Extrait du dictionnaire historique du vieux Paris
« L'Académie d'armes , ou Maîtres en fait a d'armes de l'Académie du Roi.
« C'est la première corporation privilégiée qui « ait pris, en France, le titre d' « Académie 9 ; a elle date du règne de Charles IX.
« Les privilèges que lui accorda Henri III, « furent confirmés par Henri IV, Louis XIII, « et obtinrent une extension considérable sous « Louis XIV.
« Des lettres patentes de ce prince, datées « du mois de mars i656, portent que: le Roy « voulant traiter favorablement les vingt-cinq a Maistres en fait d'armes qui composent cette « Compagnie, Sa Majesté veut que doréna- « vant ceux qui seront reçus Maistres en fait « d'armes aient lettres de son Procureur du « Roy au Châtelet, et que les Maistres se ren-
« dront par -devant Sa Majesté pour faire a nomination entre eux jusqu'au nombre de « six, auxquels Elle accordera lettres de no- « blesse pour porter à Tauenir la qualité de « Noble, de laquelle jouiront leurs descen- « dants. Après le décès d^un des six Maistres, « succédera en sa place celui qui aura vingt « années d^exercices actuels.
« Que personne ne puisse s'établir dans le « royaume pour faire la dite profession, qu'il « n'ait été Prévôt sous lesdits Maistres de Paris.
« Permet, en outre, Sa Majesté, à la dite « Compagnie, de prendre pour armes : le ot champ d'azur à deux épées mises en sautoir, a les pointes hautes, les pommeaux, poignées, « croisés, d'or, accompagnés de quatre fleurs « de lys avec timbre au-dessus de l'écusson et « trophées d'armes autour; comme aussi de « continuer à avoir des Gentilshommes chez « eux pour leur montrer l'exercice des armes; « et veut aussi Sa Majesté, qu'à l'avenir, le « nombre des Maistres soit réduit à vingt.
« Ces lettres patentes ont été enregistrées en c. Parlement le 3 septembre 1664.
« Les Cours de justice tenaient sévèrement « la main à l'exécution des ordonnances. Toute « atteinte aux privilèges des Maîtres étaient « punis d'amendes et quelquefois de peines « corporelles. La salle où un délinquant avait « indûment donné ou paru donner leçon, dece vait rester murée pendant six mois.
Louis XV montra la même bienveillance a pour l'Académie d'armes :
« Le sieur Dalonneau de la Raye, Maître
« d'armes de S. A. Royale le duc de Bour- « gogne, avait, en vertu d'un brevet spécial, « ouvert une Salle et adopté comme ses con- (( frères l'enseigne d'usage : un bras armé « d'une longue épée en annonçait rentrée.
« A peine a-t-il commencé ses leçons qu'un « arrêt de la Prévôté, du 12 décembre 1759, « lui ordonne de fermer la Salle et d'en ff abattre l'enseigne; sinon, permet aux Maî- « très des Académies du Roi de faire exécu- « ter l'arrêt aux frais et dépens du sieur « Dalonneau ; lui défend de s'aider à l'avenir « du brevet par lui obtenu le 6 août 1758.
a Cette sentence a été confirmée par arrêt « du Grand Conseil, du 23 août 1 760 ; et cepen- « dant le sieur Dalonneau avait pour protec- « teur et pour élève un des héritiers du trône.
t Le duc de Bourgogne parla au Roi pour « son Maître, mais ne put rien obtenir, et a Dalonneau de la Raye fut contraint de fer- « mer sa Salle.
« L'Académie d'armes de Paris fut dissoute « à la Révolution de 1 789, malgré les efforts de « plusieurs de ses membres.»
Extrait du journal de TAssemblée nationale:
« Jeudt^3i décembre 178g.
tt Les Maîtres d'armes de la ville de Paris « sont venus ce matin présenter leur hommage « à l'Assemblée nationale, ayant à leur tête « Teillagorry, Maître-Directeur de l'Ecole « Royale de Paris ^ et Pdquier, directeur^adii joint, — Nosseigneurs^ ont-ils dit^ destinés à (( mettre les premières armes dans les mains
« de la jeunesse de France^ nos épées sont « l'offrande naturelle que nous avons à faire à « la Pairie, Deux métaux les composent^ Var- « gent et le fer; agrée^ le premier pour les « besoins pressants du moment; nous jurons « d'employer le second au service de la Nation, « au maintien de la Liberté^ au soutien de vos « décrets et à la défense du meilleur des Rois,» « Ce discours énergique, prononcé par un « Maître d'armes^ couvert de Vuniforme natio' « nal, a fait passer dans toutes les âmes ce « frémissement de courage si doux à éprouver « au cœur de l'homme, »
3. Avant la Révolution, on donnait souvent aux Salles d'armes le nom d'Académies.
De nos jours, une Salle de Paris très connue, celle de Pons aîné, dont un professeur de grand talent, M. Rouleau, vient de prendre la direction, a conservé ce nom d'Académie.
4. Depuis plusieurs années, des maîtres et amateurs ont cherché (je suis de ceux-là), à réunir les ouvrages de Tescrime. En dehors des grandes bibliothèques , on peut citer à la tête des collections en ce genre, celles de
MM. : E. de Beaumont, Tauteur du livre « VÉpée et les Femmes », le duc de Chartres, le baron E. Fain, Werlé et Henri Gallice; bon nombre d'amateurs en province et aussi en Angleterre, en Belgique, ont de fort belles collections d'escrime.
Le petit-fils de celui qui fut le professeur de Lafaugère, M. H. Daressy, antiquaire à Paris, possède un précieux dossier de pièces manuscrites et originales sur Tancienne Académie d'armes; entre autres, les pièces originales sur parchemin signées de Louis XIII et Louis XiV, touchant les statuts et privilèges accordés par ces Rois à l'Académie d'armes.
5. Certains livres d'escrime ne se trouvent ni à la Bibliothèque nationale ni au British Muséum de Londres, ni dans plusieurs autres Bibliothèques publiques en Europe.
Les Manuels Brunet, Quérard et Lorenz indiquent à peine vingt titres sur ce sujet.
D'un ouvrage allemand intitulé : « Littérature universelle des Sciences militaires », paru à Berlin, en 1 824, il a été extrait la liste d'un certain nombre de traités, mais les erreurs y abondent. (Petite plaquette publiée en 1827J
6. Noël Carré, Maistre tireur d'armes des pages de Catherine de Médicis, recevait 4 livres 12 sols par mois pour prix de ses leçons.
[Comptes de la Reyne-Mère, archives de Rouen,)
7. Hyeronime Calvacabo, escrimeur italien dont il est fait grand éloge dans le petit traité du seigneur de Villamont, vint enseigner en France sous Henri IV; tout porte à croire, « malgré la corruption du nom, » que César Cavalcabo, Maître d'armes de Louis XIII, était le fils du précédent.
César Cavalcabo fut le dernier maître étranger appelé à la Cour de France.
8. De Saint-Ange (Vincent), Maître d'armes de Louis XIV, Chevalier des Ordres du Roi, habitait rue Ferou et y mourut en 1 670 , le 26 mai.
Saint-Ange n'a rien écrit sur l'escrime, mais plusieurs auteurs accusent diverses améliorations apportées par lui dans notre art.
C'est un peu grâce à son influence que Louis XIV expédia des lettres de noblesse aux Maîtres d'armes de Paris, en i656.
Un décret de ce roi, daté de la même année, conféra le cordon de l'Ordre de Saint-Michel à
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plusieurs de ces Maîtres. (Je n'ai pu, à Texception de Saint-Ange et de Rousseau Pascal, découvrir les noms de ceux qui bénéficièrent aussi de cette distinction.)
Les Archives nationales possèdent l'inventaire, après décès, de la maison de Saint-Ange.
9. Pascal Rousseau qui fut, après de Saint- Ange, Maître d*armes de Louis XIV, 'mourut à Paris le 9 août 1688, rue de Seine.
Il était Chevalier de TOrdre de Saint-Michel.
10. Rousseau (Henri-François), Maître d'armes de Louis XV, mourut le 18 mai 1756, rue de la Sourdière.
1 1. Picard, maître d'armes de Rouen, dut sa notoriété à l'assaut désastreux qu'il fît contre le chevalier de Saint-Georges en 1 767.
Quelques propos blessants tenus par lui sur ses confrères de Paris et sur Saint-Georges, qu'il appelait le « mulâtre de la Boè'ssière », firent venir à Rouen l'élève de ce dernier.
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M. de Boullogne, père de Saint*Georges, avait promis à son fils, s'il se vengeait noblement, de lui donner un cheval et un cabriolet. Picard fut battu et Saint-Georges eut Téquipage qu'il désirait depuis longtemps.
(Notice bibliographique sur Saint-Georges.)
12. Motet, de l'Académie d^armes de Paris, enseignait sous Louis XV. Sa réputation de pareur était établie danâ toute r£urope, et c'est chez lui que Henri Angelo, fils de Fauteur de VEcole des armes^ vint étudier. — (Réminiscences, Londres^ i83o.)
i3. Léger, maître au Régiment de Bourbon, vers 1770, était très en vogue par la pureté de son jeu et l'élégance de ses manières.
Ses assauts avec Saint-Georges produisirent un grand effet; il n'était pas son rival, mais leurs jeux s'harmonisaient merveilleusement.
Une bande d'élégants, jaloux des succès de Léger, qui était fort bel homme, le provoquèrent un soir dans la rue des Pélicans ; il mit l'épée à la main, mais tomba aussitôt, frappé de sept blessures mortelles (i 773).
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14. Rousseau (Augustin- Bernard -Louis), Maître d'armes des Enfants de France, fut le dernier Syndic de l'Académie d'Armes.
Arrêté en 1794, il fut exécuté le 25 messidor de la même année. « Pare celleAà^ Rousseau », lui cria l'accusateur public au moment de sa condamnation par le tribunal révolutionnaire.
L'ordre d'arrestation porte : « Rousseau^ Maître d'armes des Enfants de Capet. »
i3. Pelte aîné était Maître d'armes dans l'artillerie, vers 1840, et fut le héros de plusieurs aventures assez extraordinaires; la suivante fera juger de l'homme et de l'artiste. .
En vertu d'une autorisation spéciale qu'il devait à sa grande réputation, Pelte parcourait en tireur les principales villes de France.
On annonça un jour son arrivée à Metz ; les professeurs de cette ville s'entendirent pour recevoir dignement ce renommé tireur, et une séance fut organisée dans la grande Salle d'armes du Génie, en présence des corps d'officiers.
Pelte, après y avoir fourni trois brillants assauts consécutifs, terminait en tirant avec un maître de la garnison, jeune militaire plein d'espérances, mais aussi de prétentions; soit que Pelte fut fatigué, soit qu'il fut peu disposé à faire de nouveaux efforts, il luttait mollement et fut touché deux ou trois fois par son
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adversaire, qui souligna maladroitement ses coups par des voltes triomphantes.
A la troisième de ses voltes, Pelte se redressa indigné, lança le mot de a polisson » et planta là son adversaire. Grande rumeur, plainte fut faite, et le général commandant à Metz le fît prévenir qu^une forte punition disciplinaire l'attendrait à son régiment.
Pelte se rendit le lendemain chez le général qui, peu disposé à écouter ses explications, lui fit entendre que sa sortie injurieuse ne pouvait qu'être attribuée au dépit causé par rinsuccès de son assaut.
« Si telle est votre pensée, mon général, dit Pelte, veuillez ordonner un autre assaut, et je consens à voir doubler la punition que vous m'avez infligée, si mon adversaire touche une seule fois contre douze. »
« Ah! eh bien. Monsieur le matamore, je vous prends au mot, » fit le général.
A deux jours de là, la même Salle pouvait à peine contenir les nombreux officiers, général en tête, qui venaient assister à la victoire de leur maître et à la confusion de Pelte.
Suivant son habitude, ce dernier arriva en retard ; les murmures commençaient déjà et la figure du général n'annonçait rien de bon.
Sans prendre la peine d'échanger son lourd costume militaire, Pelte prend un masque, un gant, décroche un fleuret au hasard et tombe en garde devant son adversaire qui l'attendait plein de confiance.
A peine les fleurets étaient-ils engagés qu'on entendit une voix calme et sonore qui à in-
tervalles de plus en plus rapprochés, annonçait : un, deux, trois, quatre, et ainsi jusqu'à douze, sans changer de ton ; c'était Pelte qui comptait ses coups : « La dernière, Monsieur, s'il vous plaît 9, fît-il, toujours sur le même ton ; et son fleuret, pour la treizième fois, alla se loger dans le milieu du gilet d'armes de l'adversaire. Pelte n'avait pas été effleuré.
Otant alors son masque, il parcourut d'un regard légèrement moqueur l'assistance ébahie, puis s'adressant brusquement à son vis-à-vis qui s'apprêtait à fuir : « Vous êtes un polisson ! » et il disparut au milieu de l'ahurissement général.
La chose fit grand bruit, mais la punition fut levée.
L'incident qui amena sa mort peu d'années après, mérite également d'être raconté :
Son régiment tenait alors garnison à Strasbourg; Pelte, atteint d'une fièvre intense, gardait le lit depuis plusieurs jours,' lorsque son ordonnance, entrant dans sa chambre, lui raconte qu'en ce moment un professeur nouvellement arrivé, vient de battre son frère, jeune maître que Pelte avait élevé.
A cette nouvelle, il saute hors de son lit, s'enveloppe d'un manteau et descend dans la Salle d'armes. Ceux qui se trouvaient là crurent voir entrer un spectre aux yeux flamboyants.
« Mon cher collègue, dit Pelte, en s'adressant à l'heureux adversaire de son frère : il ne sera pas dit que vous serez venu dans ma Salle, sans m'avoir fait l'honneur de tirer avec moi? »
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L'autre comprit qu'il n'y avait pas à répliquer; il accepta et fut écrasé.
Mais tout à coup les jambes de Pelte chancelèrent, on s'élança vers lui et il fallut le porter dans sa chambre.
Quelle folie venez-vous de faire ? — lui dit le docteur appelé en toute hâte — «C'est vrai, répondit-il, tout à sa pensée, j'ai été peu généreux, mais c'était mon dernier assaut. » Le lendemain il était mort.
i6.Angelo(Malevolti),néàLivourneeni7i6, vint étudier l'escrime française durant plusieurs années à Paris, chez Teillagorry l'oncle, et s'y rencontrait souvent avec le Maréchal de Saxe, élève du même Teillagorry.
Un jour, le Maréchal, qui, on le sait, était d'une musculature prodigieuse, furieux d'être battu par Angelo, le prit sous son bras comme il l'eût fait d'un enfant (le chevalier de Saint- Georges en fit un jour autant à un de ses adversaires, mais pour un tout autre motif) et le promena ainsi autour de la Salle.
Appelé à Londres, en 1755, par la famille royale, pour donner des leçons aux princes (l'un devint Guillaume IV), et à la suite d'un brillant assaut qu'il fournit contre Heys, le fougueux tireur irlandais, Angelo prit une Salle qui existe encore de nom et qui devint le rendez-vous des célébrités de l'époque. Le
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chevalier de Saint-Georges, le chevalier d'Éon, les Maîtres Le Brun, Léger, Fabien, etc., tirèrent dans cette Salle. L'aristocratie anglaise et bon nombre d'émigrés en suivirent les leçons.
Angelo, nommé Directeur de Tescrime en Angleterre, avec le grade de capitaine, mourut en 1802 avec le grade de major. Il avait 86 ans et donnait encore des leçons quelques jours avant sa mort.
La Salle d'armes qu'il dirigea à Londres, se trouvait dans les bâtiments de TOpera-House d'Haymarket et fut pillée pendant l'incendie survenu le 17 juin 1789. Elle avait appartenu avant lui, à un maître nommé Redas; son prévôt, Charriot, fut la victime, puis le héros des aventures suivantes :
Charriot, né malin, en considération des douceurs qu'il recevait , se laissait généralement boutonner par un amateur nommé Filz-Gérald. Un jour, moins patient que d'habitude, Charriot riposta plusieurs fois vivement, ce qui mit Fitz-Gérald dans une colère telle que, d'un coup de poing, il entama l'œil du prévôt.
Le baron Weussel, le célèbre oculiste, se trouvait là justement; il emmena le blessé chez lui et le soigna.
Après sa guérison, Charriot devint l'aide du docteur, et il révéla dans la profession d'oculiste de telles aptitudes, que Weussel s'étant retiré quelques années après, céda sa clientèle à Charriot, dont la réputation n'était plus à faire.
Quatre ans plus tard, Charriot put céder à
son tour et revint en France, où il vécut en gros bourgeois.
17. Le chevalier d'Éon avait eu le même maître qu^Angelo : le fameux Teillagorry.
Tous deux se lièrent; d'Éon habita longtemps à Londres, chez Angelo, et l'aida dans la composition de son traité.
« Le jeu en armes de d'Eon était violent^ opiniâtre^ mais nullement d'un ferrailleur; ce qu'il faisait était correct et artistique, » (Réminiscences, Londres, ]83o.]
Un dessin colorié, fait par Rowlandson, en 1 788, et qui fut gravé en couleur en 1 79 1 , nous donne le spectacle d'un assaut qui eut lieu à Londres, à cette époque, entre le chevalier d'Éon et Angelo fils.
Cette gravure, d'un intérêt tout particulier, renferme les portraits : d'Angelo père, dans la Salle duquel eut lieu l'assaut, de Le Brun le Maître français, du marquis de Buckingham, de Charles Fox, le célèbre orateur anglais, et de' Rowlandson lui-même. [Je n'ai pu arriver à connaître les noms des autres personnages qui y figurent.]
Dans les dernières années de sa vie, le Chevalier d'Éon ouvrit une petite Salle d'armes à Londres, et y donna des leçons pour vivre.
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i8. Ce portrait du chevalier de Saint-Georges, peint par Bronn, et qui fut, plus tard, gravé par W. Ward, appartenait à Àngelo père et fut le seul objet sauvé de Tincendie qui détruisit sa Salle d'armes à Londres, en 1789.
Cette toile se trouve encore à Saint-James Street, dans la Salle Angelo que dirigent aujourd'hui MM. Mac Turk, successeurs de la famille des Angelo.
19. C'est dans ces mémoires qu'Henry Angelo prétend que Faldoni, dans un assaut qui eut lieu à Paris en 1766, battit le chevalier de Saint-Georges; et il donne comme seul témoignage d'une nouvelle aussi étonnante, une lettre de Faldoni lui-même. On peut lui opposer cet extrait du livre de Gomard (page i3) :
« Parmi les Maîtres, les deux plus forts adversaires que rencontra Saint-Georges furent Cavin de Saint-Laurent qui lui toucha sept coups et en reçut vingt-deux, et Faldoni qui lui toucha les deux premiers coups et fut bien battu après, »
Certains affirment que Fabien était celui qui tenait le mieux devant Saint-Georges. Ils étaient très amis et tiraient souvent ensemble. Fabien, de petite taille et un peu rageur, attribuait la supériorité de Saint-Georges à ses avantages naturels.
« De quoi te plains-tu, lui disait le Chevalier
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Noir^ après moi n'es-tu pas le premier tireur du monde? »
Dans le mémorable assaut qui eut lieu à Londres, le g avril 1787, en présence du Régent, assaut dont une gravure anglaise nous a également<:enîervé le souvenir, Saint-Georges y tira avec d*Eon, puis avec Fabien.
Les journaux anglais de cette époque parlèrent beaucoup du jeu de ce dernier.
20. La Confrérie Royale et Chevalière d*armes de Saint-Michel, à Gand, dont Torigine date d'avant la Renaissance, fut reconnue Société d'Escrimeurs et privilégiée, en 161 3, par les Archiducs Albert et Isabelle, qui gouvernaient alors dans les Flandres.
La Confrérie ne pouvait compter plus de 100 membres; les Souverains et gentilshommes flamands et des Pays-Bas en faisaient seuls partie. Un évêque, S. A. S. le prince de Lobkowitz, en était membre actif en 1789.
L'ancienne Halle au drap, vieille maison gothique, sert de résidence depuis 161 1 à cette antique Salle d'armes dont le Doyen, élu à vie, porte aux jours de cérémonie le Collier de la Toison-d'Or, qui fut conféré aux Michelistes, en i6o3, pour les services rendus par eux au siège d'Ostende.
Dans la Salle d'armes et dans la Salle du Conseil sont accrochés les portraits de tous les
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Doyens qui, depuis trois siècles, ont administré la Confrérie Chevalière de Saint-Michel.
Des assauts d'armes s'y donnent tous les ans et sont consignés sur un vieux Livre d'Or.
A l'époque de la création de l'Académie d'Armes, à Paris, Saint-Michel en fut reconnu le patron ; depuis lors et jusqu'au moment de la Révolution, il resta d'usage que les membres fussent réunis le jour de la Saint-Michel pour fêter le patron des escrimeurs.
21. En 1827, une Société établie sur le modèle de Tancienne Académie d'armes, avec le célèbre Bertrand comme président, fut formée à Paris par MM. : Gomard, Bertrand père, Le Brun fils, Charlemagne, Mathieu-Coulon, Fillias, Blot, secrétaire, etc.
Elle fut dissoute à la Révolution de i83o.
22. M. G. Chapman, amateur d'escrime distingué, était Fami du colonel anglais Meynards et l'aida de ses conseils dans le projet qu'il réalisa, en 1845, de fonder à Londres un vaste cercle d'escrime {le Fencing-Club),
Peu après, le colonel Meynards mourut ;
M. Chapman continua Tœuvre commencée et contribua activement à la prospérité de cette immense et aristocratique Salle d'armes devenue très florissante.
23. A l'apparition de son livre, qui lut suscita bî^n des jaloux et des ennemis, Dunet dut donner sa démission de Syndic des Maîtres d'armes, poste qu'il occupait avec honneur depuis plusieurs années. Il vécut alors à l'écurt et se consacra entièrement à ses élèves dont les succès le vengèrent noblement des injustices qu'il avait eu à supporter.
24. Demeuse (Nicolas), maître d'armes en renom à Liège, de 1763 à 1785, était membre de l'Académie d'armes de Bruxelles, dont le chef alors, le sieur Le Grand, avait le titre de Maître en fait d'Armes de la ville.
Cette vieille Académie avait pris naissance au xvie siècle, à la suite de tournois à l'épée établis par les Espagnols, et où se disputaient des armes dont plusieurs ont été conservées dans des « Gildes ou Sermens » . Quelques-unes de ces Sociétés existent encore.
Ces prix, décernés chaque année aux plus
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habiles, leur étaient solennellement distribués dans la maison appelée à Bruxelles : Broodt-' Huys,
25. Fabris Salvator, Maître italien, fut attiré en Danemark par le roi Christian IV et devint son favori.
La renommée de ce Maître était telle que Padoue, sa ville natale, se chargea, à sa mort (1617); du soin de ses funérailles, et fit élever, en 1676, un monument à sa mémoire. L'aspect de ce monument est conservé par une gravure qu'on trouve dans, une édition traduite de l'œuvre de Fabris, édition qui fut faite en Allemagne, en 171 3 (V. page 57).
Remarque très curieuse : en tenant compte que Fabris, né en 1 544, était âgé de 62 ans lorsque parut, en Danemark, en 1606, Tédition originale de son Traité , on est fondé à croire que l'italien Fabrice^ qui eut avec Saint-Didier la discussion théorique qu'on trouve rapportée dans le livre de Saint-Didier, en i573, n'était autre que Salvator Fabris lui-même, qui dut passer, vers cette époque, par Paris, pour se rendre en Danemark.