DE RÉBELLION ET DE SCHIS3IE
Que de motifs puissants n'avait cependant
pas cette sainte assemblée pour anathématiser
prononcé quiconque mépriserait un jugement si équita-
Dar le Concile , , ,£, .. -y ^ .
de Trente. ble ' <( ^ kgnse , dirons-nous avec Bossuet , 3 devait-elle donc laisser ébranler par les Pro- » testants le canon des divines Écritures , dont » on a vu qu'elle était en possession, non-seu- » lement dès le ive siècle, mais dès l'origine » du christianisme; canon qui s'était affermi, » depuis, par l'usage de douze cents ans ; ca- » non , enfin , dont on prenait occasion de la » calomnier, comme falsifiant les Écritures , ce » qui faisait remonter l'accusation jusqu'aux » siècles les plus purs ? Fallait-il tolérer ce » soulèvement, ou le réprimer par des ana- » thèmes 4? »
1 Lettre de Leibniz , du 30 avril 1700 , pag. 387.
2 Lettre de Leibniz , du 14 mai 1700 , § lxii , pag. 417.
3 Ibid. , § lxiii, pag. 418.
4 Lettre de Bossuet, du 9 janvier 1700, ubi suprà,
D'ailleurs , est-il un seul des livres proscrits par la Réforme qui ne vienne en confirmation des doctrines catholiques? On l'a dit * , nous voyons dans ces Écrits la liberté de l'homme, l'utilité des bonnes œuvres, le culte des saints, la prière et le sacrifice pour les morts , et plusieurs autres dogmes de l'Église antique , enseignés, établis, consacrés. L/Église pouvait-elle souffrir qu'on lui enlevât les témoignages de la divine parole sur lesquels reposent ces vérités importantes ? Manquait-elle du pouvoir inhérent a toute société bien constituée, d'exclure de son sein les contempteurs opiniâtres de ses lois et de son autorité ? Et quand devait-elle user de ce pouvoir, sinon lorsqu'il s'agissait de s'opposer à la violation ouverte des oracles de la Divinité , et de conserver intact le dépôt sacré des Écritures , que lui ont confié ses premiers fondateurs ?
Aussi , « quand on vit a Trente que des li- » vres canonisés depuis tant de siècles étaient » repoussés avec mépris et avec outrage par » les Protestants , on crut qu'il était temps de » les réprimer, de ramener les catholiques qui » se licenciaient , de venger les hommes ins-
i Voyez ci-dessus , pag. 14.
incapable
de former
un canon
des Ecritures,
le rationalisme.
» pires dont on rejetait les écrits , et de met- » tre fin aux dissensions par un anathème » éternel 4 . »
Ajoutons pour dernier corollaire : En répu- La Réforme, diant le principe dont le Concile de Trente appuie sa définition, les Réformés sont dans l'impuissance absolue déformer un catalogue tombe dans certain des livres inspirés. Quel moyen auraient-ils, en effet, pour les discerner des écrits profanes? L'Écriture et son évidence prétendue ? On a montré la nullité de cette règle, les étranges contradictions qu'elle implique , les conséquences absurdes qui en découlent 2.
Auront-ils recours à la Tradition? D'abord? celle de la Synagogue réprouvée est tout-à-fait incompétente3. S'attacheront-ils à la Tradition de l'Église chrétienne? De deux choses l'une : ou ils ne l'admettront qu'en se réservant de l'interpréter d'après l'Écriture; et alors l'Écriture étant, en définitive, leur unique règle de discernement , c'est reculer la difficulté, sans
1 Lettre de Bossuet , du 17 août 1701 , § lvih , pag. 504.
2 Voyez ci-devant, ire part. , chap. 2 , n. 32 etsuiv.
3 Voyez ci-dessus, ne part. , chap. 4er; n. 7 , 11 et suiv. — Prcface, pag. siij et sutv.
îa détruire : ou ils reconnaîtront cette Tradition comme règle distincte de l'Écriture , dont elle est le critérium ; et la Tradition ainsi entendue est la base même de la décision du Concile , qu'ils rejettent parce qu'elle les condamne. Les voilà donc sans règle sûre pour discerner les livres inspirés , et partant sans Écritures , sans révélation, sans principe de croyance. La Réforme ne peut dès lors s'attribuer le titre de Société religieuse, bien moins le titre de Société chrétienne, destituée qu'elle est de toute révélation divine. Ce n'est plus, en réalité, que le rationalisme ; et, pour compléter la déduction, que V athéisme rationnel , car de l'un a l'autre il n'y a qu'un pas à franchir, qu'une conséquence à tirer.
Avant de finir, qu'il nous soit permis d'émettre un vœu. C'est de voir se ranimer et s'étendre, parmi les élèves du sanctuaire, le goût de la sainte antiquité. Vainement chercheraient-ils ailleurs les sources de la pure doctrine et les armes qui la font triompher.
Puissent nos faibles efforts aider à ce triomphe si désirable !
Nous serions -largement récompensés , si , entre nos frères séparés, il s'en rencontrait un seul , éclairé par cet écrit , qui eût le courage
de nous redire ces nobles paroles d'un errant désabusé : « Nous avons l'un et l'autre rem- » porté la palme ; et nous voilà tous deux vain- » queurs, vous de moi, et moi de mon erreur : » Vicimu& utrique ; uterque palmam refcrt , » tu met y et ego erroris1. »
1 S. Hieron. Dial. ado. Lucifer., lom. u , edit. Bened. Valars. , col. 202.