A quelque hypothèse qu'on veuille s'arrêter
quel eût été le but de cette folle entreprise , et quel autre succès que la honte et le mépris en vraisemblable pouvait-on espérer? Car, outre que les vieilles traditions de l'Orient et de l'Occident s'opposaient invinciblement à ce changement, de quelle ruse et de quels artifices se serait-on servi ? Quels prestiges aurait-on employés pour le faire adopter? Il ne s'agissait, en effet , de rien moins que de persuader non-seulement au vulgaire, toujours attaché à ses coutumes religieuses et aux doctrines sucées avec le lait, mais aux pasteurs , aux Évêques , aux moines
dans leurs savantes collections. Consultez Collcct. Concil. , Labb. , ubi suprà ; Pallavicïjn. Histor. Concil. Trident. , lib. vi , cap. 11 , n. 12, pag . 221 ; Barre, Vinclic. libror. deulero-can.? sect. m , cap. 5, pag. 121 et seq.
Le projet
de
ce changement
sans motif
t sans espon de succès,
conservateurs des monuments antiques , que des livres qu'ils avaient ignorés jusqu'alors , ou du moins regardés comme des livres sans autorité et apocryphes l, étaient cependant des livres aussi sacrés que les saints Évangiles ; qu'ils devaient les lire avec le respect dû à la parole de Dieu, et en faire la règle de leur croyance.
Or, attribuer un changement si étonnant 88. aux Sociétés hérétiques de l'Orient, ce serait impossibilité donner le démenti le plus formel à leurs mo- cettelnnovation numents, qui attestent qu'avant même leur k VII™*™e XII» séparation de l'Église Romaine, elles reconnais- siècle. saient l'inspiration de tous nos livres bibliques. 0n ne Peut
. \ , ■ l'attribuer
Et sans recourir a cette preuve décisive, les aux Sociétés schismatiques Grecs, voisins ennemis de ces j^yorient. Sociétés hérétiques, les Melchites ou catholiques qui vivaient au milieu d'elles, le Pape avec ses Évoques qui les avaient solennellement condamnées, et qui leur livrèrent de continuelles attaques, ne se seraient-ils pas aperçus d'une innovation si patente et si^ange-
1 On conçoit encore mieux l'absurdité de cette supposition , si on entend par apocryphes , selon le dire de nos Réformés , des livres qui contiennent des choses fausses , absurdes , incroyables. Rép. au Mand. , pag. 161 et 162.
reuse? Auraienl-ils manqué de moyens pour la repousser? Eussent-ils craint de faire entendre leurs réclamations? Autant de suppositions également absurdes. Mais combien plus serait-il absurde de prétendre que, de concert avec tous ces sectaires divisés entre eux, le reste des Églises de l'Orient et toutes celles de l'Occident auraient placé, dans leurs canons sacrés, des livres rejetés jusqu'alors comme apocryphes! 89. Dira-t-on qu'un tel changement a été l'œuvre
Elle n'a pu être fo photius ou de Michel Cérulaire? Ce serait
1 œuvre
des auteurs peut-être moins invraisemblable. Mais, sans des Grecs.6 opposer les Pères grecs antérieurs au schisme, et si exprès en faveur de tous nos saints livres , qui nous expliquera comment , parmi tant de millions de Chrétiens de toutes les autres communions , parmi tant d'Évêques , d'écrivains ecclésiastiques , soit orientaux , Nestoriens ou Monophysites séparés des Grecs schismatiques , soit occidentaux, toujours si attentifs a veiller a la conservation du sacré dépôt , pas une voix ne s'est élevée pour réclamer contre cette innovation impie? Et alors même qu'il s'est agi plus tard de l'union entre les deux Églises, au fort de tant de disputes , de tant d'accusations réciproques que nous offre l'histoire des négociations souvent entamées, deux fois terminées,
On ne peut
l'attribuer
ni au Pape ,
ni aux Evêques
et deux fois rompues par les Grecs, les Latins n'auraient jamais songé à exiger d'eux la moindre explication sur une nouveauté si importante et si manifeste ! Que dis-je ? ils l'auraient acceptée de ces ennemis obstinés de l'Église Romaine! Qui oserait le soutenir? qui pourrait se le persuader?
Plairait-il à nos Réformés de faire honneur 90
de ce changement inouï au Pape et aux Evêques d'Occident? Mais, d'abord, la Tradition des Latins, antérieure a l'époque que nous d'Occident, parcourons, démontre l'impossibilité de cette hypothèse. De plus, on voudrait que les Sociétés hérétiques de l'Orient , que les auteurs du schisme des Grecs, ces astucieux calomniateurs de l'Église Romaine , que tous ces sectaires , nourris dans une haine profonde contre les Papes , eussent favorisé par leur silence une fraude téméraire , qui ne pouvait manquer d'être bientôt démasquée ! Qui ne voit , au contraire , avec quel empressement ils auraient saisi l'occasion d'accréditer , par une imputation aussi grave que légitime , les calomnies qui faisaient le prétexte de leur séparation ; avec quelle audace ils eussent éclaté en nouvelles invectives contre les Papes et les Évoques leurs adhérents ?
Impossible d'assigner
à cette
innovation
l'intervalle
du IVe au viii
siècle.
Imaginerait-on d'assigner à cette innovation une époque plus reculée, le vne oulevr3 siècle? Il faudra sans doute lui donner les mêmes auteurs , à l'exception des Grecs schismatiques. ; et alors viennent militer de nouveau les raisons déjà déduites. Ajoutons qu'indépendamment de la Tradition antique, encore vivante dans les deux Églises, confirmée par les Pères des siècles suivants , nous trouvons déjà , au ve siècle, les Sociétés hérétiques de l'Orient en possession de toutes nos Écritures. D'ailleurs , nous avons en Occident , au vie siècle, le dénombrement de tous nos livres saints dans le catalogue que nous a laissé le Sénateur Cassiodore '; et, au vne , les canons d'Eugène de Tolède 2 et de saint
1 « Scriplura sancla, secundùm antiquam transla- » tionera, in Teslamenta duo ita dividitur, id est, in » velus et novum. In Genesim, Exodum, Leviticum , » Nuraerorum, Deuteronomium, JesuNave, Judicum, » Ruth , Regura libros quatuor, Paralipomenon libros » duos, Psalteriilibrum unum, Salomonis libros quin- » que , id est, Proverbia , Sapienliam, Ecclesiasticum, » Ecclesiasten , Canticum canticorum , Propbetas , id
» est, Isaiam Job, Tobiam , Esther, Judith,
» Esdrse duos, Machabœorum duos. Post hœc sequun- » tur Evangelistae , » etc. Cassiodor. de Institution, divin. Miter., tom. n, cap. 14, pag. 346.
2 « Régula quos fidei coramendet noscere libros , » Hos nostra prœsens bibliotheca tenet.
Isidore de Séville !, exactement conformes aux canons des temps antérieurs. Que si l'on veut ,
» Quinqueprioragerit veneranda voluminalegis;
»HincJosueSophtimque,hincRuthMoabiticaegesta.
» Bis bini Regum nectunctur in ordine libri,
» Atque bis octoni concurrunt indè Prophetœ.
» En Job, Psalterium, Salomon, et verba dierum
» Esdrœ consequitur Estber; SapienCia Jesu;
» Tobiael Judith; concluait Machabœorum.
» Hic Testamenli veleris fînisque modusque. » Eugen. m, Tolet. Episc, Can.; Marian. Dissert, in Append. ad Prœloq. Bonfrer., apud Menoch., lom. m, cap. 4, pag. 147, edit. in-4.° Paris. 4768.
L'auteur ne désigne pas expressément la Sagesse, parce qu'il a entendu la comprendre sous le titre commun de Livre de Salomon, auquel cet Écrit était attribué par la coutume.
1 Ce canon , le plus remarquable de l'Église d'Espagne, mériterait d'être transcrit en entier ; mais sa longueur nous contraint de nous borner à quelques extraits. Le saint Docteur s'exprime ainsi : « Plenitudo novi, » vclerisque Testamenli, in Canone catholicœ Eccle- » siœ, juxta velustampriorum Tradilionem, ista est : » In principio videlicet, quinque libri Mosi, Genesis,
» Exodus, Leviticus, Numerus et Deuteronomium
» Hinc succedunt libri Jesu Nave, vel Judicum, sive » libellus cujus est lilulus Ruth.... Hos sequuntur » quatuor libri Regum, quibus quidemParalipomcnon » libri duo.... Alia sunt volumina.... ut Job liber, vel » Thobias : Hester, sive Judith, nec non et Esdrœ, seu » Machabœorum libri duo.,.. Ex quibus quidem libros
enlin, faire remonter ce changement prétendu jusqu'au ive ou au ve siècle; l'enseignement
» Tobiœ et Judith, sive Machabœorum , Hebrœi non » recipiunt; Ecclesia (amen eosdem inler canonicas » Scripturas enumerat. Occurrunt dehinc Propheta- » rum libri, in quibus est Psalmorum liber unus, et » Salomonis libri très , Proverbiorum scilicet , et » Ecclesiastes, deindè Cantica canticorum. Duo quippè » illi5egregise et sanclaeinstitutionis,libelli (Sapienliam » dico et alium qui vocatur Ecclesiaslicus) , Salomonis » sunt titulo prœnotati , qui tamen in Ecclesia parem » cum reliquis canonicis libris tenere noscunlur » auctorltatem. Supersunt libri sedecim Propheta- » rum, ex quibus quatuor sunt, qui majora volumina » condiderunt : id est, Esaias, Hieremias, Ezechiel, » Daniel. Reliqui verô duodecim brèves sunt, et conti-
» gui, et ob hoc uno volumine coarctati Quidam
» autem Hieremiae Lamentationes segregantes, de vo- » lumine ejus secernunt. Sicque quadraginta et quin- » que libros veleris Testamenli suscipiunt. Hinc de- » currit Testamentum novum , cujus primùm Evange- » liorum libri sunt quatuor,» etc.
Saint Isidore parcourt rapidement les matières de chacun de ces livres. Nous ne rapporterons que les passages concernant les Écrits contestés : « Liber Sa- » pienliœ qui vocatur Panarelon, Chrisli advenlum, « qui est Sapientia Dei Patris , passionemque ejus
» aperlâ manifestalione denunciat Ecclesiasli-
» eus...., propter nimiam sensûs similitudinem, etelo- » quii parilitatem, Salomonis titulo prsenotatur. Constat » autem hune librum à Jesu filio Sirach editum fuisse, » et inler reliquos sanctarum Scripturarum libros
unanime, constant, universel des saints Pères, dans cet âge florissant de l'Église, ne permet
» pari habilum veneralione..., Daniel.... manifestatior » est Prophetarum.... In fine aulem voluminis Prophe- » liœsuœ, Susannœ hisloriam , el Belis Draconisque » fabulam ponit.... Machabœorum libri duo, licèl non » habeanturincanone Hebrseorum, lamen ab Ecclesia » inler divinorum voluminum annumeranlur hislo- » rias , » etc. S. ïsidor. Hispal. Lib. Proœm. de lib. vêler. elnov. Testament., p. 405 et seq.,edit. Paris. 1601.
On aura remarqué que le livre de Baruch ne se trouve pas nommément compris dans ce catalogue. Mais saint Isidore le désigne , suivant la coutume des anciens, sous le nom de Jérc'mie. Ce qui le démontre, c'est que le saint Docteur, à l'exemple des autres Pères, cite, en preuve de l'incarnation du Fils de Dieu, et sous le titre de Jérémie dans le livre de Baruch , le texte célèbre de ce Prophète : « Et Hieremias, in libro » Baruch : Hic est Deus nosler, etc. Posl hœc in terris » visusesl, el cum hominibus conversa lus est. » Idem, ad Florent, soror. , de Nalivit. Lomin, , Passion, et Resurrect., pag. 553, col. 1.
Saint Isidore confirme , à peu près dans les mêmes termes , au livre vie des Origines , la divine autorité desÉcrits rejetés par les Protestants : «Quorum (libro- » rum qui in canone Hebraico non sunt) primus Sa- » pienliœ liber est. Secundus Ecclesiaslicus. Tertius » Thobias. Quarlus Judith. Quintus et sextus Mari chabœorum : quos , licet Hebrœi inter apocrypha » séparent , Ecclesia tamen Christi inter dtkinos
» LIBROS ET HONORAT ET PREDICAT. » Idem , Oli-
gin. , lib. vi , cap. 1 , pag. 70 et 71.
pas môme de le soupçonner : et, remontant plus
haut, nous touchons aux siècles des Martyrs et
aux temps apostoliques.
m Concluons que ce changement de croyance
La croyance touchant nos livres inspirés ne peut trouver
^toiliom-s'1' place dans aucune époque avant le xvie siècle;
la même et que dès lors la foi de l'Église Romaine, tou-
avaut le xvi° . A A f f
siècle , jours la même dans les âges précédents , nous auTmps est venue des Apôtres, des Apôtres. Nous aurions à ajouter les preuves de l'inspiration de tous nos livres bibliques, tirées de V autorité des différentes versions de l'Écriture, et des monuments des arts. Mais laissons aux savants le soin de mettre en œuvre les excellents matériaux que renferment plusieurs écrits publiés en divers temps sur ce sujet. 11 nous suffit, à nous, d'avoir montré par la Tradition constante de l'Église Catholique des premiers siècles, parle consentement unanime de toutes les Sociétés chrétiennes séparées , et par la preuve de Prescription , que la possession légitime de tous les livres sacrés ne saurait nous être contestée. Cette vérité importante va recevoir un nouveau jour de la solution des difficultés qu'on lui oppose.