INTRODUCTION
On a beaucoup discuté sur Homère. De nos jours, le point qui, dans la question homérique, a été le plus débattu est celui qui concerne Tunité ou la multiplicité du personnage d'Homère. On s'est demandé si le nom d'Homère désigne un seul et même poète, auteur de l'Iliade et de l'Odyssée, et particulièrement du premier de ces poèmes, ou si c'est un nom collectif «'appliquant à toute une école, à une famille d'aèdes qui auraient, l'un après l'autre, fourni leur contingent à l'œuvre dite homérique. L'opinion traditionnelle, qui tenait pour l'unité, a été longtemps soutenue; mais, après les nombreux travaux qui ont été faits sur cette question, le nombre de ses adhérents diminue chaque jour, et l'opinion qui tend aujourd'hui à se généraliser est celle qui, pour ne parler que de l'Iliade, décompose cette épopée en un grand nombre de rhapsodies qui seraient émanées, à diverses époques, de différents poètes (1).
Une autre question, non moins intéressante que la
(i) Voy. Histoire de la Littérature grecque, par M. Maurice Groisel. Paris, 1887. Indogermanisclie Mythen,^ II. Achilleis, par M. E. Hugo-Meyer. Berlin, 1887; ouvrage cité parla Revue des Religions ^ L XVII, p. 24.
Il INTBOD0CTION
première, est celle qui regarde Toriginalité d'Homère. Jusqu'à quel point le poète désigné sous ce nom est-il Fauteur des poèmes qu'on lui attribue? NVt-il rien emprunté d'ailleurs? N'a-t-il pas eu sous les yeux une littérature déjà faite et assez riche pour lui fournir des matériaux qu'il aurait mis en œuvre? Sur cette question fort importante, la philologie a gardé un silence à peu près complet. Elle a, de nos jours, exploré les fondements de toutes les littératures classiques; elle a comparé les époques aux époques, les genres littéraires aux genres littéraires, les chefsd'œuvre aux chefs-d'œuvre, et elle a trouvé que, généralement parlant, toute littérature relativement moderne avait son modèle dans une littérature plus ancienne. Or, comment se fait-il qu'elle n'ait pas soumis Homère à un examen analogue? Pourquoi a-t-elle supposé dans ce poète un génie créateur dont on n'a d'exemple nulle part, si ce n'est dans la Bible, qui n'est pas l'œuvre de l'homme, mais l'œuvre de. Dieu même?
Partant de ce principe, que l'esprit humain se développe à toutes les époques d'après des lois identiques; supposant, d'un autre côté, que la littérature des Hébreux était la éeule qui pût servir de modèle à Homère, nous avons rapproché du texte biblique plusieurs parties de l'Iliade, et une première confrontation a eu pour résultat la publication d'un opuscule intitulé : Les Emprunts d'Homère au livre de Judith (1). Nous avons l'intention d'exécuter un travail
(1) Cet opuscule, acluellement traduit en allemand, a été