INTRODUCTION
La Bible est l'unique règle de foi, chacun a le droit de l'interpréter, tous doivent la lire : tel est le principe fondamental de la Réforme. En vain les écrivains catholiques en ont-ils démontré cent fois la fausseté au triple point de vue de la révélation, de la raison et de l'expérience. En vain les dissidents eux-mêmes L'ont-ils abandonné à diverses reprises depuis Muncer et Stork, s'écriant, du vivant même de Luther : Bibel, Babel, jusqu'aux ministres Claude et Jurieu, enseignant que les vérités chrétiennes se font sentir d'elles-mêmes, et que le fidèle, pour former sa foi, n'a pas besoin de l'Écriture sainte. Nous le voyons reproduit, soutenu et développé dans une foule d'ouvrages protestants récemment publiés.
« Les Écritures suffisent à elles seules, dit M. Monod, pour nous laire connaître la vérité, et il ne faut rien écouter au delà de ce qui est écrit (l). » « Selon nous, le Saint-Esprit parle directement à chaque fidèle. C'est une incrédulité de cœur que de traiter avec l'homme plutôt qu'avec Dieu (2). »
. Qu'on sache lire, s'écrie Mme de Gasparin, qu'on possède la Bible, et la Réforme se fera toute seule (3) . »
« C'est le livre de Dieu, dit le docteur Malan ; c'est cette Bible que le Protestantisme a pris dans tous les temps et dans tous les lieux pour l'unique fondement de sa foi, pour la seule règle de sa discipline (4). »
L'Église, d'après Schérer, ne saurait avoir pour nous d'autorité immédiate, et l'Écriture reste la véritable autorité dogmatique pour la science comme pour l'Église elle-même (5).
(1) Monod, Lucile ou la lecture de la Bible (182).
(2) Monod, Lucile, 159, 273, 183. ^
(3) Journal d'un voyage au Levant, III, 225,
(4) Malan, Pourrais-je jamais, etc. 80.
(5) Schérer, Dogmatique de l'Église réformée, 28.
Oster, dans un livre qui a pour but d'établir « le droit pour tout homme de lire la Bible, » prétend que l'Écriture sainte « nous donne de l'histoire juste assez pour comprendre la doctrine, et de doctrine, juste assez pour comprendre l'histoire, et ni plus ni moins d'éléments de culte qu'il n'en faut pour exprimer toutes les parties de la doctrine en formes extérieures. « La Bible, ajoutct-il, ne trouve point de caste qui ait le privilège de comprendre le mystère de la religion divine. (1) » L'ensemble des écrits du christianisme, assure un membre du grand Conseil suisse, se trouve dans la Bible, non ailleurs (2).
La tradition dogmatique, lisons-nous dans YAverlissement de Girod, ne peut se concilier avec les Écritures qui se déclarent elles-mêmes suffisantes (3).
D'autres enseignent que le droit de prononcer sur la fidélité de la traduction et sur le sens des
'.de lire la Bible. 17. et pas-
(1) Oster, Le droit de l'homme < sim. /
(2) Laharpe Biudry. La religion du cœur, 3i3i
(3) Girod, Avertissement.
Écritures a été donné à chaque fidèle (I); que la liberté d'adopter ou de rejeter telle ou telle croyance, selon qu'il la trouve ou non renfermée dans les Ecritures, est un des principes essentiels du Protestantisme (2) ; que les Apôtres ont consigné dans leurs écrits les vérités nécessaires au salut, et qu'on ne doit rien y ajouter, rien en retrancher (3). Dumoulin avait déjà dit: «D'autant que la parole de Dieu est la règle de toute vérité contenant tout ce qui est nécessaire au service de Dieu et à notre salut, il n'est loisible aux hommes ni même aux anges d'y ajouter, diminuer ou changer (4). »
« La parole de Dieu, dit M. Blanc, est la seule base de notre loi et l'unique règle de nos mœurs (5) ; je fonde ma foi sur la Bible et rien que sur la Bible; (6) la Bible, voilé notre juge, comparaissons
(1) Panchaud, II lettres, 31.
(2) Martin Paschoud, Liberté, vérité, charité, 6.
(3) Barck, Histoire de l'Église chrétienne, c. Ï2.
(4) Dumoulin, Bouclier de la foi, 184, 70.
(5) Blanc, Lettre à l'abbé Guyon, 3.
(6) Blanc, De la prêt, préem. du pape, ?6,
devant elle et écoutons-la, qu'elle prononce. (1) » Ce sont presque les paroles de Calvin : « C'est une doctrine arrêtée qu'il n'y a de doctrine qui mérite loi que celle que nous trouvons fondée sur lEcriture (2). » C'est pour multiplier les conversions à cette doctrine sans doute que les Protestants anglais consacrent chaque année des millions à répandre des Bibles.
Le démêlé qui a eu lieu récemment en Angleterre entre le docteur Colenço et les représentants de l'Église nationale nous fournit une nouvelle preuve de la ténacité avec laquelle les Protestants persistent à prétendre que la parole de Dieu écrite doit être réellement la vraie règle de leur croyance. L'évêque missionnaire est venu à Londres publier ses travaux sur l'Écriture sainte en général et sur le Pentatenque en particulier. Il prétend que l'authenticité des livres de Moïse ne peut supporter la critique ; que la Bible est un livre purement hu-
(,1) Le pasteur Barry, Semaine religieuse de Nîmes, février (2) Calvin. Comm. inc. l8,Act, Apost,
main ; que le traduire dans certaines langues vivantes est chose impossible et que sa lecture, loin de contribuer à la conversion des infidèles, l'a souvent retardée, quelquefois empêchée. Un émoi général s'est emparé de ses compatriotes j on a crié au scandale; des pétitions ont été adressées à la Chambre pour obtenir des mesures de répression contre un enseignement qui, en niant l'autorité de l'Écriture sainte, renverserait les fondements de l'Eglise anglicane.
C'est qu'en effet en Angleterre, dans toutes les chaires de l'enseignement officiel, on professe que la Bible est la seule règle de foi pour un chrétien. <i La Bible est la seule autorité divine. Si l'Ecriture sainte revendique une autorité divine, elle le fait d'une manière absolue et pour elle seule. Elle n'est pas une règle, elle est la règle de la foi et des œuvres. Les fidèles sont exhortés dans l'Ecriture à soumettre toutes les doctrines qui leur sont présentées et leur caractère propre au témoignage de la vérité scripturaire. » (1)
(1) J. Angus, le Manuel de la Bible, introduction à l'Écri-
La Bible, iouie la Bible, rien que la Bible, tell est donc aujourd'hui encore la devise, le mot d'oindre de la portion la plus, saine du Protestantisme. Eh hien, nous acceptons le combat sur ce terrain. Il est faux que l'Écriture soit la seule et suprême règle de foi ; mais en serait-il ainsi, il n'est malheureusement que trop vrai que les Protestants ne l'ont, ni toujours conservée, ni toujours respectée et suivie comme ils se glorifient de l'avoir fait. Le but de cet ouvrage est de prouver qu'au contraire :
1° Ils l'ont mutilée,
2° Ils l'ont profanée,
3° Ils l'ont contredite.
ture sainte, traduit de l'anglais par A. Host et li. Rocliodieu, p. 67.