‹ La Bible mutilée, profanée et contredite par les Protestants, ou opposition radicale entre l'Ecriture Sainte et le ProtestantismeChapitre 2 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Marcion, le 1er à la main au lieu de stylet, a mis en pièces toutes les Écritures pour donner du poids à son système. (Tbrtul. de l'rcscripl. c. 38.)

Les 72 livres canoniques.

L'Écriture sainte pour un catholique se compose de soixante-et-douze livres, dont le lecteur nous permettra de rappeler ici les noms : La Genèse, l'Exode, le.Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, qui, réunis, forment ce qu'on appelle le Pentateuque; Josuc, le Livre des Juges, Ruth, les quatre Livres des Rois, les

deux des Paralipomènes, le premier d'Esdras et le second appelé Néhémias, Tobie, Judith, Esther, Job, le Psautier de David contenant cent cinquante Psaumes, les Paraboles, l'Ecclésiaste, Isaïe, Jérémie avec Baruch, Ézéchiel, Daniel, les douze petits Prophètes, savoir : Ozée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie, le ier et le 2e des Machabées.

Ces 45 livres forment TAncien Testament ; le Nouveau se compose des vingt-sept suivants: les quatre Évangiles selon St. Mathieu, St. Marc, St. Luc et St. Jean, les Actes des Apôtres par St. Luc évangéliste, les quatorze Épîtres de St Paul, dont une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon, une aux Hébreux ; deux Epîtres de St. Pierre, trois de St. Jean, une de St. Jacques, une de St. Jude, et l'Apocalypse de St. Jean. « Si quelqu'un, dit le concile de Trente,

- i5 — après avoir donné I'énumération que l'on vient de lire, ne reçoit pas pour sacrés et canoniques tous ces livres entiers avec tout ce qu'ils contiennent tels qu'ils sont en usage dans l'Eglise catholique et tels qu'ils sont dans l'ancienne édition Vulgate latine, ou méprise, en connaissance de cause et de propos délibéré, les traditions dont nous venons de parler, qu'il soit anathème (i)! »

Voici les considérations qui précèdent ce catalogue et fortifient cet anathème; ils méritent d'être mentionnés: « Le saint concile de Trente œcuménique et général, légitimement assemblé sous la conduite du St- Esprit, et présidé par les trois légats du Siège apostolique, ayant toujours devant les yeux, en travaillant à détruire toutes les erreurs, de conserver la pureté même de l'Évangile qui, après avoir été promis auparavant par les Prophètes dans la sainte Ecri • ture, a été ensuite publié premièrement par la

(1) Concile do Trente, Sess. IV.

bouche de notre Seigneur J.-C. Fils de Dieu, et puis par les Apôtres, auxquels il a donné la mission de l'annoncer à tous les hommes, comme la source de toutes les vérités qui regardent le salut et le bon règlement des mœurs ; et considérant que cette vérité et cette règle de morale sont contenues dans les Livres écrits, ou sont écrites dans les traditions reçues par les Apôtres de la bouche de Jésus-Christ même, ou laissées par les mêmes Apôtres selon que le St-Esprit les a dictées, sont parvenues comme de main en main jusqu'à nous, le saint Concile, suivant l'exemple des Pères orthodoxes, reçoit tous les Livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, puisque le même Dieu est auteur de l'un et de l'autre, de même que les traditions qui regardent ou la foi ou les mœurs comme dictées de la bouche même de Jésus- Christ ou par le St Esprit et conservées dans l'Eglise catholique par une succession continue, et les embrasse avec un pareil respect et une égale piété, et, afin que personne ne puisse dou-

ter quels sont les Livres saints que le concile reçoit, il a voulu que le catalogue en fût inscrit dans ce décret selon qu'ils sont ici marqués. .. » Ainsi donc tout membre de la religion catholique sait à quoi s'en tenir sur la nature, l'autorité, le nombre et l'étendue des Livres inspirés et qui, sainement et légitimement interprétés, sont une des sources de la foi. Examinons s'il en est de même pour le disciple de la Réforme.

Luther les réduit à. 58, Calvin à 63, Grotius à 34, autres réductions.

Je remarque d'abord que Luther, de sa propre autorité, a, d'un trait de plume, rayé de l'ancien cancn tous les Livres appelés par les Exégètes Deutéro-canoniques, c'est-à-dire, dans l'Ancien Testament, Tobie, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiaste, Baruch, les deux Livres des Machabées, et, dans le Nouveau, l'Épître de

St. Paul aux Hébreux, celle de St. Jacques, la 2e et la 3e de St. Jean, la dernière de St. Pierre et l'Apocalypse. Le novateur ne pouvait parvenir à concilier son enseignement avec la doctrine contenue dans ces Livres ; il prit le parti de leur refuser toute autorité. Les fragments Deutéro-canoniques du Livre de Daniel et d'Esther eurent le même sort, et ce dernier finit par être exclu en entier du canon. « Bien que les Juifs, dit Luther, regardent le Livre d'Esther comme canonique, c'est le plus digne, selon moi, d'être dépouillé de ce privilège. »

Calvin, à son tour, soumit à son examen privé la canonicité des Livres saints, et s'il trouva Luther trop sévère à l'égard des écrits apostoliques, il jugea, comme lui, qu'il fallait exclure du canon les Livres deutéro-canoniques de l'Ancien Testament.

L'exemple était donné; les imitateurs devaient être nombreux. Les premiers disciples de Luther trouvent rationnel de ne compter comme canoniques que cinquante-sept Livres

au lieu de soixante-et-douze (i). « Sont apocryphes, dit Adam Francini, l'Épître des Hébreux, l'Épîtrc de St. Jacques, la seconde et la troisième de St. Jean, la dernière de St. Pierre et le livre de l'Apocalypse (a) ». Muncer et les Anabaptistes dénient toute autorité au Livre des Psaumes ; Stork ne veut pas du Livre de Job ; Zwingle trouve des hyperboles dans l'Evangile de St. Mathieu (3); Bèze, des indécences dans celui de St. Jean; Brunsfeld, des falsifications dans celui de St. Luc, et le même auteur ajoute que les autres évangiles n'ont pas ete plus à l'abri des profanations des faux apôtres (4).

(1) [.os éditeurs do la Biblo publiée en 15Î6 à Amslerdam cl à Cologne donnent un singulier molif do l'exclusion des Livres deuléro-eanoniques. Si on les a séparés du reste des écrits bibliques, disent-ils, ce n'est pas pour que le lecteur les prenne à dégoût et les rejette, mais afin qu'ils puissont plus facilement les distinguer des autres, et aussi dans lo but do reudre les volumes précédents plus minces, et par là plus commodes. BiUia Antuerp et Colon. 3, f. I. Canonicitô, question de commodité, caprice de librairie ; pauvre raison humaine 1

(2) Jllargarita theologiœ, 448.

(3) De l'rovM. Dei, 137.

(4) Dœllingcr, La Réforme, II, 2.

Grotius va plus loin. Selon cet écrivain, les Livres historiques n'ont point été inspirés : les Prophéties de Baruch et l'histoire de Judith sont dépourvues d'authenticité; le Cantique. des Cantiques n'est point divin ; la Sagesse, les quatre Evangiles, la première Épître de St. Jean ont été interpolés (i); les Psaumes et les autres Livres sapientiaux sont des ouvrages d'hommes recommandables par leur piété mais non inspirés d'une manière particulière par l'Esprit- Saint (2).

A ce compte, le canon des Écritures ne devait plus se composer ni de soixante-et-douze Livres, comme le dogme catholique l'enseigne, ni de soixante-trois, comme le voulait Calvin, ni de cinquante-huit, comme l'avait décidé Luther, mais de trente-quatre seulement.

Hélas ! on ne devait pas s'arrêter dans cette voie ; le catalogue des Livres saints fut encore

(I) Votum pro puce e.cd. lit. de eau. script, (ï) Discussion apologct, Brivetioui,

raccourci. Salomon avoua sans restriction qu'il croyait que les Livres historiques du canon des Juifs avaient été écrits d'après des originaux d'une correction et d'une authenticité insuffisantes (i). Hobbes combattit l'authenticité des Livres de Josué, et des prophéties de Jonas et d'Amos. Leclére soutint que les prophètes prédisaient d'une manière divine mais écrivaient d'une manière humaine, et que les apôtres, en prêchant l'Évangile, ou en écrivant leurs ouvrages, n'ont pas été ordinairement inspirés ni pour les choses, ni pour les paroles.

Spinosa, Barclay, Canton, etc., les rejettent tous.

Mais voici d'autres critiques appliquant le principe de la Réforme dans toute son étendue. « La connaissance tout entière de l'Ecriture Mainte, dit Spinosa ne doit être demandée

I Défense des sentiments sur l'histoire critique, lettre IX

qu'à l'Écriture elle-même, et à elle seule (t), » et pour formuler cette demande, le juif, devenu protestant, ne veut employer que le secours de l'examen privé. Quel résultat a-t-il obtenu ? la suppression de toute canonicité. Le chapitre VIII du traité théologico-politique est consacré à faire voir que le Pentateuque et les Livres de Josué, des Juges, Ruth, Samuel et les quatre des Rois sont apocryphes. L'authenticité des autres Livres saints est successivement ébranlée ; ces écrits attribués aux prophètes ne sont que les reproductions infidèles d'anciens ouvrages perdus; Ézéchiel n'est qu'un fragment ; Daniel, Esdras, Esther ne sont que de faux Livres fabriqués dans des vues perfides par des hommes qui appartenaient sans doute à la secte des Saducéens (2).

Schwenfeld, avant Spinosa, et après lui les Arminiens et les Quakers, en partant d'un prin-

(1) Spinosa, Tract, theolog. politic. (c. X).

(2) Tract, tlimlog. poHtiq. (c. IX).

cipe différent, aboutissaient au même résultat. Pour eux, il n'y a point de canon d'Écriture sainte; l'inspiration individuelle surpasse en autorité celle des Livres saints. La foi justifiante de Schwenfeld ne vient pas de la parole extérieure, mais de l'intérieure (i). « L'Ecriture sainte, dit Barclay, nous montre où est la source de la vérité ; mais elle n'est pas cette source ; il ne faut donc pas qu'on la regarde comme telle ni la placer à la même hauteur que la règle la plus élevée de la foi et de la morale. Elle ne peut compter que pour une règle du second ordre et doit demeurer subordonnée à l'esprit (2) ». Canton, de la secte des Quakers, va plus loin encore : « Si tu ne connais, dit-il, d'autre lumière, d'autre règle et d'autre juge que l'Écriture, il n'est pas étonnant que tu sois encore dans les ténèbres (3). Enfin Thomas Munzer rejette l'Écriture comme une lettre

(1) Buchman, Symbolique populaire, 119.

(2) Buelimnn, Symboligue populaire, p. 1ô1.

(3) Protection des Innocents, p. 38.

morte, et Baxtard, un des théologiens les plus renommés de l'Église presbytérienne d'Angleterre, soutient que l'intégrité de son canon n'intéresse pas l'affaire du salut, et son inspiration divine, la vertu de foi. « Encore que toute l'Écriture soit d'autorité divine, néanmoins, celui qui ne croit qu'un seul Livre qu contient la substance de la doctrine du salut peut être sauvé, et ceux qui ne prennent l'Écriture que comme des écrits de personnes honnêtes et pieuses, peuvent néanmoins avoir une foi divine et salutaire (r). »

Luther avait fait la première brèche au canon des Livres saints ; Baxtard, Rink, Grotius, Leclère, l'avaient ébranlé dans son fondement ; Spinosa, Barclay, Canton, le démolirent de fond en comble, et l'on peut dire des Livres canoniques ce que Smolz a dit des doctrines : « Le protestantisme a poussé si loin le goût des réformes quil n'offre plus maintenant qu'une

(1) Repos des saints, 2 p. c. 3.

série de zéros sans chiffres rénumérateurs (i). » Qu'on n'aille pas dire que ce résultat désastreux est dû à l'égarement de quelques esprits ; il est la conséquence naturelle du principe même de la Réforme. Rien ne peut résister à l'action dissolvante du libre examen; ce qui a eu lieu au XVIIe siècle s'est renouvelé dans les siècles suivants.

Même désaccord dans les protestants modernes.

Les trois classes de critiques que nous venons de faire connaître se sont perpétuées au sein du protestantisme, et chacune d'elles aujourd'hui encore a ses représentants. Les pasteurs Moulinié, Décumbaz, Durand, Bungener, etc., se contentent de "rejeter, à l'exemple de Dumoulin, les Livres et les fragments deutérocanoniques. Le docteur Angus admet tous les

(1) llimii nghaus, Réforme contre la lléforme.

livres antilogomènes ou deutéro-canoniques du nouveau Testament et soutient même que « l'hésitation qu'on avait mise à les recevoir est une preuve de plus du soin avec lequel fut formé et fermé le canon définitif de l'Église ; que la conviction universelle se prononçant à à leur faveur, après les premiers doutes, est à la fois une garantie et une preuve de plus de leur authenticité (i)»; mais il traite d'apocryphes tous les livres deutéro-canoniques de l'ancien Testament.

Le professeur Cellerier ose mutiler la liste des proto-canoniques : « Dans l'Ancien Testament, dit-il, il est quelques ouvrages, comme l'Ecclésiaste, les Cantiques, qu'une critique impartiale ne peut tenir pour authentiques (2). » David, Georges Michaëlis, Twestin, Hannerau, plus exclusifs et plus sévères dans leur choix, retranchent du canon un grand nombre de Livres

(1) Manuel delà Bible, p. 12, 76, 80.

(2) Manuel d'Herméneutique, 251.

que les Juifs et les anciennes églises ont toujours révérés. Voici la liste des livres réprouvés par ce dernier, dans son Manuel biblique.

L'auteur explique d'abord ce qu'il entend par apocryphe et donne le nom des Livres qui, selon lui, méritent cette injurieuse qualification. <■ Les Livres apocryphes (cachés, incertains, douteux) sont ceux, dit-il, dont l'autorité divine n'est point prouvée et dont les auteurs sont inconnus. — Ce sont les suivants : Tobie, Judith, la Sapience dite de Salomon, l'Ecclésiastique, 1 addition aux Livres d'Esther, le Livre de Baruch, le cantique des trois jeunes Hébreux, Thistoire de Suzanne, l'histoire de l'idole de Bel et du Dragon, la prière de Manassé et les Livres des Machabées (i). »

Les passages suivants allongent, aux dépens du canon primitif, cette liste, qui semblait devoir s'arrêter là: « Les cinq derniers Livres, Daniel, Néhémie, Esther, Esdras et les chroni-

(1) Hannerau, Manuel biblique.

ques ne paraissent pas chez les Juifs de la même autorité que les autres. »

« Josué, îe successeur de Moïse, ne saurait être l'auteuruu Livre qui porte son nom. »

« Le récit en est puisé dans un livre poétique. »

« L'auteur des Juges est inconnu. »

« L'auteur et l'époque de la composition de Ruth sont également inconnus. »

«L'auteur inconnudesChroniques paraît avoir fait un extrait de plusieurs grands ouvrages; sa partialité et un assez grand nombre d'inexactitudes et de contradictions avec les autres Livres de l'Ancien Testament nous imposent la précaution de ne lui accorder une confiance entière que là où ils se trouvent d'accord avec les historiens sacrés. Il est possible que quelque fait historique que nous ignorons ait fourni le sujet du Livre d'Esther, mais s'il en est ainsi, la vérité a été singulièrement travestie par une foule de traditions et de fictions plus invraisemblables les unes que les autres. »

« L'histoire de Job n'est-elle qu'une fiction poétique, pur produit de l'imagination, ou rapporte-elle un fait vrai et historique ? Il faut se souvenir qu'il serait difficile d'écarter, d'une manière satisfaisante, toutes ces objections contre la vérité historique du Livre de Job. »

« Aucun autre Livre de l'Ancien Testament n'a donné plus de travail aux interprètes que TEcclésiaste. Sur aucun autre on n'a hasardé des hypothèses plus étranges et plus contradictoires. Le nom que porte l'auteur qui l'a composé, le but qu'il s'est proposé, le plan de l'ouvrage, tout enfin, dans ce livre, est obscur et énigmatique. »

« Comment a-t-on pu recevoir le Cantique des Cantiques au nombre des Livres sacrés destinés à servir aux fidèles de règle de foi et de conduite? A cette question il n'y a qu'une réponse à donner, mais elle explique tout. Lorsque les Juifs formèrent le canon de leurs Livres sacrés, beaucoup d'ouvrages précieux s'étaient déjà perdus; ils s'empressèrent donc de recueil-

lir tout ce qui se trouvait encore, principalement tout ce qui appartenait ou semblait appartenir à Salomon, ce roi si célèbre par sa sagesse, sans se mettre en peine d'examiner si le contenu de ces Livres était fait pour figurer parmi les Livres inspirés par le Très-Haut ; le Cantique des Cantiques se trouva placé à côté des Psaumes et des Prophètes. »

« Quel dommage qu'à côté de si grandes beautés et d'une morale si pure, le Livre de Tobie renferme tant de superstitions et de fables absurdes, de démons, de sorciers, d'exorcismes ! etc. »

a La fable, l'invraisemblance, les fautes les plus grossières, sous le rapport de l'histoire, de la géographie, delà chronologie etc., etc., se trouvent en si grand nombre dans le Livre de Judith qu'on ne saurait y voir le récit d'un fait historique. »

« Le Livre attribué à Baruch, l'ami du prophète Jérémie, occupe à juste titre sa place parmi les apocrypkes. Il renferme un grand

nombre de faits invraisemblables et de fautes contre l'histoire. »

« Le Livre de Daniel est un tissu de fables, d'anecdotes et d'invraisemblances. »

« Nous ne possédons point les originaux des Livres du Nouveau Testament. Le plus ancien manuscrit qui soit parvenu jusqu'à nous, celui du Vatican à Rome, remonte au commencement du VIIe siècle après Jésus-Christ (i). »

On voit qu'en résumé cet auteur classique ne respecte guère que les Livres de Moïse, les Psaumes de David et quelques Prophéties. Astruc, au contraire, ne croit pas à l'authenticité et à l'intégrité du Pentateuque. « La Genèse telle que nous l'avons, dit-il, n'est pas de Moïse : elle renferme des répétitions choquantes, des antichronismes, des interpolaùons manifestes (2). » Le Livre des Psaumes, d'après Balhauser, est à rayer presque en entier du canon de l'Écriture.

(1) Manuel biblique, p. 30, 33, et suiv.

(2) Conjectures sur la Genèse, p. 431.

Et Lessing, Kopp, Niemenger, Eichorn et autres critiques allemands trouvent que les Évangiles ne doivent point y figurer par la raison que les documents primitifs consultés par St Mathieu, St Marc, St Luc, et même par St Jean, dit Vossius, ont été perdus, et qu'il est impossible, en conséquence, de savoir si les récits des quatre auteurs sont véridiques (i).

Les pasteurs Grandpierre, Monod, Merle d'Aubigné, de Pressensé admettent une espèce d'inspiration ; ils soutiennent qu'elle n'est pas littérale, qu'elle n'est pas absolue, qu'elle ne s'étend pas à tous les livres (2). M. Révillié ne croit pas qu'on détruise le christianisme en portant quelque atteinte à la théographie des saints Livres (3).

D'autres exégètes plus hardis encore émettent des principes qui tendent directement à détruire toute canonicité. D'après Colani, la

(1) Homes, Introduction, II, 443.

(2) Lien n" do mai 1850.

(3) Lien n" d'octobre 1856.

Bible ne mérite aucune autorité, par la raison que son texte est plein de variantes, que son canon longtemps incertain a été clos trop tard, que ses écrivains ont commis des erreurs, enfin qu'elle renferme des livres et des passages immoraux (r). Selon Berthold et de Wette, le canon des Écritures a été fait peu à peu et à diverses époques, ^ans intention bien arrêtée et même par accident (2). Cellerier soutient que son auteur a pu se tromper. « La tradition des Juifs, dit-il, parle d'une succession de docteurs sous le nom de Grande Synagogue ; rien absolument n'en garantit l'infaillibilité (3). » Enfin Semler, le père des rationalistes, Barhdt, Corrodi, Schérer, Pilatte, Viguier, nient toute inspiration, et en détruisant ainsi la divinité des saints Livres, détruisent leur canonicité.

L'auteur de l'ouvrage intitulé : La Bible mu-

(1) Le Protestantisme èvangèlique, par F. Gotlel.

(2) Berthold. Introduction, 1, 70. — Do Wolle. Introduction, pag. 15, 14.

(3) Collorior. I ntroduotion à t' Ancien Testament, pag. 362,

tilée par les Protestants ou Démonstration de la divinité des Écritures par la Réforme, publié à Toulouse par les ordres de Mgr d'Astros, conclut que le protestantisme est une religion fausse par le seul fait qu'il retranche du canon divin sept Livres entiers et les fragments des deux autres. Qu'eût dit ce controversiste s'il eût vu les protestants nier l'un après l'autre tous les Livres de l'Ancien et du Nouveau Testament (i) ?

Point de critérium de canouicitè.

Non-seulement les protestants ignorent de quels Livres se composent le canon des Écritures, mais ils sont dépourvus de tout moyen efficace de l'apprendre.

(1) Harms, lo protestant, disait qu'on pourrait écrire sur l'ongle du doigt les doctrines généralement reconnues paT ses coreligionnaires; les Livres unaniment admis par eux comme canoniques tiendraient moins d'espace encore : il n'y aurait rien à écrire.

Après avoir renié l'autorité de l'Église, ils se sont escrimés en vain à trouver un critérium de canonicité ; ils n'ont pu y parvenir.

Les uns veulent que Tunique témoin, le témoin nécessaire et irrécusable, soit la Synagogue, dépositaire et à la fois juge des Livres de l'Ancien Testament. « L'Église chrétienne, dit Leibnitz, ne reçoit rien de l'Ancien Testament dans son canon que l'Église du vieux Testament n'ait déjà reçu dans le sien (i). »

D'autres, doutant de l'infaillibilité de la Synagogue (2), dont le témoignage, du reste, ne peut avoir pour objet qu'une partie du canon, regardent « comme canoniques tous les Livres du Nouveau Testament, que les anciens ont admis comme tels (3), » et dont l'autorité n'a jamais été mise en doute dans l'Église (4). « Ils prétendent que dans les questions d'authenti-

(1) Leibnitz. Lettres du 2i mai, pag. 46.

(2) Cellerier. Introduction à l'Ancien Testament: 462.

(3) Première confession écoss. de 1568.

(4) Confetsion de Wurtemberg, en 552.

— ùb —

cité, de même que dans toutes les questions de fait, la vraie preuve est la preuve du fait, la preuve extérieure ou testimoniale, toutes les autres n'étant que secondaires (1). »

Celui-ci prétend que « la tradition est un secours et non pas un contrôle, que la preuve de l'inspiration de chaque Livre et par conséquent de la canonicité se trouve dans le Livre luimême. (2) » Celui-là regarde la prophétie comme le meilleur fondement delà canonicité. « Nous recevons les Livres canoniques surtout parce qu'ils prouvent assez par eux-mêmes leur autorité divine ; les aveugles mêmes peuvent voir clairement l'accomplissement des prophéties qu'ils contiennent (3). »

Beaucoup se défient de tout examen rationnel et se rapportent pour discerner la canonicité d'un Livre à l'opération du Saint-Esprit : « Que les fidèles aient le Saint-Esprit, dit M.

(1) Jalaguior. De l'autfmntieitê du N. T.

(2) 1. Augus. Manuel de la Bible, pag. 77.

(3) Confession de foi belge, coll. confess. 21.

Monod, et ils n'auront besoin ni de l'espérance que peut donner le tribunal visible de M. Favien (de l'Église catholique), ni de l'autorité qu'il peut exercer, ni de l'unité qu'elle peut produire, ni du ministère pastoral qu'il autorise. Le Saint-Esprit seul répond à tout, et c'est en le recevant que vous verrez toutes vos difficultés s'évanouir (i). — « Nous connaissons être canoniques et règle très-certaine de notre foi non tant par le commun accord et consentement de l'Église que par le témoignage et intérieure persuasion du Saint-Esprit qui nous les fait discerner d'avec les autres Livres ecclésiastiques (2). » — « Ce ne sont pas les arguments humains qui peuvent prouver l'autorité des Écritures mais le témoignage écrit du Saint-Esprit (3). » C'est un point résolu, il n'y aura que celui que le Saint-Esprit aura en-

(1) A. Monod. La Cité, 366.

(2) Calvin. Inslit. lib. I. c. 8 dt 7.

(3)Co«/ess. de foi de France, de 15»9, art. 4, Coll. Conf. t. 1.

seigné qui se reposera fermement sur la divinité des Écritures.

Il en est qui rejettent l'autorité des églises, le goût interne, la révélation de l'Esprit, le mérite intrinsèque des Livres saints et qui font reposer l'inspiration uniquement sur le témoignage même des Écritures. « Qu'on y prenne garde, l'entière divinité de telle ou telle parole des Écritures dépend à vos yeux, non de ce qu'elle se trouve dans le Livre des oracles de Dieu, mais de ce qu'elle présente à votre sagesse et à votre spiritualité certain caractère de spiritualité et de sagesse ; la sentence que vous portez ne peut pas toujours être tellement exempte d'hésitation que vous ne conserviez rien à son égard des doutes par lesquels vous aurez commencé. Il faudra donc que votre foi participe de votre incertitude, et qu'elle soit elle-même imparfaite, indécise, conditionnelle. Telle sentence, telle foi ; et telle foi, telle vie ; mais ce n'est pas là la foi, ce n'est pas là la vie des élus de Dieu.

« Même en présence des passages que vous aurez le plus admirés, vous n'aurez ni l'attitude ni le cœur d'un croyant. Comment cela se pourrait-il après que vous les aurez fait comparaître, comme le reste des Écritures, devant le tribunal de votre jugement, pour y être déclarés par vous divins, ou non divins, ou semidivins ? Quelle peut être sur votre âme l'autorité d'une parole qui n'est infaillible pour vous, qu'en vertu de vous ? N'a-t-elle pas dû se présenter à votre barre à côté d'autres paroles du même livre que vous avez convaincues d'être humaines en tout ou en partie ? Votre esprit prendra-t-il donc sincèrement devant elle l'attitude honorable et permise d'un disciple, après avoir tenu celle d'un juge ? Cela n'est pas possible. L'obéissance que vous lui rendrez sera peut-être de l'acquiescement, jamais de la foi, de l'approbation, jamais de l'adoration.

« Vouloir établir l'entière inspiration des Ecritures sur la considération de leur beauté, de leur constante sagesse, de leur prudence

prophétique et de tous ces caractères de divinité qu'y s'y révèlent, ce serait l'appuyer sur des raisonnements justes sans doute, mais contestables, ou du moins contestés. C'est aux seules déclarations de la sainte Ecriture que nous devons nous arrêter ; nous n'avons pas d'autre autorité pour les dogmes de notre foi, et la théopneustie est un de ces dogmes (i). »

L'auteur cite ensuite quelques-unes de ces déclarations dont voici les principales : « Toute écriture est théopneustique. » C'est la traduction qu'il donne de ce passage de la IIe Epitre à Timothée : Toute écriture inspirée de Dieu est utile pour instruire, pour apprendre, etc. (i). « C'est poussés par l' Esprit-Saint que les saints hommes de Dieu ont parlé (2). La parole vint à Nathan : Dieu dit, etc. » M. Gaussen oublie que le passage de saint Paul doit se tra-

(1) Théopneustie ou inspiration plénière des Saintes Ecritures, 46 et suiv.

(2) 2 Tim. III. 16.

(3) 1 Petr. I. 21.

duire ainsi : Toute Ecriture, quand elle est inspirée, et non toute l'Ecriture est inspirée ; que celui de saint Pierre ne nomme pas les saints hommes que le Saint-Esprit a poussés à écrire ou à parler ; que les paroles des prophètes ne s'appliquent qu'aux Livres qui les contiennent et non à tous ceux qui forment le canon ; et enfin que chercher dans l'Ecriture sainte des principes pour prouver l'inspiration de l'Ecriture sainte, c'est une pétition de principe, un contre-sens, un fallace d'accident et un cercle vicieux. Voilà donc toute l'argumentation du plus chaleureux défenseur de l'inspiration parmi les protestants !

Bible complètement détruite.

Faut-il s'étonner après cela que les Livres saints aient été de leur part le but d'attaques si violentes et si fréquentes ? En ce moment, il n'est pas une seule partie de l'Ecriture qui n'ait

eu quelque outrage à subir ; pas un seul Livre dont on n'ait révoqué en doute ou l'authenticité, ou la véracité, ou l'intégrité. Qu'on lise le tableau suivant.

Ont été rejetés comme n'étant pas entièrement authentiques, véraces ou intègres, savoir :

Les Livres légaux ou Pentateuque, par Grotius, Leclerc, Spinosa, Hobbes, Pereyre, Hasse, Fulda, Nactigals, Wilson, Hartmann, Berthold, de Wette, Vater, Astruc, Bohlen, Lacène, Watke, Balhauser, Hannereau, Colenso.

Les Livres Deutero-canoniques, par Luther, Calvin, Adam Francini, Dumoulin, Claude Jurieu, Cellerier, Blanc, Malan, Bungener.

Les Livres historiques : Josué, par Hobbes, Pereyre, Balhauser, Hannereau, Lighfoot, Leclec.

Les Juges, par Spinosa, Hannereau, Balhauser.

Ruth, par Grotius, Leclerc, Spinosa, Hannereau, Berthold.

Les Rois, par Spinosa, Balhauser.

Les Paralipomènes, par Gésenius, de Wette, Gramberg.

Job, par Luther, Stork, Balhauser, Hannereau.

Est lier, par Luther, Calvin, Coquerel, Cellerier, Storck, Hottinguer.

Esd?-as, par Spinosa, de Wette, Balhauser.

Les Livres sapientiaux : Les Psaumes, par Munier, Leclerc, Berthold, Colani, Balhauzer.

Les Proverbes, par Socin, Luther, Balhauser.

L'Eccclésiaste, par Luther, Grotius, Zerkel, Cellerier, Colani.

Le Cantique des Cantiques, par Grotius, Castalion, Michaélis, Balhauser, Hannereau, Colani, Jacobi, Cellerier.

Les Livres prophétiques : Isaïe, par Eichorn, de Wette, Baucer, Gésenius, Augusti, Berthold, Hirnzig, Kopp, Rosenmuler, Eisingen, Maurer.

Jérémie, par Payne, Michaélis, John, Bertholdt.

Baritch, par Grotius, Cappel, Eichorn, Berthold, de Wette.

E\êchiel, par Œder, Vogel, Corrodi.

Daniel, par Collins, Semler, Laugerk, de Wette, Gésenius, Eichorn, Black, Michaélis, Kirms, William.

Joël, par Eichorn, Justi, Credner, de Wette.

Jonas, par Eichorn, Hermann, Grimm, Less, Rosenmuler.

Nahum, par Hartmann, Briensen.

Zacharie, par Berthold, Rosenmuler, Eichorn.

Tous les prophètes, par Grotius, Leclerc, Spinosa, Buttler, Midllelton, Kidder, Coleridge1 Semler, Paulus, Corrodi, Balhauser, Berthold, Bauer, Ewold, Eichorn.

Les Évangiles : de saint Mathieu, par Celle" rier, Michaélis, Neandef, Norton.

De saint Marc, par Semler, Michaélis, Eichorn. Marsch, Bimsen.

De saint Luc, par Neger, Gellerier, Michaélis, Bimsen.

De saint Jean, par Togll, Ballestadt, Horst, Breschneider, Vossius.

Tous les Évangiles, par Brunsfeldt, Évanson, Herder, Hekermann, Grester, Paulus, Kinael, Ammon, Baur.

Les écrits apostoliques : les Actes des Apôtres, par Grotius, Leclerc, Michaélis, deWette, Hilgenfed.

L'Épitre aux Romains, par Rieuss.

La i™ aux Corinthiens, par de Gasparin, Monod.

Celle des Philippiens, par Kranse, Heinrichs.

Aux Thessalonniciens, par Shmidt.

La ire à Timothée, par Schleimacher.

La 2e et celle à Tite, par Erchorn.

Celle aux Hébreux, par Luther, Francini, Grotius, Leclerc, Zwingle, Hammon, Michaélis, Wegscheider.

Les Epitres de saint Paul en général, par Grotius, Leclerc, Collins, l'auteur du Manuel de théologie protestante.

La première Épitre de saint Pierre, par Cludius, Eichorn.

La seconde, par Francini, Camerarius, Semler, Wendichmann, Leclerc, Macicoff.

La 3e de saint Jean, par Semler, Sandius. Scholz, Wolozagain, Westin, Lange, Cludius, Griebach.

Les deux dernières, par Luther, Francini, Grotius, Beck, Fischte, Bretchneider, Chemnitz.

VÉpitre de saint Jacques, par Luther, Francini, Michaélis, Balten, Welker, Dahl.

U Apocalypse de saint Jean, par Luther, Francini, Chemnitz, Grotius, Rosenmuler, Herdez, Hug, Eichorn, William.

Voilà des attaques de détail; en voici qui embrassent l'Écriture sainte tout entière.

Ont rejeté tous les Livres divins :

Les communistes Weitling, Owing, Weissaupt, Heintzen.

Les libéraux Holzman, Colani, Coquerel, Schérer, Steeg.

Les panthéistes Spinosa, Schelling, Fischte, Hegel.

Les incrédules Strauss, Gobât, Francz, Marc, Wislicin, Barhner, Wegscheider.

Les mythologues Baur, Thiess, Gabier, Flugge, Paulus, Hammon, de Wette, Weklein.

Les rationalistes Wescheider, Baugmartin, Wœlner, Reinahart, Augusti, Pecaut, Barhdt, Feurbach, Bunsen, Donaldium, Temple, Tojan, Collins, Wocston, Ernesti, Saintes, William, Pattison, Powel, Jowet, Semler, Wislicin, Grossemann, Ruppe, Edman, Mareinke, Rustig, Ewald, Schuster, Kunt, les pasteurs Pilatte, Viguier, Pélissier, Reviel, Bruch, Leblois.

Tous ces écrivains, dont nous venons de citer les noms, sont protestants ; tous, en soumettant la question de la canonicité des Livres saints à leur examen privé, ont fait une application légitime du principe fondamental de la Réforme. Plusieurs synodes protestants ont

gémi sur ce travail de destruction ; aucun n'a osé se prétendre le droit de l'arrêter.

Nous le répétons donc pour la troisième fois : le canon des Livres saints a été démoli pièce à pièce par la Réforme. « Marcion, le fer à la main au lieu de stylet, a mis en pièces toutes les Ecritures pour donner du poids à son système »; rien n'est resté debout de cet édifice sacré ; tout a été immolé dans cette hécatombe sacrilège. Si un libraire protestant voulait aujourd'hui publier une Bible et ne la composer que des Livres unanimement admis par ses coreligionnaires, il aurait juste zéro à imprimerj

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