit /r. i.
engrees, et ne estuet en voie des peccheours, et ne siet en la chaier de pestilence. Mais sa volentee fust en la volentee de Nostre Seignor, et il pensera en la lei par jour et par nuit. Et il serra si com arbre qe plantée est juste les cours des eawes, lequel dorra son fruit en temps sesonale. Et sa foille ne cherra. Et totes choses quecunqe il fera tut dis enprospereront. Ne mie issint sont les engrees, ne mye issint, mais si com le poudre qe le vent degette de la face de terre. Por ceo ne lèveront les engrees en juggement, ne les peccheours el consail des justes. Qar Nostre Seignor conust la voie des justes, et le chemin des engrees périra, v
(Psaume li) : «A quei esjois tu en malice, qe puissaunt es de iniquitee? Tote jour pensa ta langge nyent justice, si fesoies lu trecherie si com rasour aguz . . . w
(Psaume ci): «Oyes, Seignor, ma prière, et moun cri viegne atoy. . . Car. . . mes os enseccherent si com creym croukés. . . Jeo sui fait semblables al pellican de soletee, si sui jeo fait si com le corf de nuit en seue rounde. Jeo ai veylee et jeo sui fait com muscheroun solitaire en maison . . . w
(Psaume cxxxvi) : et Sur les flotz de Babiloigne, illoqe seismes et plorasmes, tanqe nous recorderames de toy, Syon. En le salz el my lieu de luy suspendismes nos orgues. Car illoqe demaunderent , cje nous mesnerent cheitifs, paroles de chaunsonettez, . .
«Soies tu remembrant des filz Edom [au] jour de Jérusalem, lesqueux dient : Anientissez, anientissez desques al foundement en icele. La cheitive file de Babiloigne, beneit soit cil qe toi rewarde le rewarde lequel tu rewardonas a nous. Beneit soit cil qe tendra et ahurtera ces petiz enfauniz a la perre. v
Les Cantiques qui suivent le Psautier semblent également se rattacher de loin à la traduction usuelle.
Premier livre des Machabées : t^Et fait est, puis qe Alex de Phelipp feri Macendo (s/c), lequel régna primes en Grèce, cil s'en vait hors de la terre de Sechim . . . w