ANECDOTES MODERNES
BonaPanTE, à son retour d'Italie, aimait à s’environner de toutes les illustrations contemporaines. Sa maison était le rendez-vous des savans et des artistes, Tout alors était modeste et sans faste chez celui qui devait bientôt subjuguer l'Europe et habiter le Palais des: Rois, Sa table était frugale, et une ferme pleine de grâces en fuisait les honneurs; luimême cherchait à plaire : il avait des éloges pour tous les talens, et chaque trait de sa louange renfermait une pensée !
Dans une de ces réunions, Ducis, Colin-d'Harleville, Bernardin de Saint Pierre, recucillirent tour-à-tour les plus flatteuses paroles. Bunaparte parla de ses campagnes d'Italie. It raconta ses actions les plus glorieuses avec une énergique concision, mais froidement, comme s'il eut entretenu ses auditeurs des actions les plus communes : en prodiguant la louange il y paraissait insensible ; cependant quelques traits heureux épapouirent son visage. On avait pris le çafé; madame Ronaparte, s’approchant de son mari, lui frappa doucement sor lé: paule, en le priant de conduire ses convives dans le Salon. “ Messieurs, dit Benaparte, je vous prends à témoin, ma femme me bat.””—Tout le monde sait, reprit vivement Colin-d'Harville, ‘ qu'elle seule a ce privilège.” Çe mot eut les honneurs de la soirée et fus fort applaudi.
Au mois d'Octobre 1800, le général Moneau, de retour d'Allemagne à Paris, se trouvait - de le salon de NaPoLEoN, alors premier consul, lorsque le ministre de l’intérieur entra apportant une superbe paire de pistolets, d’un travail parfait et entourrés de diamans, Le directoire les avait fait faire pour être donnés en présent à un prince étranger, et depuis ils étaient restés chez le ministre de l’intérieur. Ces pistolets fu— rent trouvés très beaux. ‘ Ils viennent bien à propes,” dit Napoléon, en les présentant au général Moreau, et se retournant vers le ministre, il ajouta : Faites y grave: quelques unes des batailles qu’a gagnées le général ; ne les maiiez pas toutes, il faudrait oter trop de diamans ; et quoiqre ie générat Moreau n'y attache pas un grand'prix, il ne faut pas trop déranger le dessein de l'artiste.”
Cette anecdote est également honorable pour Napoléon et pour le général qui était alors son plus dangereux ennemi dans l'opinion publique. Pourquoi faut-il que le dernier ait trouvé la mort dans les rangs des ennemis de la France ?
Un matin, l’ex-princesse Murat, avec la reine Hortense et autres personnes de rang, se trouvaient rassemblées chez L’impératrice. Stéphanie Beaukarnais était du cercle, et prit un fauteuil des mains d’un hussier. A cette époque, elle n’était
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pas encore unie au grand-duc de Bade. Caroline, blessée de cette lésion de l'étiquette, et de ce qu’un si petit personnage osât s'asseoir devant sa principauté, lui ft transmettre l'or. dre de se tenir de bout. Stéphanie, mortifiée au-delà de toute expression du ton dur avec lequel cet ordre lui avait été donné, se retira dans une embrasure de l'appartement pour y cacher ses pen Sur ces entrefaites, on bat aux champs, on annonce l'empereur. Son œil de lynx ap erçoit Stéphanie ;
aucun homme n'eut un regard plus rapide ; il s‘informe, il apprend le motif de ses larmes furtives. ‘ Ah! ce n'est que pour ça,” C-il à voix haute, ‘bagatelle ; assiez-toi sur mes genoux,” ajouta-t-il, en prenant la main de Stéphanie ; “tu ne blesseras le rang de personne.” Ce trait est charmant; il est erpreint de finesse, de malice et de bonté.
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