SOMMAIRE
1. Chrysès est outragé par AgamemnoD, et Apollon venge son prêtre en lançant la peste sur l'armée des Grecs (8). — Moïse est outragé par Pharaon, et Dieu venge son envoyé en frappant de dix plaies de la terre d'Egypte.
2. Agamemnon renvoie Chryséis à Chrysès (308). — Pharaon rend (a liberté aux Israélites.
3. Agamemnon se fait amener Briséis, une des captives d'Achille (318). — David se fait ramener Miehol que SaUl avait donnée & un autre.
4. Jupiter promet à Thétis que les Grecs n'auront plus l'avantage sur les Troyens, tant que l'injure faite à Achille ne sera
pas réparée (488) David promet à Betbsabée de choisir
Salomon pour son successeur.
5. Junon reproche à Jupiter le bon accueil qu'il a fait à Thétis (531). — Joab reproche à David le bon accueil qu'il a fait à Abner.
6. Intervention de Vulcain, boiteux des deux jambes (ô71). — Miphiboselh, boitfmx des deux Jambes^ devient commensal de David.
1 (1). « Chante, déesse, la colère d'Achille, fils de Pelée, colère fatale qui répandit mille maux
sur les Grecs, précipita chez Pluton les âmes pleines de force d*une foule de héros, et les livra eux-mêmes en proie aux oiseaux ot aux chiens. Ainsi s'accomplit la volonté de Jupiter, du jour que pour la première fois, une querelle désunit Agamemnon, roi des guerriers, et le divin Achille. » (1)
Ce début nous semble calqué sur celui du premier cantique de Moïse, Exod, XV, : « Chantons un hymme au Seignenr, parce qu'il a fait éclater sa grandeur et la gloire : il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. » La Muse, en éolien Moïsa^ à laquelle le poète adresse son invocation, représente Marie, sœur de Moïse, qui répéta son cantique avec les autres femmes israélites.
2 (8). « Quelle divinité fit naître cette discorde ? le lils de Latone et de Jupiter. Irrité contre le roi, il frappe le camp d'une contagion cruelle, et les guerriers périssent. Car le fils d'Atrée a méprisé son prêtre Chrysès lorsque, pour racheter sa fille, celui-ci est venu vers les légers vaisseaux des Achéens. »
Traduisez : Jéhovah, irrité contre le roi Pharaon, frappe l'Egypte de plaies cruelles, et les Egyptiens périssent. Car Pharaon a méprisé ses deux envoyés, Moïse et Aaron, lorsque ceux-ci
(1) Traduction de Giguet.
sont venus lui demander de laisser partir les enfants d'Israël.
3 (13). « Le vieillard porte des présents infinis ; il tient en ses mains, autour d'un sceptre d'or, les bandelettes du dieu qui lance au loin jles traits ; il implore tous les Grecs, et surtout les deux Atrides, chefs des guerriers : « Fils d'Atrée, et vous « Achéens aux belles cnémides, puissent les dieux « qui habitent les palais de l'Olympe vous accor- « der la ruine de la ville de Priam, et un heureux a retour au sein de vos demeures ! Mais rendez- « moi ma fille chérie ; et, pleins de respect pour le «' fils de Jupiter, pour Apollon qui lance au loin les « traits, acceptez la rançon de Chryséis. »
De même que Chrysès tient un sceptre d'or, de même Moïse tenait une verge avec laquelle il opérait de grandes merveilles. Chrysès dit aux Atrides: « Rendez moi ma fille chérie » ; Moïse dit à Pharaon, ibid., V, 1 : « Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d^Israôl : Laissez partir mon peuple. »
Les présents infinis que porte Chrysès pour la rançon de Chryséis, sont peut-être une allusion à la rédemption que le Messie devait opérer en faveur de « son peuple », personnifié par Chryséis. Il faut avouer que le nom de (]lhryséis, « la vierge dor^ij a été bien choisi pour désigner la nation Israélite.
4 (22). « Alors tous les autres (jvecs parlent en
sa faveur ; ils veulent honorer le prêtre et accep-' ter les riches présents. »
Les serviteurs de Pharaon parlèrent aussi en faveur des Hébreux lors qu'ils lui dirent, ibid, , X, 7 : Laissez aller ces gens-là, afin qu'ils sacrifient au Seigneur leur Dieu. »
5 (24). « Mais cela ne plaît pas au fils d'Atrée, Âgamemnon ; il chasse rudement Chrysès, et lui adresse ces paroles menaçantes :
« Prends garde, ô vieillard, gwd je ne te ren- « contre près de nos vaisseaux, soit que tu y « restes maintenant, soit que tu y reviennes ence core ; ni le sceptre ni les bandelettes du dieu ne « te sauveraient de ma colère. Je ne le rendrai « point ta fille, qu'elle n'ait vieilli loin de sa patrie « dans mon palais en Argos, où elle tissera ma « toile et partagera ma couche. Fuis donc et cesse « de m'irriter, si tu veux partir sans périL »
Pharaon tint un langage semblable lorsqu'il dit à Moïse, ibid., 28 : v Retirez-vous et gardez-vous bien de paraître jamais devant moi; car en quelque jour que ce soit que vous vous montriez à moi, vous mourrez, »
6(32). a II dit : le vieillard tremblant obéit et s'en va en silence le long de la mer aux bruits tumultueux. Lorsqu'il s'est éloigné de la flotte, il adresse sa prière au dieu Phébus, qu'enfanta la blonde Lalone :
CHANï PREMIER 29
« Exauce mes vœux, ô toi qui protèges Chryse c< et la divine Cilla, toi qui règnes puissamment sur « Ténédos, dieu de Srainthe. Si jamais j*ai couvert « letempleque tu aimes, si jamais j'aibrùlépourtoi «les cuisses succulentes des chèvres et des tauw reaux, accomplis mes désirs : que tes traits fas- « sent expier mes larmes aux fils de Danaûs. »
Moïse se retira aussi de la présence de Pharaon, mais ce ne fut pas en tremblant, ibid,, 29: « Ce que vous ordonnez, lui dit-il, sera faît: je ne verrai plus jamais votre visage. » — Moïse ne pria pas Dieu de punir Pharaon : ce fut Dieu qui lui déclara comment il voulait faire expier aux Egyptiens les larmes de son peuple^ ibid., XI, 1 : « Le Seigneur dit à Moïse : Je ne frapperai plus PEgypte que d'une seule plaie ; et après cela il vous laissera aller, il vous pressera même de sortir. »
7 (43). « Ainsi parle le vieillard ; Apollon entend sa prière, et il s'élance des cimes de l'Olympe, courroucé en son cœur, ayant aux épaules son arc et son carquois fermé ; à chaque pas du dieu en colère, sur lui ses traits retentissent, et il s'avance semblable à la nuit. Bientôt il s^arrête loin des navires, et lance une première flèche ; l'arc d'argent rend un son terrible. Les mulets d'abord, et les chiens agiles sont frappés ; mais le dieu dirige ensuite contre les guerriers un trait amer qui les at-
teint, et dès lors de nombreux bûchers ne cessent plus do consumer les morts. Pendant neuf jours, les traits d'Apollon volent sur le camp. Dans la dixième journée, Achille convoque tout le peuple à l'agora, car Junon, déesse aux bras blancs, inquiète pour les Argiens qu'elle voit succomber, lui a mis en l'esprit ce dessein. »
Apollon s* élance des cimes de l'Olympe comme V Ange exterminsitexir descendit du ci^/ pour frapper de mort les premiers nés des Egyptiens. — Apollon semblable à la nuit, c'est l'ange descendant au milieu de la nuit. — Son arc d'argent rappelle les « feux qui brillaient de toutes parts • en Egypte. Ibid.jlX^ 23. — Le son terrible que rend Tare d'Apollon, c'est le bruit du tonnerre que le Seigneur fit gronder lorsque Moïse « leva sa verge vers le ciel. » Ibid.^ — Les mulets d'abord, et les chiens sont frappés : c'est la peste envoyée par Moïse sur les animaux de l'Egypte, ibid,, 6. — Le dieu dirige ensuite contre les guerriers un trait amer : c'est la mort des premiers nés de l'Egypte. — Les traits d'Apollon volent dans le camp pendant neuf jours et continuent d'y voler la dixième journée : ce nombre est une allusion aux dix plaies d'Egypte.
8 (S7). « Lorsqu'ils sont tous réunis à l'assemblée, Achille aux pieds légers se lève, et leur adresse ce discours :
Chaî<ît premier âl
« Atride,je le vois, bientôt nous serons con- « traints d'errer encore sur les flots et de rega- « gner nos demeures, si toutefois nous échappons « à la mort ; car la guerre à la fois et la peste moisce sonnent les Argiens. Mais crois-moi, consultons « un devin, un prêtre, un interprète des songes Œ (les songes aussi viennent de Jupiter) ; qu'il nous « dise pourquoi Phébus est si fort irrité. Sachons « s'il se plaint pour des vœux ou ^pour des héca- • tombes ; et s'il a dessein de détourner de nous la « conlagion, lorsque nous lui aurons donné sa « part du fumet de nos agneaux et de nos chèvres « les plus belles. »
Consultons un devin,,, David prit un jour un moyen analogue pour connaître la cause d'une famine qui désolait son royaume depuis trois ans, U Rois {Sam.) ^ XXI, 1 : « Il consulta V oracle du Seigneur, et le Seigneur lui répondit que cette famine était arrivée à cause de Saûl et de sa maison, qui était une maison de sang, parce qu'il avait tué les Gabaonites. » — Le fumet des agneaux et des chèvres dont parle Achille nous paraît renfermer une allusion à l'ordre que Dieu donna aux Israélites d'immoler un agneau ou un chevreau pour préserver leurs maisons de la mort qui devait atteindre toutes les familles de l'Egypte. Exod., XII, 3, 5.
9 (68). « A ces mots, Achille reprend sa place.
Alors Calchas, fils de Theslor, le plus infaillible des augures, se lève devant rassemblée ; il sait le présent, le passé, Tavenir ; c'est lui qui a conduit la flotte jusqu'aux rivages d'IIion, par la science divinatoire dont Ta douéPhébns. »
Calchas, le plus infaillible des augures^ qui a conduit la flotte jusqu'aux rivages d'Ilon^ représente Moïse, propliète et conducteur du peuple de Dieu.
10 (73). « L'esprit plein de bienveillance, il harangue les Grecs, et dit :
« Achille, tu m'ordonnes d'interpréter le courte roux d'Apollon qui lance au loin les traits. Je le « ferai ; mais fais attention, jure-moi de me dé- « fendre résolument par ton bras et par tes dis- « cours. Car, je le prévois, je vais courroucer un « homme qui commande ici puissamment, et à qui « tous les Achéens obéissent. Or, un roi remporte « qu^nd il s'irrite contre le faible ; si d* abord il « dissimule sa colère, il la nourrit en son sein « jusqu'à ce qu'il l'assouvisse. Vois donc si tu me « sauveras. »
a Achille, reprenant, s'écrie : c Rassure-toi et t explique-nous le signe divin comme tu Pas com- « pris. Non, par Apollon, cher à Jupiter, par le a dieu que tu implores, ô Calchas, et grâce à qui « tu nous dévoiles les augures, tant que je respim rerai, tant que je verrai la lumière, nul des
« Grecs, près de nos vaisseaux, n'appesantira sur M loi les mains ; pas même si tes paroles désignent « Agamemnon, qui maintenant se glorifie d'être ff le plus puissant de tous. »
Ce passage nous parait faire allusion à la scène biblique dans laquelle une femme de Thécua chercha à réconcilier David avec Absalon, qui avait encouru sa disgrâce en assassinant Amnon., II Rois (Sam,)^ XIV, 10. Elle feignit d'avoir eu deux fils, dont l'un avait été tué par l'autre dans une querelle. Ses parents demandaient la mort du coupable, en sorte qu'elle se voyait menacée de perdre le seul enfant qui lui restait. Elle priait donc le roi d'user de tout son pouvoir pour empêcher ce malheur. David lui répondit : « Si quelqu'un vous dit un mot, amenez-le moi, et soyez sûre qu'il ne vous troublera plus. Elle dit encore : Je vous conjure par le Seigneur votre Dieu d'empêcher que les parents ne s'élèvent Tan après Tautre, pour venger par la mort de mon fils le sang de celui qui a été tué {Jure-moi de me défendre,) Le roi lui répondit : Vive le Seigneur {Non^ par Apollon) ! il ne tombera pas en terre un seul cheveu de la tête
de votre fils [Nul des Grecs n'appesantira sur toi les mains). »
11 (92). « Ainsi, le devin irréprochable est rassuré et il dit : « Le dieu qui lance au loin les traits « ne se plaint ni pour des vœux, ni pour des hé-
« catombcs, mais à cause de son prêtre Chrysès « qu'Alride a méprisé en refusant de lui rendre sa « fille et d'accepter une juste rançon, et il vous" « envoie ces maux; et il vous en réserve encore. Il « ne détournera pas les funestes atteintes de Ja « contagion que nous n'ayons renvoyé à un père « chéri la jeune fille aux yeux vifs, sans présents, « sans rançon, et conduit àChryse une hécatombe « sacrée ; après nous Fêtre rendu propice, nous « fléchirons le dieu. »
« Le devin irréprochable est f^assuré, » La femme deïhécua/i^f enissi rassurée par David, ibid.f 12: « Que mon seigneur et mon roi, lui ditelle, permette à sa servante de lui dire une parole. Parle j dit le roi. » — w II ne détournera pas les funestes atteintes de la contagion que nous n'ayons renvoyé à un père chéri la jeune fille aux yeux vifs. » La ïhécuite demanda aussi à David qu'Absalonpût vQy&mv auprès de son père, qui était David lui-même, tôid!., 13: «Pourquoi, lui dit-elle, le roi se résout-il à pécher plutôt que de rappeler (son fils qu'il a) banni ?
12 (101). « A ces mots, Calchas reprend sa place. Aussitôt le héros, filsd'Atrée, Agamemnon au loin puissant, se lève devant l'assemblée. II gémit; une violente colère remplit son sein ; ses yeux semblent des flammes étincelantes ; il lance à Calchas un regard menaçant et s'écrie :
CHAMT PREMIER 35
« Devin de malheurs, jamais tu ne m'as dit une « bonne parole ; sans cesse ton esprit se plaît à « augurer des maux ; tu ne dis rien, tu ne fais rien « de bon; maintenant encore, expliquant aux « Grecs les augures, tu leur annonces que le dieu « qui lance au loin les traits ne frappe que parce « que j'ai refusé la rançon de la jeune Chryséis. « J'aime bien mieux en effet la garder chez moi : « je la préfère à Cly temneslre, ma légitime épouse ; « elle ne lui est inférieure ni en beauté, ni en a grâces, ni en esprit, ni en adresse dans ses tra- « vaux. »
« Devin de malheurs,... tu ne dis rien^ tu ne fais rien de bon, » Achab, roi d^sraël, ayant invité Josaphat, roi de Juda, à venir combattre avec lui le roi de Syrie, Josaphat lui dit, III (I) Rois^ XXII, 7: «N'ya-t-il pas ici quelque prophète du Seigneur, afin que nous le consultions par lui? Le roi d'Israëlrépondit à Josaphat : Il est demeuré un homme par qui nous pouvons consulter le Seigneur ; mais je hais cet homme-là, parce qu't7 ne me prophétise jamais rien de bon, et quHl ne me prédit que du mal : c'est Michée^ fils de Jemla. » On voit qu'Homère met dans la bouche d'Agamemnon les paroles mêmes d' Achab.
13 (116). « Mais enfin, je consens à la rendre, si « ce parti est le meilleur. Je désire, moi, que l'ar- « mée soit sauvée et non qu'elle périsse. Arrê-
« tcz-raoi donc à l'instant une récompense, afin « que, de tous les Grecs, je n'en sois point seul pri- I vé. Ce ne serait pas convenable, et vous êtes « tous témoins que la mienne m'est ravie. »
« Je consens à la rendre. » David exauça aussi, du moins en partie, la prière de la femme de Thécua en faveur d'Absalon, II. Rois [Sam.), XIV, 2i : « Et le roi dit:
QuHl retourne en sa maison. — « Je désire que l'armée soit sauvée, et non pas qu' elle périsse . » La Thécuite dit à David, ibid., 14 : « Dieu ne veut pas qu'une âme périsse ; mais il diffère l'exécution de son arrêt, de peur que celui qui a été rejeté ne se perde entièrement. » — « Arrêtez-moi une récompense, afin que, de tous les Grecs, je n'en sois poijit seul privé;... la mienne m^est ravie. » La femme de Thécua dit aussi à David que l'un de ses fils lui avait été ravi, et elle le pria de faire en sorte qu'elle ne fût pas privée de celui qui lui restait.
14 (121). « L'impétueux et divin Achille lui répond en ces termes : « Glorieux Atride, le plus « avide des hommes, comment les magnanimes a Argiens te donneraient-ils une récompense ? Ils n ont point, que nous sachions, en commun un u amas de richesse ; celles des villes que nous « avons détruites, nous les avons partagées, et il (( ne convient pas de les redemander à l'armée
« pour les réunir de nouveau. Envoie donc au dieu « cette jeune fille ; nous te donnerons des présents « triples et quadruples, si jamais Jupiter nous^ « accorde de renverser les superbes remparts c< d'Ilioh. »
a Glorieux Atride. » Nathan rappela à David coupable d'adultère et d'homicide le rang glorieux où Dieu l'avait élevé, iôîcî., XII, 7. « Voici ce que dit le Seigneur : Je vous ai sacré roi sur Israël. » — « Le plus avide des hommes. » Nallian fît un reproche semblable à David, ibid., 9 : « Vous avez ôté à Urie sa femme, et vous l'avez prise pour vous. » — « Les richesses des villes que nous avons détruites, nous les avons partagées. » Nathan dit à David, ibid., 8: fi Je vous ai mis entre les mains la maison et les femmes de votre seigneur, et je vous ai rendu maître de toute la maison d'Israël et de Juda. » — « Nous te donnerons des présents triples et quadruples, » Nathan continue: ibid.^ « Si cela paraît peu de chose, j'étais prêt à y en ajouter de beaucoup plus grandes. »
15 (i30). « Achille, s'écrie le puissant Agamem- « non, héros semblable aux dieux, renonce à de « tels artifices, vaillant comme lu l'es ; n'espère ni « me surprendre ni me persuader. Veux-tu par «hasard posséder une récompense quand je me «tiendrai tranquille, privé de la mienne? Est-ce
LA BIBLB TRATKSTIE PAR HOM'^RIC
H puur cela quo lu m'ordonnes de rendre ma ca] ic tivi! ? Eli liieii, j'y consens, si les Cirecs magni M nimes m'accordent des présents qui charraei i< également mon âme. S'ils me les refusent, mo Il mtme je ravirai la récompense, ou celle d'Aja: " ou celle d'Ulysse. Je l'entraînerai sous ma tenl « et celui chez qui j'irai s'en irritera. >'
R Moi-même je ravirai ia récompense. « N) tliantermina ainsi son discoursii David, ibid., il » Voici donc ce que dit le Seigneur; ...Jeprei « drai vos femmes à vos yeux. "
10 (liO). Il Mais nous délibérerons sur ce suji (( une autre fois. Maintenant, lancions à la rai i' divine un noir vaisseau ; confions-le à de hard M rameurs, qui conduiront une bétacombc et, u belle Gbryséis, sous les ordres de l'un des chel d'Ajax, d'Idoménée, dn divin Ulysse ou deto « même, fils de Pelée, le plus redoutable des héro V de toi qui nous rendras le dieu propice aprfes 1 (1 avoir offert des victimes. » i
Celte conversion d'Aganiemnon correspond l'aveu que Davil fit de son double crime en disa: à Nathan, ibid.. 13 : J'ai péché contre le Sfl gncur. i> — « ... Sous les ordres... de toi qui noi rendras le dieu propice. » Ce dieu rendu propic c'est Jéhovah : « Nalban lui répondit : Le Se gneur aussi a transféré votre péché ; vous i mourrez point. »
17 (148). • Ah ! s'écrie Achille en lui jetant un « regard courroucé, cœur artificieux, front impu- « dent, comment se trouve-t-il un seul Grec qui « consente à t'obéir pour entreprendre des marches « ou pour livrer des batailles ? Je ne suis pas venu « combattre ici par haine pour les vaillants « Troyens; ils ne m'ont jamais offensé. Ils n'ont « ravi ni mes coursiers ni mes taureaux ; «jamais, dans la fertile Phthie, féconde nourri- « cière des guerriers, ils n'ont ravagé nos mois- « sons ; car il y a entre nous trop de montagnes « ombragées de forêts, trop de flots retentissants. « C'est donc toi que nous avons suivi devant Ilion « pour te combler de joie, pour venger l'honneur « de Ménélas et le tien, roi sans pudeur. Mais tu « nous dédaignes, tu nous méprises ; tu me « menaces d'enlever toi-même ma captive, conte quise par de si rudes travaux, et que m'ont dé- « cernée les fils de l'Achaïe. Cependant jamais ma « récompense n'e§t égale à la tienne, lorsque les « Grecs ont détruit quelque superbe ville des a Troyens. Oui, mes bras soutiennent le fardeau a de la cruelle guerre, et lorsque vient le partage « des dépouilles, ton lot est toujours le plus prête cieux, et le mien, le moindre ; mais il m'est a agréable, et jeTemporleversmesnavires, accablé « de la fatigue des batailles. Eh bien, je pars, je « retourne dans la Phthie ; [il vaut mieux pour
« moi renlrer aux demeures paternelles avec mes « navires. Je le sens, tu ne trouveras sur ces rives « ni trésors ni richesses, après m'avoir outragé. »
Le poêle, dans ce discours qu'il prête à Achille, nous paraît s'être proposé de travestir le récit de la prise de Rabbalh, îôfrf., 26 : « Joab continua à assiéger Rabbalh, ville des Ammonites ; et étant près de prendre cette ville royale, il envoya des courriers à David, avec ordre de lui dire : J'ai battu jusqu'ici Rabbath, et cette ville environnée d'eau va être prise. Faites assembler le reste du peuple, et la prenez, de peur que, lorsque je l'aurai détruite, on ne m'attribue cette victoire. (Je ne suis pas venu combaltre ici par haine... (mais) pour te combler de joie), David assembla donc tout le peuple, et marcha contre Rabbath ; et, après quelques combats, il la prit. Il ôta de dessus la tête du roi des Ammonites le diadème, qui pesait un talent d'or ^ et éia.ii enrichi de pierreries très précieuses (tu ne trouveras sur ces rives ni trésors ni richesses) et il fut mis sur la tête de David. Il remporta aussi de la ville un fort grand butin (ton lot est toujours le plus précieux). »
18 (172). « Fuis ! s'écrie Agamemnon, fuis, « puisque ton cœur brûle de ce désir. Je ne te « prierai point de rosier ici à cause de moi ; assez «d'autres m'honoreront, et surtout le prévoyant a fils de Saturne. Tu m'es le plus odieux des rois
« élèves de Jupiter ; sans cesse tu le plais aux dis- « cordes, aux combats, aux querelles ; tu t'enor- (( gueillis do ta valeur, mais c'est un dieu qui le « Ta donnée. Retourne aux demeures paternelles a avec tes compagnons et les vaisseaux; va régner « sur les Myrmidons ; je n'ai de toi aucun souci, « et je dédaigne ton courroux. Voici ma menace ; « puisque Apollon m'enlève Chryséis, je vais la « faire conduire à son père, sur un de mes navires, « par mes compagnons ; puis aussitôt je vole à la w tente, et moi-même je ravis la belle Briséis, ta « récompense ; tu sauras enfin que ma puissance a l'emporte sur la tienne, et les autres Grecs crain- (i dront "do s'égaler ou de se comparer à moi. »
Agamemnon parle ici comme parlait Séméi lorsqu'il poursuivait à coups de pierres David fuyant devant Absalon, ibid.^ XVI, 7. « Fuis y fuis », dit Agamemnon; « sors, sors^ » disait Séméi. — Agamemnon : « Sans cesse tu te plais aux discordes, aux combats, aux querelles. »
Séméi : « Sors, homme de sang et homme de Bélial. » — Agamemnon: « Tu t'enorgueillis de ta valeur, mais c^est un dieu qui te Va donnée. » Séméi : Le Seigneur a fait retomber sur toi tout le sang de la maison d'Israël. » Comp. Psaume XVII (XVIII), 40 : « Vous m'avez re2)é tu de force, pour la guerre. » — Agamemnon : « Moi-même je ravis la belle Briséis la récompense. » Séméi :
« Le Seigneur a fait passer ton royaume entre les mains d'Absalon, Ion fils. »
19 (188). « II dit, et une vive douleur vient au fils de Pelée ; dans sa mâle poitrine, son'cœuragite si, tirant le glaive acéré qui s'appuie sur sa forte cuisse, il écartera les Grecs et tuera le fils d'Atrée, ou s'il réprimera sa colère et calmera son âme. »
« Son cœur agite si tirant le glaive.., — Une pensée semblable vint à « Abisaï, fils de Sarvia v, qui « dit au roi » en parlant de Séméi, loc. cit.y 9 : (( Faut-il que ce chien mort maudisse le roi mon seigneur ? Je m* en vais lui couper la tête, »
20 (193). « Pendant qu'en son esprit il roule ce double dessein, iltire du fourreau sa longue épée ; alors Minerve descend du ciel. C'est Junon qui l'envoie ; car elle a pour les deux héros le même amour, la même sollicitude. La déesse s'arrête derrière Achille, et, visible pour lui seul, elle saisit sa blonde chevelure ; personne dans l'assemblée ne Taperçoit. Achille, frappé de stupeur, se retourne ; ses yeux brillent d'un éclat terrible, et il reconnaît Minerve ; aussitôt il lui adresse ces paroles rapides :
« Pourquoi venir auprès de moi, fille de Jupiter? « Est-ce pour être témoin des outrages d'Agamem- (( non, fils d'Atrée ? mais je te le prédis, et je pense « que cela s'accomplira : bientôt son orgueil lui « fera perdre la vie. »
Minerve descend du ciel pour apaiser la colère d'Achille ; David apaisa aussi la colère d'Abisaï en lui disant, ibid., 10 : « Qu'y a-t-il de commua entre vous et moi, enfants de Saryia.? Laissez-le faire. » — « Bientôt son orgueil lui fera perdre la vie. » III. (I) Rois, II, 9, David dit à Salomon, en parlant de Séméi : « Vous aurez soin qu'en sa vieillesse il ne descende au tombeau que par une mort sanglante. »
21 (206). a La déesse aux yeux vifs répond en ces termes : « Je descends des cieux pour apaiser « ta colère : puissé-je te fléchir ! c'est Junon qui « m'envoie ; car elle a pour vous deux le même (( amour, la même sollicitude. Mais, allons, mets « fin à cette querelle ; que ta forte main laisse « reposer ton glaive. Outrage Atride en paroles (( comme elles te viendront à l'esprit; car, je te le « prédis, et ma promesse s'accomplira ; un jour <( viendra où, en expiation de cette off'cnse, tu « recevras trois fois autant de présents précieux. « Modère-toi donc et obéis-nous. »
Minerve dit : « Outrage Atride en paroles comme elles te viendront. » David dit à Abisaï Il Rois (Sam.)^ XVI, 10 : « Le Seigneur lui a ordonné (à Séméi) de maudire David. » Cet ordre que le Seigneur a donné à Séméi, Minerve a été envoyée par Junon pour le donner à Achille. — Minerve ajoute : c Un jour viendra où, Qn expia-'
'Il LA BIHLTC TflATESTIB PAR HOMERE
Uon de celle offense, tu recevras trois fois autan (le présents précieux, » David exprime aussi l'oa poir d'un avenir meilleur en disant, ibid., 12 " Peut-ôlre que le Soigneur regardera mou afilic lion, ot qu'il me fera Quelque bien pour ces malé dictions que je reçois aujourd'hui. »
22 (213). H Le fougueux Achille répond à Mt nei'vc en ces termes: « I.) déesse, il faut que j' n cède à de telles paroles, quoiqu'en mon ftme j' i( sois violemmont courroucé ; c'est le parti le plu « sage ; cl les dieux exaucent qui leur obéît, u
« Il faut que je cède à de telles paroles... > Davfd ne fut pas moins soumis à la volonlé divini lorsqu'il dit à Abisaï, ibid., 11: « Laisses-l faire, laissez-le maudire, selon l'ordre qu'il ei a reçu du Seigneur. >
23(219). « A. ces mots, docile à la voix de Minerve, il appuie sa main puissante sur la poîgnéi d'argent, et repousse dans le fourreau son redoU' taille glaive, La déesse remonte à l'Olympe, et 8( mêle, dans le palais du dieu qui porte l'égide, am autres divinités. Achille cependant vecommenco i injurier Atride ; car il n'a pas encore maîtrisé si colfere, et il dit :
n Roi appesanti par l'ivresse, œil de chien, cœui « de cerf, jamais en ton !\me tu n'oses l'armer pool H les batailles parmi les Gi'ocs, ni le placer er « embuscade avec les plus vaillants héros. Tout
« cela te semble la mort. Certes, il est plus facile « au milieu du vaste camp, de reprendre les dons « qu'on a faits à ceux qui te contredisent. roi, « tu dévores le peuple parce que tu règnes sur des « lâches ; sans cela, ô Atride, ce serait maintenant « ton dernier outrage. Mais je te le prédis ; j'en « fais le serment solennel : oui, par ce sceptre, qui « ne doit produire ni feuilles ni rameaux, depuis « que, dans les montagnes, il a été séparé du tronc, « et qui ne refleurira plus, puisque Tairain Ta a dépouillé de son feuillage et de son écorce, par « ce sceptre que maintenant tiennent entre leurs « mains, lorsqu'ils rendent la justice, les fils de la « Grèce, gardiens des coutumes dictées par Jupiter, « je jure, et c'est un grand serment, je jure qu'un «jour tous les Grecs regretteront amèrement « Achille ; malgré ta douleur, tu ne pourras les « secourir, lorsqu'on foule ils tomberont expirants, « sous les coups de l'homicide Hector ! Alors tu « consumeras ton âme, courroucé contre toi-môme « d'avoir méprisé le plus vaillants des Grecs. »
« Œil de chien^ » dit Achille. Abisaï dit en parlant de Séméi, ibid,^ 9: « Faut-il que ce? chien mort maudisse le roi mon Seigneur ? o
Pour tout le reste du discours d'Achille, nous croyons qu'Homère s'est inspiré du passage où la Bible représente David allant avec Abisaï, pendant la nuit, dans la tente de Saiil, et lui enlevant sa
lance et sa coupe. « Roiappesantipar fivresse.,.^> David et Abisaï trouvèrent Saûl et tous ses gens endormis, I Rois (Sam.), XXVI, 12. « parce que le ^r^oigneav les ayait assoupis (ïunprofondsommeil.ït
« Cœur de cerf, jamais en ton âme tu n'oses f armer,.,, ni te placer en embuscade.., » David adressa un semblable reproche à Abner, Tun des officiers de Saûl, ibid., 15 « Pourquoi n'avezvous pas gardé le roi votre seigneur?Car il est venu quelqu'un d'entre le peuple pour tuer le roi votre seigneur. »
« Tout cela te semble la mort, ^ David parle aussi de mort dans la suite de son discours, ibid., 16 : (( Vous méritez tous la mort^ vous autres qui avez si mal gardé votre maître, qui est Point du Seigneur. »
« roi qui dévores le peuple... » David dit au P^awm^ XIII (XIV), 4 : a Ils dévorent mon peuple comme un morceau de pain. »
Achille jure par le sceptre qu'il tient entre ses mains qu'un jour les Grecs le regretteront amèrement^ et qu'Agamemnon sera courroucé contre lui-même d'avoir méprisé le plus vaillant des Grecs. David, tenant à la main la lance de Saûl, prononça une pareille imprécation, /oc. cit.., 19: « Ils sont maudits devant le Seigneur, de me chasser ainsi aujourd'hui, afin que je n'habite point dans l'héritage du Seigneur. »
24 (24S). « A ces mots, le fils de Pelée jette à terre le sceptre brillant de clous d'or, et reprend son siège ; Atride, sur le sien, bouillonne de colère. )) David ne garda pas non plus la lance de Saûl, iôirf., 22 : «Voici, dit-il, la lance du roi; que Tun de ses gens passe ici et qu'il remporte. »
25 (247). « Entre eux soudain se lève le conciliant Nestor, harmonieux orateur ae Pylos ; Télocution découlait de ses lèvres plus douce que le miel. Déjà s'étaient éteintes deux générations d'hommes jadis nés et nourris comme lui dans la riante Pylos ; il régnait sur la troisième. »
Nestor représente ici le grand prêtre Samuel. Nestor est ^harmonieux orateur de Pylos ; Samuel harangua plusieurs fois le peuple d'Israël avec beaucoup d'éloquence. — Nestor était fort âgé; Samuel, avant de déposer ses fonctions de juge, dit au peuple, ibid., XII, 2 : « Je suis vieux et tout blanc. » — Nestor parle des hommes nés et nourris comme lui à Pylos ; Samuel dit, ibid* , : « Ayant donc vécu parmi vous depuis ma jeunesse jusqu'à ce jour, me voici en votre présence. » — Nestor a vu s'éteindre deux générations dhommeSy et il règne sur la troisième ; Samuel exerça les fonctions de juge avant r élection de Saûl et sous son règne ; il continua de les remplir lorsqu'il eût sacré roi le jeune David, en remplacement de Saûl.
26 (253). « L'esprit plein de bienveillance, il harangue les Grecs et leur dit :
« Ilélas ! quelle grande affliction vient à la terre « achéenne ! Certes Priam elles fils de Priam, et « tous les autres Troyens se réjouiraient en leurs « âmes, s'ils apprenaient ce que vous faites en (( vous querellant, vous qui, parmi les Grecs, « excellez au conseil et dans les batailles ! »
Lorsque David était en butte à la persécution de Saûl, Samuel aurait pu dire aussi : « Hélas ! quelle grande affliction vient à la terre d'Israël I Certes les Philistins et tous les autres ennemis du peuple se réjouiraient en leurs âmes s'ils apprenaient ce qui se passe entre vous, vous qui, parmi les Israélites, excellez au conseil et dans les batailles ! »
27 (260). a Mais obéissez! tous les deux vous « êtes nés longtemps après moi. Je me suis mêlé «jadis à des héros plus illustres que vous, et « jamais ils ne m'ont dédaigné. Non, je n'ai jamais « vu, je ne verrai jamais des guerriers tels que « Pirithoûs, Dryas, pasteur des peuples ; Cœnée, « Exadios, le divin Polyphème et Thésée, fils ik d'Egée, semblable aux immortels. Sans doute, (( ils étaient vaillants, ces hommes, les plus braves « qu'ait nourris la terre, et ils combattaient de « vaillants ennemis, les Centaures dos montagnes, t< qu'ils détruisirent d'une façon terrible. »
« Tous les deux vous êtes nés longtemps après
moi. » Samuel aurait pu tenir le même langage à Saûl et à David. — « Je me suis mêlé jadis à des héros..,; jamais ils ne m'ont dédaigné. » Samuel, reconnu juge d'Israël après la mort d'Héli, ibid,, VII, 16, « allait tous les ans à Bétliel, à Galgala et à Masphalh, et il y rendait la justice à tout le peuple. »
28 (269). « Et moi, je vécus parmi ces rois ; « eux-mêmes m'appelèrent au milieu d'eux, et « parti de Pylos, j'allai les rejoindre loin des « champs paternels. »
« Eux-mêmes m'appelèrent au milieu d'eux, »
Les Israélites enfirent autant à l'égard de Samuel : se voyant attaqués par les Philistins, ibid.^ 7, « ils dirent à Samuel : Ne cessez point de crier pour nous au Seigneur notre Dieu, afin qu'il nous sauve de la main des Philistins. »
29 (271). « A leurs côtés, je combattis selon mes « forces. Or, nul des mortels qui respirent main- « tenant sur la terre ne pourrait lutter contre « eux. »
« A leurs côtés je combattis selon mes forces, » Samuel combattit aussi contre les Philistins selo7i ses forces, c'est-à-dire avec des armes spirituelles, qui ne furent pas moins efficaces que les armes matérielles dont se servaient les enfants d'Israël, ibid.^ 10 :' « Samuel prit un agneau qui tétait encore ; il l'offrit tout entier en holocauste au
Seigneur pour Israël, et le Seigneur V exauça, » 76eU,10.
30 (273). ce Eh bien, au conseil, ils étaient d'accord avec moi et se laissaient persuader par mes discours. »
Le peuple d'Israël montra la même docilité envers Samuel : zôtrf., a Alors Samuel dit à toute la maison d'Israël : Si vous revenez au Seigneur de tout votre cœur, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers, Baal et Astaroth ; tenez vos cœurs prêts à obéir) au Seigneur, et ne servez que lui seul, et il vous délivrera de la main des Philistins. Les enfants d'Israël rejetèrent donc Baal et Astaroth^ et ne servirent que le Seigneur. »
31 (274). « Obéissez-moi pareillement, c'est le parti le plus sage »
Conclusion analogue à celle de Samuel, iôzrf., 24: « Craignez donc le Seigneuy^ et servez-le dans la vérité et de tout vôtre cœur ; car vous avez vu les merveilles qu'il a faites parmi vous. Si vous persévérez à faire le mal, vous périrez tous en^ semble^ vous et votre roi, » Ces derniers mots expliquent pourquoi le poète fait dire à Nestor que le parti le plus sage pour Atride et Achille, c'est de lui obéir.
32(273). « Atride, garde-toi, quelle que soit ta t( puissance, d'enlever la jeune captive; laisse-la « au fils de Pelée, c'est la récompense que lui ont
CHANT Î^REMIER 51
« donnée les fils de la Grèce. Et toi, Achille, res nonce à la pensée de soutenir une querelle contre « un roi, plus que tous les autres rois décorés du « sceptre, glorifié par Jupiter et comblé d'hon- « neurs. »
Ici, Nestor représente David. Il dit à Atride : « Garde-toi d'enlever la jeune captive. » David défenditaussi à Aibsaï éCeyilever la vie à Saul, lorsqu'il aurait pu le faire facilement, ibid, , XXVI, 9. — A Achille, Nestor défend de soutenir une querelle contre un roi... glorifié par Jupiter et comblé d'honneurs. » David appuya sur un motif semblable la défense qu'il fit à Abisaï, au sujet de Saûl, ibid. y : a Ne le tuez point ; car qui étendra la main sur Voint du Seigneur et sera innocent ? » Ibid.
32 (280j, « Si tu le surpasses par la vaillance, i< si tu as pour mère une déesse, il est plus puis- « sant que toi, et règne sur des peuples plus nomce breux, Atride, réprime donc ta colère ; oui, je « t'en conjure, oublie ton ressentiment contre « Achille, le plus ferme rempart des Achéens, « dans cette guerre cruelle. »
Dans ce passage, le poète a pris pour modèle, non un texte particulier de la Bible, mais la situation respective de David et de Saul. David surpasse Saiil par sa vaillance ; mais Saûl est plus puissant que David, puisqu'il règne sur un peuple nom-^ hreux. D'un autre côté, Saixl doit réprimer sa co*
1ère et oublier son ressentiment contre David ; car celui-ci est le plus ferme rempart d'Israël dans la guerre contre les Philistins.
Que le personnage historique de Saiil soit le type fondamental du personnage mythique d'Agamemnon, c'est ce qui ressort de l'étymologie du nom de ce dernier. En effet, le nom d'Agamemnon signifie, selon nous, « celui qui se souvient d'Àgag », et convient parfaitement à Saûl, qui se souvint dAgag^ roi des Amalécites, en lui laissant la vie, contrairement à Tordre que Samuel lui avait donné de la part de Dieu de le mettre à mort. On sait d'ailleurs que, dans le langage de la Bible, se souvenir est souvent synonyme de faire miséricorde. Nous avons plus haut expliqué de même le sens étymologique du nom de Memnon.
34 (28S), «c Vieillard, répond le puissant Aga- « memnon, tout ce que tu viens de dire est selon « la sagesse ; mais ce guerrier veut se mettre au- « dessus de tous ; il veut commander, régner, don- « ner des ordres à tous, et je sais quelqu'un qui ce n'entend pas lui obéir. Si les dieux éternels l'ont « fait vaillant, lui permettent-ils de prodiguer les « outrages ? »
Ce guerrier veut se mettre au-dessus de tous. » Nous croyons voir ici une allusion à la parole que Saûl adressa à David lorsque celui-ci eut çendu sa lance, ibid,, 2S : « Béni soyez-vous, mon
fils David; vous réussirez certainement dans vos entreprises, et votre puissance sera grande. »
35 (292). « Ah ! s'écrie en Tinterrompant le di- « vin Achille, je mériterais les noms de lâche et
« de misérable, si je te cédais en toute chose,
« quoique tu dises ; donne tes ordres à d'autres, et
« ne me commande plus, car je n'entends plus « t^obéir, »
Encore une allusion aux paroles que Saûl dit à David lorsque celui-ci, l'ayant surpris dans la caverne d'Engaddi , lui fit grâce de la vie, Ibid. , XXIV, 21 : « Comme je sais que très certainement vous régnerez et que vous posséderez le royaume d'Israël, jurez-moi par le Seigneur que vous ne détruirez point ma race après moi. » De même qu'Achille n'entend plus obéir à Agamemnon, de même David cessera d'être soumis à la maison de Saûl, puisqu'il doit régner et posséder le royaume d'Israël.
36 (297). a Mais j'ai à te dire encore une parole : a fais-la tomber en ton esprit : je n'en viendrai « point aux mains pour ma captive, ni contre loi, a ni contre personne, puisque, après me l'avoir « donnée, vous allez me la reprendre. »
De même qu'Achille déclare qu'il n'en viendra point aux mains pour la captive^ de même, ibid., 23, i David jura à Saûl » de ne point détruire sa race après lui.
37 (300). « Toutefois, n'espère point enlever, « contre ma volonté, rien de ce que renferme en « outre mon vaisseau. Si tel est ton désir, allons, « tente-le, afin que ceux-ci apprennent ; soudain « ion sang noir ruissellera sur mon javelot. »
Cette idée de meurtre est aussi exprimée par SaûllorsquMl dit à David, ibid.i « Jurez-moi... que vous n'exterminerez point mon nom de la maison de mon père. »
On peut rapprocher cette expression : a afin que ceux-ci appretment, » de celle du psaume II, 10: « Et maintenant, ô rois, comprenez : Et nunc reges intelligite. »
38 (304). c Lorsque ainsi les rois se sont combattus face à face en paroles, ils se lèvent et rompent l'assemblée. Le fils de Pelée, suivi de Patrocle et de ses compagnons^ se rend à ses tentes et à ses navires. »
Ibid.j XXIV, 23. ■ David et ses gens » s'éloignèrent aussi de Saûl ; « ils se retirèrent, dit le texte sacré, en des lieux plus sûrs, »
39 (308). « Atride aussitôt lance à la mer un vaisseau léger ; il y place vingt rameurs qu'il choisit ; il y embarque pour le dieu V hécatombe j et il y conduit lui-même la belle Chryseis. Le prudent Ulysse part à leur tête; ils voguent sur les sentiers humides. »
Peut-être le poète fait-il ici allusion à l'ordre
que Saûl donna, enTabsence de Samuel, d'amener les victimes destinées au sacrifice, ibid.^ XIII, 8 : « Il attendit sept jours, comme Samuel le lui avait ordonné ; mais Samuel ne venait point à Gaigala, et peu à peu tout le peuple l'abandonnait. Saiil dit donc : Apportez-moi F holocauste et les
hosties pacifiques. »
40 (313). « Cependant, Atride ordonne aux guerriers de purifier le camp ; ils font leurs aspersions et jettent les souillures dans les flots. »
Nous croyons voir ici une allusion aux purifications et aux aspersions prescrites par Moïse, et particulièrement à Tordre souvent répété dans la loi mosaïque de jeter hors du camp ce qui 'pouvait le souiller.
4i (315). « Ensuite, sur les bords delà mer inépuisable, ils sacrifient â Phébus des hécatombes entières de chèvres et de taureaux ; le fumet des chairs rôties monte jusqu'au ciel, tourbillonnant avec la fumée. »
Le poète nous paraît ici faire imiter à Agamemnon la conduite de Saiil qui, en l'absence de Samuel, ibid,, « offrit Vholocauste, »
42 (318). c< Tels sont, dans le camp, les travaux des Argiens; mais Agamemnon n'oublie point sa querelle, niles menaces qu'il a faites au fils de Pelée. Il appelle Eurybate etTalthybios, qui tous les deux sont des serviteurs fidèles :
« Allez à la tente d'Achille ; prenez par la main « la belle Briséis, qI amenez-la moi. S'il refuse « de vous la livrer, j'irai l'enlever moi-même à la « tête d'une troupe nombreuse, et sa douleur en « sera plus amère. »
Ici,Atride joue le rôle de David. Après la mort de Saul, Abner offrit ses services à David et le pria de le recevoir dans son amitié. David lui répondit, WRois (iSam.)IIl, 13: Je le veux bien; je ferai amitié avec vous ; mais je vous demande une chose : Vous ne me verrez point qv£ vous ne m'ayez envoyé auparavant Michol^ fille de Saûl. »
Le procédé que le poète suit dans ce passage demande une explication. Briséis, adjugée à Achille comme récompense de ses exploits à Lyrnesse, représente Michol donnée à David par Saûl comme prix de sa victoire sur Goliath. Seulement, à la différence de Briséis qui est passée directement des mains d'Achille dans celles d'Agamemnon, Michol a d'abord été reprise à David par Saûl qui Ta donnée à Phaltiel, I Rois (Sam,) y XXV, 44 ; puis David l'a fait reprendre à Phaltiel par Abner.
43 (326). (( C'est ainsi qu'il les congédie, et qu'il leur donne un ordre cruel. Les deux hérauts, à regret, s'en vont le long de la mer inépuisable, et bientôt arrivent au camp des Myrmidons. Ils trouvent Achille assis auprès de sa tente et de son noir vaisseau ; leur aspect est loin de le réjouir ; eux-
mêmes, émus de crainte, et respectant le roi, s'arrêtent sans parler, sans dire leur message. Mais il le sait en son cœur. »
Dans ce passage, le poète nous parait avoir voulu imiter ce qui se passa lorsque David apprit la maladie de l'enfant qu'il avait eu de la femme d'Urie, II Rois (Sam.), XII, 16. «David pria le Seigneur pour renfant,il jeûna,il se retira en particulier, et demeura couché sur la terre (les hérauts trouvent Achille assis auprès de sa tente). Les principaux de sa maison le vinrent trouver pour l'obliger à se lever de terre ; mais il le refusa, et ne mangea point avec eux. Le septième jour, Tenfant mourut, et les serviteurs de î)a.y'\dn'osaient lui dire qu'il était mort (les hérauts s'arrêtent sans parler) ; car ils s'entredisaient : lorsque l'enfant vivait encore, et que nous lui parlions, il ne voulait pas nous écouter : combien donc s'affligerat-il encore davantage si nous lui disons qu'il est mort ! David voyant que ses officiers se parlaient tout bas, reconnut que V enfant était mort (mais il le sait dans son cœur), »
44 (334). II s'écrie :
« Salut, hérauts, envoyés de Jupiter et des « guerriers ; approchez, vous n'êtes point couce pables envers moi, mais Agamemnon qui vous M envoie à cause de la jeune Briséis. Patrocle, « élève de Jupiter, fais-la venir, donne-la leur;
« qu'ils remmènent ; mais je les prends à témoin « devant les bienheureux immortels, devant ce « roi intraitable ...si jamais on a besoin de mon « bras pour préserver les autres Grecs de la ((honte d'une défaite,.. Oui, sans doute, il est « saisi d'une rage funeste. Il ne sait ni se souvenir « ni prévoir, afin que les Argiens combattent avec « sécurité devant leurs vaisseaux. »
Ici, Homère, nous semble avoir interprété, en les appropriant à son sujet, les sentiments que David dut éprouver lorsqu'il se vit forcé de quitter le palais de Satil. Ce roi intraitable^ saisi d'une rage funeste, qui ne sait ni se souvenir ni prévoir^ c'est bien Saiil, dont rien ne peut fléchir Tanimosité contre David ; Saûl qui, dans sa rage funeste^ voulut plusieurs fois tuer le vainqueur de Goliath ; Saûl, qui ne sut ni se souvenir des services qu'il avait reçus de David, ni prévoir qu'tZ aurait besoin de son bras pour préserver les Israélites de la honte dune défaite.
45 (345). « Il dit, et Patrocle obéit à son compagnon bien aimé ; il fait sortir de la tente la belle Briséis, et la livre pour qu'on l'emmène ; les hérauts retournent près des vaisseaux du roi de Mycènes, et la captive les suit à regret. »
Plus haut, Achille a dit à Palrocle : «0 Patrocle, élève de Jupiter, fais r^enir Briséis^ donnera leur, » David avait fait dire aussi à Isboseth, fils
de Saûl, ibid., III, 14 : « Rendez-moi Michol, ma femme, que j'ai épousée pour cent prépuces de Philistins. » — Ici, Patrocle obéit A son compagnon bien aimé ; Isboseth ne fut pas moins docile à exécuter Tordre de David, iôîcî., 15 : « Il envoya quérir aussitôt » Michel « et l'ôta à son mari Phaltiel, fils de Laïs. »
46 (348). « Alors Achille pleurant loin de ses compagnons, s'assied à Técart près des flots blanchissants du rivage, regardant au large les vagues sombres. »
Les larmes d'Achille sont une imitation de celles de Phalliel, t6trf.,16 : « Son mari la suivit ^w pfewraw^ jusqu'à Bahurim. »
47 (351). « Il implore à haute voix, les bras étendus, sa mère chérie :
« Thétis, puisque tu m'as enfanté, et que j'ai « peu à vivre, Jupiter devrait au moins m'honorer ; « et maintenant il ne m'accorde pas la moindre « gloire. Le puissant fils d'Atrée, Agamemnon, « m'a méprisé^ et m'a lui-même enlevé ma récom- • pense que maintenant il possède. »
On peut rapprocher cette plainte d'Achille de celle qu'exprime David au psaume LV (LYI), 2: « Ayez pitié de moi, 6 Dieu, parce que l'homme (Saiil) m^a foulé aux pieds ; il n'a point cessé de m'attaquer tout le jour, et de m'accabler d'affliction. »
48 (357). « Ainsi parle Achille en pleurant ; son auguste mère Tentend, assise au fond de l'abîme, auprès de Nérée. Soudain, comme une vapeur, elle sort des flots blanchissants du rivage, et s'assied auprès du héros, qui verse des larmes ; de sa main elle le caresse et lui adresse ces paroles :
« Mon enfant, d'où te viennent ces pleurs ?Pour- « quoi cette affliction qui te vient à l'âme? parle, (( dévoile-moi ta pensée, afin que nous la connais- <x sions tous les deux.
— Tu le sais, répond en poussant de profonds « soupirs l'impétueux Achille. A quoi bon te redire « ce que tu n'ignores pas? Nous fondons sur Thébé, « ville sacrée d'Eétion, nous la dévastons, nous « enlevons toutes ses richesses. Les fils de la Grèce « entre eux se les partagent avec équité, etchoi- « sissent pour Atride la belle Chryséîs. Bientôt <( Chrysès, prêtre du dieu qui lance au loin les « traits, vient près de nos vaisseaux pour racheter <( sa fille. Le vieillard porte des présents infinis ; il »< lient en ses mains, autour d'un sceptre d'or, les « bandelettes d'Apollon; il implore les Grecs et « surtout les deux Atrides, chefs des guerriers. « Alors tous les autres Grecs parlent en sa faveur ; « ils veulent honorer le prêtre, ils veulent accep- « ter les riches présents. Mais cela ne plaît pas au a fils d'Atrée ; il chasse rudement le vieillard, et «lui adresse des paroles violentes. Le vieillard,
« courroucé, se retire, et Apollon exauce ses vœux, « car son prêtre lui est cher. Il fait voler sur les « Grecs un trait fatal ; et dès lors les Grecs péris- « sent en foule; les traits du dieu frappent de « toutes parts le vaste camp des Argiens. Alors, « un devin qui a tout compris nous explique Pau- <i gure d'Apollon, et aussitôt, le premier, je « demande qu'on apaise le dieu. Mais la colère « transporte Atride ; il se lève, il fait des menaces « qui déjà sont accomplies. Les Grecs aux yeux a vifs renvoient à son père, sur un vaisseau léger, « la belle Chryséis,et vont offrir aux dieux des pré- « sents. Et maintenant, voici que de ma tente Ci sortent les hérauts qui conduisent au fils d'Atrée « la jeune Briséis que m'ont donnée les fils de la « Grèce. »
Nous voyons dans ce récit, qui est une répétition de ce qui a été dit au début de Tlliade, le premier exemple de ces reproductions textuelles qu'on a tant reprochées à Homère. Ce qui explique, à nos yeux, ces répétitions, c'est que le poète, comme nous Tavons observé ailleurs (1), a puisé à des sources différentes les éléments du texte qu'il répète, et s'est fait un mérite de reproduire d'une façon identique deux types étrangers l'un à l'autre.
(1) Dans les Emprunts d^Homère au livre de Judith, p. 94,
Ainsi, le récit qu'on vient de lire était, au commencement de ce chant, imité du livre de TExode; ici, il est en rapport avec le fait suivant, tiré de rhistoire de David, loc. cit., 7. « La maison de Satil était en guerre avec la maison de David, et Abner, fils de Ner, était le chef de la maison dft Saûl. Or, Saûl avait une concubine nommée Respha, fille d'Aïa.EtIsboseth dit à Abner : Pourquoi vous êtes-vous approché de la concubine de mon père? Abner, étrangement irrité de ce reproche d'Isboseth, lui répondit : Suis-je donc un homme à être traité comme un chien, moi qui me suis déclaré aujourd'hui contre Juda, qui ai eu compassion de la maison de Saul, votre père, de ses frères et de vos proches, et qui ne vous ai point livré entre les mains de David? Et après cela, vous venez me chercher querelle pour une femme? »
Dans Homère, Achille se plaint de ce qu'Atride lui a fait enlever Brisèis, dont la possession lui était acquise par les titres les plus légitimes. Dans la Bible, Abner se plaint de ce qu'Isboseth lui cherche querelle pour une femme, sans tenir compte des services qu'il a rendus à la maison de Saûl, et particulièrement à Isbobeth lui-même.
49 (393). « ma mère, si tu le peux, vi«ns au « secours de ton fils ; monte au sommet de « l'Olympe, implore Jupiter, s'il est vrai qu'un
« jour tu aies réjoui son cœur par tes discours et « par tes actions. Souvent je t'ai entendue, dans « le palais de mon père, te glorifier et dire que, « seule parmi les immortels, tu avais sauvé d'une « honteuse défaite le dieu qui noircit les nuées, « lorsque les autres divinités de TOlympe, Junon, « Neptune et Pallas tentèrent de rencliainer. « Mais, ô déesse, tu accours, tu détaches ses liens ; « tu appelles soudain, dans le vaste Olympe, le « Titan aux cent bras que les dieux nomment « Briarée, et les hommes Égéon. Plus puissant « que son père, il se place, fier de sa gloire, devant « le fils de Saturne ; alors les bienheureux immor- « tels tremblent devant lui, et renoncent à leur « dessein. »
L'explication du mythe renfermé dans ce passage se trouve, selon nous, au psaume II : « 2. Les rois de la terre {les autres divinités de l'Olympe) se sont assemblés, et les princes se sont joints ensemble contre le Seigneur {tentèrent de V enchaîner). 3. Rompons leurs liens {in détaches ses liens)^ et rejetons loin de nous leur joug. 4. Celui qui demeure dans les cietix (Uranus ou le ciel est, d'après la Fable, le père du Titan aux cent bras) se rira d'eux, et le Seigneur s'en moquera {tu as réjoui son cœur). 6. Pour moi, j'ai été établi roi par lui sur Sion, sa sainte montagne (tu appelles dans le vaste Olympe le Titan aux cent bras),
afin que j'annonce ses préceptes. 7. Le ^Seigneur m'a dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui (Briarée, nom donné au Titan par les dieux vient de l'hébreu beriah, c'est-à-dire produit par Jéhovah). 8. Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour votre héritage, et j'étendrai votre possession jusqu'aux extrémités de la terre {plus puissant que son père, r- Jéhovah (=Uranus) nerégnait que surunpeuple ; mais le Messie, représenté par le Titan, devait régner sur le monde entier), 9. Vous les gouvernerez avec une verge de fer^ et vous les briserez comme le vaisseau du potier (il se place, fier de sa gloire ^ devant le fils de Saturne). 10. Et maintenant, ô rois, apprenez; instruisez-vous, juges de la terre. H. Servez le Seigneur daw5 /a crainte^ et réjouissez-vous en lui avec tremblement (Les bienheureux immortels tremblent devant lui), »
Thétis, appelant le Titan dans l'Olympe, personnifie la nation israélite appelant de ses vœux la venue du Messie. De plus, c'est grâce à Thétis que Jupiter ne reste pas dans les liens dont l'avaient chargé les autres divinités ; c'est aussi grâce à la nation israélite que le culte de Jéhovah subsista au milieu des peuples polythéistes dont le monde était rempli. Nous avons montré ailleurs (1) pour-
(1) Ihid.i page 62.
quoi Thétis ou Téthys est identifiée par Homère à la nation israélite,
Le nom d'Egéon donné au Titan par les hommes^ dérive du grec aigis « égide » et signifie que le Messie devait être comme V égide de Jéhovah en annonçant ses préceptes et en protégeant son culte contre l'invasion de Tidolâtrie. Aussi croyons-nous que, dans le langage d'Homère, V égide que porte Jupiter est un symbole messianique. Nous avons dit ailleurs (i) que lorsque ce poète désigne une même personne ou une même chose pour deux noms, Tun qui lui est donné par les dieuXj et l'autre que lui donnent les hommes, les dieux signifient les Juifs, et les hommes, les Grecs.
« 50(407). « Aborde Jupiter, rappelle-lui ces K souvenirs ; embrase ses genoux, obtiens qu'il « consente à seconder les Troyens, à resserrer les « Grecs près des poupes de leurs vaisseaux, sur « les grèves de la mer, afin qu'ils jouissent de leur « roi, et que le fils d'Atrée, le puissant Agamem- « non, reconnaisse sa faute, quand il n'a point « honoré le plus vaillant des Achéens. »
On peut comparer au langage d'Achille celui que tint Abner dans la suite de son discours à Isboseth, loc. cit., 9 : « Que Dieutraite Abner avec toute sa
(1) Ibid., page 70.
sévérité si je ne procure à David ce que le Seigneur a juré en sa faveur, en faisant que le royaume soit transféré (Obtiens qu'il consente à seconder les Troyens) de la maison de Saùl (en la sienne), et quelelrônede David soit élevé sur Israël et sur Juda depuis Dan jusqu'à Bersabée. » — « Afin que le fils d Atrée reconnaisse sa faute... «C'est aussi pour punir Isboselh de ne t avoir point honoré qu'Abner le quitta pour passer du côté de David.
SI (413) « Héias! reprend Thétis fondant en « larmes, mon enfant, pourquoi t'ai-je élevé après « t'avoir donné le jour pour ton malheur et pour le « mien ? Du moins, en repos près de la flotte, tu dea vais être exempt de chagrin et de pleurs, puisque « ta part de la vie est courte et touche à sa fin: tu a es maintenant, plus que tous les hommes, infor- « tuiié et près du trépas. Ah! oui, dans mon palais « je t'ai enfanté pour une destinée funeste. Mais je « monterai sur les sommets neigeux de l'Olympe ; « je dirai ce que tu désires au dieu qui se plaît à « lancer la foudre, si toutefois il m*écoute, toi ce- « pendant, reste oisif près de tes rapides navires, « nourris ta colère contre les Grecs, éloigne-toi «désormais des batailles. »
Dans ce passage, le poète nous paraît avoir imité le psaume XXXVIII (XXXIX), 3 : u J^ai 'été humilié, ... et ma douleur a été renouvelée (Je t'ai enfanté pour une destinée funeste. 6. Vous avez mis à
CHANT PREMIBli 07
mes jours une mesure fort bornée^ et le temps que j'ai à vivre est devant vous comme un néant (Tu es maintenant. . . près du trépas). "6. Je me suis servi de ma langue pour dire : Faites-moi connaître, Seigneur, ma fin, et le nombre de mes jours [Je dirai ce que tu désires au dieu...) 3. J'ai gardé le silence pour ne pas dire de même de bonnes choses [Reste oi^î/" auprès de tes rapides navires). 4. Mon cœur s'est échauffé au-dedans de moi; et tandis que je méditais, un feu s^y est embrasé {Nourris ta colère contre les Grecs). »
S2 (423). « Hier, Jupiter, suivi de tous les autres « dieux, est allé jusqu'à rOcéan chez les irrépro- « chables Ethiopiens, à un festin splendide. Le « douzième jour, il retournera dans l'Olympe, et « soudain je franchirai le seuil de son palais d'ai- « raiuj j'embrasserai ses genoux et j'espère le perce suader. »
La suite de l'histoire d'Abner nous explique pourquoi il est ici question d'un festin, loc. cit., 19 : f Abner parla aux anciens d'Israël et à ceux de Benjamin » pour les déterminer à se rallier au parti de David ; « et il alla à Hébron pour dire à David tout ce qu'Israël et tous ceux de la tribu de Benjamin avaient résolu. Il y arriva accompagné de vingt hommes. David lui fit un festin, et à ceux qui étaient avec lui. » — « Chez les irréprochables Ethiopiens ...» Comparez ce passage
du psaume LXVII (LXVIII), 32 : « L'Ethiopie sera
la première à tendre les mains vers Dieu. » — « Le douzième jour... » Allusion à la célèbre fête que
Salomon fit à Jérusalem pour la dédicace du temple, et qui dura quatorze jouTS, III (I) Bois, VIII, 65. — Si Ton considère que les païens se représentaient la Divinité comme mangeant véritablement les viandes qu'on lui offrait en sacrifice, on ne s'étonnera pas qu'Homère ait traduit en mythe, en ramenant à douze le nombre de quatorze jours, la fête que Salomon célébra en l'honneur de Jéhovah. — Homère fait aIlerJupiter« jusqu'à l'Océan». Nous avons montré ailleurs (1) que, dans la langue homérique, « l'Océan » est le nom mythique du Jourdain.
53 (428). « A ces mots, la déesse disparaît y laissant son fils courroucé en son cœur, à cause de la belle captive qu'on lui a enlevée violemment malgré lui. »
Abner, après avoir pris part au festin de David, disparut comme Thétis, loc. cit. : t II dit à David :/^m'^n t?ai5 rassembler tout Israël, afin qu'il vous reconnaisse comme je fais, pour seigneur et pour roi. «
54 (430). Cependant Ulysse, conduisant l'hécatombe sacrée, arrive devant Chryse. Lorsque le
(1) Ibid,y page 65.
navire a pénétré dans la rade profonde, les rameurs plient les voiles, les posent au fond du noir vaisseau, relâchent vivement les cordages, et abaissent le mât dans le coursier; puis, à force de rames, ils poussent la nef dans le port, et, jetant les ancres, ils attachent les amarres. Alors ils descendent sur la grève et font débarquer l'hécatombe d'Apollon, que suit la belle Chryséis. Le prudent Ulysse conduit la jeune '.captive à Tautel, la présente à son père, et s'écrie :
« Chrysès! Agamemnon, roi des guerriers, « m'envoie t'amener ta fille, et sacrifiera Phébus « en faveur des Grecs une hécatombe sacrée, afin « que nous nous rendions propice ce dieu qui, « maintenant, nous accable de maux. »
« Il dit, et remet Chryséis dans les bras du vieillard, qui reçoit avec joie son enfant chérie. Bientôt les Grecs rangent autour du superbe autel l'hécatombe du dieu. Ensuite ils se lavent les mains et répandent l'orge sacrée; cependant Chrysès, levant les mains au ciel, fait entendre pour eux sa prière :
« Exauce-moi, dieu à Tare d'argent, 6 toi qui « protèges Chryse et la divine Cilla, toi qui règnes « puisamment sur Ténédos; déjà tu as écouté ma « prière, et, pour m'honorer, tu as cruellement « frappé l'armée des Argiens. Accomplis encore f aujourd'hui mes vœux, détourne des fils de Da- « naûs le fléau qui les dévore. »
Ce passage nous ramène en Egypte. De même qu'Agamemnon renvoie] Chryséis à son père le diadème jour après le commencement de la peste, de même ce fut après la dixième plaie que Pharaon fit venir Moïse et Aaron, et leur dit, Exodey XII, 31 : « Retirez -vom prùmptement d'avec mon peuple, vous et les enfants d'Israël ; allez sacrifier au Seigneur comme vous le dites. Menez avec vous vos brebis et vos troupeaux, selon que vous Tavez demandé, et en vous en allant, priez pour moi. »
Homère dit qu'Ulysse, conduisant f hécatombe sacrée, arrive devant Chryse ; Ulysse imite Moïse et les Israélites qui, selon la parole de Pharaon, menèrent avec eux leurs brebis et leurs troupeaux. — Ulysse dit à Chrysès qu'Agamemnon V envoie sacrifier à Phébus une hécatombe sa4)rée; Pharaon envoya Moïse sacrifier au Seignenr. — Chrysès demande à Apollon de détourner des fils de Danaûs le fléau qui les dévore ; Pharaon recommande à Moïse de prier pour lui.
A propos de la prière de Chrysès, A Pierron(l) s'exprime ainsi : « La peste, ouvrage des traits d'Apollon, finira dès que le dieu sera apaisé. C'est d^un miracle qu'il s'agit, et non d'autre chose. »> Oui, c'est d'un miracle qu'il s'agit, mais d'un mi-
(1) Iliade d^Homère, I, 456, note.
GHANT PBBMIER . 71
racle fabuleux,, calqué surles miracles historiques qu'opéra Moïse, soit en en voyant, soit en faisant cesser les dix plaies d'Egypte.
55 (457). « Telle fut sa prière, et Apollon l'entendit. Lorsqu'ils ont prié, lorsqu'ils ont répandu l'orge sacrée, ils élèvent les têtes des victimes, les égorgent, les dépouillent, séparent les cuisses, les enveloppent de graisse des deux côtés, et posent sur elles les entrailles saignantes. Le vieillard les brûle sur des rameaux secs, tandis qu'au-dessus de la flamme il répand des libations de vin plein de feu. Auprès de lui, les jeunes Grecs tiennent des broches à cinq dards. Lorsque les cuisses sont consumées, lorsqu'ils ont goûté les entrailles, ils divisent les chairs des victimes, les traversent de broches, les rôtissent avec soin, et les retirent de l'ardent foyer. »
Le sacrifice décrit par Homère ofTre plusieurs traits d'analogie avec les sacrifices prescrits par la loi mosaïque :
1** Les Grecs, après avoir prié, répandent Vorge sacrée. Les Juifs offraient aussi en sacrifice des aliments qui pouvaient consister en grains, en fleur de froment et d'orge^ etc. ;
2** Les Grecs élèvent les têtes des victùnes. Chez les Juifs, on élevait la poitrine de la victime, Exod.y XXIX, 26 ; mais, avant l'immolation, celui qui l'offrait dcyait mettre la main sur sa iéte,
« afin qu'elle lui servit d'expiation. » Lévite <, 1,4.
3** Les Grecs égorgent les victimes et les de^ pouillent. Comparez ibid., 5, 6: Celui qui offre rhostie « immolera le veau devant le Seigneur ; et les prêtres, enfants d'Aaron, ôteront la peau de rhostie, et ils couperont les membres en morceaux. »
4** Les Grecs « séparent leà- cuisses », qui sont la part des dieux, « les enveloppent dégraisse des deux côtés, et posent sur elles les entrailles saignantes. » Chez les Juifs, on devait séparer la poitrine de la victime, et en faire, avec la cuisse ^ la part du prêtre. Nomb.^ VI, 20. On devait aussi offrir au Seigneur « la graisse qui couvre les entrailles^ et tout ce qu'il y a de graisse dedans, » Levit.y III, 3.
5** « Le vieillard les brûle sur des rameavuc secs. » La loi de Moïse prescrivait la même chose aux prêtres, ibid. : Us feront brûler tout cela sur l'hôtel en holocauste, après avoir mis le feu soies le bois. »
6** « Au-dessus de la flamme, il répand des libations de vin. » Chez les Juifs, les sacrifices étaient accompagnés de libations de vin. Eœod., XXIX, 40; Nomb., XV, 5, 7, 10.
7** Avant de diviser les chairs de la victime, les Grecs goûtent les entrailles. Dans le sacrifice de Tagneau pascal, les Israélites devaient manger les entrailles de la victime. Exod., XII, 9.
56 (467). « Ces apprêts terminés, ils disposent le festin, i!s mangent, et nul en son âme ne peut se p/flindr^den'avoirpoint une juste part des mets. »
Homère parle ici comme David au psaume LXXVII (LXXVIII), 29 : « Ils mangèrent, et ils furent pleinement rassasiés. Dieu leur accorda ce qu'ils désiraient, et ils ne furent point frustrés de ce qu'ils avaient souhaité. »
57 (469). « Dès qu'ils ont chassé la faim et la soif, les jeunes gens couronnent de vin les urnes et le versent à la ronde, à pleines coupes. Durant tout le jour, les jeunes Grecs se rendent le dieu propice par leurs chants ; ils font entendre un beau péany ils le célèbrent et, en les écoutant, il charme ses esprits. »
Le beau péan que font entendre les jeunes Grecs est une imitation du cantique que chanta Moïse après le passage de la mer Rouge. Le mot péan vient de Thébreu péanech « sauveur » ; précédé de io ou ié, il signifie Jéhovah sauveur. Or, Moïse dit au commencement de son cantique, Eoood.j XV, 2 : « Jéhovah est devenu mon sauveur. »
58 (475). a Cependant le soleil disparait et fait place aux ténèbres; alors les Grecs dorment près des amarres de leur navire. Aux premières lueurs de la fille du matin, de l'Aurore aux doigts de rose, ils s'embarquent et retournent au camp des Ar-
giens. Apollon fait souffler pour eux un .vent favorable. Ils dressent le mât, et déploient les voiles blanchissantes; le vent les gonfle. Le navire vole ; les sombres flots battent ses flancs et mugissent ; il fend la vague et poursuit sa route. At'rivés'àuprès de la grande armée des Achéens, les rameurs tirent leur noir vaisseau jusqu'au haut dé lïi grève, le posent sur de grand3 étais, et se dispersent parmi les tentes et les navires . »
« Akx premières lueurs.., de V Aurore^ les Grecs s'embarquent. » Comparez -Bojod^, XIV, 24: fi Lorsque la veille du matin fut venue ^ le* Seigneur... fit périr toute l'armée des Egyptiens. » — « Apollon fait souffler pour eux uH vent favo-^ rable. » Comparez ibid.^ 21 : « Moïse aygmt étendu sa main sur la mer, le Seigneur l'entrouvrit en faisant souffler un vent violent et brûlant pendant toute la nuit, et il la sécha. »
. 59 (488). « Achille cependant nourrit sa colère ; assis près de ses légers vaisseaux, il ne paraît plus à l'agora, honneur des guerriers; il ne parait plus dans les batailles; mais il consume son cOeur dans le repos, et regrette le cri de guerre et les combats.
« Mais lorsque brille la douzième aurore, les dieux éternels reviennent tous ensemble dans rOlympe, Jupiter à leur tête. Thétis alors n'oublie point les prières de son fils ; elle sort des flots,
monte à travers le vaste ciel et à TOlympe, et trouve Jupiter aux vastes regards assis loin des autres immortels, sur le sommet de la plus élevée des nombreuses cimes de TOlympe. Thétis s'arrête devant lui, de la main gauche embrasse ses genoux et de la droite lui touche le menton ; puis elle imploi^e le roi, fils de Saturne, et lui dit :
c Puissant Jupiter, si jamais, parmi les im- ((. mortels, je fai servi par mes 'discours et mes « actions, accomplis mes vœux; considère mon < 'fils, de tous les héros le plus près du trépas; car « Agamemnon, roi des guerriers, Ta méprisé en (c lui ravissant sa récompense. Mais ne laisse pas « de le chérir, roi de l'Olympe, sage Jupiter, ac- « corde aux Troyens la victoire jusqu'à ce que les « Grecs glorifieùt Achille et l'élèvent en bon- « neur. »
Cette scène est, selon nous, une imitation du passage de la Bible dans lequel Bethsabée prie David de choisir Salomon pour son successeur.
David est ici réprésenté par Achille et par Jupiter. Achille ne paraissant plus à F agora ni dans les batailles j figure David réduit par son grand âge au même isolement, lorsqu^l eut à se choisir un successeur. Le puissant et sage roi de ÏOlympe représente le roi David, aussi célèbre par sa sagesse que par sa puissance.
Thétis « sort des flots, monte à travers les air^
76 LA BIBLE TRAVB8TIE PAR HOMÈRB
au vaste ciel et à l'Olympe, et trouve Jupiter aux vastes regards a^sis loin des autres immortels. » Thétîs imite Bethsabée, qui, III (I) RoiSy I, 15, « alla trouver le roi dans sa chambre. »
Thétis « s'arrête devant Jupiter, de la main gauche embrasse ses genoux... » De même, ibid., 16, « Bethsabée 5^ i&ama profondément, et ^/te adora le roi. •
Thétis dit à Jupiter : « Considère mon fils... Agamemnon, roi des guerriers, Va méprisé en lui ravissant sa récompense, » Bethsabée fit à David pareille doléance, ibid.^ 17 : « Mon seigneur, vous avez juré à votre servante par le Seigneur votre Dieu, et vous m'avez dit : Salomon votre fils règnera après moi... Cependant voilà Adonias qui s'est fait roi sans que vous le sachiez. »
60 (511). « Elle dit, et le dieu, assembleur de nuages, resta longtemps sans répondre. Thétis presse ses genoux qu'elle tient toujours embrassés, et le supplie encore :
« Quelle crainte peut t'arrêter ? parle sans dé- « tour, ou, par un signe de consentement, fais-moi « une promesse^ ourefuse-moi; que je sache jus- « qu'à quel point, parmi les immortels, je suis a méprisée. »
Bethsabée mit aussi David en demeure de se prononcer entre Salomon et son rival, ibid.^ 20 : « roi, mon seigneur, tout Israël a maintenant
CtiAMT PREMIER Tl
les yeux sur vous, afin que vous leur déclariez^ seigneur mon roi, qui doit être assis après vovùs sur votre trône. »
61 (517). « Alors Jupiter pousse un long gémissement et dit :
« Certes, c'est une fâcheuse affaire, tu vas me <i mettre en guerre avec Junon; elle m'irritera « par des paroles injurieuses, puisque sans cesse, « par habitude, elle me querelle à l'assemblée « des dieux, et me reproche de seconder les « Troyens dans les batailles. »
La fâcheuse affaire que déplore Jupiter, la guerre quHl craint d'avoir avec Junon, Bethsabée les redoute pour elle et pour son fils, si Adonias vient à l'emporter, i&id., 21 : « Après que le roi mon seigneur se sera endormi avec ses pères, nous serons traités comme criminels, moi et mon fils Salomon. »
62 (522). « Mais hâte-toi de t'éloîgner ; prends « garde que Junon ne t'aperçoive ; je m'occuperai « de faire ce que tu désires, et si tu veux, allons, « je vais faire un signe de ma tête. C'est parmi c( les immortels le gage le plus certain de ma part rôle ; car la promesse confirmée par ce signe, je « ne puis ni la révoquer, ni lui être infidèle, ni rec fuser de la remplir. »
«Aces mots, le fils de Saturne, en agitant ses noirs sourcils, fait un signe de promesse', sa che-
78 LA BIBLE TRAVESTIE PAR HOMERfi
velure divine frémit sur la tête immortelle du roi, et le vaste Olympe est ébranlé. 3»
David exauça aussi la prière de Bethsabée, et lui promit, sous la foi du serment, de choisir Salomon pour son successeur, ibid., 29 : « Le roi lui jura et lai dit : Vive le Seigneur qui délivre mon âme de tous les périls ! Ainsi que je vous ai juré par le Seigneur le Dieu dlsraël, en vous disant : Salomon, votre fils, régnera après moi..., je le ferai aussi, et je l'exécuterai aujourd'hui. »
— Le vaste Olympe est ébranlé. Comparez ce passage du psaume GII (GUI), 32 : i II (Jéhovah) regarde la terre, et la fait trembler, »
63 (531). « Après avoir ainsi délibéré, les deux divinités se séparent. La déesse, du haut de l'Olympe resplendissant, s'élance dans la profonde mer. »
Thétis imite le mouvement que Bethsabée fit devant David, loc. cit., 31 : « Baissant profonde^ ment le visage en terre, elle adora le roi. i
64 (533). « Jupiter rentre dans son palais. Tous les dieux se lèvent ensemble devant leur père. Personne n'ose, à sa, venvie, rester immobile ; mais tous se lèvent devant lui, et il s'assied sur son trône. »
L'hommage que les dieux rendent à Jupiter lorsqu'il rentre dans son palais, fait le pendant de celui que reçut Salomon lorsqu'il eut été sacré
roi, ibid.y 38 : « Tout le monde s'écria : Vive le roi Salomon / »
65(536). « Cependant Junon n'a pas été sans Tapercevoir ; elle l'a vu se concerter avec Thétis aux pieds d'argent, fille du vieux Nérée. Soudain elle adresse au fils de Saturne ces paroles mordantes :
« Qui donc encore, parmi les immortels, 6 dieu V trompeur ! a tenu conseil avec toi ? Tu te plais « sans cesse, loin de ma présence, à former de se- « crets desseins ; il te semble insupportable de me « confier les pensées que tu conçois.
— « Junon, répond le père des dieux et des « hommes, n'espère point connaître toutes mes « résolutions : elles te seraient pénibles, quoi que « tu sois mon épouse. Ce qu'il est juste que tu en- « tendes, personne avant toi ne le saura jamais c( parmi les dieux ni parmi les hommes. ,Mais ce « qu'il me plaît de projeter à l'écart, ne l'examine a pas, et garde-toi de m'interroger. »
Pour comprendre ce dialogue, Jl nous faut revenir à rhistoire d'Abner qui, reçu dans l'fimitié de David, avait promis à ce prince d'amener sous son obéissance tous les Israélites qui suivaient le parti de la maison de Saul, II Rois [Sam,), III, 22 : Abner n'était plus à Hébron avec David.^. larsquç Joab arriva avec toute l'armée qui l'accompagnait, Joab apprit donc de quelqu'un qu' Abner ^ fils de
Ner, était venu parler au roi, que le roi Tavait renvoyé, et qu'il s*en était retourné en paix. » Il est facile de voir que le poète a donné à Thétis le rôle d'Abner, et à Junon celui de Joab.
66 (551). — « Redoutable fils de Saturne, ré- « pond la vénérable Junon aux grands yeux, quelle « parole as-tu dite ! T'ai-je jamais interrogé ?at-j'e « jamais examiné tes desseins ? ne les as-tu pas « conçus en liberté, selon tes désirs ? Mais aujour- 1 d'hui je crains vivement que Thétis aux pieds « d'argent, fille du vieillard de la mer, ne te sé- « duise. A travers les airs, elle est venue s'asseoir « auprès de toi^ elle t'a embrassé les genoux ; et, « si je ne me trompe, tu as confirmé d'un signe de « tête la promesse sincère d'honorer Achille et de « perdre, près de la flotte des Grecs, de nombreux « héros. »
Comparez aux paroles de Junon celles que Joab adressa à David, ibid.^ 24 : « Qu'avez-vom fait ? (Quelle parole as-tu dite ?) Abner vient de venir vers vous (Thétijs est venue s'asseoir auprès de toi); pourquoi Tavez-vous renvoyé , et l'avez-vous laissé aller ? Ignorez-vous quel est Abner, fils de Ner, et qu'il n'est venu ici que pour vous tromper, pour reconnaître toutes vos démarches (Ai-je jamais examiné tes desseins ?) et pour savoir tout ce que vous faites ? »
67 (560). — Malheureuse I s'écrie le fils de Sa-
a tume, toujours tu me soupçonnes, je ne puis « échapper à tes regards ; mais tu ne réussiras à « rien qu'à Véloigner de mon cœur y et ta douleur « en sera plus amère. Si vraiment tout s'est « passé comme tu le dis, c'est sans doute que je l'ai « pour agréable. Reprends ta place en silence, et « ne résiste pas à mes ordres. Vainement tous les « dieux de l'Olympe s'avanceraient à ton secours ; a ils ne te sauveraient pas si j*appesantissais sur « toi mon bras invincible. »
David aurait pu faire à Joab la réponse que Jupiter adresse ici à Junon. Comme celle-ci, Joab ne réussit qu'à s'éloigner du cœur de son roi, et à rendre sa douleur plus amère. L'orsqu'il eut tué Abner pour venger la mort de son frère Asaël, David, apprenant ce qui s'était passé, dit, ibid., 28: « Je suis innocent pour jamais devant le Seigneur, moi et mon royaume, du sang d'Abner, fils de Ner. Que son sang retombe sur Joab et sur la maison de son père ! »
68 (568). « A ces mots, l'auguste Junon frémit; elle s'assied muette de crainte, et son cœur fléchit. Les dieux célestes gémissent dans le palais de Jupiter. Enfin, Vulcain, Partisan illustre, le premier rompt le silence, et cherche par ses discours à consoler sa mère chérie :
« Certes, ce sera une fâcheuse affaire, une chose « intolérable si tous les deux vous allez vous que-
« relier pour clés humains ; et si vous jetez le a trouble parmi les dieux, nos bons repas seront « sans charmes, puisque, parmi nous, le mal « triomphera. »
Les bons repas troublés par la querelle de Jupiter et de Junon ressemblent beaucoup au festin que donna Adonias Torsqu'il voulut se faire nommer roi en la place de David. Salomon venait d'être sacré par le grand prêtre Sadoc, et le peuple célébrait son avènement par de bruyantes acclamations, III (I) RoiSj I, 41 : « Adonias et tous ceux qu'il avait conviés entendirent ce bruit lorsque le festin fut achevé. » Lorsqu'on vint annoncer à Adonias que Salomon était déjà assis sur le trône, ses convives, ibid.y 49, « se levèrent tous ^ams de frayeur^ et chacun s'en alla de son côté. » A leur exemple, « les dieux célestes gémissent dans le palais de Jupiter. » — Quant à Adonias, ihid.^ 50, « craignant Salomon, il se leva, et s'en alla tenir la corne de l'autel. » Junon éprouve le même sentiment : « elle s'assied muette de crainte^ et son cœur fléchit. »
69 (577). <( Mais je conseille à ma mère, quoique « prudente par elle-même, de se montrer gra- « cieuse envers mon père chéri, de peur qu'il ne « la gronde encore, et qu'il n'attriste nos festins. « Car, si tel est le désir du dieu qui lance la foudre, « il nous précipitera de nos trônes, puisqu'il nous
c< surpasse de bien loin en puissance. ma mère I « apaise-le , par de douces paroles^ et soudain il « nous redeviendra propice. »
Adonias voulut aussi apaiser Salomon par de douces paroles lorsqu'il lui dit en tenant la corne de l'autel, ibid,^ SI : « Que le roi me jure aujourd'hui qu'il ne fera point mourir son serviteur. » — « Si tel est le désir du dieu... il nous précipitera.,. » Salomon, faisant connaître le sort qu'il réservait à Adonias, s'exprima, comme Vulcain, d'une manière conditionnelle, mais il fit craindre à son rival un malheur plus grand que celui d'être précipité du trône, le malheur de perdre la vie, i6/rf., S2 : « S'il est homme de bien, il ne tombera pas en terre un seul cheveu de sa tête ; mais s'il est trouvé coupable , il mourra, »
70 (584). « A ces mots, Vulcain se lève, place entre les mains de sa mère une coupe profonde et lui dit:
« ma mère ! quelle que soit ta\ douleur, sup- ^i porte-la patiemment; je crains, moi qui te « chéris, de te voir frappée sous mes yeux, et de ne « pouvoir, malgré mon affliction, te porter secours, « car il est difficile de tenir tête au roi de l'O- « lympe. »
La douleur d'Adonias ne fut pas moins grande que celle de Junon, lorsque, ibid.^ 53 : « le roi Salomon envoya vers lui, et le fit tirer de l'autel. » Il
dul aussi la supporter patiemment ; car il lui eût été difficile de tenir tête au roi Salonpon.
71 (S90). « Jadis déjà, lorsque je m'élançai, brû- « lant de le défendre, il me saisit par les pieds et « me précipita du seuil divin: je roulai pendant « tout le jour, et comme le soleil se couchait, je « tombai, ayant à peine un souffle de vie, dans « Lomnos, où les Sinthiens me recueillirent et pri- « rent soin de moi. »
Le mythe renfermé dans ces quelques lignes est formé, selon nous, de trois éléments, et Vulcain personnifie tout à la fois Moïse, Miphiboseth et des Israélites séparés du corps de leur nation.
!•* Pendant que Moïse s'entretenait avec Dieu sur le mont Sinaï, les Israélites, s'ennuyant de ne plus le revoir, adorèrent un veau d'or. Dieu lui dit alors, Exode ^ XXXII, 7 : « Allez, descendez (Jupiter précipita Vulcain du seuil divin); car votre peuple, que j'ai tiré de TÉgypte, a péché... Je vois que ce peuple (Junon) a la tête dure : laissez-moi faire, afin que la fureur de mon indignation s*allum£ contre eux (contre Junon), et que je les extermine, et je vous rendrai le père d'un grand peuple. Mais Moïse conjurait le Seigneur son Dieu en disant : Seigneur, pourquoi votre fureur s'allume-t-elle contre votre peuple (Je m'élançaibrûlant de te défendre) ?» — Nous avons montré ail-
leurs 11) que Junon était une personnification mythique de la nation israélite.
2° II Rois (Sam,), IV, 4. « Jonalhas, fils de Saûl, avait un fils qui était incommodé des deux jambes. Il n'avait que cinq ans lorsque la nouvelle (de la mort) de Saûl et de Jonathas vint de Jezraël. Sa nourrice Tayant pris, s'enfuit ; et comme elle fuyait avec précipitation, Tenfant tomba et en fut boiteux ; il s'appelait Miphiboseth. » — La nourrice de Miphiboseth laissant tomber l'enfant a servi de modèle à Homère pour montrer Jupiter saisissant Vulcain par les pieds et le précipitant du seuil divin ; et Miphiboseth a été transformé par le poète en Vulcain boiteux des deux jambes,
3** « Je tombai... dans Lemnos, où les Sinthiens me recueillirent. » Dans cette dernière partie du mythe, Vulcain nous paraît personnifier un groupe dlsraélites qui, séparés du corps de leur nation à une époque et dans des circonstances que nous n'avons pas à rechercher ici, abordèrent dans l'île de Lemnos. Nous avons ailleurs (2) expliqué dans le même sens le mythe d'Hercule poussé dans l'île de Cos par une tempête qu'avait suscitée Junon.
72 (S95). « Il dit ; et Junon aux bras blancs se prend à sourire, elle sourit et accepte la coupe que
(1) Dans les Emprunts d'Homère, page 62.
(2) Ihid,, page 66.
lui présente son fils. Lui, cependant, puise dans une urne un doux nectar, et, commençant par la droite , le verse à la ronde aux autres dieux. Un rire inextinguible s'élève parmi les bienheureux immortels, lorsqu'ils voient Vulcain s'empresser dans le palais de Jupiter. »
Vulcain, puisant dans une urne • U7i douco nectar y a quelque rapport avec Moïse : NombreSf XX, 11 : a Moïse leva la main, et, lorsqu^il eut frappée deux fois la pierre avec sa verge, il en sortit une grande abondance d'eau, en sorte que le peuple eut à boire. »
L'élément comique de ce mythe nous parait avoir été emprunté à l'histoire de Miphiboseth, II Rois (Sam.), IX 6. Celui-ci, « étant venu devant David, lui fit une profonde révérence en se prosternant le visage contre terreÇ^\jL\Q>B\ns^ empressant dans le palais de Jupiter). David lui dit : Miphiboselh ? Il lui répondit : Me voici pour vous servir (Vulcain verse à la ronde aux autres dieux), i
73 (601). « Ainsi, durant tout le jour, jusqu'au coucher du soleil, ils festinent, et nul en son âme ne peut se plaindre de n'avoir point une juste part des mets. »
David dit à Miphiboseth, ibid. , 7 : « Vous mangerez toujours à irili table. » Homère a traduit cette expression à sa façon en disant que les dieux festinent durant tout le jour.
74 (603). « Ils ne manquent pas non plus des sons de la lyre gracieuse que tient Apollon^ ni des chants des Muses, qui tour à tour font en« tendre leur belle voix. »
Nous croyons voir dans ce passage une allusion au cantique que chanta Moïse après le passage de la mer Rouge, et que répétèrent les femmes d'Israël, représentées ici par les Muses.
75 (605-11). « Mais lorsque la brillante .lumière du soleil a disparu, les dieux, songeant au [repos, retournent aux palais qu'avec un art merveilleux leur a construits Pillustre Vulcain. Jupiter gagne la couche accoutumée , où il s'étend lorsque le doux sommeil vient à lui ; il y monte pour dormir, ayant à ses côtés Junon au trône d'or. »
Les palais dont il est ici question, ainsi que la couche de Jupiter, nous semblent avoir rapport au tabernacle et à P arche d'alliance .'que Moïse fit construire et où le Dieu d'Israël manifestait sensiblement sa présence à son peuple. — Lorsque le poète nous fait voir Jupiter ayant Junon à ses côtés, il veut peut-être, sous cette expression toute simple à première vue, faire entendre que les Israélites, personnifiés par Junon, avaient leurs tentes à côté de celle de Jéhovah. — Dans le trône âUor de Junon, nous croyons voir une allusion à l'arche d'alliance qui servait de trône à Jéhovah, et qui était « couverte d^un or très pur en dedans
et en dehors. » Exod,, XXVII, 1. Seulement, ici, Junon ne représenterait pas la nation israélite, mais Jéhovah lui-même.